mardi 15 octobre 2019

"Le ballet une histoire illustrée"


Cinq cents ans d'histoire du ballet racontés en textes et en images : les oeuvres classiques résumées et analysées ; les grandes périodes, les techniques et les expressions emblématiques ; des portraits de chorégraphes, de compositeurs, de danseurs et de danseuses internationaux ; les grandes compagnies et les lieux de danse incontournables dans le monde.

dimanche 13 octobre 2019

"French touch made in Germany" : carambolages ! Immo -bile-home sweet home !


Le spectacle réunit baguette et bretzel, Chopin et Beethoven, Peugeot et Volkswagen, pétanque et saucisses de Francfort… IMMO, artiste allemand installé en France depuis 20 ans, propose un échange culturel franco-allemand explosif, où l’on retrouve jonglage, acrobatie, mentalisme et musique.  
IMMO garde les recettes qui ont fait le succès de ses précédents spectacles : sa générosité, son humour et son incroyable rapport au public. Mais cette fois il intègre une thématique, un fil rouge : il a envie de nous présenter et de mettre en perspective quelques particularités, clichés ou traditions de la France et de l’Allemagne.  
Ainsi il va au cours de ce spectacle nous montrer des recettes culinaires exotiques (en préparant en live une choucroute allemande un peu spéciale…), nous apprendre des mots allemands à travers un numéro de mentalisme, nous faire (re)découvrir Kraftwerk, nous initier au versage de la bière, et peut-être même lancer un débat franco-allemand sur le foot ou le nucléaire…

Santé ! Une petite cantine sur scène, une nappe à carreaux, deux chaudrons et des petits nains de jardin...C'est pas une "danse de mollets", éclairés par une projecteur, poursuite ou douche lumineuse, métaphore de ce show rigolo où l'on va se faire alpaguer, secouer, interpeller à l'envi: on sera prévenu, c'est participatif, qu'on le veuille ou non! Ceci déjà dans la bonne humeur et en présence d'un escogriffe débonnaire hors norme: mi clown, mi ange, mi acrobate, mi jongleur, homme orchestre, c'est "IMMO" agent mobile pour objets volants et surface de réparation périlleux!
En voiture, pour ce voyage ludique au pays de la choucroute, tranchée par une tronçonneuse, une marmite qui explose parce qu'il n'y a pas assez d'orangina pour le jus du choux! Chou blanc pour cette expérience qui se soldera par un numéro de baguette de pain magique, surmontée d'une saucisse...Animateur hors pair, le voilà aux prises avec un verre de bière à ne pas renverser, en présence d'une spectatrice convoquée sur le plateau, volontaire de l'expérience...Ambiance garantie comme pour un bon show tv, en famille: numéros de cirque pour évoquer un échange cultuel franco allemand: ça se carambole...Un beau numéro de jonglage avec saucisse, poêle à frire et flambeau..C'est risqué et on partage en empathie le danger encouru! Il jongle même avec des balles de ping-pong avec pour support, sa bouche en trampoline !
"Satisfait ou remboursé deux fois": un sketch désopilant, rapide et fulgurant sur les conditions de vente des denrées! Et c'est sur un podium chancelant, deux chaudrons empilés, qu'il entonne la Marseillaise, coiffé d'objets, bol, nain de jardin, livre de recettes,..
Alors qu'à ses pieds une fillette volontaire encombrée de ses objets, lui a auparavant servie de régisseuse-habilleuse C'est un coq mal léché qui lui sert de chef d'orchestre, autre bénévole recruté parmi les spectateurs...Joyeux public qui se prête au jeu avec enthousiasme et dans une belle adhésion à cette "échappée belle" dans le monde du cabaret, clown ou cirque de pacotille!
C'est ravissant, emballant, contagieux, question rire et décapage de codes circassien, ou de prestidigitateur..Esprits êtes vous là ? A coup sûr, car de "l'esprit" de la malice et de l'autorité, il en a ce Immo talentueux, chef de file de la Manu, endossant un tee shirt vert comme il se doit ! Pour mieux remporter la victoire, fêter le 14 Juillet en "cocorico" recyclé ! C'est au final en compagnie de sept volontaires, des hommes petits et grands en rang d'oignons qu'il va exécuter un numéro de danse de fil sur corde tendue par la force de ses volontaires!
C'est dire si tout cela est mené de main de maitre tambour battant dans un timing, une dynamique, construire ou improvisée ou la réplique est toujours juste, à propos et jamais déplacée! On est complice et de mèche avec cet hurluberlu de foire.Les petits nains de jardins très germaniques de bonne compagnie, "nain qui fait coucou" et la nique aux convenances !


Au Point d'Eau à Ostwald le samedi 12 Octobre

vendredi 11 octobre 2019

"Le lac des cygnes" de Alexandra Huhard et Pascale Maret


Le plus célèbre des ballets dans un magnifique album Dans un château vit le prince Siegfried, romantique et rêveur. Sa mère exige qu'il devienne roi et se marie. Mais Siegfried refuse un mariage sans amour. Parti chasser, il rencontre au bord d'un lac la plus merveilleuse des créatures : la princesse Odette. Victime de l'enchantement du sorcier Rothbart, elle se transforme en cygne le jour et redevient une femme au coucher du soleil.
Seul un amour véritable peut la délivrer de ce sortilège...

leboeuf le lac des cygnes

"Les Indes Galantes" de Clément Cogitore à "Viva l'opéra"à l'UGC Cité Ciné : voyageurs sans frontières !


Le haut du pavé pour danse de basse cour des miracles !

Œuvre-phare du siècle des Lumières, Les Indes galantes s’apparente à un éblouissant divertissement. Mais le premier opéra-ballet de Rameau témoigne également du regard ambigu que l’Européen pose sur l’Autre – Turc, Inca, Persan, Sauvage… En 2017, le réalisateur Clément Cogitore signe un film explosif et très remarqué, adaptant un extrait des Indes galantes avec le concours de danseurs de Krump. Avec la chorégraphe Bintou Dembélé, il s’empare cette fois de cette machine à enchanter dans son intégralité pour le réinscrire dans un espace urbain et politique dont il interroge les frontières.



La vidéo, devenue virale, exalte, avec une somptueuse « battle » de danseurs de Krump, la fameuse « Danse du Grand Calumet de la Paix exécutée par les Sauvages ». Une musique de 1735 dans l’air de la rue : en 2015, Julien Chauvin et son Concert de la Loge la proposaient à des collégiens de Trappes (Yvelines), dans le cadre d’un projet mêlant musique baroque, danse hip-hop et chant choral 



Cogitore, ergo sum

Avec l’opéra-ballet, les dieux perdent de leur superbe. On recherche davantage de naturel, de vraisemblance. Dans les Indes galantes, hormis dans le Prologue où apparaissent les dieux Hébé, Bellone et Amour, et à la fin de l’acte de la Fête des Fleurs, on ne trouve aucune présence divine dans le livret de l’opéra.  « Un Auteur occupé du soin de plaire au Public a-t-il tort de penser qu’il faut quelquefois essayer de le divertir sans le secours des Dieux et des Enchanteurs ? », Louis Fuzelier, préface des Indes galantes.
Alors, en avant pour ce "crépuscule des dieux" où les corps-chanteurs-danseurs mènent la danse dans un exotisme "à la turque" dans ces "indes galantes" Est de l'Asie et des Amériques à une époque où l'on découvre le monde, ou Montesquieu écrit ses "lettres persanes" et Voltaire son fameux "Zadig"...
Et aujourd'hui, à l'Opéra Bastille et non Garnier avec sa tradition plus "classique", Clément Cogitore agite le "genre" opéra-ballet, à l'origine, intermèdes dansés au coeur d'un opéra, hormis pour Molière et ses fameux opéra-ballet souvent débarrassé ou expurgés de leurs séquences dansés. Là bas, Rameaux, chorégraphe, ici Bintou Debélé, savante alchimiste des genres pour nous proposer une revisitation pêchue et décapante des traditions chorégraphiques .Terpsichore n'a qu' à bien se tenir, ici on déplace, on bouleverse les codes et prouve que le rythme est inhérent à la musique et à la danse.Un prologue qui en dit long sur jeu et mise en scène: c'est Hébé Sabine Devieilhe qui ouvre le bal dans l'arène, vaste creux en milieu de scène qui se verra fosse aux lions, cratère de volcan ou rond de feux de la rampe. Décor grandiose, déus ex machina de rigueur pour ce pays des fantasmes exotiques, des rêves et projections sur ces "indigènes, "bons sauvages" à la Rousseau...Chant, danse et mise en espace obéissant à l'ampleur du plateau, à la visibilité aussi des caméras qui ce soir là diffusent en régie directe, le spectacle grandiloquent, immense fresque cinématographique signée du démiurge du moment, le modeste et talentueux réalisateur-plasticien, alsacien, hors pair, Clément Cogitore. On retrouve ici son univers fantastique, inquiétant, de cavernes habitées par les loups, de nature vierge domptée par les hommes...Et pour mieux contribuer au relooking de l'oeuvre, une chorégraphe des rues, compagnie "Rualité": danse de trottoir, de pavés portée sur scène, magnifiée par des danseurs, performeurs, technicien hip hop ou krump de toute virtuosité habités.Estrades et podiums pour mieux magnifier dans la singularité une danse collective, de meute envoûtante, rituel cérémonial de tribu citadine des rues!
Un "genre" dérangé, "dégenré", grand dégenrement  pour mieux cerner le contemporain de ces rythmes jadis dévolus à la "basse danse baroque": finis les demi-pointes et petits relevés, les ornements de perles baroques, rare gestuelle châtiée et retenue, contenu par des costumes encombrants C'est la fête aux couleurs, aux ethnies, aux différences, qui fait de ce spectacle total, un rêve éveillé de fantaisie, d'humour, de fatalité et parfois de dérision narrative: le récit est complexe, les amours embrouillées, mais qu'à cela ne tienne, la diction remarquable des chanteurs, français limpide et clair, est excellence et les sous titres quasi inutiles.Sur l'écran gigantesque de l'UGC Cité Ciné, ce jeudi soir là pour "viva l'opéra", on danse au plus près des corps, des machineries de la mise en scène: un bras de grue gigantesque fait office de manipulateurs d'éléments concourant au drame enjoué. Des cabines de prostituées, comme à Amsterdam, éclairées de rouge stigmatisent désir et interdits, et les chanteuses qui s'y meuvent à l'envi, érotiques et belles, se plient au "jeu" avec un bonheur non dissimulé! Ambiance révélée lors de l'introduction de Alain Duault  et des interviews des chanteurs à l'entracte: quelle audace et quelle générosité que de se plier à cet exercice alors qu'ils terminent les deux premiers actes pour ce replonger dans "le bal des fleurs" qui leur vaudra un triomphe et un succès étonnant auprès du public:même celui de la vaste salle de cinéma applaudit devant cet enthousiasme transportant des artistes, contagieux, qui fait "empathie" et sympathie avec ces héros issus de lointaines contrées.A retenir la scène de l'habillage qui fait du prologue un véritable défilé de mode sur podium;, à la JP Gaultier, les danseurs arborant des atours de rêve comme pour un vooging de luxe, une parade qui augure de ces genres mêlés pour le meilleur des perturbations d'époques. Et au final, la danse des sauvages, choeur dansant réminiscence d'un Béjart et son "boléro" ou sa "messe pour le temps présent". Plus de jeans mais des hommes et femmes, métissages, melting-pot pot d'aujourd'hui, en une cour des miracles hip-hop ou "coupoles" et autres figures rejoignent l’extrême virtuosité codée de la danse baroque...Des gestes tétaniques, robotiques ou de longs phrasés déliés, gracieux, sophistiqués et fluides Exigence partagée par les chanteurs, truculents, savants interprètes, intelligents de cette compréhension des rôles: "danse ce que tu penses" disait Trisha Brown, "avance" répliquait Jérôme Andrews: ce que fait faire  Bintou Dembélé, à tous pour mieux servir un opéra ballet de toutes les époques. Montalvo Hervieux en ombres inspiratrices de ce spectacle multi média, multi ethnies avant l'heure,la danse médium multiple s'emparant ici d'un plateau gigantesque.La soirée lumineuse et belle à l'UGC faisant se déplacer amateurs ou néophytes dans une assemblée, agora de la beauté, baroque à souhait de cet opus resurgi.Rameau toujours vivant sous les griffes et pattes, signatures contemporaines d'artistes pertinents, tous réunis dans la joie de servir rigueur, excelle et fantaisie: une "super production" à la hauteur du pavé ou des grandes marches de la Bastille, bastion du chant lyrique si voisin ce soir là, de Garnier, fer de lance des traditions chorégraphiques patrimoniales, iconoclastes! 
A l'UGC Cité Ciné le 10 Octobre

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Opéra-ballet en quatre entrées et un prologue (1735)
Musique : Jean-Philippe Rameau
Livret : Louis Fuzelier
Direction musicale : Leonardo García Alarcón
Mise en scène : Clément Cogitore
Chorégraphie : Bintou Dembélé



jeudi 10 octobre 2019

"Good Booty"de Ann Powers


UNE CONTRE-HISTOIRE DE LA MUSIQUE AMÉRICAINE !

Good Booty, touche en plein cœur les angoisses, les anxiétés et les espoirs américains : races, féminisme, mariage, jeunesse, liberté...
S'appuyant sur des études approfondies portant sur le genre et la sexualité, Powers narre comment les histoires d'amours impossibles, sauvages, orgasmiques, des sensibilisateurs du soft rock, des puritains punks, jusqu'aux cyborgs tels Britney Spears, créés pour définir l'érotisme musical tout aussi sexuel que libre et libérateur. Good Booty raconte comment la musique populaire est devenue la forme primaire de l'art érotique américain.

Sur plus d'un siècle de musique, on regarde avec un éclairage nouveau : Jim Morrison et Beyoncé, Joséphine Baker, les Beatles, Madonna, ou Billie Holiday, mais aussi les méconnues Florence Mills ou Dorothy Love Coates.

mercredi 9 octobre 2019

"L'objet de ma tendresse": Love Music: coeur fondant tendre ! Bonjour tendresse, bordel !



CONCERT | APÉRO | L’OBJET DE MA TENDRESSE

flûte - Emiliano Gavito
Clarinette - Adam Starkie
Violon - Winnie Huang
Violoncelle - Lola Malique

Objets quotidiens comme instruments de musique.
Instruments de musique comme objets sonores.

lovemusic explore un répertoire où le corps sonore est éprouvé dans toutes ses dimensions, du simple souffle jusqu’au cri dans un mégaphone. Les gestes de l’exécution participent aux œuvres afin de créer une musique qui incarne tout le spectre des émotions humaines, du comique au violent, du triste au tendre... C’est une musique, comme le formule Fausto Romitelli dans le titre d’une des pièces du programme, sur la périphérie : la périphérie de l’interprétation musicale à l'endroit même où elle rencontre la performance, le bruit et l’émotion...

Le collectif invite Raphaël Languillat à collaborer sur une nouvelle pièce en quatuor pour flûte, clarinette, violon, violoncelle et vidéo. Intersection entre corps sculptural et corps sonore, cette pièce à caractère installatif gomme les frontières du rêve et de la réalité, de l'analogue et du digital. C'est moins l'objet du quotidien en lui-même que sa transcendance par une esthétique du close-up qui intéresse ici le compositeur, invitant l'auditeur à une méditation colorée sur la puissance de l'amour.

raphael languillat


photo robert becker


C'est sur la musique de Raphaël Languillat,"Poxylena" que tout démarre
Eclats de flûte, sur fond d'éclats d'images vidéo...Sur des sons lancinants, la flûte alto, la clarinette basse, le violon alto et le violoncelle défraient la chronique!Par piques intrusives de sonorités on entre dans un univers bordé d'images vidéo, rouge pourpre, des formes de statues se devinant peu à peu, en ronde bosse Des corps en nudité, de Cupidon et Psyché, caressés par la caméra. Le son s'amplifie dans cette lente montée du désir, il augmente en puissance, lascif, voluptueux.Les images s'effacent, les vibrations demeurent, le souffle infime, vents de marée, sons tenus et suspendus.Une expérience de toute beauté, de toute sensibilité.

Malin Bang nous offre la seconde pièce "Hyperoxic" pour flûte basse et objets.
Une pompe à vélo qui s’affaisse et respire, manipulé par Adam Starkie, une flûte en morceaux, un micro, prolongé par un mégaphone...Un petit ventilateur et tout s'anime sous le souffle des deux interprètes.
On y chuchote, on y suffoque, on crachote au micro; quelques bruissements sur peau tendue d'un ballon de baudruche dans un pot de fleurs...Beaucoup de sons hétéroclites à faire naître pour ces musiciens qui osent et ne se dégonflent pas !

Salvatore Sciarrino. avec son "Omaggio à Burri" pour flûte, violon et clarinette, sur fond d'image de trous de pellicule fondue, offre l'occasion d'une écoute et émission minimales.
Goutte à goutte des notes, émises de la bouche de la clarinette, repris par la flûte: le temps passe, s'écoule comme une clepsydre, se distille et s'écoute attentivement. Le violon mimétise, il pleut!
Nécessitant une écoute extrême, ténue pour un optimum de sensations...
Comme une fuite, un robinet qui s'égoutte, gazouillis, joyeuses circonvolutions douces et tendres.

Natacha Diels succède avec "Second nightmare for Kiku" pour violon et deux assistants.Robe rouge seyante, pour la violoniste, jeu de l'artiste inspirée, virulente, acharnée, rageuse. Les têtes et les visages des musiciens, investis dans le jeu sonore et rythmique. Petite chorégraphie minimale et de bon aloi! Voyelles sur le bout de la langue, A et B, pour égayer ces hochements et ce ballet d'archets singulier

Fausto Romitelli et son "Domeniche alla periferia dell'impero" pour nos quatre distingués instrumentistes prend le relais, en frottements, caresses sur les instruments; tendre envol bourdonnant, son tournant à l'envi, virevoltes et dérapages contrôlés du violon, en contrepoint de la clarinette qui s'affirme et prend de la force. En une coexistante joyeuse et contrastée

Et pour clore ce concert singulier et surprenant, "Esercizio di pazzia " de Filidei
Une pièce festive, "folie" pour ballons noirs aux pieds et entre les jambes!
Claquements de peaux de ballon pas encore gonflés en rythme, à l'unisson, comme des éclats de sons polissons, poly-sons. Pas sages du tout! Grincements râpeux sur le caoutchouc tendu à bloc, petites percussions ludiques: un beau tableau à regarder, contempler, que ce quatuor insolite devant nous!
Feu d'artifice, gémissements: on pète les ballons à grand fracas, tirs et salves, coups de feu, sur ballons rouges, blancs puis roses! Tout s'envole et l'on quitte ces joyeux drilles, enchantés érudits et aux anges!

A la BNU mercredi 9 Octobre


Concert suivi d’un rencontre-apéro - un moment convivial d’échange entre le public et les artistes du collectif.

mardi 8 octobre 2019

Alice Ripoll ": "Cria"...Cuervos....Tous genres confondus.


"Chorégraphe engagée, Alice Ripoll travaille depuis de nombreuses années avec des danseurs issus des favelas brésiliennes. Auprès des interprètes virtuoses de Suave, le groupe qu’elle a fondé, elle a imaginé CRIA, une pièce éclatante qui célèbre le désir et la vie « malgré tout ». En portugais, le mot « cria » a deux significations essentielles : « jeune créature » (animale ou humaine) et « création ». Au Brésil, en argot, il désigne aussi la favela d’où l’on vient. Dans cette pièce, Alice Ripoll relie ces sens multiples et convoque toutes les interprétations, sociales, vitales et affectives, que ce mot suscite. Elle en fait un ensemble rythmique qui célèbre la force et la sensualité des corps. Les danses de CRIA s’inspirent de la « dancinha » née à Rio, littéralement « petite danse » qui dérive elle-même du « passinho » (petit pas) mixant les influences traditionnelles du Brésil, comme la samba et la capoeira, avec des mouvements de break dance et de hip-hop. La chorégraphie d’Alice Ripoll alterne passages musicaux où les danseurs débordent d'une énergie frénétique et accalmie, avec des temps, des accents plus silencieux, intériorisés. Ces écarts font naître d’étranges sensations, comme si derrière l’humour et la fête, les corps gorgés d'érotisme et de vitalité cachaient d’autres réalités, plus mélancoliques et solitaires. Des espaces où les corps s'isolent, se rapprochent par moments, se heurtent et s'effondrent parfois, conjuguant à la fois la naissance et la mort."


A "Petipa", "petite" danse haute en couleurs, sur le haut du pavé du plateau de Pôle Sud...
Sauvage et belle, la danse d'Alice Ripoll, sauvage et débridée autant dans la mouvance que dans la construction brinquebalante du spectacle..
Mais on reste séduit par le premier tableau, défilé du savoir faire de chacun des dix danseurs, costumés pour une fiesta pailletée, torse nu ou en culotte courte, les cheveux savamment coiffés, grand désordre de genres, de motricité, de gestuelles:on y remue les fesses, on y sautille plein d'allégresse, de tonus, d'énergie contagieuse.En un train d'enfer, sur une musique galvanisante. Comme une frise, une fresque au fronton d'un bel édifice, les corps se montrent, pausent, défilent en postures, allures et profils valorisants.
Sauts de batraciens, oiseaux aux longues ailes battantes dans le silence qui suit la tornade.
L'hyper mobilité d'un corps masculin, muscles saillants mobilisés pour une petite danse de la peau, des parties du corps, fait office de démonstration d'un chamane extra souple, danse instinctive et possédée, non dénuée d'humour et de distanciation.
 Chacun cale sa danse sur l'autre, à l'unisson, bouquet de corps fébriles. Chevelures foisonnantes, signe d'appartenance ethnique, culturelle. Une belle galerie de portraits, tous différents, unique et pourtant rassemblés par un esprit de "corps" mouvants. Un solo transgenre d'une "créature" attifée d'une culotte bouffante de soie orange attise notre curiosité; folle mouvance qui fait se tordre et flotter ses cheveux longs épars comme une crinière au vent d'un moulin déboussolé, en proie à un mouvement de rotation perpétuelle. La rémanence rétinienne en fait une séquence virtuose, enivrante, forte.
Deux hommes viennent claquer des dents et faire quelques mimiques grotesques, , les numéros et tableaux se succèdent sans grande cohérence et l'on patauge dans l'interrogation sur le propos de fond.
La voix, présente dans ce travail corporel, énonce cris et ralliements de la meute, tribu soudée, dans de belles secousses chorales en bouquet touffu de chevelures.Photo de famille, chorale votive, incantatoire, joyeux charivari, cris du marché, manège infernal, tout y passe pour ces possédés, en mêlée pour mieux jouer et porter aussi leurs morts: en sacrifice, en accouchement ou lors d'une tuerie sous les salves guerrières de la vie. On se protège, on y danse les esprits des morts, en faune ou djinns démoniaques, on porte en pietà le corps d'une victime, solidaires et soudés.
Un très beau duo au final, chevauchée de deux corps qui se portent en osmose, pour créer un être hybride, monture étrange pour siamois complices.
Cependant, les séquences mises bout à bout ne suffisent pas à architecturer rythme et cohérence
On ressort en empathie pourtant, tant la verve et l'énergie sont les piliers de ce spectacle réjouissant et grave à la fois.


A Pôle Sud les 8 et 9 Octobre

"Banquet Capital" : des reliefs du festin de Platon ! Treize à table...


Les révolutionnaires Raspail, Blanqui, Jeanne (inspirée de Jeanne Duval), Louis Blanc, Barbès, l’ouvrier Albert reviennent de la manifestation du 13 mai 1848. Ils sont à la fois en colère − il n’y avait pas assez de monde − et contents − ça ne s’est pas si mal passé. La discussion politique est âpre et passionnée. Ce n’est pas la manifestation qui déborde, c’est le débordement qui manifeste... Ils s’empoignent sur la stratégie à appliquer contre la nouvelle Assemblée nationale. Le metteur en scène Sylvain Creuzevault propose une expérience scénique à la fois vive et joyeuse.

Non, ce ne sont pas que des noms de station de métro...Barbès, Louis Blanc, Auguste Blanqui...
Ils sont treize à table pour cette mise "en cène" où chacun des protagonistes, hommes politiques, militants, poètes ou trublions vont s'entretenir sur la notion de "travail" de valeur marchande, de pétition...Ces "poli-petit-chien"de pacotille  vont pourtant énoncer des valeurs fondamentales de la démocratie naissante: 1848 et ses idéaux, ses rêves, ses mutations: l'Assemblée Nationale, ce "râtelier national", ce suffrage universel "masculin" pour un "grand soir et petit matin" !
Une assemblée volubile, agitée, excitée, au milieu du public, des "sans culottes" déculottés, un Karl Marx masqué de rouge, style "hostile"... On forge ici "les fers de lance", des hallebardes de révolte, le club des "Dieu mangeur, art de vivre goulûment de sa propre mort".Et le droit au travail, cet "Etat", seul employeur, contre les industriels, économie qui prend un tournant déjà dans le flot de l'histoire ouvrière...Cet "ouvrier", celui qui se "transforme en chaise pour se faire écraser par un cul"; ils sont tous truculents, Raspail hurlant en joueur de foot, Baudelaire, se débattant auprès de sa Jeanne, en public, le beau Daniel, dandy et sensuel trublion qui s'exclame en langue châtiée et provocante dans une gestuelle langoureuse et aguichante...Nous rêvons avec eux, d'un Ministère du Travail, du Progrès.Ou d'un Ministère du bonheur!
Paris et ses portes, ses enceintes, ses péages devrait flamber et craquer de toute part sur la carte, entre Bastille et Madeleine, mais ce coup ci jusqu'à l'Assemblée Nationale!
Géographie politique de la cité, ici agora de la parole.
Un solo truculent sur la table cathédrale-monastère de débat du tribunal, où comme une danse flamenco, le procureur vocifère et parade, claquettes au bout des pieds pour mieux rythmer encore ce spectacle, tonique, effervescent, dynamique!
Pour nous faire se lever, se révolter, avancer comme eux, se soulever contre l'aliénation
En tentant de manger des oranges, menottes au poing alors qu'ils sont arrêtés, lors d'un procès bidon...
La toile d'araignée comme métaphore de la liberté: celle qui travaille d’instinct à construire son logis, à le terminer quand est venu le temps de s'y installer et d'y danser la tarentelle! Hystérique, en colère contagieuse.
Foire d'empoigne de la mise en scène tonitruante à partir de trois tables alignées, de costumes résumant chacun des héros, treize à table pour ce banquet pas vraiment platonicien, festin d'une Babette cuisinière chefe émancipée (deux femmes seulement sur le plateau), grande bouffe délirante mais pleine d'enseignement sur nos personnages de "station de métro": les transports en commun comme métaphore du être ensemble contemporain!

Au TNS jusqu'au 12 Octobre
Après Baal de Brecht en 2006, Sylvain Creuzevault compose plusieurs spectacles : Le Père tralalère, Notre terreuret Le Capital et son Singe qui inspira ce Banquet Capital. En 2016, il crée Angelus Novus AntiFaust − au TNS − et, dernièrement, Les Démons de Dostoïevski, ainsi que Les Tourmentes, cycle de trois pièces, au Festival d’Automne. Depuis 2017, il est installé à Eymoutiers, en Haute-Vienne, où il transforme d’anciens abattoirs en lieu de théâtre avec le groupe Ajedtes Erod.

dimanche 6 octobre 2019

"Composer l'image": projection commentée par François Sarhan : le "net plus ultra" de la musique faite écran !


Curateur François SARHAN. (et ses situations dans l'espace public)

Un petit grain de "perma-culture" dans la programmation "intensive" du festival, entre deux concerts, on réfléchit un peu, on se "pose" pour mieux rebondir des pieds à la tête, de la tête aux pieds en bons kinésiologues!
"kIiné", mouvement, kiné matographe et phonographe au menu pour cette rencontre à l'auditorium de la BNU
Depuis une dizaine d’années, l’utilisation de l’image animée par les compositeurs et compositrices s’est généralisée :longs métrages, films courts, expérimentaux, documentaires, films fictionnels, etc. François SARHAN, qui s’est lui-même tourné vers la réalisation et le montage, propose une sélection de quelques tendances à l’œuvre.
L'artiste, animateur de la rencontre pose le paysage des années 2005- 2015 des oeuvres filmiques de réalisateurs-compositeurs, les liens qui les unissent, conscients ou non déclarés
 Comme une "zoologie amateure", pensée cinématographique des compositeurs, ou séparation des tâches: touche à tout de l'art, de la création, notion en jeu, périlleuse ou pas! A l'inverse d'un "plein engagement" romantique dans une discipline, à l'inverse d'un éclectisme amateur disperçé C'est internet qui fait se mélanger les genres, suport universel, sans séparation ni frontières fonctionnelles. La micro informatique, autant responsable de cet éclatement indisciplinaire, indiscipliné! On y intègre les matériaux qu'on mélange et retravaille à l'envi: tout est question de "médium" multiples, aujourd'hui !
Et pour preuve, un dinosaure du genre, Thierry de Mey et son premier film, "Floréal" 1983: musicien, réalisateur, compositeur et chorégraphe de l'image, compagnon de route de Michèle Anne de Mey et Anne Teresa de Keersmaeker pour lesquelles il réalisa les plus convaincants "films de danse", où rythme, montage, découpage et espaces se partagent les écrans entre autre de "Counter Phrases", chef d'oeuvre du genre!!!
"Point et  ligne sur plan" pour cette rythmique architecturée d'images, cadres, fenêtres, tectoniques des plans verticaux-horizontaux, comme des leitmotiv qui reviennent ponctuer un arsenal d'images mouvantes, familiales, poses longues de scènes quotidiennes... Le carré, le carreau, de petites séquences rythmées égrènent la narration, scénario-image pour une fiction chorégraphique, sans danse, sans "musique" apparente. Hormis le rythme, le découpage et montage ! Quadrillage et structures géométrique en majestés !

Au tour de Jessie Marino  (¨Pamplemousse) d'être décortiqué, comme un bon fruit pour un flm cadencé, scandé d'images sur fond d'inspirations, exagération, multiplication d'une ventilation d'images, créant de l'air et une dramaturgie narrative de l'hyper ventilation: on s'y asphyxierait !

Joanna Beilie succède avec un départ percutant de brouillage de sons et d'images, comme un zapping radiophonique sur les ondes ou à la télécommande d'un moniteur vidéo. Temps, mémoire, photos et sons y sont maltraités, se percutant, comme un film diapo avec photos de famille, chaine du manque de mémoire, chocs des images, retour d'un leitmotiv comme en composition musicale ou "la jetée" de Chris Marker....Ou "si j'avais quatre dromadaires"...

On file chez Simon Steen-Andersen pour un plan séquence vertigineux où tous les éléments de ce spectacle sculptural de Fischli Weiss déroule ses sons incongrus, un preneur de son, poursuivant les mouvements de caméra pour une course folle halletante! C'est prodigieux! L'oeil de la caméra opérant pour une fiction de la construction musicale, en prise directe avec la performance de ces deux plasticiens de l'espace sonore inégalés!

Au tour de Stefan Prins de fare preuve avec une captation vidéo en temps réel, superposée, d'un interprète musicien, d'audace spatiale et musicale

Johannes Kreidler, à nouveau pour  qui avec ses petits fragments agglomérés, néo6conceptuel, minimaliste, nous entraîne dans un "art auriculaire qui n'a pas d'importance"!
Musicaliser un mot avec un oscilloscope, en faire un portrait sonore, de mots, arsenal d'idées au poing, dans un refus stratégique de dramaturgie...

Avec Nico Sauer, c'est à un jeu tv, de commande en ligne que l'on accède à ce grand magasin universel télévisuel, jeux en lignes pour une séquence de pub pour une brosse à dents, objet guitare, fétiche du réalisateur musicien!
Charlatan d'un carnaval o^les valeurs s'inversent, se vendre comme tout artiste le fait constamment avec des images à la "Pierre et Gilles" ou "Pierre et Georges digne d'une performance burlesque!
Ou d'une mise en scène mercantile ! Un clip de pub détourné fort séduisant, commenté en direct par l'artiste, présent lors de la projection!

On accélère le rythme  avec une oeuvre de Natacha Diels, autoportrait singulier rempli d'images recollectées dans sa jeunesse, engrangées et livrée aux regards, mémoire inconsciente de sa vie, superpositions d'images, jeu de mains, montage rythmé....
Comme une collection qui s'ouvre, se délivre en musicalité visuelle fort convaincante.

Brigitta Muntendorf fait question avec ses images stroboscopiques de visage, respiration en phase, dont la créativité est liée à la fréquentation assidue de musique sur you tube, surtout les vidéos d'amateurs musiciens qui se filment à l'oeuvre et dont les images se répandent sur la toile à la vitesse grand V sans contrôle d'esthétique!
De quoi sommes nous spectateurs, en déplaçant ainsi nos fauteuils confortables pour arpenter les écrans fertiles du net plus ultra!
Encore un short pour la route avec le film de Trond Reinholdsten , évoquant "le grand oeuvre", opéra norvégien, plan séquence dans des décors wagnériens, kitsch et drôles, animés de personnages manipulés, carnavalesques, parlant on ne sait quel langage: on y renverse les valeurs comme au temps carnavalesque de mi carême, endossant costumes et oripeaux bigarrés: une tentative d'oeuvre "totale" wagnérienne, irrespectueuse en diable, grotesque, grand guignolesque à souhait!

On songe ensuite et ébranlé par cette réunion fertile en échanges, aux pionniers du genre: Robert Cahen, musicien de l'image avec "Hong Kong Song" ou "Tombe avec les chaises", à Philippe Decouflé et son "Abracadabra", et bien d'autres N + N Corsino, chorégraphes de l'image, friands de musicalité précurseurs, arpenteurs de nouveaux territoires de l"image..L'Art-vidéo Danse était resurgissait après Mélies et bien d'autres réalisateurs d'images-mouvements.
C'était en 1984...La musique suit la danse qui la précède dans une concurrence loyale et salvatrice..

François Sarhan, lui-même, créateur, brouilleur de pistes, sans balises apparentes avec ses "Situations" entre autres créations musico-chorégraphiques insolites !

A la BNU samedi 5 Octobre dans le cadre du festival Musica










Pièces et vidéos de Joanna BAILIE, Thierry DE MEY, Natacha DIELS, Johannes KREIDLER, Jessie MARINO, Brigitta MUNTENDORF, Stefan PRINS, Nico SAUER, Trond REINHOLDSTEN, Simon STEEN-ANDERSEN.
Outre la projection commentée du samedi 5 octobre, l’ensemble des vidéos seront consultables sur festivalmusica.fr pendant le festival.




"Le grand degenrement" : "ne pas déranger" ! On chamboule tout au "grand chambardement" ! !!!


Le Grand Dégenrement rassemble trois générations de musiciennes, danseuses et circassiennes brisant les clichés avec humour et impertinence.
Jongleries diverses et variées, voguing et travestissement, musique sérieuse – et néanmoins tirée par les cheveux –, improvisation dans le plus pur style de l’anthropocène tardif : c’est la réunion sur une même scène de pratiques que les usages de la société séparent. Car la musique n’a pas échappé à la grande entreprise de l’assignation. De quoi mettre à mal nos petites habitudes mélomaniaques et considérer enfin la musique comme une vaste ressource à préserver et à partager entre tou·te·s. Noémi Boutin, Élise Caron, Joëlle Léandre, Leïla Martial, Julia Robert et Marlène Rostaing, sans oublier les Capilotractées, sont les géniales sorcières de cette célébration aux émanations de jazz hilarant et au prosélyrisme assumé, où le jongleur Jörg Müller, le clown-acrobate androgyne Camille Boitel et son double astrophysicien Aurélien Barrau, affranchis de toute frontière physique et métaphysique, font valser (en l’air) les codes, les préjugés et les bibliothèques des musiques de chambre plus ou moins bien rangées… ou genrées.

coproduction L’Onde & Cybèle, Musica
On démarre avec un discours, solo d'un physicien, intello et quasi incompréhensible tant le vocabulaire emprunté est savant, grandiloquent et agaçant....Vous saurez tout sur le "multivers", univers multiple aux entrées multiples...Deux clowns, femmes costumées, bigarrées, colorées prennent le relais, improvisant à merveille-surtout quand les "tousseurs" de concert s'adonent en salle à un récital percutant d’éruption de gorge chaude !!! Ta toux est tatouée, ôtant la toux......Hommage aux racleurs de colonne d'air, de diaphragme et autre organes du souffle...Un violoniste et une danseuse à roulettes comme un déambulateur pour paralysé, suspendue à une machinerie de cordes animée par une cascadeuse multi risques...Une sirène des airs s'y métamorphose comme un papillon de sa larve de nymphe et vient planer dans l'éther, la queue battante! Des bulles de savon pour nuages transbordeurs... Le violoncelle accompagne un sonneur de tubes résonants, dans un manège incessant, musical quand les bâtons ne sont plus directement animés: corps absents, spectres officiants!
La musicienne se voit inviter à escalader un procénium flottant dans l'air, balançoire animée par les esquives et poussées d'un danseur, buvant les obstacles, absorbant les difficultés..C'est beau et périlleux comme au cirque
Clou du spectacle, Camille Boitel qui se bat avec des balles rondes blanches à profusion, simulant la maladresse avec virtuosité, la submersion d'objets, avec raison et détermination,renoncement: en un joyeux combat, les balles envahissent la scène, rebondissent avec fracas comme les salves d'un feu d'artifice!
Humour, désenchantement d'un virtuose en proie à la folie du surnombre, de l'entassement, de la démence de cette profusion de sollicitations: où donner de la tête, du coude, du bras pour chasser cette invasion de boules, sans " avoir les boules" comme le diront celles qui lui succèdent dans ce champ de bataille, très "plastique" esthétique en diable! La longue table monastère-cathédrale, dressée auparavant pour lui, pleine d'empilements de boules blanches, est une sculpture scénographiée fort belle: à déconstruire avec allégresse!
Encore un long discours lénifiant de notre faux monsieur Loyal, présentateur trop sérieux de pacotille et nous voilà en bonne compagnie: voix et contrebasse se fraient un chemin pour accéder au devant de scène où Joelle Léandre improvisera à l'envi pour ce grand dégenrement, en osmose avec l'esprit iconoclaste de cette bande à part, et son "manifeste" de l'anticonformisme !
Beaucoup d'humour et de distanciation pour ce show multi média de bon aloi pour un festival innovant, décapant, déroutant, sur les chemins de l'âne plutôt que sur les autoroutes uniformes....à péage !

 Astrophysicien  Aurélien Barrau Jongleur, clown et acrobate  Camille Boitel violoncelle, chant  Noémi Boutin Acrobates  Les Capilotractées Chant, flûte, jeu  Élise Caron Chant, contrebasse  Joëlle Léandre Chant, danse  Leïla Martial Marlène Rostaing Jongleur  Jörg Müller Alto, chant  Julia Robert Conception, dramaturgie  Blaise Merlin


"Pamplemousse" : une cure de détox acidulée !


L’ensemble Pamplemousse réunit six jeunes compositrices et compositeurs venus des quatre coins des États-Unis. Situés à mi-chemin entre la musique contemporaine et le fab lab itinérant, ils ont pour particularité d’interpréter eux-mêmes leurs créations, mêlant virtuosité et pop culture, performances et vidéos délirantes, robots et autres bizarreries électromagnétiques. Esprit DIY et « basse fidélité » de rigueur. Avertissement : ce concert contient des scènes susceptibles de heurter la sensibilité des contempteurs du bricolage musical !

Un concert qui promet d'être peps et acidulé en compagnie de Natacha Diels, pour la troisième fois à Musica!
programme
  David Broome Nouvelle œuvre (2019) création mondiale  
Alors  "à table" avec cet opus, futeur festin de musique, autour d'une table dressée pour émettre bruits et sons poly-sons, polissons, pleins d'astuces, de surprise, de verve. Les cinq "musiciens" bien dans leur "assiette": instruments miniatures de dinette pour grand bazar, grand magasin Samaritaine où l'on trouve tout! C'est comique, drôle, bien relevé et rythmé, en petite fanfare, avec un "maitre queu" de service pour ce banquet musical à la bonne franquette!: un barrissement d'éléphant, une joyeuse cacophonie, machinerie électroacoustique infernale...

 Natacha Diels Nouvelle œuvre (2019) création mondiale   
En voiture, pour ce long voyage, toujours "à table", aux "pianos", en cuisine ces "toqués" étoilés sont des chefs d'orchestre multifonctions, pour trois claviers, une mélodie interrompue, notes détachées, lumineuses...

Bryan Jacobs Nouvelle œuvre (2019) création mondiale   
Lumières et sons stroboscopiques, crachins, crissements, dérapages contrôlés, font de ces musiciens les vecteurs, conducteurs qui retiennent les sons de bâtonnets suspendus, enferment leurs résonances pour mieux les relâcher, les délivrer de ce vacarme ambiant. Contre les sons enregistrés, le combat est périlleux: qui gagnera dans ce conflit singulier où les sauveurs des sons naturels luttent contre l'artifice, les artefacts...Ca arrache sur fond de projections d'images vidéo, paysages sonores urbains, clochettes de temple en sus, em mains, en direct comme pour une petite procession, balade dans le public.Alors que la bourrasque gronde, dans le vent, tranquilles sur le son des klaxons, les musiciens baignent dans la musique , le sourire et la bonne humeur au coin des lèvres...

Jessie Marino Nouvelle œuvre (2019) création mondiale 
Un voyage kitsch dans les nuages et le ciel bleu azur, en avion, pour nous conter une histoire: "you are so beautyfull" !! On danse en couple, en silhouettes noires sur fond bleu et dans la mer de nuages, on vogue! Musique spatiale illustrée à gros traits..Et l'on repart avec....

 Weston Olencki Nouvelle œuvre (2019) création mondiale
Tout s'enchaine avec comme "lian" sauce exquise, clochettes et percussions diverses. Quatre voix, attablées, en écho, en langue anglaise, murmurent des onomatopées de carton, en bulles de BD qui éclatent !
Mugissements d'animaux, jeux de voyelles, de consonnes, en yodels, trio de sons très aigus aux claviers.Le tout ponctué d'une musique sidérale, de tintinnabulements animée. Fable musicale pour petits et grands, musique de berceuse dans les étoiles, féerie des sons perçus...
Au coeur d'un petit monde de fils, de câbles, de branchements inextri-cables...les musiciens s'amusent comme dans une armoire électrique où tout serait à inventer, découvrir en expérimentant, toujours de façon ludique, son, bruits et mimiques; 

Pour preuve au final, seuls, défaits de leur harnachement électroacoustique, les cinq musiciens s'adonent à une "musique de corps", assis avec leur simple caisse de résonance organique et acoustique: corps, peau, visages et autres segments physiques à l'oeuvre pour un théâtre guignol ou jeu de massacre, de foire: on se lève, on se rassoit comme à la messe, en se frappant la coulpe, pantin sans fil, sans dieu ni maitre, chantant à cappella, en décalage pour ces vêpres de cérémonie partagée sur l'autel du sacrifice du bien séant!

Encore un petit jus de "Pamplemousse" pressé pour aciduler votre écoute et faire une bonne cure de détox avec ses "pépins" de fruits, agrumes bien décapants, déterre -gens de première nécessité !

Au TJP Petite scène le samedi 5 Octobre dans le cadre du festival Musica

samedi 5 octobre 2019

"Alles klappt" Ondrej Adamek : autopsie archéologique des malles du souvenir


Alles klappt. Tout va bien. Sur scène, des archivistes trient des lettres, des cartes postales et des objets du Musée juif de Prague. Ils semblent observer une situation ordinaire, la vie de tous les jours, ses tâches quotidiennes et ses marques d’affection. Mais une distorsion s’installe petit à petit, dans la musique comme dans le récit.
Donner sens aux traces laissées par les déportés, chercher la vie partout où elle a pu subsister. Tel est l’angle choisi par Ondřej Adámek et Katharina Schmitt, qui posent leur regard sur la tragédie des camps de la Seconde Guerre mondiale mais aussi sur celle de la propre famille du compositeur à travers les témoignages de son grand-père. Ses messages qui ont été conservés, envoyés depuis le camp de Theresienstadt et censurés de bout en bout, sont la source de cet opéra de chambre sur les « fausses bonnes nouvelles » de l’histoire.
Le compositeur tchèque dont on avait pu entendre l’opéra Seven Stones au festival d’Aix-en-Provence l’été dernier propose avec Alles klappt, créé à la Biennale de théâtre musical de Munich en 2018 et donné en création française à Strasbourg, un condensé de son écriture pointilliste, progressive et incarnée. Les deux œuvres partagent un même défi : se passer de l’orchestre, réduire l’accompagnement au strict nécessaire – en l’occurrence, deux percussionnistes – et inventer une écriture lyrique dont vont naître directement l’espace scénique et le jeu d’acteur. Où la musique devient corps… Ondřej Adámek que l’on connaissait déjà à Musica pour ses pièces orchestrales débridées (on pense à Follow me, son concerto pour violon donné en 2018) présente ici un tout autre visage et confirme son exceptionnelle capacité à mêler les sentiments tragiques à l’euphorie musicale.

Dans un décor tout gris, pans de murs et autres dispositifs scéniques, couleurs cendre, un sondeur, sourcier fait apparition, archéologue, fouilleur de chantier de recherche. Que va-t-il découvrir dans ce sol, strates de mémoire, de nostalgie, d'hommage à une culture, une communauté éradiquée, disparue, rayée de la carte?
Fumigènes pour semer le trouble et l'opacité de secrets de l'histoire dissimulés dans les parchemins et autres manifestes de prières...Recueils de doléances ou d'espoir. En tenue de déménageurs, de médecins légistes, pour une autopsie des corps et des objets, voici nos chercheurs en herbe en proie à la fébrilité vocale, cris et chuchotements sur le bord des lèvres. Les caisses de bois exhumant leurs trésors: autant d'objets de musée de la mémoire que l'on va emballer dans du papier alimentaire transparent et souple pour mieux les "conserver", les honorer, reliques et objets d'un étrange culte à ses ancêtres, voisin du travail de Christian Boltanski sur la mémoire , filiation et patrimoine juif. Les acteurs chanteurs jouent de leurs voix, avec le son des mots en allemand, en rythme, en écho, canon ou ricochets. Ca anone, ou bégaie à l'envi ! Choeur vocal, bordé par des percussions, grosses caisses ou instrumentarium qui peu à peu envahit le fond de scène. On chuinte, on psalmodie sur les indication d'un chef d'orchestre dissimulé à vue dans sa cahute et redistribué sur écran vidéo pour être perçu de tous: mimiques et gestes éloquents eux aussi, diablotin, souffleur dans sa niche?
Timbales, tambours et percussions pour ébranler, fouiller la mémoire, mettre à jour du fond de ses caisses de bois, la mémoire.Comme fouiller dans les réserves d'un musée, archéologie du futur...
Un bandonéon est retrouvé, une sculpture, pour mieux les inhumer à nouveau dans le respect d'un rituel d'empaquetage de momies, solennel et respectueux des traditions hébraïques.
Comme aussi une consultation médicale de médecins de l'humanité, soignant les blessures et cicatrice d'une communauté qui se souvient: conserver, maintenir le souvenir vivant par le chant, l'opéra populaire, le théâtre vocal qu'inventent les interprètes. La correspondance, les lettres ou fiches qui font le reste de cet inventaire macabre d'une communauté menacée, fait office de socle, de base, de fondations textuelles et sonores.
Evocation sensible et remarquable par le truchement de tous ces objets d'un office respectueux et puissant d'intensité dramatique
Comme dans un hangar de stockage d'archives ou de magasin gigantesque, dépôt des âmes et de leur histoire. Comme un centre de tri? de redistribution des taches, des colis et des objets à replacer, déplacer, arracher de nouveau de leur sol. Un jardinier se vautre dans la terre meuble et noire, sortie, déversée d'une caisse, malle , boite de Pandore...Et inhume un arbre vivant, l'enterrant à jamais. Sur la spoliation des biens, sur le vol d'une culture sur son anéantissement, on avait jamais parlé de cette façon: musicale, entêtante, rythmée par les souffles, les voix des personnages convoqués pour ce rituel : parfois un ton belliqueux fait se rebeller la population, petite communauté aux abois.Les corps bégaient, ânonnent, hésitent dans ce prêche de récitants, travailleurs laborieux sur un chantier de fouilles, ouvert, blessé, irréparable faille, brèche dans l'histoire du vécu.
La terre est souillée, les malles de transport délivrent leurs secrets et se referment; au sol les protagonistes se reposent, s'endorment, s'ensevelissent: on s’essouffle, l'atmosphère s'envenime, les hachures des textes, en rythme, "cou coupé" psalmodie mémoire et patrimoine avec véracité et conviction
Alles klappt, comme une ode à un "conservatoire" vivant archivage fantaisiste d'une mémoire vibrante d'humanité

Au TNS samedi 4 Octobre dans le cadre du Festiaval Musica

 Musique, direction musicale  Ondřej Adámek Livret et mise en scène  Katharina Schmitt Scénographie et costumes  Patricia Talacko Dramaturgie  Götz Leineweber Coaching vocal  Caroline Scholz Ott Sopranos  Landy Adriamboavonjy Thérèse Wincent Olga Siemienczuk Ténor  Steve Zheng Barytons  Dominic Kraemer Tobias Müller-Kopp Percussions  Miguel Ángel Garcia Martin Jeanne Larrouturou   Ondřej Adámek Alles klappt (2018) création française   Théâtre National de Strasbourg (Salle Gignoux)

"Symphonia Harmoniae Caelestium Revelationum" :François Chaignaud, grand prêtre d'une cérémonie , ode à la chair, au chant, à la voix.


La voix est l’instrument du danseur. Le corps est une surface d’inscription musicale. Projet après projet, François Chaignaud déplace et gomme la frontière entre danse et musique. Sa dernière proposition en date, dont il donne la première française à Musica, jette un pont entre les siècles : chanter et incarner la Symphonie des harmonies célestes de la bénédictine mystique Hildegarde von Bingen. Un concert intime et méditatif, entre hypnose et extase, autour de 69 psalmodies grégoriennes composées sur les rives du Rhin au milieu du xııe siècle.

Un proscenium en colimaçon pour estrade, le public assis confortablement au sol, invité à "prendre position" pour ce long voyage initiatique au pays de Hildegarde, navigation rhénane bien de chez "nous" sur les rives du fleuve mythique qui inspira tant d'auteurs, de compositeurs.
Les deux protagonistes apparaissent quasiment nus dans leur plus simple appareil: torse nu, vêtu d'une laine autour des reins, de collant mi-bas, de tatouages et dessins floraux et végétaux, empreintes sur la peau d'un "florilège" déjà musical

Archéologues de la voix, du corps 

 Elle, chignon planté, comme une petite pièce montée, bigorneau, sur la tête, qui lui donne une allure de muse inspiratrice: elle déverse tendrement et religieusement ses notes sur son clavier de bandura, sur ses cordes magiques qui égrènent le son précieusement. Le corps lisse, quasi diaphane, evanescent, le chanteur s'adonne au chant, venu des muscles profonds de tout son corps, de son souffle, colonne d'air maitrisée d'un soutient et maintien remarquables. Sur la peau du monde, le regard lointain, il caresse l'espace, donne de l'air aux cantiques qui se succèdent dans la langue d'origine, par coeur, par corps. Faune gracieux et versatile, volubile créature de rêve d'un monde onirique, enfoui sous les eaux du fleuve rhénan. Son corps tatoué vibre, résonne, la voix chaude et profonde se distille dans l'espace. Peu à peu il se relève, caresse sa muse docile, se cabre, danse, de ses bras immenses à l'envergure singulière d'un oiseau de proie.

Officiants d'un culte, hymne à l'amour courtois, prêcheur par conviction lyrique

 Il se balance dans un halo de lumière; les deux corps des interprètes, sculpturaux, mis en lumière subtilement pour ne rien dévoiler sinon les tensions de la peau qui se fait tissu et toile tendus entre eux et nous: surface de résonance, de toucher incertain ou audacieux dans ce galant dialogue mesuré, distingué.
 Elle le borde aussi, l'accompagne de sa voix chaude, gestuelle à l'unisson, lancinante mélodie votive, délicatement passionnée sans vagues intempestives...
 Puis parmi le public, François Chaignaud opère une déambulation faunesque, sautillante, virevoltante, galvanisée par le souffle, la respiration de son corps: il danse et chante simultanément dans une même émission d'énergie.
Diable au corps, il martèle le sol, tourne ivre de délice, circule parmi les auditeurs allongés, à l'écoute, intrigués ou séduits, bercés par les psalmodies hypnotiques
Chancelant, fragile, discret sans interpeller ni déranger notre espace d'écoute. Sa voix lointaine résonne dans l'espace, plus virulente, insistante: sa prière, sa demande, lui font esquisser quelques pas de danse venus de tradition lointaine, populaire. Son très beau jeu de bras, ourlé, orné de facture quasi baroque, perle rare monstrueuse, fait de son corps un archétype de beauté naturelle, juste rehaussée de tatouages , lutrin de cette partition en prosodie latine: peau-parchemin, palimpseste du temps qui passe et resurgit, exhumé par les deux créateurs de ce spectacle "hors norme", tout genre confondu.Comme une clepsydre qui distille le temps, elle magicienne de la tranquillité, charmeuse et maline complice de cette créature qui la frôle, l'encercle la distrait, respectueux de son espace sonore et charnel. Dans la proximité des corps, toujours, nous frôlant de leur intense présence....

De l'éloge du désir

C'est très érotique, plein de suggestions dissimulées dans texte et gestes: il enveloppe sa déesse, proche, tendre, affectueux, noble et en aristocrate de la précision, la séduit, l’enjôle, la cajole
Pour mieux émettre des sons de voix puissants, affirmés, poids du monde; les bras tranchant l'éther dans cette sérénade amoureuse, intense, expiatoire: le cantique des cantiques en rougirait de jalousie!
 Puis, il se niche dans son alcove, coquillage, écrin en spirale architecturée, comme un exosquelette, carapace , habita de ses créatures fantasmées.

Félins pour l'autre

Charmeur, le chanteur, cligne des yeux, à peine maquillé, vierge et diaphane.
Se délivre de sa pose yoga et accède au sommet de l'estrade, piédestal, podium au sommet des marches dorées. Digne construction d'un Mallet Stevens porteur de résonances architectoniques
La partition rivée au corps, le danseur se propulse dans des temps anciens qui résonnent en méditation charmeuse, ravissante éloge de la beauté, servie ici par deux performeurs hors norme, hors pair
La sobriété sied aussi à François Chaignaud, dans les bras de sa complice Marie Pierre Brébant, madone, piéta berçant amour, douleur, espoir et félicité
Les anges ravis par cette musique vocale, grégorienne, psalmodiée 
Au final, modestes et accueillants, les deux artistes se prêtent au jeu des adieux, juste avant de les quitter, partir avec un dernier regard enchanteur de ce Merlin des temps anciens, de cette muse, Pygmalion de ce compagnon, félins pour l'autre.

Pa-vlova pour rien, ce merveilleux danseur, héritier de Nijinsky !

A la Salle de la Bourse les 3 et 4 Octobre dans le cadre du festival Musica

En sus un très beau texte de Léo Henry, illustrateur bien de chez nous, sur Hildegarde Von Bingen dans le fascicule, fiche de salle du concert !




programme d'après l'oeuvre musicale d'  Hildegard von Bingen Conception  François Chaignaud Marie-Pierre Brébant Chant et danse  François Chaignaud Bandura et adaptation musicale  Marie-Pierre Brébant Scénographie  Arthur Hoffner Création lumière  Philippe Gladieux Création et mise en espace sonore  Christophe Hauser Régie générale  Anthony Merlaud François Boulet Prosodie latine  Angela Cossu   Symphonia Harmoniæ Cælestium Revelationum première française