dimanche 6 octobre 2024

"EGAL=" Les Percussions de Strasbourg: égaler les sons en les regardant, les imaginant: une expérienne sensorielle et "solidienne" rarissime

 


Qu’est-ce que le son et comment le percevons-nous ? Sous la forme d’un concert suivi d’un temps d’échange, il s’agit de croiser les expériences pour mieux déconstruire nos perceptions.

Porté par Musica en collaboration avec Les Percussions de Strasbourg, EGAL= Expérience d'écoute globale est un parcours sensoriel inspiré et nourri par la culture sourde. Cet espace d’exploration permet de découvrir différents modes de perception de la musique, par une écoute corporelle tantôt visuelle, vibratoire ou encore solidienne.

Une rencontre d'exception avec les trois protagonistes chercheurs des Percussions de Strasbourg, à l'Agora, un centre social, culturel, médiathèque doté d'une salle de spectacle, en bordure de Metz centre. A partir de la partition de Simon Løffler, C (2013) c'est à une expérience de "musique sans le son" que nous participons du regard. "voyez la musique, écoutez la danse" disait Balanchine, "compositeur" de la danse! Alors c'est un duo magnifique qui s'adresse à nous: des gestes évoquant les dimensions, les hauteurs, les forces et intensités en autant de verbes d'action: des sons gestuels comme pousser, élever,vibrer,aplanir, résonner, maintenir, écarter, renverser, rejoindre, effleurent la pensée vagabonde ainsi sollicitée. C'est de toute beauté et la frontière avec la danse est proche. Les corps parlent et murmurent à l'envi: sans le son qui gambade ailleurs que dans nos oreilles. L'imagination sollicité comme un jeu de piste ludique et sensoriel.


Avec l'oeuvre de Mark Applebaum, Tlön (1995) c'est trois chefs d'orchestre qui incarnent le mouvement corporel généré par les sons: ceux à diriger en mimétisme de règles de direction d'orchestre. Avec pupitre comme soutient visuel pour mieux visualiser les actions corporelles. Drôle et jamais caricaturale, cette "démonstration" de haut vol est convaincante et illustre le propos. Nous sommes les musiciens à éclairer, ils sont les directeurs de nos exécutions musicales et saluent le public...de dos! Battre la mesure comme une signature de mouvements d'une symphonie absente, muette, éloquence et résonance des gestes évocateurs de sons. On travaille assidument à cette représentation.

Puis avec l'opus de  Jeppe Ernst, Offertorium : Behandling A (2018) on assiste à un duo tendre et plein de charme. Les deux interprètes, toujours sans aucune touche musicale, se frôle, dessinent les contours de leurs visages, se touchent intimement, s'apprivoisent: un meli-melo de mains, de bras comme un livre d'images que l'on feuillette amoureusement. Délicieux moment de grâce, de mouvements qui inspirent sons, rythmes et musique selon sa propre inspiration et imagination. Jeux de mains dans un respect et une préciosité de toute beauté.

Et puis l'expérience phare demeure celle de l'expérience de l'écoute corporelle solidienne. En fer à cheval, le public est invité à "mordre" dans une tige de bois pour expérimenter le son issu des trois glockenspiel des trois musiciens aux consoles. Le tableau est croustillant d'observer chacun, relié à l'autre, mordre cet "accessoire" vecteur de réverbérations sonores par le truchement des os du crane et et de la mâchoire non des tympans! Bel exercice participatif de collaboration et partages des fruits d'une recherche fouillée et passionnante.

Au final de cette cession de travail collectif, deux tam-tam sont à notre disposition pour expérimenter les vibrations des touches percussives du percussionniste L'oeuvre de James Tenney, Having never written a Note for percussion (1971) devient terrain de jeu et vecteur de sensations vibratoires du bel effet de détente, décontraction et lâcher prise. Un temps pour tous et surtout en direction d'un public mal-entendant d'une rare qualité émotionnelle autant que ludique et thérapeutique.Divertissante aussi bordé d'un temps d'échanges de paroles généreux et fructueux!


Percussions de Strasbourg
Matthieu Benigno
Pin-Cheng Chiu
Hyoungkwon Gil
Lou Renaud-Bailly


Présenté avec la Cité musicale-Metz et l'Agora le 5 Octobre dans le cadre de MUSICA METZ


"Rosas Danst Rosas" Anne Teresa De Keersmaeker | Rosas: danse en état de siège.

 


DANSE | WORKSHOP | FLASHMOB au Centre Georges Pompidou
Artiste d’exception, la chorégraphe belge Anne Teresa De Keersmaeker a partagé au Centre Pompidou-Metz sa célèbre pièce Rosas danst Rosas sous forme participative avec le public.  Laura Maria Poletti, danseuse de la compagnie Rosas, a proposé aux participant.es d’aborder les matériaux et les principes d’écriture qui président à la création de la chorégraphie créée en 1983.


En 1983, Anne Teresa De Keersmaeker s’imposait sur la scène internationale avec Rosas danst Rosas, un spectacle devenu depuis lors une véritable référence dans l’histoire de la danse postmoderne. Rosas danst Rosas approfondit la veine minimaliste ouverte avec Fase, Four Movements to the Music of Steve Reich (1982) : des mouvements abstraits constituent la base d’un riche contrepoint chorégraphique dominé par la répétition.
La véhémence expressive de ces mouvements est contredite par la trivialité des petits gestes quotidiens. Quatre danseuses « se dansent elles-mêmes » sans un seul instant de relâche. Leur obstination — jusqu’à l’épuisement — entre en contraste avec l’impeccable structure formelle de la chorégraphie. Les boucles rythmiques de Thierry De Mey et Peter Vermeersch (une musique répétitive qu’ils désignaient comme maximaliste) ont été composées durant le processus chorégraphique. Au Centre Pompidou Metz, le deuxième mouvement de Rosas danst Rosas
sera interprété par quatre danseuses qui faisaient partie de la dernière reprise de cette œuvre emblématique en 2017.

 


Le grand hall du centre Pompidou Metz est devenu nef de la danse et la tectonique de son architecture rejoint celle de la danse d'Anne Teresa de Keersmaeker dans une audace vertigineuse et tonique. La musique de Thierry de Mey épousant de ces pulsions fiévreuses et obsessionnelles dans une joie et effervescence diabolique. Les quatre danseuses, "assises" sur des chaises alignées font se révolter l'espace, le font grandir et magnifient un univers hypnotique, irréel. Les corps sont autant souples, alanguis, nonchalants, que rigides, toniques et mus par une énergie féroce, maitrisée, calculée à la croche près. La rythmique est infernale et coupe le souffle de celui qui regarde, actif participant en extrême proximité de cette messe pour un temps présent effréné.On ne les quitte plus des yeux, elles fascinent, toutes complices de regard et de possession. Ce quatuor légendaire, signature de la démiurge chorégraphe fonctionne à fond et ne se perd pas dans ce vaste espace dévolu à l'art contemporain. Une plate forme idéale pour cette pièce qui ne cesse de secouer, d'ébranler l'écriture chorégraphique "minimaliste" mais jamais abstraite. Les corps vêtus de tuniques dévoilant épaules et nuques, les cheveux comme des prolongations de mouvement, les leggings et soquettes comme costumes de peau à danser comme des folles créatures échevelées pourtant très "policées". Un moment de grâce époustouflant qui n'a pas perdu une ride de tonicité et de magnétisme.

Au Centre Pompidou Metz les 5 et 6 octobre dans le cadre du festival MUSICA METZ

"Mirlitons" François Chaignaud | Aymeric Hainaux. Flammes and C°...

 


Au lendemain d’une défaite à venir. Les corps sont repliés, effondrés, inconscients — frappés peut-être par une colère divine. Mais progressivement ils se réaniment, s’amplifient, s’abandonnent à la vie une fois encore.Entre Aymeric Hainaux et François Chaignaud, l’espace d’un dernier rite se dessine. Le beatboxing du premier libère les claquettes amplifiées du second. C’est la lutte de la bouche et des pieds, et leur fusion en une créature musicale hybride. À travers cette transe païenne ultime, errance statique, tableau vrombissant, transparaît l’envers, le mirliton, un sifflet enfantin comme un souvenir perdu, un poème sans prétention.

Il traine un homme comme un cadavre ramolli dans un linceul de velours rouge qu'il jambe par la suite.... Ce dernier entame une respiration percutante qui ne le quittera plus: tambour en expiration sempiternelle. La vie demeure intacte. Pieta étouffante en portée tourbillonnante avec un hameau de cliquetis fait de pins enchevêtrés. Tout un programme de percussion intime venue du souffle, du coffre, des côtes et cage thoracique du compère de François Chaignaud. Micro tendu exaltant vent et expirations. Les deux hommes juchés sur un carré d'estrade minimal. Chaignaud en épouvantail de cuir , un bâton sculpté à sabot de bouc sur les épaules.Maléfique effigie, animal qui sème de ses sabots noirs des claquettes et des frappes au sol de flamenco. Traçant des cercles de craie magique quasi d'inspiration de ronds de jambe classiques. Une présentation solennelle des deux bâtons magiques comme porte drapeau d'une danse rituelle bordée de clochettes en grappes sonnantes et trébuchantes. Les sons des percussions thoraciques et des pas au sol amplifiés par un mur d'enceintes en fond de scène. Transes rythmiques avoisinant l'hypnose pour les spectateurs réunis en cercle autour de cette joute fantasque. Tremblements, tétanie, possession de ces sauvages, fous de danse, cheveux débridés touffus dans une montée en puissance du son assourdissant. Ils crèvent et brulent les planches de leur flammes and c° résonnant et indisciplinaires: irrévérencieux en diable. Nus pieds pour l'un, pointes flamenco pour l'autre dans un exercice virtuose de tours et martellement. Tels des sabots de bouc émissaire, ensorcelé, rituel de bergers qui sautent et sursautent. La perte, l'épuisement des corps comme credo ensorcelant. Une petite pause salutaire pour un changement d'oripeaux, de peaux de cuir et c'est reparti pour une session. De la voix surgit. Les sabots transformés en chaussons douillets blancs pour feutrer le son, glisser. Un turban de serviette de bain pour essuyer la sueur perlant des pores de cette peau du monde, peu d'animal aux abois. Chaignaud en Noureiv transpirant, moulé dans un legging blanc, Galvan-isé par les spasmes et zapateados de la rage flamenca. Outrepassée par une verve d'enfer, une tonicité, des muscles bandés par l'effort et la lutte avec le sol, avec l'autre. En un combat singulier devant nous , nous alpaguant. Un cache-coeur, caraco pailleté de pins résonants de toute beauté plastique. L'endurance, la résistance rivées au corps.Tel une ballerine qui se déglingue, Chaignaud exulte, rayonne, toréro de haute voltige face à son "batteur" corporel, son adversaire- compère idéal de joute. Danse sur pointes de chaussures flkamenco comme sur des lames de couteau à la Javier Perez, pour "sur le fil".Chaussures à la Iris van Herpen




Une chute, pieds en l'air, un pas de deux, adage où ils s'étripent joyeusement, se cherchent la bagarre, la zizanie. Pulsations toujours, étouffées parfois, figure scupturale de piéta: que de bonnes vibrations partagées que ce duo-duel infernal sorti des flammes d'un paradis en perdition joyeuse et païenne. Derrière le mur d'enceinte, ils disparaissent ces deux diablotins  monstrueux comme absorbés, dévorés par la matière sonore. Demeure un léger sifflement d'oiseau prometteur de rédemption. Lucifer et son double consumés.

 

conception et interprétation | François Chaignaud, Aymeric Hainaux
collaboration artistique | Sarah Chaumette
lumières | Marinette Buchy
régie générale | Marinette Buchy, Anthony Merlaud
son | Aude Besnard, Patrick Faubert, Jean-Louis Waflart
costumes | Sari Brunel

 A l'Arsenal le 4 Octobre dans le cadre du festival MUSICA