vendredi 20 janvier 2023

"IDA dont' cry me love": Lara Barsacq visite une icone sulfureuse en diable.

 


"IDA don't cry me love" de Lara Barsacq :femmes icônes

La danse entre mémoire et fiction

La vie personnelle et artistique d’Ida Rubinstein, interprète sulfureuse de Salomé, qui fut également la muse de Diaghilev, fascine Lara Barsacq depuis l’enfance. D’autant plus que cette figure phare de la danse des débuts du XXè siècle fait aussi partie de sa propre histoire familiale. Sa précédente création, Lost in Ballets Russes, déjà questionnait l’artiste scandaleuse à l’avant-garde de son époque. Avec IDA don’t cry me love, Lara Barsacq poursuit l’ouvrage. Prenant appui sur des documents d’archive, elle crée un trio entremêlant témoignages, images et souvenirs à l’acte de création, son imaginaire et ses légendes. Sorte d’hommage à la fois poétique et absurde envers cette figure tutélaire de la danse, ses forces et ses fragilités.

Déjà évoquée dans "Lost in Ballets russes" voici le personnage légendaire de Ida Rubinstein, exhumé pour façonner un récit très personnel . D'une icône de la révolution féminine naissance au XX ème siècle, la chorégraphe puise dans ses souvenirs: une affiche signée Bakst où l'égérie du féminisme naissant apparait en Shéhérazade incontournable, luxuriante, marginale.A partir d'objets, d'accessoires, de vidéo, se dessine une figure accompagnée de sa panthère mythique en fond de rideau de scène, renouant avec la tradition des ballets russes. Un trio intime de femmes se constitue, charmeur et provocant au charisme naturel et sobre. Tout en finesse et suggestions, cet hommage est une pièce rare et intelligente, mêlant respect et inspiration débordante pour nous entrainer dans une période faste en ruptures et révolution de palais.La scène est terrain de jeu où Salomé et toutes les autres resurgissent pour manifester l'importance de la place revendiquée en ces temps: femmes fatales, convoitées mais décisionnaires; les muses s'amusent et les trois interprètent se donnent libre jeu pour se mêler d'un destin atypique: performeuse, frondeuse ressuscitée de façon très légitime par le talent de mise en scène de Lara Barsacq.Une pièce attachante qui rejoint d'autres évocations de femmes chorégraphes iconoclastes(Valeska Gert etc....)

A Pole Sud les 19 et 20 Janvier dans le cadre du festival"L'Année commence avec elles" 

"Lost in Ballets russes" de et par Lara Barsacq: mémoire vive

Elle est en filiation avec Léon Bakst, décorateur et costumier des ballets russes et raconte son histoire, ce qu'elle fantasme de cette époque, thème que l'on retrouvera dans sa pièce en hommage à Ida Rubinstein. Simple et accueillante proposition de la suivre dans son périple, à la recherche du temps, de ce qui l'a marqué dans les strates de son corps dansant. Elle nous guide et nous emmènent joyeusement sans nostalgie sur la piste d'une époque, d'une esthétique qui lui ressemble et qui nous rassemble. Pas d'égo, ni d'exclusion dans cette résurrection d'impressions, de sensations liées à son passé-présent très convaincant. Ne rien oublier de ce qui nous construit!Que ce petit rituel public soit perçu comme une boutique fantasque aux portes ouvertes sur la connaissance collective!

"Groove": Soa Ratsifandrihana creuse les sillons, sème la danse et la récolte est bonne...

 


Soa Ratsifandrihana  Belgique solo création 2021

"groove"

Désirs de danse

« Si je danse, c’est grâce à la musique » raconte Soa Ratsifandrihana. Aussi a-t-elle créé son premier solo à partir d’une envie irrépressible : « pouvoir m’écrire une danse, avec des mouvements que j’aime ». Nourrie par son histoire personnelle autant que par son expérience professionnelle d’interprète, la jeune artiste s’intéresse au groove qui est pour elle le dénominateur commun des désirs et plaisirs à danser. Dans un espace quadri-frontal où le public est à proximité des gestes, elle évolue au fil d’un parcours spécialement conçu pour abriter deux univers musicaux successifs. Le groove – terme argot de la musique jazz, apparu à la fin des années 30 qui signifie littéralement, dans le sillon du disque ou dans le coup – en est la quête. Sa question : « Comment une pièce chorégraphique peut-elle mettre en scène le groove ? »

Dans l'obscurité du studio se dessine un corps au sol, dans le silence et l’opacité. Peu à peu se révèlent les gestes ralentis, lents et infimes de l'interprète, la peau noire, le corps massif, la chevelure bouffante, volumineuse. Encore à peine discernable son corps se love, ses bras se tendent, elle s'arc-boute, caresse le sol de ses doigts frêles. Les épaules renforcées par un costume noir, des excroissances comme une armure ou une extension de son envergure. La lumière se fait plus vive et elle danse, ses gestes lents savourent l'espace. De son corps puissant elle trace des arabesques solides et bien ancrées, plantée au sol. La bande son déraille, patine comme un disque qui gratte sur la platine. Le diamant empêché dans ses sillons rebondit. Elle prend l'espace encore agenouillée et s'épanouit peu à peu, danse fluide et déliée. La rapidité s'empare d'elle, vélocité à volonté. Ses membres se diffractent, segments rythmiques simulés. En short noir, masse de cheveux ondulante, elle semble marquer son territoire comme un filage avec précision, retenue, habitée, lointaine. Elle ôte sa veste, décontractée, naturelle et prend l'espace à bras le corps, déployée, envergure détendue. En suspension élégante.Se fait sa musique dans le silence, joue ses tempi, abreuve les sillons de ses gestes en contrepoint et cadence. Notes chorégraphiques qui résonnent comme une musique intérieure, une partition corporelle jouée sur les cordes de son être. Fait un semblant de madison, prend ses marques, esquisse ses pas en démonstration. Un métronome au loin pour la guider. Puis elle se laisse envahir, submerger par l'inspiration, radieuse, jouisseuse, sensuelle. Délicate. Et la musique de sourdre alors ou enfin: elle frappe alors de ses talons en rythme ce sol si précieux: gestes mesurés, multidirectionnels, débridés ou à l'inverse très calculés, en parade militaire. Bondit, court, sautille, balayant l'éther, toujours aussi charmeuse et légère. Les lumière rougeoyantes lui font un dance-floor chaleureux. Elle disparait, nous quitte discrète comme elle est entrée en scène: en toute sobriété et rêveuse. Le public qui l'entourait comme dans une arène lui ,rend hommage en applaudissements généreux. Soa Ratsifandrihana réussit sa mise en scène musicale en tout point.

A Pole Sud les 20 et 21 JANVIER dans le cadre du festival "L'année commence avec elles"

"L'odeur du gel" : fragrances sur la banquise: cap sur le grand nord: effets d'hiver!

 


L’ODEUR DU GEL
CIE BRÛLANTE
"Pour sa première création, Emily Evans nous emmène dans un voyage onirique déformé par le désir, aussi immobile qu’étrangement glacé. Son rêve du Grand Nord prend les atours d’un poème visuel et sonore peuplé de créatures imaginaires où se mêlent fourrures et corps, animaux, marionnettes et dramaturgie du songe. Tels des mirages de la taïga dont le cœur bat sous la neige, ces apparitions disparaissent aussi vite qu’elles surgissent. Le papier blanc nappe la scène comme un manteau qui serait tombé dans la nuit, en silence. Bestialité des corps humains et personnification des bêtes le crèveront, le caresseront, y laisseront leurs empreintes feutrées dans un tourbillon. Présences habitées pour pays fantasmé."

Dans un cadre lumineux surgit un corps sculptural.En costume de survie se love un personnage étrange qui manipule plus tard une marionnette à doigts, escaladant les pentes virtuelles et les murs du décor.Guimbarde et musique de fond en continu pour créer l'ambiance, venteuse, glaciale. Du blanc partout, immaculée conception du paysage du grand nord.Quatre femmes très "designées" dans des costumes noir et blanc taillés sur mesure apparaissent et vont incarner des êtres fantastiques.Des passe-murailles font surface, brisant la glace, un masque ethnique chamarré, bariolé se meut en pantin téléguidé par des esprits frappeurs.Un défilé de costumes à la JP Gaultier ou JP Goude manipule les corps très "plastiques" et esthétisants.Des bestioles animées de bonnes intentions produisent des bruitages issus d'onomatopées, de râles, de vociférations diverses Un dévoreur de petits sapins factices arrachés au paysage se fait écureuil rongeur tout à fait charmant...On y ajoute un ours mal léché, des bestioles à poils bleus ou gris, en manteau animés de formes bizarres. Et une sorte de créature qui broute et découvre l'écho d'un micro.Un autre phénomène à longue queue se rajoute à ce bestiaire fantastique, épine dorsale en ombre chinoise.Des poissons hors du trou de la glace de la banquise font surface. Un phoque alangui mugissant se dresse, pourchassé par une Diane chasseresse très sexy. Le mammifère accouche de détritus, déchets nocifs dus à la pollution et sa dépouille git sur le plateau comme trophée perdu, abandonné. Fable écologique autant que conte d'effets d'hiver, la pièce avance et nous fait suivre les péripéties de quatre personnages en quête d'aventures. Au final, une acrobate en suspension pour incarner le carnage, prise au piège en apesanteur, volante, trapéziste du désastre.Les quatre protagonistes ficelées pour clore cette légende du grand nord qui donne des frissons!

A u TJP jusqu'au 20 Janvier