mercredi 9 octobre 2024

"Nouvelle Histoire de la danse en Occident: De la Préhistoire à nos jours": Terpsichore à l'honneur, enfin !

 


Laura Cappelle, William Forsythe
Editions du Seuil - 416 pages
 
La danse représente un réel défi pour les historiens. Art de l’éphémère, elle ne laisse dans son sillage que des traces très partielles une fois évanouie, et continue souvent à être oubliée dans les récits de l’histoire de l’art. Afin de combler ce manque, Laura Cappelle a réuni vingt-sept des meilleurs spécialistes internationaux de la danse occidentale, dont les travaux mettent en avant sur la longue durée, depuis la Préhistoire jusqu’à nos jours, une multiplicité de techniques et de pratiques. Des premiers indices de transes dansées à la libération moderne du corps, des ballets de la Renaissance à la création chorégraphique actuelle, cet ouvrage décrypte le mouvement à la lumière des dynamiques sociales, culturelles et artistiques qui l’ont façonné en Occident. La danse y est contemporaine, classique, apollinienne, dionysiaque, politique, esthétique, populaire ; de la ville à la scène, elle brouille les frontières et revendique aussi bien l’élévation que l’ancrage au sol, la virtuosité que le dépouillement. Projet essentiel pour que les fruits de la recherche nourrissent la culture générale de la danse ainsi que la compréhension des œuvres et des pratiques aujourd’hui, cette traversée de l’histoire s’adresse à tous les publics.

"Une histoire dessinée de la danse": Laura Cappelle et Thomas Gilbert : Terpsichore bien croquée !

 


Danses guerrières, macabres, modernes, urbaines : de la Préhistoire au XXIe siècle, c’est toute la richesse de l’histoire de la danse qui est ici traduite par le dessin.

Andréa et Camille traversent les époques pour faire l’expérience dans leurs corps de l’évolution du mouvement. Entre désir de raffinement du geste et soif de nouveauté et d’expression de soi, leurs visions de la danse croisent le développement des techniques et du regard porté sur cet art en Occident. On y rencontre aussi bien Marie Taglioni, Loïe Fuller et Pina Bausch que des figures moins connues, de la mime romaine Galeria Copiola à Louis-Julien Clarchies, ancien esclave devenu danseur et chef d’orchestre sous Napoléon.

Alliant rigueur scientifique et puissance des traits, Laura Cappelle et Thomas Gilbert remettent ainsi en mouvement les traces de cet art éphémère.

mardi 8 octobre 2024

"Beretta 68": la grande lessive, "tambour" battant : coup de feu, pan pan sur le phallus.

 


Chaque jour, dans une étrange laverie désaffectée, un groupe de femmes se retrouve et se prépare au combat. Elles ont toutes lu le SCUM Manifesto de Valerie Solanas et comptent bien en appliquer le principe fondateur : tailler les hommes en pièces. L’histoire de cette féministe radicale américaine après sa tentative d’assassinat sur Andy Warhol en 1968 rencontre les voix de Virginie Despentes, Christiane Rochefort, Marcia Burnier, Jacqueline Sauvage, Maria del Carmen Garcia, du collectif Marthe et celles des huit créatrices de Beretta 68 qui ont toutes participé à l’écriture du spectacle. Une première création acérée et dangereuse qui interroge le droit à la violence des femmes et rappelle la puissance d’action du théâtre.

Un collectif pour dénoncer, énoncer les agressions de toutes sortes faites aux femmes de tout temps. Plus particulièrement au sein du groupe détenteur de l'ouvrage "SCUM Manifesto", la référence tout au long du spectacle de ces huit jeunes femmes, scénographes, metteuses en scène et comédiennes. C'est un "lavomatic", ce lieu où les ménagères traditionnelles allaient comme au lavoir, rendre leur linge propre qui devient, désaffecté, l'unité d'action et de lieu de ce travail collectif. Collectif de paroles, de recherches et d'attention très "attentionnée" au regard de la rébellion féminine. La violence est-elle solution, réplique, réponse à un état de fait?  La colère semble être le choix de la lutte, du combat: légitime défense, victime? Tout est lieu de discussion, de "soulèvement", de questionnement et l'on sort de salle, convaincu que les abeilles n'ont pas tort: évincer les bourdons de la ruche à la venue de l'automne, bouches devenues inutiles à nourrir..Manifeste matriarcal très bien incarné, autant en slam chanté que en dialogues ou textes joués, cet opus étrange et franc de collier interroge aux bons endroits. Une recette de cuisine où le poulet devient l'homme-ennemi à découper en morceau est truculente. On ne manque pas d'humour et ni de savoir-être ensemble même si chaque personnage ne fait pas l'unanimité dans ces positionnements politiques. Postures, attitudes et sensibilité au poing pour cette communauté, assemblée démocratique et conviviale qui "occupe" le plateau comme un forum, une agora de la parole libératrice. Elles ont du punch, de la verve et de la détermination et prennent la scène avec audace et engagement. Pas de langue de bois ni de figure de la Mère Denis dans cette lessive où Monsieur Propre ne gagne pas dans la blancheur faite aux femmes, petites filles modèles. Le combat est vif argent et Andy Warhol, caricature du mâle en mal d'identité est aussi un joli moment de théâtre.Valentine Lê et  ses consœurs , Jade Emmanuel en Valérie Solanas très convaincante. "Judith décapitant Holopherne" peinte par Artemisia Gentileschi serait l'illustration finale en décalage esthétique, certes, mais soulignant la richesse et sauvagerie du propos. La scénographie demeure très éloquente de cette diatribe.de "jeunesse" dont la valeur n'attend pas le nombre des années.

Au TNS jusqu'au 18 Octobre

Collectif FASP
[Conception, texte]
Collectif FASP et extraits du SCUM
Manifesto de Valerie Solanas
[Mise en scène et jeu]
Collectif FASP – Loïse Beauseigneur,
Léa Bonhomme, Jeanne Daniel-Nguyen,
Jade Emmanuel, Valentine Lê, Charlotte
Moussié, Manon Poirier, Manon Xardel
[Scénographie] Loïse Beauseigneur,
Valentine Lê, Charlotte Moussié [Costumes]
Léa Bonhomme, Jeanne Daniel-Nguyen,
Jade Emmanuel [Musique] Léa Bonhomme,
Valentine Lê, Manon Xardel [Lumière] Loïse
Beauseigneur, Charlotte Moussié