dimanche 17 février 2019

"Amours 2: promenade , performance" : on ne badine pas avec l'Amour !

Les rues de Strasbourg deviennent pour l'occasion un décor de théâtre où l'amour fait son apparition avec ses multiples visages - fragile, tendre, violent, désespéré... Laissez-vous surprendre par cet événement insolite mêlant théâtre, danse, musique et arts plastiques, où la frontière entre la réalité et la fiction devient incertaine.
AMOURS #2 est un événement organisé par La-Friche et fait partie de la programmation officielle de STRASBOURG MON AMOUR 



Photos Patrick Lambin



Un temps propice à la balade, grand soleil et printemps au tournant, voici l'occasion rêvée de rencontrer au coin de la rue des artistes nichés dans les angles ou à vue, le long des quais...Surprise ! Deux grands groupes de "badauds" au rendez-vous de ce bivouac du programme "Strasbourg, mon Amour", un festin d'opportunités pour découvrir et vivre les mille et une facettes d'un mot "magique" !
Mais vraiment "magique" ? A vous de peser le pour et le contre: les péripéties liées à cet état d'âme et de corps vont être "salées" et peu "sucrées" !
Pas de glamour ici, mais des amours solitaires, fanées, chantées, pesées et vendues aux enchères, des fleurs cachées, une guitare éperdue, un joueur de flûte de Hamelin pour fréquenter les rues basses, ou les placettes de la Krutenau.
Sur le ponton du quai des Pêcheurs, une femme en manteau rouge arpente, rêveuse, les planches flottantes...Solitude ou attente ? Sur le quai, du haut de sa fenêtre une femme vocifère et balance les jeans de son Roméo en injuriant la terre entière: c'est drôle et un chaland de s'exclamer: "Oh, chouette, une scène de ménage !" Plus vraie que nature!

Des cœurs rouges en ballon gonflés portés par nos guides pour nous indiquer le chemin à suivre dans le dédale des petites rues, de l'autre coté de la rive et nous voici à surprendre "les voix de stras" dans un recoin de porche: "Les chemins de l'amour" de Poulenc se transforment en chant à cappella, auréolé de voix murmurantes, berceuses, enrobant les paroles de vocalises mystérieuses. Aperghis et sa "récitation" pleine de soupirs , de rires compulsifs,et de désirs enchante, les cinq chanteuses affublées de revues glamours aux couvertures éloquentes "nous deux" et autres marchandises mercantiles amoureuses...Puis c'est Brassens avec ses " passantes"qu'elles entonnent, justes et pesées, les mots sur le bout des lèvres, chuchotant: le public attentif se régale et se surprend à écouter de la "musique contemporaine" chanson de rue et de trottoir !Encore un coup de "maître" de la bande à Catherine Bolzinger !
En route pour la placette Sainte Madeleine: on y surprend et dérange un homme, en gabardine, allongé, seul sur un banc: désolé de vous importuner! Mais cela ne semble pas le distraire de ses malheurs et transports amoureux que l'on devine au fur et à mesure, dédiés à une jeune inconnue, prostituée...Belle prestation émouvante de Bruno Amnar.Juste perturbé, distant, interrogateur aux côtés d'un texte énigmatique de Beckett, "Premier Amour"

Place à la danse solitaire sur la place des Orphelins: une jeune femme s'échine à évoluer d'un banc à l'autre, forme esseulée de transports animée par une dynamique singulièrement courbe, torturée, spiralée: elle se rattache aux bancs publics, y rebondit, jaillit de son énergie calme ou tempétueuse...C'est Naomie Weidmann qui s'y colle, toute seule au milieu de la foule qui l'entoure...amoureusement, chaleureusement!


Beaucoup de "malheurs" dans ses amours fanées et perturbées: pas simple d'aimer !
C'est Bach que nous sommes invités à suivre dans la ruelle des Orphelins, Yanir Ritter au saxophone, joueur de vent de Hamelin, pour nous conduire au bout de la venelle jusqu'à une jeune femme, sombre et retenue, sobre, pour incarner un très beau texte de  Françoise Sagan, "Lettre de rupture". Magalie Ehlinger, touchante, émouvante de tendresse ou de désespoir..
.Un jeune homme, "muet" se tient près de l'arrêt de bus: agité de tremblements d'émotion, tétanisé par la timidité, une fleur portée derrière son dos! Grégoire Chaudron, fébrile et passionné, sans voix, médusé par les transes amoureuses, déçu dans l'attente insatisfaite, désespérée !

Encore un peu de désillusion avec "La voix humaine" de Cocteau, incarnée par une femme au portable, -eh oui, on se modernise-!, Elle arpente la place de Zurich, succédant à la guitare mélancolique de Yann Hartmann..Amandine Grousson s'y colle, convaincante, affolée, pugnace et animée de paroles de rupture, de confusion: un texte légendaire qu'elle revisite à sa façon, contemporaine, femme agacée, au bord de la crise de nerfs, à fleur de peau...C'est beau et touchant: nous sommes les témoins de tant de "misère" et de désespoir, sans pouvoir intervenir ni changer le cours des choses! Suicide vocal au téléphone, seule ou à deux, à l'autre bout "du fil", téléphone portable rivé au corps: la distance n'existe plus!



On aimerait être les secouristes, SAMU social et amoureux de tant de détresse, d'égarements, de solitude ou d'incompréhension.L'Amour "vache", sans issue..¨Pas vraiment '"eur'optimiste" ce programme !
Mais plein de surprises et l'emprise sur ce public nombreux au rendez-vous insolite, ou se raccordant à l'événement par hasard: pari gagné pour le collectif de La Friche, animé de passion et de chaleur humaine pour partager un pan de l'Amour, pas toujours facile ni fleur bleue!
Tragique, empathique, un chantier ouvert où plaies et blessures font partie du jeu, comme les arts du spectacle vivant, promus ainsi de façon originale par cette bande de trublions de la scène. In situ, c'est bon et on se régale des déboires de l'Amour pas toujours un long fleuve tranquille , ni une vie en rose!

A Strasbourg le samedi 16 Février dans la cité !

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