dimanche 29 septembre 2024

"Log Book" François Sarhan | Zafraan Ensemble: à babord! Boussole intime pour voyage dans le temps

 

CONCERT


Ni vie d’exception, ni révélations tonitruantes. L’ordinaire, rien que l’ordinaire.

Avec son Log Book initié en 2019, François Sarhan pratique l’autobiographie de façon bien particulière : une observation du monde menée d’un point de vue personnel, par accumulation, mise en musique spontanément, comme croquée sur le vif. Ce carnet de bord infini, aujourd’hui d’une durée de quatre heures, fait écho aux stratégies poétiques de Jacques Roubaud ou à l’« infra-ordinaire » de Georges Perec. Un concert matinal comme un grand journal que l’on feuillette en serpentant dans nos dernières années (in)oubliables, de petits tracas en grandes histoires, en compagnie de le Zafraan Ensemble.

Jeux de l’ouïe

Cela aurait pu être "le jeu de Marseille", jeu de cartes des surréalistes...C'est un flip book musical étonnant, détonnant! Série de saynètes musicales, dramatiques, contées en direct par François Sarhan...Quatre heures durant à potron minet. Belle performance en perspective en compagnie de Zafraan Ensemble. Du texte, narration intime, sorte de récit authentique très personnel, ponctuée ou couverte par la musique toujours écrite. Le canevas fonctionne à merveille, des images vidéo doublant ces couches et nappes sonores à l'envi C'est un calendrier du tendre, une carte du temps géologique qui se déroule: des dates précises de 2020 à 2024.. Des événements marquants, anniversaires, voyages..Le tout étayé de commentaires vivifiants. 


Cimetière, cadenas, platane, tout est pré-texte à jouir des mots, des sons-frissons, des bruits ou babillages de Lilou. Très vivant, direct et touchant, ce spectacle hors norme que l'on déguste en position couchée ou assise est le récit d'aventures. Épopée intime mais largement partagée par un public certes restreint mais très captif. Des scènes corporelles très drôles où contact, rejet, attirances et embrouilles réjouissent et renforcent la narration. François Sarhan en conteur-récitant, officiant de cet événement. Les images du fameux Log Book en contrepoint donnent un côté enluminures médiévales, grimoire et autre parchemin enchanteur. Quasi surréaliste, fantastique, mystique et ésotérique. Une balade sonore dans le temps où la boussole garde le cap, où le capitaine tient la barre. E la nave va! En épilogue de cette longue navigation: "Mais tu dois apprendre à fermer les oreilles": on sait qu'elles n'ont pas de paupières..On va trouver une solution pour les laisser ouvertes!Ça va Sarhanger !


conception, musique et performance | François Sarhan 
performance | François Sarhan, Ensemble Zafraan 
Management Zafraan Ensemble | Sofia Surgutschowa


Zafraan Ensemble
saxophone | Martin Posegga
violon | Emmanuelle Bernard
alto | Josa Gerhard
contrebasse | Jakob Krupp
percussions | Daniel Eichholz
synthétiseur | Clemens Hund-Göschel


production Zafraan Ensemble

Sans doute une similitude incongrue avec "le jeu de Marseille"?


Un hommage plus personnel est rendu à Alfred Jarry, le Père Ubu servant
de joker. Le jeu de cartes de Marseille a été publié pour la première fois
aux États-Unis dans un article de la revue VVV en 1943 puis édité en coffret
en 1983. En hommage à Varian Fry, le jeu est offert au Musée Cantini en
2003 par la fille d’André Breton et de Jacqueline Lamba.
Frédéric Delanglade –


Danse-éclats: Dominique Starck éblouit. Poussières d'étoiles, éclaboussures de couleurs...


Exposition « Danse Éclats », une sélection de peinture de 1990 à 2024 de Dominique Starck.

 


Les peintures de Dominique Stark sont mouvements, pulsions autant que minuties et précisions."Danseur", "Danseuse" en seraient les emblématiques illustrations. Toiles de taches et pointillisme irrégulier, jeté sur la peau tendue du cadre. Etincelles de peintures en touches ou en nappes répandues qui se fondent et se diluent dans l'espace. Se répande,nt à loisir. Couleurs diffractées, segmentées, éparpillées en grand ou petit format. On promène dans l'exposition, en respirant, expirant l'espace intérieur de notre corps comme une petite danse D'un é-toile à l'autre comme Rimbaud.


"J'ai tendu des cordes de clocher à clocher ; des guirlandes de fenêtre à fenêtre ; des chaînes d'or d'étoile à étoile, et je danse". Illuminations salutaires... Les titres des toiles, "bouhda" ou divinités indiennes ravissent l'ensemble et guide celui qui regarde dans des espaces sonores, visuels et esthétiques, spirituels et méditatifs. L'artiste, présent veille sur son univers et semble en faire partie intégrant. Un sourire au coin des lèvres pour auréoler la visite.Poussière de rose et éclaboussures.


Né en 1963 à Wissembourg, Dominique Starck est peintre, chorégraphe, danseur butô et enseignant en yoga.
Après des études à l'École des Arts Dé- coratifs de Strasbourg auprès de Sarkis, Jean-Marie Krauth et Thomas Soriano, et un passage à la Kunstacademie de Düsseldorf auprès de Konrad Klapheck, Dominique Starck se forme à la danse butô, à la danse contemporaine et au yoga.
Il expose régulièrement et donne des spectacles et des performances en France et à l'étranger : Strasbourg, Paris, Belfort, Nantes, Karlsruhe, New York, Quebec, Sara- jevo, Novi Sad, Bilbao...
En 1986, Bourse de l'Office Franco-Alle- mand de la jeunesse
En 1991, lauréat du prix du Centre Européen d'Action Artistiques Contemporaines
En 2008, lauréat d'une bourse artistique du Conseil Général du Bas-Rhin.



Œuvre : Dominique Starck, Acrylique sur toile
Jusqu'au 26/10/2024 Galerie Yves Iffrig - Strasbourg  




"Ouverture": Kaori Ito etTam: un duo extra-vaguant plein de charme.

 


Avec les performances, Kaori Ito cherche la liberté de l’instant présent. Instinctive, elle prend le risque de l’improvisation et tente de se connecter avec le ou la musicien·ne complice et avec les spectacteur·rices.

Parfois, lors de ces moments suspendus et inattendus,​​ elle parle et confie des anecdotes personnelles. Parfois, elle joue de la musique et fait danser le ou la musicien·ne. Parfois, elle lui grimpe dessus ou vole le chapeau d’un·e spectateur·rice.Pour l’ouverture de saison du TJP, Kaori invite Tâm, directeur des Percussions de Strasbourg.Un dialogue vivant et créatif se noue sur scène entre Kaori Ito et Minh-Tâm Nguyen, son complice musical, entraînant le public dans une aventure artistique imprévisible.

Et le duo-tandem fonctionne dès la première apparition des deux performeurs: lui au vibraphone, elle avec sa robe rouge, col roulé, vaste et ondoyante. Deux taches de couleurs sonores et corporelles pour un festin de mouvement. La fluidité des gestes de Kaori Ito, son corps ingénieux qui se glisse dans les failles de l'espace en font un régal chaleureux, visuel en diable. Animal à l'affut du moindre signe chez les spectateurs assis en rond en proximité. Danse d'expression, de sorcière à la Wigman, de buto transcendé.Son visage expressif et plein de mimiques avenantes.Ses évolutions agiles, volubiles, véloces pour ornement efficace d'une danse organique et sensuelle. Le corps fort et tendu pour affirmer cette présence inégalée à ce qu'il se passe. Les enfants, fascinés ou en osmose avec ses reptations, bonds et autres figures non académiques. Danse et percussions ritualisées par un jeu efficace, direct, accessible. Soubresauts tétaniques, épileptiques ou robotiques en diable. Poly-gestuelle magnétique d'une artiste hors pair, généreuse, radicale, partageuse. A l'écoute des sons et bruits que Tam délivre, invente, lui aussi aux aguets.L'ambiance est joyeuse. Les doigts de pieds de Kaori, largement offerts, plantés au sol ou s'emparant d'un fil de chargeur de téléphone portable tout juste sorti à l'improviste d'un sac à main de spectatrice! Corde tendue, étirée, jouant de la souplesse très laxe de la danseuse, araignée de circonstance! Impromptu de génie.Deux compères , voix et électroacoustique sont complices de l'événement.L'artiste impacte le public, l'invite sans heurt ni harcèlement à se mettre en jeu, en mouvement, en contact. Elle"invite", suggère sans forcer ni démagogie à participer, se joindre à la fête. Dans un grand esprit "d'ouverture" au monde, à l'enfance.Au final, une petite séance de respiration collective conduite et dirigée fédère et réunit petits et grands..