dimanche 16 juin 2019

Blutch danse au Musée Tomi Ungerer !

je suis la femme d'un homme de lettres


the supper club

les habits neufs de l'empereur

les mellops de tomi ungerer

"Une joie secrète" de Nadia Vadori Gauthier et Jérome Cassou


En 2015, sous le choc de l’attentat de Charlie Hebdo, la chorégraphe Nadia Vadori-Gauthier décide de danser chaque jour une minute, de se filmer et de partager ses vidéos sur les réseaux sociaux.
Ses danses surfent sur l’actualité brû- lante (attentats, grèves, manifestations, élections…) ou sur les micro-événements de notre quotidien. Ainsi, depuis presque 4 ans, le projet Une minute de danse par jour est un geste de résistance poétique qui distille sans relâche une douceur infi- nitésimale dans la dureté du monde, dans les contextes les plus variés et quelles que soient les circonstances.
Dans ce film documentaire envisagé comme un road movie chorégraphique et immersif, le réalisateur Jérôme Cassou suit la chorégraphe au fil des jours. Il la filme caméra à la main, recueille parfois des commentaires ou confidences. Les images sont prises dans le mouvement, au plus proche du réel. Elles accompagnent les danses au cœur de la ville et de l’actualité,
entrant dans divers temps de vie, au sein de la foule qui se presse, dans une rue déserte, une gare ou dans un jardin… Les plans se composent au rythme de la voix off de l’artiste, témoignant de son processus. La danse se déroule dans divers endroits de Paris et de ses environs créant une « langue des corps » par laquelle les visages et
les regards se croisent, les atmosphères changent. Les images des danses sont entrecoupées de témoignages de la choré- graphe, d’artistes et de professionnels de la danse, évoquant les dimensions poétiques, éthiques, philosophiques et anthropolo- giques d’Une minute de danse par jour.
Le film donne à voir une part invisible du processus à l’œuvre. Il tisse des liens, par l’image, entre la nécessité de l’artiste, la réalisation effective de l’œuvre et les enjeux collectifs portés par cette artiste engagée au cœur du réel.

vendredi 14 juin 2019

"Danser Malher au XXI ème siècle" : univers noir, univers blanc.

Depuis plusieurs décennies, les œuvres de Gustav Mahler fascinent les chorégraphes. De John Neumeier à Anne Teresa De Keersmaeker, l'univers musical et poétique des lieder et des symphonies de ce compositeur hors du commun appelle le geste, le mouvement, les corps.
Danser Mahler au XXIe siècle© Agathe PoupeneyDanser Mahler au XXIe siècle
Après « Danser Bach au XXIe siècle » au printemps 2018, ce sont deux jeunes créateurs qui se saisissent donc d'un autre monument de l'histoire de la musique, avec hardiesse et liberté.
Le chorégraphe d'origine grecque Harris Gkekas propose Oraison double où il s'interroge sur la nécessité de la séparation et de la perte pour donner naissance au chant.
Shahar Binyamini quant à lui, fort de son expérience de danseur au sein de la Batsheva Dance Company et, plus récemment, des travaux qu'il réalise à l'Institut Weitzmann, près de Tel Aviv, avec des scientifiques et des danseurs, va proposer une approche résolument originale de l'œuvre de Mahler. Ces deux œuvres sont les premières créations de ces artistes pour le Ballet de l'Opéra national du Rhin.


"Oraison double" de Harris Gkekas

La salle Pommelle est comble pour ce dernier soir de la saison "danse" du ballet du Rhin
La scénographie est déjà campée: comme une petite géographie, faite d'un anticlinal, tapis blanc, parsemé de petits monticules ; pente douce, déclinante, comme un relief cartographique, géologique, avec des aspérités, montagnes blanches escarpées, sous dimensionnées. Pour en soutenir la configuration, six danseurs vêtus de blancs vont s'y ajouter, corps qui se dissimulent sous des drapés, comme des sommets enneigés.
Un homme, seul s'installe, griffonne, raturant ou corrigeant, textes ou partition, costume et cravate seyants.
Trois duos vont se détacher de cette configuration scénique, très plasticienne, tous en tension-détente, mus par un fil qui se prête à tous les jeux spatiaux de géométrie variable.
Au sol, attraction-répulsion font bon ménage, dans un jeu de liens, de liaison qui tend  au savoir faire d'un tisserand. Tout se brise et se rompt sous l'impulsion du maitre de musique ou de ballet: des solos au sol, solitaires créatures aux" juste au corps" blanchis, ourlés de coutures apparentes.Corps empêchés, meurtris,contraints, entravés. Genoux fléchis, sur demies pointes, à angle droit, multidirectionnels Quelques belles torsions, des équilibres instables ou une grande rectitude, à la géométrie axée en lignes, angle droit contrariés Un beau quatuor se détache, plus fluide qui relie les corps mêlés , les entoure, les borde.
Duos acrobatiques, athlétiques sous les lumières des néons, toit ou ailes protectrices, sur les rythmes et grondements de musique de tole froissée.
Ambiance de panique aussi, de turbulences et de tumultes désordonnés, tempête et éparpillements des corps dans l'espace conquis.
La scénographie s'impose: les néons s'articulent au dessus des têtes, planent, battent des ailes, menacent ou couvrent le groupe de danseurs sur les cris et hurlements de la musique électroacoustique. Dans une unisson tectonique, fusionnelle, faite de secousses et de résistance, de fièvre et de transe, folie et perte de contrôle se font face.Invocations ou rogations, cercle dans la lumière pour un rituel final, les émotions sont vives et très présentes dans l'évocation de l'univers "sentimental" et musical d'un Malher déstabilisé par le destin. Un "A" majuscule se forme au dessus des corps blancs, alignés au sol dans une atmosphère très clinique, froideur du blanc: l'enchevêtrement des corps au sol, aggloméra de masse et matière fait choc, bouge et de cette chrysalide sourdent des créatures, nues, larves naissantes qui se meuvent, auprès de leurs enveloppes, dépouilles,chrysalides, nymphes décortiquées.Fausse nudité, feinte de par des bas translucides couleur chair: une "seconde peau sans trou".Pudiquement masquée, suggérée par ces "juste au corps"designés Alors que le néon jaunit, ils quittent la scène à reculons, alors que le maestro découvre le sol blanc en rouleau, et dévoile un lac noir, mer d'huile luisante. Une écriture chorégraphique, rehaussée par l'environnement plastique, très convaincante et épousant l'univers troublé du compositeur, ses tourments et désirs féconds en rebondissements. Malher évoqué, cité ou détourné par les talents de Didier Ambach et Seijiro Murayama



"I Am" de Shahar Binyamini
Contraste flagrant après cette ode à la beauté virginale, c'est place au plastique ou cuir noir pour les costumes dignes d'un styliste ! Slip et boléro noir découpés, rond dans le dos, de quoi campé des créatures curieuses, bouches ouvertes ou bouches bée qui s'alignent et viennent rejoindre un personnage central entouré de trois cercles de néons. Très belle vision plastique, reflets dans le sol noir, huilé, réfléchissant les formes en miroir lisse.
Danse plasticienne ou la tétanie prend le dessus sur une musique binaire assourdissante et répétitive. Une "rave party", un rituel très expressionniste se dessine Alors que les cercles magiques, comme des crinolines ou spirale à la Schlemmer enferment le héros, l'élu, au centre.Le groupe de cinq personnages le cerne à l'unisson pour le rejoindre haletant, dans une marche mécanique, robotique, désarticulée.Un divin solo de Riku Ota où la mouvance se fait grâce, ondulation parmi les tétanisés.Piétinant, trépignant, tressaillant, fiévreux oracle de danse collective hystérique !
Dans cette arène, un combat de catch se profile, singulier face à face masculin, les quatre autres protagonistes les entourant La musique binaire et enivrante bat son plein et les bestioles domptées, catalysées, exécutantes contraintes s'adonnent à leur bal de sorcières. La danse y est autoritaire, martelée, scandée par des rythmes et figures mécaniques, des postures et attitudes segmentés.
Le groupe, homogène soumis, manipulé se soumet en esclaves, danse dictatoriale , rave party hypnotique! Au final un solo féminin hypnotique, très sensuel rend à la danse, sa fluidité, capturée par les disques des néons, cercles de lumière prophétique pour ce "show" déjanté complètement "gaga" ! De toute beauté et incarné avec passion par les interprètes confrontés à ce "chahut" made in Malher, revisité par Daniel Grossmann

Cette soirée inspirée par Malher fera date dans la façon de traiter un sujet "patrimonial" musical où la danse en temps et en lieu, n'a pas eu sa place!
Oubli, lacune réparée par ces audacieuses "prises de positions" non orthodoxes au regard de la musique de répertoire.
Un pari de plus gagné par l'audacieux directeur du Ballet du Rhin, Bruno Bouché !
Le public ne s'y trompait pas en faisant une ovation aux douze danseurs, parfaitement imprégnés de cette fantaisie décapante faite aux conventions.

A l'Opéra du Rhin jusqu'au 14 Juin

lundi 10 juin 2019

"Une deux trois danseuses, les chaussons dorés"

Dans ce tome  :
Chaque mercredi, Inès, Louise et Léna suivent un cours de danse classique avec Mme Mazurka. Elles aimeraient tellement danser avec des pointes. Et si elles allaient en essayer à l’Opéra ?
«  Une, deux, trois, pirouette et entrechat !  » En faisant leur pirouette à l’envers, elles se retrouvent, comme par magie, à l’Opéra. Elles arrivent juste à temps pour assister à la répétition d’un ballet. Mais la ballerine doit tout arrêter après une chute : elle a les pieds en compote dans ses pointes. En allant lui chercher de nouvelles pointes, les fillettes découvrent une étrange collection de vieux chaussons de danse…


vendredi 7 juin 2019

Lodie Kardouss fait son collier-théâtre performatif à Art'Course


Pour l'exposition "Lié.e.s " organisée et conçue par Sébastien Carré, proposant aux regards bijoutiers et orfèvres plasticiens, on retiendra le soir du vernissage, l'oeuvre monumentale de l'artiste franco-belge Lodie Kardouss, pour l'originalité de sa mise en espace et de son propos plastique.."A Jewerly Piece" est une oeuvre toute de tissus rosé suranné, nouée en cinq poches transparentes, reliées par un nœud protubérant: le tout suspendu au mur, perles "fines" et ouvroir-fermoir de collier gigantesque.


Photo Robert Becker

Très théâtrale, comme deux pans de rideau qui donnent naissance à une parure qui sera destinée à recevoir des corps "collectifs" et non isolé, comme le serait le bijou que l'on porte pour soi, sur soi. C'est ainsi que pénètrent dans chaque alvéole translucide les cinq danseurs performeurs. Délivrant ainsi les possibilités d'accueil de cette sculpture légère, gracile qui se prête à toutes sortes de métamorphoses vivantes.

photo robert becker


Tels des fœtus ou des chrysalides, créatures hybrides qui se meuvent dans la matière tissée qui se tend, s'étire dans l'énergie douce des corps qui s'y lovent et s' y émeuvent .Tableau vivant d'une singulière parure, tenture  comme un écheveau tressé, pour accéder à la félicité du mouvant très organique dans son évocation.




Corps collectif qui se dresse lentement, érection des formes corporelles qui habitent ce réceptacle doux et accueillant. Pour terminer leurs étirements lascifs par un retour au nid, recroquevillés dans leur cocon de rose fané, dans un silence partagé par le public, entourant les artistes performeurs.

A la galerie Art'course jusqu'au 29 Juin


"Le livre de danse classique le plus facile du monde"



De la première position aux pirouettes, du pas de deux aux arabesques, du maquillage au mime, découvre l’univers magique de la danse classique. Les principaux pas de danse à apprendre  facilement grâce à des mouvements expliqués en images, des  consignes claires et des exercices pour s’entraîner en musique !

jeudi 6 juin 2019

"Pièce d'actualité :désobéir" : elles ont du "clito" !


Un spectacle de Julie Berès | Texte et dramaturgie Alice Zeniter et Kevin Keiss 
Avec Lou-Adriana Bouziouane, Charmine Fariborzi, Hatice Ozer
 

"Entre fidélité et refus du poids de l’héritage, entre désirs immenses et sentiments d’impasse de l’époque, Julie Berès et son équipe entreprennent de sonder les rêves et les révoltes de jeunes femmes. Comment s’inventer soi-même, par-delà les assignations familiales et sociales ? Quel rapport à l’idéal, à l’amour, à la croyance, à la justice et à la violence se construit pour chacune d’elles ? S’engager. Se sentir engagée. C’est quoi ? Ça s’exprime comment ? Quelle radicalité faut-il pour affirmer sa liberté, ses choix de jeune femme à Aubervilliers et dans les villes alentour ? Une enquête sur les coordonnées de la confiance – ou pas – des jeunes femmes d’aujourd’hui."

D'emblée elles se présentent sur le plateau, en marche solidaire, arpentent leur territoire, fières et volontaires: le ton est donné sur la scène dépouillée, noire, vierge.
Elles taguent le mur de fond en inversant les lettres pour former "désobéir" et en faire leur leitmotiv, gravé sur le selfie !
Pour la vie ! L'une d'entre elles démarre le récit d'une vie, la sienne, auscultée au peigne fin, elle y conte la cartographie de ses cours d'histoire géo où l'on colorie volontairement les pays qui "chagrinent" les esprits colons et se met en état de colère: elle est voilée et tout de noir évoque sa lente adhésion au fanatisme de la religion musulmane "forcée" par les réseaux d'éducation djihadiste où elle rencontre Hassan, son virtuel amant formaté. Se "parler" sur whatsApp, se livrer sur son mur facebook et enfin un jour entendre une voix! Pour se faire dire qu'il faut porter le voile! La comédienne, au visage rond et chaleureux livre ses pensées, se dévoile peu à peu et très subtilement explique son tracé religieux.Convertie, mais déçue, elle rêve de devenir femme immane comme à l'étranger: une belle résolution pleine d'espoir et d'ouverture. Son visage filmé en direct en raconte long sur son côté naif et ingénu, très bien campé par la jeunesse offerte de l'actrice,Hatice Ozer .
Après avoir arraché le tapis de scène, elle passe le relais à un curieux personnage rebelle, "bagarreuse" à ses dires: c'est une danseuse iranienne, Charmine Fariborzi. danseuse de vie, robotisée à fond dans sa gestuelle hip-hop, à la garçonne. Elle vocifère contre la gente masculine, contre sa famille qui la frappe, la bat pour faire taire cette danse "endiablée" qui la libère du joug des traditions.Emprisonnée, incarcérée, femme battue, sa danse libératoire est contagieuse et se passe de l'une à l'autre: ces quatre filles-femmes audacieuses, rebelles, qui se "soulèvent" en duo, trio dansant puis quatuor à quatre feuilles toniques, dynamiques, énergiques comme ce qui les "émeut": le mouvement de révolte et surtout la désobéissance. La vraie, celle qui sème le trouble et la panique chez l'adversaire, l'homme sur-puissant. Une autre se profile, prend le relais à bras le corps; c'est Séphora Pondi qui se livre avec la rage au corps. Elle est noire, tellurique, en révolte et sa diction va bon train, affolée, surjouée à merveille avec un débit étonnant frisant l'hystérie de la rage.Un numéro de bravoure, très physique, habité par un corps éloquent, massif, puissant aux formes anti canoniques.Le diable au corps assurément. Jouer Agnès de chez Molière lui sera refusé, alors qu'à cela ne tienne, c'est pour nous qu'elle le fera, convoquant un spectateur à lui donner la réplique, alors que ses consœurs font chorus.  Une séquence hilarante, juste et sans concession aux règles de bienséance. Des femmes libres se manifestent, explorent leurs émotions et toutes à leur façon, en religion, se positionnent face au genre masculin dominateur; c'est la séquence où "Ce qui les fait mouiller" révèle leur caractère bien trempé, leur vision sur "le regard masculin" qui les tétanise et les met en état de rébellion constructive. "Femmes, couvrez-vous" .Pas question de renoncer à la beauté de ses cheveux, pour Lou -Adriana Bouziouane à la sensualité de cette parure naturelle qui éveille la convoitise des détenteurs du pouvoir.
 Insolentes, enragées, ces insurgées du verbe et du corps ne cessent de danser, de vaincre par le souffle, l'audace et le culot les pires pourfendeurs de la loi sexiste ou coranique.
Et c'est la danse qui mène le jeu construite par Jessica Noita, maitre de ce balai nettoyeur fort décapant. Ballet de facture insolite, pas de quatre déjanté pour filles qui ont "du clito" à défaut d'avoir des couilles, Dieu soit loué! Le film "Mustang" en mémoire....
La mise en scène de Julie Beres, complice de ces quatre filles dans le vent de la liberté, les entraîne dans un cheminement perpétuel, semé de mots truculents, dans un rythme infernal, un tempo sur le fil de la tension permanente qui tient le spectateur en empathie, en haleine.
Quelques images vidéo pour focaliser sur les visages, les pieds et le sol qui dansent, les sourires ou le noir et blanc de situations graves, traitées sur un mode de distanciation humoristique subtil et pertinent.
On en ressort fringant ouvert à une "traduction" des faits et gestes intuitive et intelligente comme la pensée d'une rabine Delphine Horvilleur.

Au TNS les 6 et 7 juin dans le cadre de l'autre saison
A La Manufacture dans "Avignon le off" cet été !


"Cabane" : à vos palettes!

Hôjô-Ki "Notes de ma cabane moine" D’après Kamo No Chomei.
Production et création Pôle Culturel Le Diapason. 
"Quand je me suis installé ici, je pensais que ce serait tout à fait transitoire, et voilà déjà cinq années ont passé. Ma demeure transitoire a vieilli elle aussi au point qu’à l’auvent une couche épaisse de feuilles mortes s’est accumulée et que les bois des fondations sont couvertes de mousse. A l’occasion, des nouvelles de la capitale m’arrivent d’elles-mêmes, et depuis que je me suis retiré dans cette montagne, bien des personnages nobles sont morts ; à plus forte raison innombrables sont les pauvres gens sans titres qui ont disparu dans cet intervalle de temps. Qui sait, de plus, le nombre de maisons détruites par les fréquents incendies ? Ma baraque provisoire est la seule à demeurer hors de tout souci".
Récit autobiographique d’une limpide simplicité, "mémorial plein de fraîcheur et de sentiment que l’on pourrait comparer aux livres de l’Américain Thoreau", comme l’a décrit CLAUDEL, les Notes de ma cabane de moine, rédigées en 1212, s’ouvrent par le constat de l’universelle précarité de la vie humaine.

Il erre déjà sur scène dans l'obscurité où l'on devine un décor de débâcle, palettes de bois entassées à la Kawamata, débris jonchant le sol, atmosphère d'après tempête, le calme revenu
kawamata

Dans le noir une voix off démarre le récit, ponctuée de sons de crayons griffonnant, de percussions de la main de l'artiste-plasticienne que l'on découvre, plein feux au fur et à mesure. Sur un écran en fond de scène, les graffitis, les lignes se forment crayonnant des sommets de montagne, en autant de traces, lignes, points. Alors que le récitant, assis à sa table conte l'histoire des pensées d'un homme ravagé par l'âge, le temps mais porté par la poésie d'un texte magnifique sur la précarité, le cataclysme, la tempête qui à décimé son paysage, mental autant que physique, géographique. 
A cette lecture répondent en direct dessins et musique pour ourler de leurs énergies sonores et visuelles, ce cataclysme évoqué qui frappe le pays et l'âme d'un vieillard
campé par Frédéric Solunto, juste ce qu'il faut dans l'évocation de l'effondrement physique, de la déchéance irrévocable d'un homme blessé par le sort. Égaré, hésitant, chancelant. Au graphisme, c'est CatL Meyer qui s'y colle, en kimono de geisha, sobre présence, debout devant son pupitre, puis invisible, traçant sur un paravent fictif de sa main surdimensionnée les à-coups, chocs et moments de grâce de ces mots. Paroles chargées de dramatiques instants de vie, de réflexions alors qu'un oud en silhouette, ombres chinoises,égrène ses sonorités dramatiques en autant de plaintes discrètes. La musique reprend le dessus avec l'oud de Nicolas Beck qui vibre aux sons de la voix du comédien-lecteur. Il hésite, se reprend ou cavale au galop pour accélérer sa chute ou son passage dans l'au-delà.
Personnage malveillant, acariâtre ou simplement témoin de ces catastrophes climatiques qui nous renvoient à notre propre position dans l'espace et le temps.
Cabanes évoquées par ce "sage" celles qu'il affectionne et qui ne sont plus que ruines ou tas de palettes, de lattes de bois.
Cabanes pour se réfugier, échapper au tsunami, à la conquête de l'homme sur la nature qui se déchaîne pour se soulever, protester; La rage des coups de pinceaux pour encore souligner cette défaite, cette embuscade qui mène à la mort, à la vie?
La mise en scène de Stéphane Litolff approfondit simplement ces états de corps dans l'espace ravagé. Une estrade se bâtit, tremplin de fortune, architecture de survie à la Shigeru Ban ou scène de tous ces malheurs confondus où des fleurs, des arbres resurgissent, en images, en panneaux lumineux laissant filtrer la lumière promise.
Silhouette-arbre, marionette manipulée...

SHIGERU BAN


Les mains de la plasticienne maculées de rouge, froissent une toile virtuelle, de sang tachée....Percussions de ses gestes en autant de petites touches de graphisme alors que l'homme solitaire et sa maison démontable pour éternel nomade, s'échine à raconter ce monde qui bascule avec lui.
Ou se tenir si ce n'est aux murs provisoires comme Charlot dans "La ruée vers l'or"..
Un peu de gestuelles zen pour notre anti- héros qui sombre sur son paquebot immobile devant une toile expressionniste,aux noirs appuyés...
Serions- nous chez Laban ou Wigmann, dansant le tragique, la peur, la guerre, l’effroi avec ses tons oscillant du rose fleuri, au noir tendu, grave.

Au diapason à Vendenheim les  5 et 6 Juin

Mise en scène et scénographie : Stéphane LITOLFF – avec Frédéric SOLUNTO : jeu, Nicolas BECK : musique et CatL MEYER, dessin en direct et décors. Création lumière, son et vidéo: Yann SCHWOB- Photos : WAYNE D’OZ- Costumes : Valérie DURAND


cabane de Buren !
cabane marie amélie germain
cabane rue des fourmis waydelich raymond

mardi 4 juin 2019

"Noureev, une vie"

Rudolf Noureev (1938-1993), le danseur le plus célébré de la seconde moitié du xxe siècle, avait tout pour lui : beauté, génie, charme et sex-appeal. Nul autre danseur n’a provoqué autant d’effervescence autour de lui.

Julie Kavanagh explore la vie et le destin du « Seigneur de la danse » : son enfance, ses années de formation a l’école Kirov de Leningrad, sa fuite controversée d’URSS en 1961, sa relation avec le danseur danois Erik Bruhn, sa collaboration avec la danseuse Margot Fonteyn au Royal Ballet de Londres, ses rencontres avec des chorégraphes tels Balanchine, Robbins ou Graham, son rôle de directeur de ballet a l’Ope ra de Paris, ses dernières années et sa mort en 1993, des suites du sida.

C’est également l’ambiguïté du personnage que révèle cet ouvrage : s’il dansait comme un dieu, son comportement était d’une rare violence. Noureev aimait a se dépeindre lui-même comme un envahisseur barbare. Le chorégraphe Jérôme Robbins ne disait-il pas de lui : « Rudi est un artiste, un animal et un salaud » ? La définition même du monstre sacre .
 
Entre le danseur plein de grâce et l’homme acrimonieux, cette biographie éclaire sans complaisance un mythe.

mardi 28 mai 2019

"Jade à l'académie de danse": un nouvel élève !


Le gala de fin d'année a été avancé au mois d'avril ! Ce sera Coppélia! Jade, qui débute dans une nouvelle école de danse, l'Académie du Val doré, craint de ne pas être à la hauteur! D'autant qu'elle doit faire face à un nouvel arrivant, un garçon, Théo, avec lequel elle doit apprendre à danser. Y parviendra-t-elle et le spectacle sera-t-il une réussite?

De Charlotte Grossetête et Isabelle Marojer

"Jade à l'académie de danse" : le premier cours !


Jade intègre une nouvelle école de danse, l'académie du Val doré. Elle n'y connaît personne et le niveau est bien plus élevé qu'à son cours précédent. Heureusement, une autre nouvelle, Madeleine, éprouve les mêmes appréhensions. Réussiront-elles toutes deux à s'intégrer à cette nouvelle école et à plaire à l'exigeante professeur, Madame Joubert ? Et seront-elles à la hauteur pour le premier spectacle classique sur des musiques de Tchaïkosvski ?

De Charlotte Grossetête et Isabelle Maroger

"Les faux pas": osmose Fayolle Tieu Niang !

De septembre 2015 à juin 2017, le théâtre Gérard Philipe a proposé à Marion Fayolle d’assister aux ateliers donnés par le chorégraphe Thierry Tieu Niang à Saint Denis dans le quartier du Franc-Moisin et de créer un livre. "Les Faux-Pas" de Marion Fayolle est le libre prolongement de cette expérience et une relecture du spectacle de Thierry Tieu Niang, intitulé Ses Majestés, au théâtre Gérard Philippe. Durant les ateliers auxquels assiste Marion Fayolle, ce ne sont pas des danseurs professionnels qui se mettent en mouvement mais ceux d’amateurs, de jeunes enfants, de femmes tout juste arrivées en France, de personnes âgées ou de gens rencontrés ça et là avant. 
Peu à peu, en étant spectatrice des ateliers, l’auteure voit les maladresses des danseurs se métamorphoser et devenir belles. Le travail de metteuse en pages de Marion Fayolle résonne complètement avec celui du chorégraphe : cette faculté à attraper l’inattendu, à encourager les corps à devenir les auteurs de ce est raconté; voici l’une des spécificités du travail de l’auteure des "Amours suspendues".
 Dans "Les Faux-Pas", Marion Fayolle voit ses personnages lui contester le contrôle du livre et du récit. Elle choisit de leur laisser la liberté de se tromper, de lui échapper; pour un livre unique qui révèle le rapport singulier que l’auteure possède avec ses personnages, véritables comédiens vivants de la page et du livre.


"La danse d'hiver" Bauer et Jones


Les premiers flocons tombent du ciel... il est temps pour le renard roux de se préparer à l’hiver. Mais que faire ? L’écureuil le presse de rassembler le plus de noisettes possible, l’oie de s’envoler vers le Sud, l’ours d’hiberner… Mais le renard n’a pas sommeil. Sa rencontre avec un congénère va lui apporter une réponse : quand la neige tourbillonne, le mieux est de l’imiter, et de se mettre à danser…

"Danser la rue" de Lefèvre, Roland, Sizorn

Danser la rue, c'est investir l'espace du quotidien pour y rencontrer passants, habitants, spectateurs. Faire de la rue un espace chorégraphique, c'est aussi faire surgir la danse là où on ne l’attend pas, c’est traverser et occuper les lieux, parfois ordinaires, pour les partager autrement et les mettre en questions. Que se joue-t-il dans cette occupation de l’espace public? En quoi le rapport à la représentation s’en trouve-t-il transformé? Quel est l’effet du partage de l’expérience sur les spectateurs? Que fait-on ensuite de ces espaces détournés, revisités?
Autant de questions auxquelles répondent les auteurs de ce volume, chercheurs et chorégraphes français et britanniques qui ont fait de la danse et des arts de la rue leurs objets d’études privilégiés. Ils décrivent les écritures, questionnent les pratiques, les dispositifs et leurs effets. Déplacer, habiter, éprouver : autant d’entrées dans la danse en espace public, instantanés analytiques de dispositifs chorégraphiques.


"Les palmiers sauvages" :matelas pour lits mineurs, majeurs!


"Les Palmiers sauvages de William Faulkner raconte la passion amoureuse de deux êtres en rupture avec la société. Charlotte et Harry se rencontrent dans une brocante et c'est le coup de foudre. Elle quitte mari, enfants et vie bourgeoise. Il interrompt ses études de médecine. Ils fuguent à travers l'Amérique pour vivre un amour sans compromis qui basculera dans la tragédie. Sévérine Chavrier, en adaptant librement ce roman, vise à montrer le caractère subversif et asocial de la relation amoureuse."

Foudre, tonnerre en prologue, éclairs et "coup de foudre" pour les deux protagonistes: on est dans le vif du sujet d’emblée dans une scénographie encombrée de matelas, d'abats-jour vintage, de chaises et d'une immense bibliothèque qui semble contenir autre chose que des livres et leurs fantômes! Deux êtres charmants qui démarrent un amour en arrière-train ou la sexualité bat son plein en cabrioles, kama-sutra burlesque fait de petites saynètes joviales où tout coule de source: le bonheur, la joie inondent Charlotte, quasi nue, puttini charmant à la voix qui chuchote à l'oreille de Harry, plutôt prude et inexpérimenté en amour! Fesses à l'air, juvéniles, naifs, ils se chamaillant sans cesse, courant sur scène allègrement, toniques, nos deux anti-héros vont vivre leurs plus belles années et les voir se fondre en routine et dépression, hélas! En dialogues inventés, rebondissant de verve, en phrasé ludique et chatoyant, en langue du sexe et de la candeur. Ils rebondissent sans cesse sur trampoline ou matelas alignés, dojo de plaisir dédié aux roulades, aux étreintes à la répulsion aussi car Charlotte a du caractère, bien trempé! Beaucoup de charme pour cette prestation très tendre, très physique à fleur de peau, de tendresse, d'amour inventé dans l'urgence. Et plein d'mages vidéo, en direct, àla Mélies ou à contre-plongéeou de vérité, d'imaginaire qui réveille, touche et fait mouche: les personnages d'un livre devraient s'arrêter pour conter les histoires des lecteurs! Des bribes de Marguerite Duras viennent dérober le sens, fait dérailler le correct et plonge dans l'extase d'un India Song, en flash évoqué
Elle, ressemble à l’héroïne de "Amélie Poulain", sa voix , son incandescence fulgurante, son corps gracile et agile lui enseignent la spontanéité, l'acrobatie érotique aussi pour des plaisirs partagés Mais le vent tourne, les zéphyrs deviennent bourrasque et mistral, tramontane et tempête! Vent contraire et navigation ardue au menu de cette destinée féroce qui s'abat sur ce couple, duo de vie, spontané, pétillant de jeunesse. Ils vont se vêtir, quitter la nudité, crue, dévorante pour l'enfer à le Bosch, en noir, en habits qui dissimulent beaucoup les sentiments , les sensations. 
Les bruitages bordent l'intrigue qui va bon train, se niche dans le lit mineur de cette rivière des sens, dans le lit majeur de ces circonvolutions sur le plateau qui déborde: des boites qui tombent des étagères au fur et à mesure que l'on avance dans le temps qui souille les amours naissant et adolescents."Combien de fois, fait-on l'amour" ? se questionne-t- elle d'un air malin, mutin, espiègle.. Et le "ça c'est beau" est une séquence où toute la beauté du corps passe à la moulinette des sensations, surprises, à montrer, à faire voir au spectateur: une vraie leçon d'érotisme, d'érogène aussi tant tout est ici à fleur de peau.Le drame se joue pour un avortement "maison" où Harry endosse son rôle de chirurgien , faiseur d'ange, il ruine le corps de son angelot bien sexué pour in fine lui ôter la vie; 
Pas de pathos, mais une vraie sensibilité charnelle, dansante, animée de force, de conviction et d'engagement de la part des deux acteurs qui s'attellent à ce championnat, marathon d'excellence l
Recoller les morceaux, réparer l'irréparable de cette archéologie du présent humain, serait une issue fatale, ratage, fiasco et panique de la perte de l'être aimé Harry suffoque, manque d'air, étouffé par le vent qui inonde l'atmosphère de ces voyages où nos deux nomades ne s'ancrent jamais de Chicago, à la foret remplie d'animaux bizarres qui leur ressemblent dans leur pratiques instinctives de chasse, d'esquives ou de culbutes endiablées!

Au TNS jusqu'au 7 Juin
Séverine Chavrier dirige le CDN Orléans / Centre – Val de Loire depuis janvier 2017. Entre 2014 et 2016, elle crée deux spectacles au Théâtre Vidy – Lausanne, Les Palmiers sauvages, d'après le roman de William Faulkner, et Nous sommes repus mais pas repentis, d'après Déjeuner chez Wittgenstein de Thomas Bernhard, présentés ensuite en diptyque à l'Odéon – Théâtre de l'Europe. Son geste artistique s'appuie sur une recherche mêlant théâtre, musique, objets, son et vidéo.
D’après le roman de William Faulkner
Mise en scène Séverine Chavrier
Avec Séverine Chavrier, Laurent Papot, Deborah Rouach
Dramaturgie Benjamin Chavrier
Scénographie Benjamin Hautin
Son Philippe Perrin
Lumière David Perez
Vidéo Jérôme Vernez

samedi 25 mai 2019

De Beren Gieren et Lynn Cassiers Imaginary Band : Animalité et Voix partagées!


DE BEREN GIEREN + LYNN CASSIERS IMAGINARY BAND
Belgique
"Une soirée pour découvrir la nouvelle scène créative belge avec le trio De Beren Gieren, qui fait partie de cette génération de jeunes groupes flamands qui bouscule les conventions en faisant se côtoyer hip-hop, classique rock et jazz. Née à Anvers en 1984, la chanteuse Lynn Cassiers a composé un répertoire entièrement nouveau pour son “Imaginary Band“. Ses compositions sont dynamiques et ouvertes, mais aussi vulnérables et poétiques. Avec sa voix rêveuse et ses manipulations électroniques, elle nous emporte dans son univers très singulier. “Imaginary Band” transcende ainsi la forme d’un ensemble de jazz classique et s’avère extrêmement rafraîchissant et stimulant."

De Beren Gieren : Fulco Ottervanger, piano / Lieven Van Pée, contrebasse / Simon Segers, batterie

Que voici un ensemble atypique, un trio bien vivant et plein d'humour "un ours" qui hurle ou crie, des animaux, des vautours pour fétiches et amulette, pour "grigri" et autre marotte !
De l'humour en perspective, de la verve et des surprises tonales pour cette prestation très "contemporaine" aux accents détonants.Piano, contrebasse, batterie en verve et en ébullition, un cube lumineux pour renfort d'images, de couleurs, de mouvements et de sensations.Bruits de scie, de piano préparé, ambiance cosmique garantie lors des trois pièces jouées: beaucoup d'espaces libres dans un train d'enfer soutenu et varié!
Un pianiste aux gestes amples et suspendus devant son clavier, agile, volubile, très inspiré!
 La vie de l'ombre, une valse incongrue, de "promesse triste", en trois temps alertes à peine perceptible.Alors que des images de flux défilent sur les faces du cube allumé de mouvements picturaux étranges: ambiances urbaines ou naturelles.
Un splendide solo de contrebasse, une tonicité, inventivité au rendez-vous pour cette prestation inventive, enthousiasmante.
Quasi mélodique et onirique parfois, renvoyant à des univers éclatés, des espaces suggérés par les images sur les facettes multipliées de ce "white cube" versatile. Un univers imaginaire, villes oubliées, cités interdites pour des effets parallèles de rythmes qui se heurtent, se doublent, se dépassent. Et pour "Jours provisoires" , de marche en marche, dans une démarche avec appuis et rebonds, le rythme s'homogénéise: défilement de paysages naturel au point: les effets répétitifs hypnotisent, très aériens.



Imaginary Band : Lynn Cassiers, voix, électronique, compositions / Sylvain Debaisieux, saxophones / Ananta Roosens, violon, trompette / Sam Comerford, saxophone / Erik Vermeulen, piano/ Manolo Cabras, contrebasse / Marek Patrman, batterie.

Une formation "made in Belgium" de grande qualité, inédite pour ce concert qui a la fritte!
La voix de sa fondatrice et auteure des morceaux est étrange, travaillée sur le mode rocaille et sensibilité à des émissions singulières, proches de la musique "nouvelle" ou "contemporaine". Voix trafiquée pour le meilleur de la diversité de tons, de timbres, corne de brume mugissante, tous se transfigurent lors des quatre pièces interprétées par cette formation très à l'aise, de communion et ce concert, habitée. Voix et violon se rencontrent, se doublent, se bordent ou filent entre les interstices musicaux
De la verve contagieuse dans ce programme "maison" riche de créativité, de dérapages, de tournants à 180 °  pour mieux étonner, sensibiliser à une écriture qui se déverse, singulière et très recherchée.La compositrice, chanteuse, décoiffante, présente et accueillante, ravie de nous offrir ce soir là le meilleur de cette "grande formation" belge aux accents singuliers

JAZZDOR au Fossé des Treize ce 24 Mai

Love Music "Time flies" : l'éphémère bien "noté" !


Flûte - Emiliano Gavito / Clarinette - Adam Starkie / Hautbois - Niamh Dell  
Certaines pièces de ce programme sont inspirées par des oeuvres d’art plastique qui sont figés dans le temps, un cliché instantané d’un moment spécifique, c’est-à-dire im-mobiles mais qui devient autre - vivant - pendant le moment de la performance musi-cale. 
D’autres pièces “accompagnent” musicalement, pendant un temps spécifique, une oeuvre plastique déjà mobile. Ainsi certaines oeuvres musicales donnent vie et mou-vement aux images figées tandis que d’autres devient un cliché éphémère qui ne dure qu’un instant pendant la “vie” des ouvres plastiques. 
Il existe donc un jeu de mots dans le titre de ce programme. Time flies, l’expression an-glaise veut dire le temps passe vite mais au sens figuré cela veut dire aussi que “le temps s’envole”, évoquant l’idée du mouvement.

Non, vous n'êtes pas en retard. Les musiciens sont déjà sur scène, tenue relax, pieds, nus et semblent s’entraîner en attendant le placement définitif du public.
Le silence se fait peu à peu pour céder la place à une véritable écoute, sans le joyeux brouhaha des spectateurs. La pièce était déjà bel et bien et largement entamée:"Hotel Deutsches Haus 2" de Peter Ablinger, pour flûte basse,cor anglais , clarinette en la et bande de 2001 !
En bribes courtes, ponctuée de silences, comme des hésitations ou des pauses, des points ou des virgules en syntaxe musicale.De courtes pièces intrusives pour mettre en appétit, dompter l'écoute, faire un "training" du spectateur-auditeur pour une bonne concentration! Une image vidéo, très urbaine pour npus plonger dans une ambiance citadine: le fronton de la BNU, filmé en temps réel pour nous reliés et nous géolocalisé, nous apprivoiser sur le chemin de la rencontre musicale

Place à la stridence de "Fliegen, fliegen" de Annette Schlunz, pour fendre l'air comme ces paniers à ikebana qui laisse filtrer les souffles au travers du travail de la vannerie. Les trois "vents", flûte, hautbois et clarinette, se fondent ou se séparent, le trio, proche ou distribué dans l'espace. Faisant corps et décor au regard des images d'asticots frétillants en couleurs, comme toile de fond ou rideau de scène arrière!
Ils font masse compacte, alors que la musique pose ses marques, fracturées, fragmentées dans l'espace sonore. Joli jeu de têtes, de directions corporelles dans le volume imparti du plateau et des images qui font écho à ces bizarreries sonores! Stridences invocations dérangeantes.

"Le malheur adoucit les pierres" de Samuel Andreyer, inspiré d'un tableau surréaliste de Yves Tanguy, fait suite sans interruption, ni applaudissement, pour un trio de flûte basse, cor anglais et clarinette basse. Sur fond d'images vidéo de pierres, de matériau lapidaire, de roches de gré qui se transforment sous le regard de l'oeil caméra.Granité, gravité de l'opus, enchevêtrement ruilés de silences et de sonorités inédites qui s'égrainent au fil de l'interprétation, sur le fil de la douceur, de la connivence de ce trio singulier.Les cristaux de roc, comme étoile, guide et protection céleste, toit du monde environnemental et mental.Belle pièce cosmique, invasive et pourtant si subtile à l'écoute.

Pour "trois visages" de Nicolas Marty, pour flûte et flûte basse, clarinette et clarinette basse, c'est à petits pas feutrés que l'on ose à peine déranger le duo de musiciens, pour pénétrer dans une ambiance à suspens, suspension des sons, introduits légèrement, comme de la brise, un souffle matinal de zéphyrs Peuplée de silences affirmés comme des ponctuations picturales qui laissent reposer l'oeil et l'oreille sur de l'éphémère dont la rémanence serait encore de l'existence matérielle!
Un dialogue complice, discret, ténu, infime osmose entre les deux interprètes qui se profilent devant l'alternance des sonorités, des timbres émis pour la plus grande surprise à chaque reprise après silences qui en disent long!

"Triplum" de Franco Donatoni, pour flûte, hautbois et clarinette de 1995
Un trio vif, alerte, coloré, gai, relevé en ascension sonore et amplitude des volumes, en re6descentes joviales: une musique incisive, fragmentée, découpée comme des ombres noires, silhouettes animées par une lanterne magique!
La virulence des sons, éveille, ébranle, secoue brèbves incursions dans un univers résonant de souffles coupés.
Au final de ce concert, très "dans le vent" et les souffles des dieux éoliens, "Muro d'horizzonte" signé Salvatore Sciarrino pour flûte alto, cor anglais, et clarinette basse
Un trio très délicat, à la syntaxe brève, ponctuée de salves tirées des instruments comme des pichenettes ou , de petites touches de sons malins et porteurs de charme et de tendresse;
Subtiles sonorités qui s'attrapent, se cherchent, se traquent, en suspens ou courses filles. De longues tenues musicales les recouvrent pour inonder l'espace, recouvrir la masse sonore en toile tendue, vibrante: des dissonances fusionnelles très appréciées par nos oreilles aguerries aux sons inédits de ce répertoire recherché et détonant.

C'est tout le caractère de "Love music" qui s'y retrouve, en surprenant toujours au hasard des détours et croisements: quelle direction prendre dans cette atmosphère de danger, de surprise !

A l'Auditorium de la BNU le vendredi 24 Mai 19H

Musique de Nicolas Marty (création), Samuel Andreyev (création), Annette Schlünz, Peter Ablinger, Franco Donatoni, Salvatore Sciarrino. 

jeudi 23 mai 2019

Doris Chataignier: rémanence des corps et graphiés ! Kinesthésique à foison!

De la rémanence d'un corps, de plusieurs corps dansants qui s'enchevêtrent, s’emmêlent, se rejoignent ou se quittent...
Dans des floutés magnétiques où la danseuse, modèle tourbillonnant, glissant ou immortalisée en pause longue pour mieux capter la calligraphie de sa danse solo.
Griffe de la photographe, peintre et œil vigilant sur les évolutions fugitives et fugaces d'un corps, vêtu de blanc, gracile, agile, gracieux Comme une colonne vertébrale, pilier renversé à l'ossature disjointe.

Une révérence, une pause, prise unique ou des photos en triptyque qui s'entrelacent.
Le travail de capture et d'observation de Doris Chataignier, sur les mouvements de la danseuse Périnne Gérussi est précis, pertinent et fort poétique
Un souffle, une énergie l'animent, naturelle émanation de la danse qui se joue devant elle dans un espace qui s'étire, s'allonge et prolonge les traces, signes et empreintes de sa fulgurance.
Belle vision, solide et convaincante pour s'approprier une dynamique et une connivence avec l'art de l'éphémère,de la poursuite, du geste fertile en images!Kinesthésique à l'envi !

à voir au CIARUS  "Féerie cinétique"


lundi 20 mai 2019

Danser l'esquisse, chantez le trait, tisser les lignes ....A Apollonia ce mardi 21 Mai 18H


Entremêler les phrasés: ceux de la main qui dessine, ceux de la danse qui trace dans l'espace des arabesques lyriques qui éclaboussent la voix, au son du geste du peintre. Articuler des mots, ceux de Calvino , ceux des cités perdues qui tissent des réseaux, en toile arachnéenne, en fuseaux de laine qui se dévident et relient les uns aux autres...
Une performance dans l'espace animé par les corps engagés d'artistes en herbe qui se plient sans céder aux caprices de la couleur ou du fil de fer.
La toile se tend, le tricot de laine se fait tissus, trame et chaine, étoffe et matière à danser le lien
Dans le labyrinthe de l'espace, dans  le souffle , à travers le temps...
Pae Geneviève Charras et les participants de l'atelier d'Eliane Karakaya



"Manon"d'Oivier Py : sur l'hotel du pardon.....


Opéra-comique en cinq actes sur un livret de Henri Meilhac et Philippe Gille, d'après le roman de l'abbé Prévost, L'Histoire du chevalier Des Grieux et de Manon Lescaut.
Créé à l'Opéra Comique en 1884.

"Le jeune Des Grieux a le coup de foudre pour Manon que sa famille destine au couvent. Il l’enlève et tous deux découvrent Paris, ses libertins et ses vertiges. Leur passion résistera-t-elle ?
« Je ne suis que faiblesse et que fragilité » avoue Manon. « Sphinx étonnant, véritable sirène » s’émerveille Des Grieux. Délicatesse et calcul, sincérité et corruption : cet « éternel féminin » inventé à l’aube des Lumières fascina le XIXe siècle. De la création de Prévost, la plume amoureuse de Massenet fit un personnage d’une bouleversante sensualité. Et le compositeur dressa autour de l’héroïne un tableau social vertigineux, dans ce qui est une oeuvre musicale totale.
Ce très grand titre de notre répertoire revient à la salle Favart – dont les portes s’ouvrent sur une statue représentant Manon – dans une production poignante. Tournons le dos aux fêtes galantes et renouvelons notre regard sur le destin de cette jeune fille qui aime le plaisir et l’incarne.
Belle et sans concession, la vision est signée Olivier Py et sculptée par la baguette passionnée de Marc Minkowski, à la tête des meilleurs interprètes. À un tel projet, il fallait aussi une Manon d’exception : Patricia Petibon, forcément."

Quand l'émotion naît d'un jeu, d'une atmosphère et d'un sujet qui touche, alors on peut affirmer que la mise en scène d'Oivier Py de cet opéra bouleversant touche et fait mouche.
Le décor est celui d'un passage, d'une ruelle mal "famée" ou les enseignes, néons lumineux multicolores, "hotel" en toutes sortes de caractères de "police" renvoient aux lieux de jouissance, de loisirs et de plaisir d'un siècle passé. On se projette dans l'impasse avec délectation: le fête et la vie oisive vont bon train pour les personnages qui invitent en prologue à pénétrer une époque, des destins critiques dans un contexte historique qui malmène la renommée et la bourgeoisie dilettante d'un Paris de légende.
Chamarrée, bigarrée, la scène s'anime à l'envi de tumultes chatoyants, de musique alerte et entraînante, de voix et de mélodies suaves. Chacun des personnages faisant son entrée remarquée dans cet univers où tout va rapidement basculer dans l'intrigue, l'obscur et la confusion. Un décor en "tranche" où l'on découvre les intérieurs d'une auberge sur deux niveaux, quatre chambres: on passe de l'une à l'autre comme pour une visite guidée insolite, réservée aux initiés d'un "milieu", celui de la maison close, de la prostitution. Joyeuse, intrigante et calculatrice. Le souteneur introduit ce jour là, une débutante, néophyte, c'est Manon, aux charmes tant attendus! Manon, c'est Patricia Petibon qui va se livrer à cette expérience que plus rien n'arrêtera, si ce n'est l'amour que lui voue un client et non des moindres, le chevalier Des  Grieux.
On baigne dans une atmosphère à la Degas ou Jean Louis Forain dont les toiles trahissent leurs sujets: danseuses, prostituées au travail, dans des attitudes, postures ou poses bien cernées, attestant d'une société aux mœurs dilettantes et animés par l'oisiveté et le plaisir à tout prix.
Jean Louis Forain

Les voix sont sublimes, les présences des acteurs-chanteurs magnifiées par un environnement plastique, écrin des rebondissements de l'intrigue. On y découvre autant de facettes d'une vie tumultueuse, érigée par des êtres peu recommandables ou des victimes consentantes de destins croisés irréversibles.
Les prostituées croquées par des femmes aguichantes, sensuelles et très excitantes, façon Olivier Py: notons la belle prestation de Charlotte Dambach, femme désirable, sensuelle à la longue silhouette évoquant les beautés et canons d'un siècle passé, lors de tableaux évocateurs. Vénus à la Boticelli, dévêtue, gracieuse et provocante jusyte ce qu'il faut, dans la nuance.La danse est belle et les premières séquences, des femmes à cheval sur leur partenaire en dit long sur la condition sociale des filles de joie, de luxe. Bien sur, on se concentre sur le Chevalier et Manon mais tous participent d'une ambiance tantôt joyeuse et débonnaire, tantôt sombre et tragique quand Des Grieux décide de prendre les habits religieux pour oublier les amours contrariés avec Manon. Là le ton change, fini les néons, la liesse et les élucubrations érotiques de la chair, entrelacs suaves des corps nus, dévêtis de leur atours de strass et de paillettes.Noir décor, musique proche de l'orgue monastique. Tout va cependant basculer à nouveau dans le tripot et la luxure, le jeu et la revanche, la haine fatale et le destin obscur de Manon, amoureuse, éperdue de franchise et de désespoir. Patricia Petibon, sobre, touchante, émouvante aux larmes face à cette société cruelle sans concession ni pardon.

Degas

Olivier Py, très à l'aise dans cette atmosphère lumineuse de la chair évoquée à son habitude par la nudité, les références plastiques à un monde de débauche et de péchés capitaux: commander le ballet, l'opéra pour faire la fête, peuplée alors de diables rouges, de ballerine, poupée de boite à musique...C'est tout un univers de cabinet de curiosité, d'alcoves, de ruelle , de chambre d'hotel de maison de plaisir, qui lui conviennent: tempérament festif et ludique, autant que griffe scénique respectueuse d'une oeuvre pas si connue que cela !

A l' Opéra Comique jusqu'au 20 Mai





Direction musicale, Marc Minkowski
Mise en scène, Olivier Py
Avec Patricia Petibon, Frédéric Antoun, Jean-Sébastien Bou, Damien Bigourdan, Philippe Estèphe, Laurent Alvaro, Olivia Doray, Adèle Charvet, Marion Lebègue
Choeur de l’Opéra National de Bordeaux
Orchestre Les Musiciens du Louvre