samedi 28 septembre 2024

"All right. Good night". Helgard Haug & Rimini Protokoll | Barbara Morgenstern: sur le tarmac, ça ne décolle pas...

 


THÉÂTRE MUSICAL

 Une pièce sur la disparition et la perte.
« All right. Good night. » Tels auraient été les derniers mots du pilote du vol MH370 de la Malaysia Airlines avant que l’avion ne disparaisse des radars, le 8 mars 2014.


Au même moment, Helgard Haug, metteuse en scène du collectif Rimini Protokoll, voyait son propre père gagné progressivement par la sénilité. De cette coïncidence entre l’un des plus grands mystères de l’aviation civile, désormais devenu un fait d’histoire mondiale, et son expérience personnelle, elle bâtit la dramaturgie d’une pièce sur la perte et la disparition dans laquelle la musique — portée par l’ensemble berlinois Zafraan — s’avère être le meilleur moyen de rendre sensible l’envol définitif des mémoires.
 
 

En prologue sept personnages sur le plateau semblent attendre l'embarquement de leur avion dans un aéroport virtuel. Attente de ce qui sera la fatalité: en vol, l'avion va se scratcher...Les cinq musiciens s'emparent alors de l'action, instants mémoire de l'accident fatal et irrémédiable.  En saynètes et tableaux changeant, voici une trajectoire singulière, du hall, au tarmac, en passant par la plage ensablée des souvenirs heureux. Entre inquiétude, indifférence, désenchantement et fatalité, la pièce oscille et la mise en scène linéaire flotte lentement dans une nostalgie fataliste. Le xylophone tente d'entayer kla monotonie du souvenir et de dépasser l'angoisse de la perte. Le sable, délivré par deux brouettes laborieuses recouvre à paine la tristesse et le repentir de tout accident dont on se sent quelque part coupable. Des personnages, instrumentistes se profilent alors que deux comédiens ravivent l'esprit narratif des bandes qui défilent et plombent un texte banal et peu impliquant. Les images de la mer tranquille, insouciantes pour se refaire une virginité dans cette terrible épopée . La carcasse du boeing comme une baleine échouée pour scénographie d'arte povera.Carlingue, débris et bribes de musiques à l'appui. C'est un peu catastrophiste sans toucher ni remuer profondément. Pourtant, la mort, le deuil sont d'actualité...Rimini Protokoll peut mieux faire...Barbara Morgenstern et Helgard Haug ne parviennent pas à ébranler les interprètes qui restent en demi-teinte.

 Au Maillon dans le cadre du festival MUSICAle 267 Septembte

"The Source" Ted Hearne | Daniel Fish: une OPA qui fuite et fugue énormément.

 


ORATORIO CONTEMPORAIN
 Après Place en 2023, Musica invite à nouveau Ted Hearne pour la première française d’un autre oratorio : The Source.


La pièce répond de la même écriture musicale inclusive, additionnant voix singulières, récitatifs auto-tunés, balades néo-soul, section rythmique pop et cordes contemporaines, le tout mis en scène par Daniel Fish dans un dispositif vidéo quadri-frontal. 


Son sujet est Chelsea Manning qui, en 2010, fit fuiter plusieurs centaines de milliers de rapports classifiés de l’armée américaine sur les guerres d’Irak et d’Afghanistan et contribua ainsi à révéler la conduite militaire des États-Unis et les exactions commises envers les populations.
 
 

Entouré de quatre écrans géants, le public est au coeur de l'action. Dans le bain, d'emblée comme ces visages qui semblent scruter l'espace, s'interrogeant ou surveillant des allées et venues. Visages surdimensionnés qui vont peu à peu s'additionner par double. Face à face, ils nous toisent, voient au delà de notre pré carré. Histoire de nous impliquer aussi dans cette narration singulière. De façon frontale se dissimule "l'orchestre" caché derrière un rideau semi opaque. Les corps et instruments se révèlent selon la lumière, surimpression ou dissimulation. Superposition qui occulte une vision nette. La situation est tendue tout du long, la musique, présente et fébrile opère côté fracas, destruction, déflagration. Le spectacle est total: immergé dans les quatre coins de l'image, au coeur du processus de fabrication on est concerné, impacté, visé. Comme ces balles qui tuent en film témoin et acteur en  direct des horreurs des snipers et autres assassins de circonstance guerrières. Les affrontements font rage, alors que les visages surdimensionnés sont à peine touchés. Ils observent, impuissants la terreur du monde belligérant et impulsif, déraisonné et assassin.Une ode, un oratorio pour la paix, la grande, la belle odalisque déboulonnée de son socle... Les voix en proximité comme des chants de sirène désabusés.On retrouve Eliza Bagg, derrière soi, avec émotion. 

« Quelle musique n’est pas politique ? » Découvrez le parcours de Ted Hearne, compositeur, chanteur et chef d’orchestre américain, retracé par le philosophe Lambert Dousson. Sous l’angle de l’hybridation des genres et des langages musicaux, il éclaire les liens entre écriture musicale et pensée politique chez le compositeur étasunien.

 Au Maillon le 26 Septembre dans le cadre du festival MUSICA

vendredi 27 septembre 2024

Rencontre avec Christian Marclay: les partitions graphiques...aux sons "trouvés".Un instigateur des sons incongus.

 


Conférence

Un temps d’échange avec le musicien, compositeur et artiste plasticien Christian Marclay qui crée notamment, depuis les années 1990, des « partitions graphiques » défiant les conventions de la composition musicale traditionnelle. Rencontre d'exception avec un "instigateur" et non un "compositeur. Marclay se réclame modestement d'être un expert en trouvailles sonores, fruits de recherches, de découvertes et de rencontres avec les objets. Ne sachant ni lire ni écrire la musique, le voici libre de composer à son gré de l'impromptu, du burlesque, de l'humour des notes. La musique possède un statu d'objet d'où l'on peut transformer, transposer les sonorités. Avec du "rien", sur place, in situ! La musique reste "concrète" physique et instrumentale. Sans amplification, tactile, perceptible, banale, triviale. Transformer des sons en notes, voici le pari réussi mais pas gagné pour les musiciens interprètes de sa dernière oeuvre jouée à MUSICA. Du plaisir avant tout dans l’exécution de cette pièce sans pièges. Le triangle chef, auteur et interprète reste essentiel dans le bonheur du compagnonnage. Les coutures, les superpositions de "Constellation" sont proches de ses collages, assemblages fortuits, spontanés avec pour une fois une partition "écrite". Toujours "en mouvement" ce créateur iconoclaste est en quête de métaphysique. La Physicalité brève et éphémère des objets le hante, le préoccupe et l'inspire toujours.Les disques, sillons et autres modes de reproduction figent le son, l'informatique sur ordinateur est sans présence tangible. Une pochette de disque est manipulable: l'image et le son le deviennent, palpables, concrets. On commercialise la musique trop souvent! La musique est sociale, éphémère, vivante.Et ça fait "crac, boom, hu"!


Le souvenir unique d'une représentation comme celle à ST Paul est remarquable, singulière. Un souvenir différent pour chaque auditeur à l'écoute du présent. Pas de reprise ni de répétition possible dans une performance. Le "live" est aléatoire et riche de tension: c'est un événement qui va vers la désacralisation de l'instrument qu'on ne saurait pas jouer par ignorance. Son oeuvre est inclassable et les onomatopées de ses partitions faites de bulles de BD font figure de légende. Entre images et mots, la narration devient rythme et musique selon celui qui s'en empare. Le "Grand Verre" de Marcel Duchamp comme emblème de sa créativité, archéologie du futur musical accessible à tous ceux qui voudraient bien s'avouer et se reconnaitre à travers sa démarche généreuse, ouverte à tous les possibles.Une belle conversation entre l'artiste, Stéphane Roth introduite par l'enthousiasme de Anna Millers complice de l'exposition "mode d'emploi". Suivez les guides!

 


Dans le cadre du festival Musica. à l'auditorium de MAMCS

Le 27 septembre 2024 : 14h30