dimanche 21 septembre 2025

"A world we live in" Kronos Quartet : une ode à l'humain, et à une formation contemporaine renaissante: le quatuor à cordes.

 


Le Kronos Quartet a contribué à façonner la sonorité d’une époque. Sa trajectoire exceptionnelle, le quatuor l’a construite depuis le milieu des années 1970 en franchissant les frontières de la création musicale, de la musique répétitive aux musiques populaires, pour offrir ses lettres de noblesse au « crossover ».

Plus de 30 ans après sa dernière venue à Strasbourg, le Kronos Quartet présente un programme placé sous le signe de la prise de conscience face aux tragédies d’hier et d’aujourd’hui. Le programme se conclut sur le chef-d’œuvre de Steve Reich, Different Trains, créé par le quatuor en 1988. Ce voyage en train, vers la vie pour Steve Reich, lorsqu’enfant dans les années 1940 il traversait les États-Unis pour rejoindre ses parents divorcés, ou vers la mort pour d’autres au même moment en Europe, répond aux Bombs of Beirut de Mary Kouyoumdjian, pièce-témoignage sur les conflits au Moyen-Orient. Que ces œuvres intenses côtoient dans un même concert les arrangements de titres chargés de sens de Neil Young et Nina Simone, les expérimentations de Nicole Lizée, le message de paix de Terry Riley ou l’ode aux exilés d’Hildur Guðnadóttir démontre une volonté intacte d’ancrer la musique au plus proche des préoccupations du présent. La recette Kronos Quartet n’a pas vieilli. Garanti sans conservatisme.

Basé à San Francisco, le mythique quatuor est particulièrement associé aux noms de Terry Riley, Philip Glass et Steve Reich, avec qui il a tissé des liens artistiques forts, donnant naissance à des pièces maîtresses du répertoire minimaliste américain. Dans ce concert anniversaire, le Kronos Quartet, résolument ancré dans son époque, a souhaité faire entendre le travail de compositeurs et compositrices qui affrontent et relatent les tragédies contemporaines par la musique et la protestation. On y retrouve les artistes majeur.es avec lesquel.les le quatuor a collaboré et les nombreux répertoires et genres musicaux qu’il a abordé durant ses cinquante années d’activité.

C'est avec la compositrice Nicole Lizée et son oeuvre étrange et très inventive
Death to Kosmische (2011) que démarre ce concert tant attendu: une pièce originale où les concertistes instrumentistes se transforment en joueurs de moultes "jouets" électroniques à touche et un mange disques percutant ému de secousses burlesques et décapantes! De la musique avant toute chose et un humour fracassant pour le quatuor rompu au sérieux et à la rigueur légendaire. Suivront de Mary Kouyoumdjian les Bombs of Beirut (2025) évocation des bombardements réels de guerre-missiles et explosions-témoins des horreurs "sonores" de la guerre et de leurs méfaits sur la captation des bruits et de la fureur du monde. Au tour de Nina Simone avec For All We Know (1959) arr. Jacob Garchik, 2022 pour évoquer la prise de conscience face aux tragédies mondiales. Terry Riley avec One earth, one people, one love (2015) souligne cette indignation en autant de touches sensibles, Neil Young avec Ohio (1971) arr. Paul Wiancko, 2025 pour souligner et affirmer que la musique peut adoucir les moeurs, rendre plus fort et digne ceux qui la font et l'écoutent..Au tour de Hildur Guðnadóttir avec Fólk fær andlit (2021) pour enraciner le propos et en toute fin de concert comme une ode à l'humanité le chef d'oeuvre de Steve Reich Different Trains (1988): l'interprétation est virtuose et sensible, humaine, à fleur de cordes et l'extrême précision des interventions acoustiques sur le timing de la bande son est prodigieuse. Deux rappels en sus et le quatuor fait ainsi une démonstration de sa volonté d'inscrire la musique contemporaine dans les turbulences de l'actualité de plus  en reprenant en bis « Ya Talei’en El Jabal » (Hé, toi qui escalades la montagne), le chant de liberté et de résistance de la chanteuse palestinienne Rim Banna (1966-2018)

.Une ode à l'humanisme, à l'excellence et à la pluralité des écritures musicales pour "le quatuor à cordes" d'aujourd'hui!

Kronos Quartet

violon David Harrington, Gabriela Díaz
alto Ayane Kozasa
violoncelle Paul Wiancko

A l'Opéra du Rhin dans le cadre de MUSICA le 21 Septemnre 

installation "Thunder Sheet Machine Le Grand Souffle" Johannes Kreidler : le vent se lève à MUSICA à la HEAR

 


Une installation pensée comme un parcours sonore et visuel à travers le bruit blanc des éléments, du souffle d’air au tonnerre.

Depuis une vingtaine d’années, Johannes Kreidler bouleverse les codes de la création musicale à travers ses performances et ses propositions conceptuelles. Son dernier projet, accueilli avec la HEAR, est une installation mécanisée et s’attache aux conditions physiques et climatiques du son. Souffleurs de jardin, sifflets imprimés en 3D et plaques-tonnerres (thunder sheet) sont quelques-uns des ingrédients d’une installation conçue comme un parcours sonore et visuel à travers le bruit blanc du vent.La 43e édition du festival marque un partenariat fort entre Musica et la HEAR. Au programme de l’événement, dix rendez-vous accueillis dans les espaces de l’école, une exposition à La Chaufferie et une programmation de clôture confiée aux étudiant·es. Ce partenariat marque un engagement commun en faveur de la création contemporaine.


 Le vent se lève en tornade et tempête quand s'ébranle le souffle de curieuses trompes-ventilateurs au souffle de fun dévastateurs. Le public est assis ou en déambulation au sein de la Chaufferie, espace haut de plafond, au volume cubique de white cube ici dévolu à l'accueil de série de panneaux sonores, plaques suspendues à des cintres: de couleurs, en métal résonant dont une machinerie diabolique actionne le rythme par des frappes régulières, sonores, percussives. La matière résonne, haute en couleurs et hauteurs diversifiées. Comme des lambeaux flottant émus par des percussions successives. Des ombres démultipliées dessinent sur les murs des conteurs doubles spectraux, fantomatiques discrets. Des perspectives s'ajoutent ainsi à la lecture très physique que l'acteur-spectateur déclenche en lui. Des sifflets à disposition du public pour couvrir le son du vent, des frappes et enjouer l'atmosphère pas toujours sereine de cette installation. Cela pourrait se dérouler dans un désert aux confins de dunes de sables venteuses. On déambule ou songe à ces paysages fait de lumières, de grains de minéral, de souffle indomesticable. L"ambiance est à la méditation qui se laisse surprendre par les interventions d'une machinerie ingénieuse commandée par une technologie savante. Du bel ouvrage pour cette tempête sonore loin d'être dans un verre d'eau. L'air de rien ce dispositif ne manque pas de souffle et les effets de couleurs ondoyants, les respirations de ces petits fragments de métal évoqueraient les palpitations et vibrations de cage thoracique, de poumons du monde en régulation constante.


L’installation de Johannes Kreidler est pensée comme un parcours sonore et visuel à travers le bruit blanc des éléments, du souffle d’air au tonnerre. Dans le cadre du festival Musica.

Depuis une vingtaine d’années, Johannes Kreidler bouleverse les codes de la création musicale à travers ses performances et ses propositions conceptuelles. Son dernier projet, accueilli par la HEAR avec Musica, est une installation mécanisée et s’attache aux conditions physiques et climatiques du son, et plus particulièrement à différentes qualités de souffle. Ventilateurs, sèche-cheveux ou plaques-tonnerres (thunder sheet) sont quelques-uns des ingrédients d’une installation conçue comme un parcours sonore et visuel à travers le bruit blanc du vent. 

HEAR Chaufferie MUSICA jusqu'au 5 Octobre

samedi 20 septembre 2025

Concert" Elja" Kronos Quartet Benedicte Maurseth Kristine Tjøgersen : la transparence à l'infini du violon norvégien

 


Depuis plus de 50 ans, le Kronos Quartet a constamment cherché à élargir le champ des possibles. Son répertoire comprend les chefs-d’œuvre de la musique américaine pour quatuor à cordes, mais également de nombreux projets tournés vers les musiques populaires ou traditionnelles de tous les continents.

En 2025, le quatuor collabore avec les Norvégiennes Benedicte Maurseth et Kristine Tjøgersen. Toutes deux compositrices, la première dans le registre des musiques traditionnelles et populaires, la seconde dans le champ de la création contemporaine, elles créent ensemble Elja, une œuvre inspirée de la musique folklorique nordique. Sur scène, les quatre membres du quatuor accompagnés au violon et au chant par Benedicte Maurseth utilisent des instruments à cordes Hardanger — instruments traditionnels norvégiens —, se différenciant notamment des instruments classiques en ce qu’ils sont munis de cordes sympathiques et ornés de motifs en marqueterie. La fusion musicale qui en découle est renforcée par une partie électronique composée de sons naturels enregistrés dans des paysages reculés du pays.

Benedicte Maurseth, Kristine Tjøgersen
Elja (2025) 

C'est l'église ST Paul qui abrite le premier concert de "quatuor" de MUSICA 2025 et c'est un écrin sonore et architectural puissant comme la musique qui va nous être délivrée une heure durant en cette "cathédrale" du son et de l'espace lumineux. Kronos Quartet interprète ici une oeuvre rare composée par un tandem tout aussi étrange: deux compositrices inspirées par la nature autant que par le monde de la musique dite contemporaine. Une oeuvre lumineuse aux accents très contrastés, oscillant entre force tellurique et discrétion infime et imperceptible de sons crées pour ces instruments à cordes. Bordés d'images magnifiques évoquant des paysages nordiques, des arbres mouvants aux eaux transparentes de rivières joyeuses. Des instants de grâce époustouflants où l'on perd pied, où l'on prend son envol vers des espaces infinis de notes disséminées dans l'espace. Le jeu des musiciens est tendu, concentré sur le moindre détail d'écriture: l'interprétation vécue comme un partage de risque et de rareté étonnant. C'est dire si le voyage est presque trop bref, le temps de s'immerger dans les eaux changeantes de ces courants transparents de bulles tournoyantes d'eau claire. La lumière auréolant ainsi le quatuor comme un phare inspirant et flatteur. Une heure de délice d'écoute collective, bordée par des chants d'oiseaux lointain et la voix de Benedicte Maurseth.

Distribution

Kronos Quartet

violon David Harrington, Gabriela Díaz
alto Ayane Kozasa
violoncelle Paul Wiancko

violon Hardanger Benedicte Maurseth

lumières, vidéo Evelina Dembacke

A ST Paul le 20 Septembre dans le cadre du festival MUSICA 

© Ingo Biermann
© Ingo Biermann