dimanche 27 novembre 2022

"Monjour" :" just for you! Take your time, please"! et tout ira mieux...Silvia Gribaudi dénonce par la bande à part, le dessein de la société consumériste.

 


Monjour

"Dans Monjour, Silvia Gribaudi imagine une nouvelle forme de « dessin animé contemporain ». Pour la chorégraphe et performeuse, il s’agit de personnages bien en chair et en os. Aiguillonnés par l’ironie et la fantaisie de l’artiste italienne, ils sont cinq à se partager la scène, multipliant les situations les plus inattendues.

 

Bien loin de la DAO (dessin assisté par ordinateur), de la palette graphique, voire même des antiques papiers et crayons, Silvia Gribaudi a choisi d’inviter le public dans un nouvel espace : partager en direct la création live d’un dessin animé qui se déroule sur scène. Complices de cette aventure, deux danseurs, deux acrobates et un clown-acteur. Mais dessiner, tout comme expérimenter entre dessins et corps n’est pas si simple qu’il pourrait y paraître. Aussi la mise en scène de Silvia Gribaudi est-elle soutenue par les dessins pop et les personnages surréels d’une autre artiste italienne, Francesca Ghermandi dont les albums, illustrations et projets d’animation ont fait la réputation. En résonance avec un certain courant du théâtre social, cette façon de partager avec les spectateurs les aspects habituellement invisibles à leurs yeux de la création – ses questionnements, ses difficultés, ses situations incertaines et autres inconnues – fait de Monjour une pièce de dérives comiques qui met en avant la fragilité des êtres et l’intérêt de l’inconnu pour inventer ensemble. Les questions de l’émancipation au cœur du geste créatif ou artistique s’y expriment dans toute leur acuité."

Elle est nichée au premier rang du théâtre, coach, dirigeant les danseurs, micro en main. Au préalable, elle a fait  s'exercer le public à un training du spectateur, étirements à l'appui pour un confort d'écoute et de disponibilité corporelle meilleurs! C'est Silvia Grimaldi qui mène la danse et les cinq interprètes: ils se présentent quasi nus, le sexe masqué par leurs mains ou un châle-serviette de bain...En socquettes et baskets, le costume est sobre et d'emblée, comique, voir bientôt burlesque.De courtes performances dansées ouvrent le bal, quasi folkloriques ou inspirées de la capoeira. Le fond de scène tel un halo de lumière révélant la silhouette découpée des corps. One, two, three et ça démarre au quart de tour comme un show divertissant show-biz jazzy, sexy "just for you": un tantinet flatteur et provocateur.Parce que vous le valez bien...Illusion, arnaque ou désenchantement, on verra par la suite où est le leurre que cette société du spectacle nous "offre" en illusions perdues...La danse macabre pour un numéro burlesque à cinq où l'on joue à cache cache sexe pour ne pas perdre ni sa main ni sa serviette qui cache ce que l'on ne saurait voir. Exercice pas simple pour ne jamais rien dévoiler des "parties" de son corps.O surprise-partie de la danse sans parti pris sur le sujet!Ils volent, les danseurs dans un beau manège, tourniquet comme ces figures classiques virtuoses exécutées par l'un des danseurs expert. Puis c'est un solo magnétique, danse fluide et acrobatique qui prend le relais, pause très poétique loin du virevoltant, ou du pastiche de danse classique. Alors que sur un écran défilent des images surdimensionnées de bandes dessinées, style Crumb ou Blutsh, proche des BD qui ont inspirées Roy Lichtenstein. Une "figuration nouvelle" pour la danse, voisine de ces croquis très stylés monstres, acrobates, espaces théâtraux aux sièges vides, etc...Images fort belles, colorées qui se confondent avec un corps dressé sur demi-pointes, les pieds frétillant comme chaussés de pointes acérées.Une foret de champignons atomiques dans une cheminée ascendante...Un doigt géant pointé dans notre direction pour mieux nous cibler, nous impliquer dans cette société consumériste.

Le public est convoqué pour faire un petit orchestre sonore accompagnant les artistes sur le plateau en short longs, noirs, torse-nus toujours en baskets.S'agit-il de danse, de cirque, de moderne dance ou de métaphore de la communauté humaine? La question est posée, au micro et la réponse apportée par ce à quoi nous assistons: un spectacle qui aurait pu être grandiose si les moyens rêvés de le construire avaient été trouvés! Demain peut-être...Encore une démo de mime esquissée, de gymnastique rythmique et nos cinq Daltons dans le vent de faire la claque aux cygnes alors que le public ne cesse de les ovationner en applaudissant à chaque entremets. Beethoven en finale héroïque pour ce quintette à corps perdus, fort bien accordés dans des canons esthétiques singuliers: grand dadais ou grassouillet en paillettes... Des pieds de nez de clown en parterre fleuri rouge inondent le plateau...Numéros de cirque, saynètes ou morceaux de choix dérisoires dans cette boutique fantasque, symphonie en nu majeur décrivant la noirceur et la gravité de la condition d'artiste dans une distanciation  humoristique à l'anglaise ou a l'italienne, comme il vous plaira. Autodérision gribaudienne au poing!

 A Pole Sud jusqu'au 27 Novembre


"Bachelard quartet": tête en l'air, pieds sur terre..."Imagine"...Si le métal m'était conté, hurlant d'images de BD....

 


Bachelard Quartet
rêverie sur les éléments à partir de l’œuvre de Gaston Bachelard


PRÉSENTÉ AVEC LE TJP

"Marguerite Bordat et Pierre Meunier proposent une immersion dans la pensée et le langage du philosophe-poète Gaston Bachelard (1884-1962), son enthousiasme et son émerveillement à l’égard des quatre éléments qui constituent la vie : terre, feu, air, eau. Dans un dispositif tri-frontal enceint de panneaux boisés, les spectateur·rice·s sont invité·e·s à se réunir comme autour d’un foyer, accueilli·e·s par l’acteur Pierre Meunier, la pianiste Jeanne Bleuse et le violoncelliste Matthew Sharp. Ensemble, se saisissant du pouvoir d’évocation du langage du philosophe et de la musique, elles·ils invitent à partager une « rêverie active », à retrouver une relation intime et vivante avec les éléments, propice au déploiement de l’imagination."

Les trois comédiens sont là, nous "toisent", mesurent les distances et les franchissent entre eux et le public, disposé en cercle autour d'eux, centrés dans l'arène du jeu: ambiance conviviale et chaleureuse autour d'un piano et d'un violoncelle, installés sur deux estrades cuivrées..Et oui, "abandonnez-vous", le temps de la représentation, murmure Pierre Meunier à l'oreille d'un spectateur docile...Le violoncelle démarre, sourit de plaisir sous les doigts de Matthew Sharp qui semble aux anges.Son visage s'étonne, s'émerveille et ponctue d'expressions et de mimiques peu à peu le texte de Pierre Meunier qui s'égrène. L' "imagination" au pouvoir, leitmotiv de cette opus singulier fabriqué à partir des textes de Bachelard sur les quatre éléments fondamentaux de la vie et de la philosophie de ce penseur prolixe.Un petit manège de bris de verre pour lanterne, lampe magique, dance-floor pour  plafond étoilé.Tout sera passé au crible, au tamis ou à la moulinette : réflexion sur le dur, le mou, le "buvard de l'enfant" qui éponge et boit les taches, le métal et l'enclume qui résonne, sublime et sensuel substantif évocateur de bruits singuliers.La musique se fond avec les mots: au piano Jeanne Bleuse, inspirée par toute une ambiance de morceaux choisis du côté de la musique du XXème siècle, riche en harmonies, en ambiance et univers sonores.Les mots du poète-philosophe sont mêlés aux airs de Bartók, Meredith Monk, Messiaen ou Mendelssohn, réinterprétés par la pianiste Jeanne Bleuse et le violoncelliste Matthew Sharp.La musique convoque la matière des mots, la transcende et notre imagination circule, se balade au gré de toutes ces évocations sensibles, sensitives, sensuelles.La brutalité de la pierre et du marteau  la blesse de sa propre chair lapidaire, lithogravure du son.Le marteau, sans maitre joue avec cloche, voix, frappes de pieds et tambourin comme dans un orchestre tonitruant et intime bien chambré; l'onirisme du travail surgit dans ces fumerolles volcaniques, comme les couloirs des égouts que voudrait habiter le violoncelliste...Dans un jeu complexe et malin, les comédiens jouent duo et trio très inspirés, portés par la musique omniprésente.Meunier joue avec des fils suspendus et portant des pendules lourds et sonnant sous la pression de ses doigts.Rémouleur en rémoulade, Devos des sons et des mots, le voici habité, imprégné du texte de Bachelard que l'on redécouvre, riche, évocateur, humoristique, inventif et abordable!Un enfant "hors sol" tout propre et sans contact avec la terre,éduqué sans ce fatras de poésie serait bien indigent.Les sen,s en éveil, le spectacle va bon train, émeut, dérange et déplace, décale, décadre à l'envi les poncifs et apriori de l'existence formatée Joyeux délire, relativement sage portant.Le marteau, l'enclume sans la faucille ni le maitre à danser, compas dans l'oeil oblige.Des déclics et des claques à l'académisme de la pensée.Mounier fait feu de tout bois en caressant les mots, frottant les matières pour en faire surgir la flamme ou l'éther, l'eau ou la terre nourricière.Le corps d'un ivrogne imprégné d'alcool s'y embrasse, s'enflamme bordé d'une musique volcanique éruptive et salvatrice.Les mots monosyllabiques pour évoquer l'efficacité des langues étrangères: un "jetz"sublime les sens et l'eau dormante à la vie très agitée inonde les tonalités d'un volatile dans un "cortile" italien de basse-cour fort évocateur. Tout est imagine, imaginaire et l'imago dans ce riche bercail, cette ménagerie de verres qui sonnent dans un coup de tremblement de terre tellurique des plus résonant!Et quand "La mort du cygne" de Saint Sens fait irruption sonore, c'est à l'eau du lac des signes que l'on songe, rendez-vous de l'imaginaire collectif qui fait surface et nous submerge.La scène tournante pour une plaque tournante, ère secondaire de chemin de  halage, aire de jeu qui n'en à pas l'air.L'âme du poète Bachelard erre et prend l'air dans cette évocation très fouillée, recherchée, fruit d'un travail de complice, de connivence et de résonance musicale. Jamais Pierre Mounier et Marguerite Bordat ne se sont tant pliés à la musicalité d'un texte, d'univers bigarrés jamais monochromes, déjantés sans excès: le "hors-sol"si ré les a mi la.....Et la rivière de couler des jours heureux....
On termine le spectacle en partageant le verre de la convivialité, un cocktail percutant de rhum comme brasier dans ce foyer cendré, encore fumant des scories de la lave: va- t-on nous aussi nous embraser chaleureusement pour un échange fraternel, matière à rire et à pleurer de toute l'eau de nos corps immergés sur cette terre..? Ce trèfle à trois feuilles


Depuis 2012, Marguerite Bordat et Pierre Meunier dirigent ensemble La Belle Meunière (compagnie fondée en 1992 par Pierre Meunier). Les spectateur·rice·s strasbourgeois·e·s ont pu voir, au TNS, Au milieu du désordre en 2009, Sexamor en 2010, Du fond des gorges en 2012, et, au TJP, Forbidden di sporgersi en 2015, La Vase en 2018 et Securilif© en 2019. La Belle Meunière s’associe ici à la Cie Frotter / Frapper, dirigée par la violoncelliste Noémi Boutin qui signe, avec la pianiste Jeanne Bleuse, la direction musicale du spectacle.


samedi 26 novembre 2022

"La Neuvième Symphonie", Symphonie N°9 en ré majeur" de Gustav Mahler: un chiffre mythique qui porte Malher.

 


La Neuvième est l’œuvre des malentendus : c’est la dernière symphonie achevée par Mahler, certes, mais elle a été écrite au moment où le compositeur commençait à surmonter ses démons pour entamer une nouvelle vie. On oublie souvent la moitié de ce qu’en disait Alban Berg : « Le premier mouvement est ce que Mahler a fait de plus extraordinaire », mais aussi : « J’y vois l’expression d’un amour exceptionnel pour cette terre, le désir d’y vivre en paix, d’y jouir pleinement des ressources de la nature. » À l’heure où Schoenberg affirme la mort de la grande forme, Mahler croit plus que jamais aux pouvoirs de la symphonie et livre, avec la Neuvième, une partition où se conjuguent folie et sérénité.

 "La neuvième symphonie" ou l'orchestre éclaté" confie en prologue Mathieu Schneider:une Neuvième symphonie n’est jamais anodine. Après Beethoven, Schubert et Bruckner, Mahler n’échappe pas à la règle. De nombreux éléments y rappellent les symphonies précédentes, mais éclatés. Comme vus à travers le prisme du temps, ou d’une ironie mordante. Ce discours est-il celui d’une nouvelle modernité ? Ou le signe d’un monde en décadence ?

Et c'est l'événement tant attendu de cette saison!L'orchestre au grand complet pour cet opus de légende peuplé de la complexité de nos émotions et de nos états d'âme. Mahler y décrit l'être humain avec ses bassesses et sa grandeur, ses doutes et sa foi..Le temps de quatre mouvements. Il faut ici souligner l'extrême rigueur du chef, Vassili Sinaiski qui sait révéler chaque instrument, discrètement introduit dans la globalité de la musique orchestrale, donnant à chacun sa place, son timbre souvent détourné, méconnaissable. C'est un don, une qualité de geste de direction non égalée: pour faire des interprètes des anti-solistes, loin de la performance et si près de l'émotion issue de cette façon de mettre au grand jour les talents de chacun. Il en va des flutes dont un piccolo comme des deux harpes, des hautbois dont le cor anglais, des clarinettes dont une basse, des bassons dont un contrebasson....Beaucoup de diversité dans cette homogénéité, parsemée de troubles sonores qui intriguent, éveillent la curiosité des résonances, stimule l'écoute permanente de toutes ces variations: riches, lumineuses, attractives sonorités inédites.Souffrance physique du compositeur évoquée, proche de la mort, souffrance morale et spirituelle Deux mouvements lents jouissant d'une expression de l'amour de cette terre, deux autres pour l'expression de la mort qui a hanté toute l'existence du compositeur. La preuve par le chiffre 9 qui le poursuit que la prémonition, le destin, la prédestination ne lui font pas baisser les bras, ni l'imagination si prolixe et fertile Les silences ici prennent une ampleur disproportionnée à l'écoute qui calme la donne, respirent l'inspiration et le souffle de la création. L'écoute s'y maintient, vigilante et active, pleine de suspens et de suspension en apnée.Chaos et accalmie s'y succèdent dans une fougue, un volume ou une amplitude calculée pour rehausser la dramaturgie.Omniprésente musicalité qui vacille, hésite ou s'affirme selon le volume donné.Berceuse égarée dans un maelstrom sonore ou soupir, chant d'oiseau qui s’immiscent dans la partition...Cataclysme annoncé par le rythme cardiaque, tonique ou s'affaiblissant."Comme un lourd cortège funèbre"écrit pour célébrer la mort de l'ère tonale.Schönberg, Berg, Webern, pour contempler plus tard,cette écriture qui étire le temps à loisir.Les danses du second mouvement pour vivifier ces emprunts  rythmiques puisés dans les folklores d'Europe Centrale, polyphonies du monde sonore,bruits de l'environnement...L'exploration harmonique dépasse les frontières de la tonalité, la richesse de cette furie musicale, émeut, déplace, dérange.Le final, tout en douceur et lenteur bouleverse les codes et la spiritualité s'en trouve grandie, magnifiée. Une véritable plongée dans l’univers musical du compositeur, qui a toujours eu à cœur de traduire la complexité des émotions humaines. Et pour cause, ayant vécu plusieurs drames successifs, Mahler la compose à un tournant de sa vie.

L'Orchestre Philharmonique en grande forme pour restituer sous la baguette d'un chef remarquable, l'authenticité d'une oeuvre qui fait songer à un univers inexploré à redécouvrir à chaque écoute, chaque vibration des instruments si richement magnifiés sans exagérer leur place dans l'orchestre.


Vassili SINAÏSKI direction 

Au PMC le 25 Novembre par l'orchestre philharmonique de Strasbourg

vendredi 25 novembre 2022

"Les cueilleuses de rosée": suivez votre lumière! L'inauguration des festivités de Noel de Sélestat, illuminée par la Danse.

 


Spectacle nocturne féerique, conté, dansé, chanté
 
A l'occasion de l'inauguration du "Marché de Noel" de Sélestat, une belle et généreuse initiative que d'avoir inviter ce spectacle de la Compagnie Lilou, basée à Montluçon!Cet opus festif et grand public, soutenu par un univers musical, alterne entre chorégraphies, conte, chants lyriques, effets de lumière et pyrotechnies. 
 


A travers une histoire inspirée par l’alchimie du monde, une échassière conteuse, et deux jolies petites fées danseuses suscitent la curiosité et l’émerveillement. Dans un mélange hypnotique de courbes et d’ondes opalines, ces gardiennes de lucioles, apportent poésie, féminité et féerie.
 
 Et l'on déguste dans le froid, en plein air, la magie d'une énorme bulle translucide habitée par d'étranges personnages, alors qu'une femme montée sur échasses,vêtue d'atours fantastiques de conte de fée alterne conte et chant, narration à suspens et voix profonde, au timbre assuré et chaleureux. De belles vocalises enivrantes pour ouvrir les portes d'un univers fantastique, mystérieux, intriguant. Font apparition dans de merveilleux costumes rêvés, longs tutus romantiques parsemés de lucioles fluorescentes, deux danseuses, malines et mutines fées, souriantes, partageuses. Les regards complices, les yeux écarquillés de sympathie envers les jeunes enfants en bord de piste de jeu...Un bel échange...Une scène phare: les deux personnages déplient un long tissus blanc, issu d'un bac, comme celui d'une lessiveuse ou bassine magique.Les gestes de la chorégraphie, classiques, gracieux, virevoltant en course folle autour de la conteuse. Quelques arabesques, puis une apparition magnifique; de grandes ailes dorées, voiles à la Loie Fuller, longues perches prolongeant leurs bras comme des ailes, parures dorées, battant au vent! Piège de lumières pour papillons magnétiques.Diadèmes, couronnes de lumières sur le front. Les silhouettes se découpent en ombres portées, font comme une suite de séquences de théâtre d'ombres.. C'est beau et simple, sobre et expressif, "bon-enfant", partageux. Quand des feux d’artifice viennent comme des salves, illuminer la scène qui se pare alors de feux follets, de gerbes tectoniques de lumières pulsées...Beau et bon spectacle, opéra d'hiver, légende et récit pour conter la nécessité d'éclairer nos esprits comme au "Siècle des Lumières"...Sélestat, vivante et lumineuse citée, ce soir là, magnifiée sur la place du square Ehm par la danse, le chant et les éclairages festifs. Charlotte Dambach, rayonnante danseuse-interprète, pleine de grâce, de légèreté, le regard captif et vif, tendresse et douceur esquissées en direction du public, très proche et réceptif. Et la rosée du crépuscule du soir de se poser sur nos rêves....
 
A Sélestat le vendredi 25 Novembre.
 

La Compagnie de Lilou

La Compagnie de Lilou est née en octobre 2005 à Montluçon. Elle a pour but la création, la production et la diffusion de spectacles de rue et de grands intérieurs, scénarisé et mis en musique.
Marie Vanhonnacker-Damet, Directrice artistique, et Alain Damet, régisseur, sont les deux principaux salariés de la Compagnie.
Tous deux se sont installés à Saint-Angel il y a quelques années. C’est la qu’ils se ressourcent, qu’ils créent et font un travail de production. “Notre plaisir d’artiste est celui du jeu et de la transmission. Nous souhaitons être des passeurs de rêves, d’imaginaire qui nous grandissent et nous préservent”.


jeudi 24 novembre 2022

"Drôle d'oiseau" à la Case à Preuschdorf samedi 28 Janvier 16H et "L'oiseau rare" dimanchhe 5 Février 16H ...On en fait tout un fromage....

 


"L'oiseau rare" et "Drôle d'oiseau": deux performances inédites in situ à l'occasion de l'exposition"Wanderfejjl" de Maeva Bochin et Miriam Schwamm à "La Case é à Preuschdorf

 "En cage ou dans le puits, l'oiseau de feu en paon-talons hauts et courts!

A plumes, à poils, oiseau de nuit, de proie en proie aux volages effets d'ailes, oiseau de paradis terrestre.

De sa couveuse, oisillon il va voler : ouvrez la cage aux oiseaux! Les cigognes en castagnettes, craquettent, les échassiers partent en goguette pour aller se faire plumer comme des pigeons!Ça roucoule les palombes..Coucouroucoucou!


 

Un coq au vin, un poulet au riesling ou en cocotte de boulevard. Des yeux de perdrix aux pieds...

Un ramage et plumage pour un corps beau et un fromage.Un père hoquet, cacatoès, une pie voleuse, et un flamand ose! Sans oublier le col du cygne du lac, l'oiseau de feu et autre vilain petit canard boiteux!

Pattes d'oie pour rides et becs et ongles


"Wanderfèjjl" (Oiseaux migrateurs en français) est une petite exposition concentrée sur la grande stub de la salle d'expo, avec la restitution de la résidence de Maeva Bochin autour de son projet de création, la petite stub devient l'espace scénique pour les 2 performances de Geneviève Charras, l'atelier de la Case vous accueillera pour découvrir les diverses techniques de gravure et d'autres oeuvres et épreuves. Et sous le hangar, vous pourrez découvrir une autre aventure de création nomade de Maeva, qui a eu lieu au Quebec !

(chants: il vole/ chouette hibou/ le colibri/ un petit oiseau gréco /daphénéo/ la paloma/ la donna mobile/ coucou hibou /:le bois de st amand barbara /la ronde de l'omelette )

mercredi 16 novembre 2022

"De bon augure" : la conférence des oiseaux, le congrès des volatiles..."Drôle d'oiseau"....ce ThomasLebrun!

 


Thomas Lebrun
CCN de Tours France 5 danseurs création 2020

… de bon augure

Il est à croire que Thomas Lebrun s’est senti pousser des ailes. Selon les propres mots du chorégraphe, ornithologue à ses heures, … de bon augure a été pensé comme : « un divertissement, au sens noble du terme, une proposition qui transporte et apaise, qui allie technicité et rêverie, puissance et fragilité… ». Une poétique célébration de la diversité.

Dans …de bon augure, pas de politique de l’autruche ni de miroir aux alouettes, encore moins de corbeau ! Pas d’oiseau de malheur ni de chant du cygne quoi que… Tournant le dos à tous ces aspects, la pièce de Thomas Lebrun s’intéresse à un autre état : être gai comme un pinson, c’est chouette !
Le corps vêtu d’imprimés aux motifs colorés, parfois même paré de quelques plumes, les interprètes mènent les danses de solis en quatuors. Tour à tour simples et savants, drôles et légers, leurs gestes s’emparent de la trame musicale et voyageuse imaginée par le chorégraphe. Montage varié qui va : « Du chant des oiseaux de Janequin au Rappel des oiseaux de Rameau, des notes suspendues des Petites esquisses d’oiseaux de Messiaen au Coucouroucoucou Paloma de Nana Mouskouri, en passant par la légèreté de L’oiseau bleu de Lys Gauty. En tout, quinze morceaux musicaux de différentes époques et styles, du Moyen Âge à nos jours.
Abstraite, l’écriture du chorégraphe a gardé l’empreinte d’un fort rapport à la musique mêlant sensibilité et rigueur de l’analyse. On la retrouve ici, dans cette façon particulière de rendre hommage à la diversité à travers ses deux passions, la danse et les oiseaux, « ménageant des assemblages inédits dans la composition ciselée ou instantanée des partitions chorégraphiques ».

 A tire d'ailes. Un oiseau de nuit, rare quand l'un des paons danse, le flamand ose...

 Une silhouette qui se découpe sur fond de tondo aux couleurs d'automne, l'oscillation d'un corps au lointain....L'ambiance est douce et reposée, calme et voluptueuse. La danse de Thomas Lebrun est épure, distinction, ornement et la thématique des oiseaux lui offre tout un panel de registres qu'il creuse, approfondit à l'envi: envergure des bras qui évoquent l'envol, parure et ramage des costumes bigarrés, veinés de gris, très seyants, justaucorps et tunique large. Balade des mains, des doigts écarquillés, des épaules rehaussées et un style multidirectionnel des nuques, têtes et autres membres voués au mouvement total... Ça picore dans les sillons de la musique, ça pépie en staccato, saccades ou vagues successives très bien orchestrées en canon. La danse est musique, composition et partition des corps, prise de l'espace, tantôt en quatuor, duo ou solo qui s'enchainent, tuilés d'une formation à une autre, les tableaux se succédant dans une harmonie évidente. Thomas Lebrun nous offre sa signature dans un bref solo aux multiples facettes, relâchés et tensions au service d'un velouté touchant à l'épure. La grâce est naturelle et fascinante le temps d'un solo, "mort du cygne" dansée de dos, nu et fascinante. Deux oiseaux dévoreurs d'espace font irruption dans cette cage dorée, échappée belle de gestes vrillés, explorant les niveaux spatiaux de chacun. La sensualité déborde dans une scène pleine de lenteur savoureuse sur une musique de Grieg, apprivoisée. Dompteur, oiseleur ou dresseur de mouvements, le chorégraphe excelle dans l'évocation pudique et discrète de la gente plumée. Des oiseaux dessinés à même les collants et vêtements augurent du chatoiement de la gestuelle: les abattis en mesure, les ailes déployées qui caressent l'air, sur demi-pointes, de profil.... Vol d'oiseaux dans une atmosphère de nuages pastel pour un quatuor de sculptures mouvantes dans le silence. Un martin-pêcheur issu de la mélodie française, bijou de dissonance, de mesures surprenantes et de tonalités imprévisibles succède à un solo destroy en maillot de bain et chaussettes, oiseau de bonheur, fleur bleue à souhait. Et les saynètes de se succéder, très contrastées jusqu'à faire apparaitre le spectre bien incarné de Nana Mouskouri et ses colombes blanches, entourée de deux gigolos à fleurs en bikini. Désuet, désopilant, kitsch sans jamais caricaturer ni offenser son sujet. Encore un très beau solo le long d'un tapis vert, ou pigeon vole et s'envole gracieusement, les gestes étirés... Avant de clore sur le manège d'un quatuor qui dessine ses fresques et frises à la grecque, en marche lente. Bras en couronne, profils singuliers. Tout s'efface dans la pénombre, les silhouettes mouvantes sur fond de stries de lumières très picturales. Françoise Michel aux commandes de cette scénographie-lumières de toute beauté. Et la musique issue d'un répertoire très fouillé, variée, en osmose avec l'écriture ciselée de Thomas Lebrun qui "varie" les genres dans un joli charivari sans appeau ni crécelle avec doigté, mesure et un gout du baroque non dissimulé: perle rare et pli selon pli pour magnifier la musicalité des corps de ses interprètes rompus à sa "griffe" d'aigle affutée.

A Pôle Sud le 16 et le 17 Novembre

"La Septième": l'age d'or-aison! Tristan Garcia, Marie-Christine Soma, Pierre François Garel: un triangle d'or....

 


"Dans La Septième, issu du roman 7, le philosophe et écrivain Tristan Garcia donne la parole à un narrateur à l’aube de sa septième vie. Il se souvient de tout : sa première existence où, à l’âge de sept ans, Fran lui a annoncé qu’il était immortel, sa rencontre avec Hardy, qui sera toujours la femme de ses différentes vies. Ce narrateur, qui renaît toujours dans le même lieu et le même temps, raconte comment il a été prix Nobel de science, chef de combat, guide spirituel, criminel… Marie-Christine Soma met en scène l’acteur Pierre-François Garel dans une épopée où le héros explore, à chaque renaissance, une nouvelle existence, tout en se souvenant des précédentes. Si l’on pouvait revivre, que voudrait-on changer ? Quels potentiels chaque être recèle-t-il ?"


Rarement une "pièce" de Théâtre tient en haleine, fascine et d'emblée invite à l'empathie avec ce personnage qui dès l'aube de sa vie apprend d'un "médecin" charlatan, la caractéristique d' immortelle de son existence. Malgré une maladie inconnue, un saignement de nez continu, inexpliqué, source d'interrogation, de recherche, puis de constatation fataliste, il vit,ce garçonnet que l'on rencontre sur fond d'écran cinéma, dans des coloris vifs et tranchés. Alors que notre "anti-héros" se débat avec son inhumaine condition qui rapidement va se révéler  difficilement gérable.En sept chapitres bien distincts, le "narrateur" qui n'a pas de prénom, traverse sept phases de sa vie, loin des reprises et répétitions des faits.On bascule d'une section à une autre, le destin, le chemin du narrateur conduisant aux expériences, rencontres et connections les plus audacieuses.Tandis qu'il modifie les contours du décor du plateau qui opère sa mutation au fur et à mesure. C'est une métamorphose lente qui passe de la douceur de l'existence à la révolte, le ton, la tessiture de la voix de Pierre François Garel oscillant sans cesse d'un registre à l'autre dans une partition littéraire de toute beauté. Le texte adapté et mis en scène de Tristan Garcia,comme une composition sonore et musicale, rythmée par une mise en scène sobre et efficace signée Marie-Christine Soma.Les images du film retracent les épisodes manquants, duos du médecin et de l'enfant, du narrateur et de Hardy, la Femme qui accompagne ses 7 vies de son empreinte irrévocable. Fran, le médecin complice hante la narration de cette "septième" histoire issue du roman global.On reste fasciné par la subtilité du jeu de "l'acteur-comédien" narrateur et conteur à la fois, par la performance de cette présence qui se bat, ne se défile jamais de ce destin étrange qui ne semble pourtant pas pré-destiné à des réincarnations banales, sacrées, spirituelles. Le sang comme vecteur des situations, ce qui coule de source, sourd de son corps, de sa peau, circulation pulsée par les rebondissements opérés dans les sept chapitres annoncés sur écran de télévision. Un parterre de bâche comme neige ou filtre du temps, un fauteuil de bureau qui roule et passe d'un lieu, d'un endroit à un autre, bravant le passé, des cartons emplis de K7, des journaux, tout un fatras d'accessoires indispensables pour franchir le miroir, le mur du son de cet homme qui "parle", conte et raconte son épopée. C'est émouvant, pétrifiant, médusant et l'on file durant plus de deux heures en plus que "sympathie", cum-patio avec cet homme aux prises avec un trajet insolite, une destination inconnue sur fond de trajet de train évoquant son enfance fascinée par les  territoires inconnus..."Mornay" comme jeu de mot valise d'une vie transfigurée.


Marie-Christine Soma est créatrice lumière et metteure en scène. Le public du TNS a pu voir Feux d’August Stramm, en 2008, et Ciseaux, papier, caillou de Daniel Keene, en 2011, spectacles co-mis en scène avec Daniel Jeanneteau. En 2010, elle a adapté et créé le roman Les Vagues de Virginia Woolf. En 2018, elle a présenté au TNS La Pomme dans le noir, d’après Le Bâtisseur de ruines de Clarice Lispector.

samedi 12 novembre 2022

Hanatsu Miroir: (Focus) sound up! 3: de bruits et de fureurs avec Matias Fernandez Rosales et Travail Rythmique.

 


[FOCUS] SOUND UP! #3 
 
MATÍAS FERNÁNDEZ ROSALES avec TRAVAIL RYTHMIQUE
Le compositeur chilien Matías Fernández Rosales, qui travaille en étroite collaboration avec HANATSUmiroir depuis plus de 3 ans, marque la fin de son parcours universitaire en France par la sortie d’un disque compilant une sélection d’œuvres récentes. La sortie de celui-ci fournit l’occasion d’une réjouissance musicale créatrice assurée par une partie des artistes ayant participé à la conception de l’album et Travail Rythmique.
 
Un morceau de choix, une pièce unique pour ce concert singulier au sein du chaleureux Espace K, transformé pour l'occasion en agora de l'expérimentation: le public autour des protagonistes! C'est le vibraphone qui fait le prologue-ouverture, solo de Olivier Maurel aux baguettes sur fond de bruitages électroniques, synthétiseurs très loquaces, sonneries de cloches, moteurs d'avion à réaction sur le tarmac.La délicatesse du jeu de frappe contraste avec le martellement lourd et pesant d'une marche de géants synthétiques...Les sons mixés se fondent, intrus dans les interstices, les espaces sonores vacants.Les percussions "live", acoustiques en opposition avec l'environnement "artificiel" ambiant crée par "Travail rythmique". L’ambiance serait celle d'une usine folle, machines infernales à la "Métropolis", déboussolées. Tonnerre, orage, grondements. Un paysage plus vaste se profile: port fluvial ou zone industrielle, troisième lieu Les consoles comme jeu et surface de fabrique de sons stridents, métalliques: freinage, résonance de hangar désert. Friche industrielle en décor pour ces sons du travail, du labeur.La diversion viendra du hautbois de Vincente Morota: sons aigus, tocades acoustiques comme des salves régulières lancées sur des rails grinçants. Des voix déformées s’immiscent, mutants ou zombies surfant sur les ondes.Puis tout dérape en chicanes suraiguës qui agacent, chiffonnent l'oreille, le tympan.Tel un mirliton qui gazouille dans la clairière oubliée, le hautbois aboie sous la protection de pétarades ou de longues tenues électro-acoutiques.Des personnages naissent pour fabriquer une narration fictive: les sons s'empilent, se superposent.Larsen et expérimentations diverses pour les consoles.Quand fait irruption la guitare électrique sous les doigts affutés de Andres Gonzalez: guitare branchée, fusée lancée dans l'espace vibratoire renforcé.Mitraillette de sons pro-pulsés en rafale, en ricochet, déraillement ou dérapage contrôlé. Ca crisse et ça vrombit comme sur une piste d'essai  de circuit automobile sur le Lingotto à Turin!Fiat Musica sur la rampe de lancement. Klaxons en prime. Des bribes de rythmes émergents des pédales wha-wha...Gyrophares, alarmes et autres artefacts de mise.Des effets quasi insupportables, dérangeants pour les fragiles tympans sorciers des auditeurs.Nombreux et attentifs vecteurs d'ondes et de fréquences transmissibles.Le corps comme des buvards ou éponges bien imprégnés.Comme une dégringolade, une chute prolongée dans une carrière de pierrailles, un éboulis minéral de scories sonores.Volcan et éruption au menu.Un vrai embarquement pour plus d'une heure de création inédite, déconcertante, pour naviguer dans des contrées de science fiction sans bulle ni dessin, mais pleines d'images suggestives, de sons riches d'évocations multiples.Avalanche de serracs dans goulet d'étranglement, couloir ou déversoir de caillasses.Ca déchire, arrache, déstructure la matière sonore en disharmonie constante, en "timbres" factices et ça intrigue.Matias Fernandez Rosales aux commandes de la composition sur des partitions écrites et concoctées lors d'une semaine de résidence: pas de tout repos acoustique!
 
 
 
Matías Fernández Rosales, composition | Olivier Maurel, percussions | Vicente Moronta, hautbois | Andrés Gonzalez, guitare électrique l Raphaël Siefert, lumière | avec la participation de Travail Rythmique.
 
Le 12 Novembre à l'Espace K , organisé par Hanatsumiroir

"Achtung bicyclette": ils ont un vélo dans la tête"......Et ça roule en danseuse sans "prendre plat"! Ni pédaler dans la choucroute!

 


"Notre 28ème (vingt-vite-yème) revue satirique se moquera de tout et de tout le monde. Elle passera à la moulinette les politiques locaux, se moquera des Lorrains, parlera du Racing, de l’écologie… et caricaturera l’actualité marquante de l’année. Elle n’oubliera pas non plus d’égratigner au passage quelques phénomènes de société ! Bien sûr, ça va chanter, danser et sketcher. Cette revue se jouera toujours en alsacien dans une salle et en français dans l’autre. Les comédiens continueront de courir de l’une à l’autre pour vous faire rire dans les deux langues."

 

Après le légendaire leitmotiv, gingel tant attendu, voici la troupe pour un régime sans selle, pédale douce et pas dans le guidon pour une revue pas corrigée des temps modernes...Les pieds dans l'plat qu'ils ne prennent jamais, chambre à air gonflée à bloc en grande pompe, pour cette piste aux étoiles cyclable, en roue libre, le dérailleur braqué sur la grande vitesse! Ils font ce qu'on pneu toujours à vive allure, sans rétro pédalage: au boulot, à vélo, velib' ou vel'hop au poing!Burette et rustine au cas où il y aurait fuites.Et ce, sans jamais se dégonfler!Car ils en connaisse un rayon.

D'emblée, ça pulse, chapeaux griffés de gadgets évoquant la bicyclette bleue, le tandem ou le tricycle, rickshaw alsacien de circonstance avec les trois élues féminines: Danielle, Jeanne et Pia, accompagnées des non-dits de Josiane, chevalière de la région d'horreur. Tout y est passé au crible, à la moulinette de l'humour et de la non distanciation brechtienne. Stéphane en Berne en visite au marché de Noel, revisité en "marché de l'hiver" où c'est bien fini, le "siècle des lumières"!Des rats balayés par un agent de service (J.P. Schlagg), dératiseur émérite, Des pré-luminaires affriolants pour rouler "en danseuse" sous la houlette de la chorégraphe pugnace et patiente, Charlotte Dambach qui fait bouger à l'envi sur leurs appuis linguistiques et accents toniques, cette bande abonnée à l'enthousiasme contagieux.La "groupie du pianiste" et autres merveilleux standards pour mieux faire mouche et toucher là où ça blesse et fait rire ou faire réfléchir...Réflexions toujours de bon aloi, sur l'hopital charitable, la "zoonose" d'un zoophile qui nous fait croire que l'on est atteint de toutes les maladies: incroyable Arthur Ganger, pétri de malice et d'humour avec son compagnon de route Sébastien Bizzoto buveurs insatiables de jeux de mots, de crises de fou rire salvateur. On ne cesse d'être en empathie collective grâce au charisme de chacun. Susanne Mayer en Reine d'Angleterre ressuscitée, revisitée comme une Lady D adulée, discrète madone chantante. On l'écoute, attentif à son ode à la discrétion dans ce fatras cabaretier enjoué qui "déraille" à l'envi!Un droit de véto pour voter pour ou contre la morosité de la cité, entre la préfète et la maire que l'on voit danser au son des voix qui s'élèvent à l'unisson de la bonne tumeur.

Et les costumes de déborder d'imagination; corsets, guêpières, chapeaux et accessoires de circonstances, brillants, plein de paillettes ou de moustique tigre, géante marionnette qui pique là où ça démange déjà!Guy Riss nous revient pour un show inénarrable d'un Gilbert Meyer fantomatique...De la ceinture verte à la "petite robe verte" de Danielle, à la chemise blanche de Jeanne, il n'y a qu'un pas de tango. Et puis Magalie Ehlinger qui endosse moultes rôles, drôle, chanteuse, conteuse, diseuse de bonnes aventures rocambolesques: en pleine forme vocale, avec une présence assidue aux conseils municipaux de tout poil. 

De la verve, de l'audace sous la baguette de Roger Siffer celui dont la revue a bien failli s’appeler: "Rustine où les malheurs de la Verdure"!(dixit l'artiste) ...On prend le maquis et l'on quitte la salle bondée avec une "rustine" en main histoire de colmater les fuites et de faire la fille de l'air.Après encore des saynètes croustillantes sur les migrants et leur hotel-autel cinq rive-étoiles, après une visite à Paul emploi et son livre de jobs..La "foule" danse avec un piano-orgue de barbarie commandé par Thomas Valentin et tourne la roulette russe dans cet univers bigarré, tonitruant à souhait.Ici pas de garde boue ni de rétro pédalage pour ce vaste diorama-panorama tendre autant que féroce de l'humaine condition.Et hop, on repart en biclou: demain j'oserai peut-être en "danseuse"quand on ira sur les chemins de l'âne, à bicyclette...Sur la piste de bison futé! Ou de feu, l'ours Bruno!Et vive la canopée sur canapé, servie à tous; écologie tu nous tiens.Faut que jamais cela ne cesse....

 Textes : Équipe de la Chouc’

Avec : Sébastien Bizzotto, Arthur Gander, Magalie Ehlinger, Marie Hattermann, Bénédicte Keck, Susanne Mayer, Nathalie Muller, Guy Riss, Jean-Pierre Schlagg et Roger Siffer
Piano : Jean-René Mourot ou Thomas Valentin ou Sébastien Vallé
Lumières : Cyrille Siffer
Scénographie/costumes/accessoires : Carole Deltenre, Marie Storup et leur équipe
Chorégraphie: Charlotte Dambach

Production : APCA – Théâtre de la Choucrouterie



 

 

Au Théâtre de la Choucrouterie

 DU 11 NOVEMBRE AU 26 MARS
Du jeudi au samedi à 20h30 en alsacien, 20h45 en français
Le dimanche à 17h00 en alsacien, 17h15 en français 

vendredi 11 novembre 2022

"Fil": au "fil" du jazz..Ce qui les relie ....Leila Martial et Valentin Ceccaldi filent doux....

 


"En équilibre instable entre la chanson, la musique improvisée et le domaine contemporain, la chanteuse Leïla Martial et le violoncelliste Valentin Ceccaldi proposent une musique de funambules dont la spécificité et l’irrésistible charme résident en ce qu’elle se joue constamment sur le fil… Se projetant sans filet dans l’inconnu de cette formule minimaliste à haut risque où nul faux pas n’est permis, le duo dévide la pelote de ses références (un standard de Mal Waldron, un air de Purcell, un lied de Fauré, une chanson de Berio…), pour mieux s’aventurer, au gré d’improbables détournements formels et de délicates métamorphoses sonores, aux confins du théâtre bruitiste. A la fois radicalement expérimentale et intensément lyrique, cette musique de l’instant à venir fascine par son audace et sa poésie."

"Au fil de l'eau" de Gabriel Fauré: une surprise que celle d'entendre après des murmures de violoncelle, les paroles suaves de mélodie française, revues et corrigées comme une balade de miaulements, iodlés, très stylisées jazz comme des prolongements, interprétations ou prolongations de sonorités ingénieuses...Triturer la matière sonore, adapter avec subtilité et délicatesse un genre, le dégenrer, le déplacer pour en faire une ode à l’inouï! Avec des capacités et facilités vocales invraisemblables, Leila Martial se joue des embuches pour créer une atmosphère, un ton inventif avec son instrument au service de l'impossible...Irréalisable performance charmeuse, sans filet, sur le fil ou la corde de son partenaire...Comme une mue, une métamorphose de l'opus de Fauré en mutation sonore: voix chrysalide cristalline, mutante, enjôleuse et rayonnante! Puis c'est au "petit bois de Saint Amand"de Barbara de passer à la moulinette du free jazz vocal pour une version toute en volière joyeuse: voix et bruitages au diapason, en bossa nova avec moultes appeaux, ce petit instrument à vent ou à friction avec lequel on imite le cri des oiseaux et des mammifères pour les attirer.Becs et ongles de volatiles enjoués, sans peur et sans gêne interprétation, libre, au fil de l'imagination fertile de la chanteuse....Mimétisme animal bienvenu, subtil et de bon aloi! Un instrumentarium de régal pour une petite cuisine déstructurée d'un gout gouteux!

A Purcell à présent d'être savamment manipulé pour une ode aux glaciales vocalises saccadées d'une femme en émoi:ambiance étrange à souhait pour ces sursauts vocaux, souffles de l'air froid, voix de haute contre féminine dégenrée de toute beauté!Succède au "Jardin des délices" clin d'oeil à Jérôme Bosch pour cette création in situ durant leur résidence strasbourgeoise.Des échos lointains magnifient la voix que l'on savoure, déguste sans modération aux côtés des grincements, déraillements du violoncelle de Valentin Ceccaldi, frottements des cordes: la pomme d'Adam frémit, vibre et sursaute pour cette confession païenne, messe-basse en chuchotements. Un univers monstrueux, voluptueux pour mieux pécher en sourdine, en cachette dans ce confessionnal provocateur, jouissif.Une lente marche ascensionnelle aérienne, sonore pour illustrer cette montée aux enfers ou descente au purgatoire du jazz.Désir, tu nous tiens! Suit un hommage à un ami trop tôt disparu, Pascal ....Tel un oiseau pris au piège, Leila chante sa douleur qui n'a rien de triste et partage dans une intimité poreuse, les sentiments d'amour, de tendresse: une pièce toute fraiche écrite pour cette chanteuse émouvante, malicieuse, mutine: nos deux baladins, ménestrels du free jazz très contemporain, chanson jazz française au poing, ménestrels ou troubadours de la poésie musicale, sonore.Inclassables trublions de la composition, de la partition inspirée de leurs émotions à vif.Comme un piaf chantant sa fratrie au petit jour, ses "coucou" comme des échos joyeux à la perte, disparition prématurée d'un être cher...On compatit, cum-patio naturelle à ce chagrin partagé pudiquement.A Manuel De Falla de passer au tamis de l'imagination musicale de ces deux escogriffes et en rappel une chanson, où ils se révèlent complices tendres et attentionnés, hommage à ce "pin vert" évoqué dans le texte espagnol, très amplifié dans une chambre close d'écho. Vous reprendrez bien encore un petit Beatles et une bonne dose de diction parfaite d'anglais avant la fin du concert annoncée.

Nichée au coeur de la Roberstau, la salle d'Apollonia vibre et frémit, s'enchante et se rit des cordes qui ne pleuvent pas sur ce duo, véritable petit laboratoire sonore, atelier prolixe et fertile, fil prodigue et prodige du jazz libre! La voie est libre pour cette formation inédite: à deux c'est toujours mieux...

A L'espace Apollonia le 11 Novembre dans le cadre du festival JAZZDOR

FRANCE
Leïla Martial voix, pédales d’effet
Valentin Ceccaldi violoncelle   

jeudi 10 novembre 2022

"Berlin mon garçon": saga-cité! Une odysée en fugue majeure pour un personnage perdu et jamais retrouvé.


 "Marina arrive à Berlin et va devoir cohabiter avec l’étrange Rüdiger, qui lui loue une chambre. Il découvre qu’elle est venue chercher son fils, dont elle n’a plus de nouvelles. Pourquoi lui propose-t-il d’enquêter à ses côtés ? Lenny, l’époux de Marina, est, lui, resté à Chinon où ils tiennent une librairie. Esther, sa mère, veut savoir : pourquoi ne fait-il rien pour retrouver son garçon ? Dans cette pièce de Marie NDiaye (Prix Goncourt 2009) initiée par le metteur en scène Stanislas Nordey, les personnages font face à une énigme : qu’est devenu ce garçon et pourquoi est -il parti ? Faut-il tout mettre en oeuvre pour le sauver ou faut-il l’abandonner et se sauver soi-même ?"

Que c'est beau, une ville, le soir sur un plateau de théâtre...
Une femme, seule dans un décor d'aéroport en images photographiques projetées, noir et blanc scintillant; un défilé d'icônes architecturales très stylées, aux angles et perspectives valorisant les points de vue, plongées et contreplongées.Une atmosphère de grande solitude, ponctuée par les mots et paroles qui sourdent de ses lèvres. En manteau jaune dans cet univers froid, vide, femme esseulée dont les propos seront tous liés à la recherche de son fils, disparu qu'elle vient chercher, rechercher...Un taxi l'attend, événement imprévu et l'on file à bord du véhicule, toujours accompagné de splendides images signées Jérémie Bernaert, de cadres qui mettent en valeur les lignes, points et plans de la ville traversée.C'est Berlin. Et ce voyage bref nous conduit à la cité "Haus Corbusier" où la femme a trouvé un hébergement, le temps du séjour de ses recherches.Le logeur l'attend, lui qui déjà auparavant sur scène confiait que son appartement cédé aux occupants de courts séjours serait occupé par sa personne, les "lois" ayant changé depuis peu: il se doit de résider durant le séjour des occupants: mauvaise surprise pour Marina, la mère du "garçon" disparu...Chacun se parle, adresse à l'autre ses monologues sans communiquer et c'est d'un effet étrange de distanciation remarquable.Ils conversent dans "le vide" et nous sommes témoins de ces avancements narratifs comme des voyeurs convoqués à une audition privée.D'étranges choucas, sorte de corneilles ou corbeaux sauvages peuplent l'atmosphère, planent comme une menace sur ces destins croisés. Ambiance tendue, inquiétante, suspens à la Hitchcock, rehaussée par la mise en scène de Stanislas Nordey et les images projetées, plans serrés sur le lieu architectural fascinant d'un Le Corbusier rêvé.Images en noir et blanc très présentes, surdimensionnée donnant cet effet d'omniprésence d'une cité intérieure, d'un Berlin intime et froid aux angles nets, aux lignes de fuite, de fugue en majesté. Le "garçon" en question demeure fantôme, spectre errant dans ces couloirs incertains, entre ces portes fermées, ce labyrinthe énigmatique, geôle ou prison des sentiments, des émotions. Les personnages s'y perdent et s'y rencontrent, Claude Duparfait en Rudiger, logeur séduit par son hôte, Hélène Alexandrinis, touchante mère possessive, troublée, inquiète, ravagée de douleurs, perturbée par sa quête impossible. Trois séquences, ponctuées de musique et d'images de cartoon Disney, incroyables croquis de personnes-animaux stylisés maléfiques et menaçants. Ce n est pas juste un dessin animé parmi d autres mais il s 'agit de Pinocchio précisément qui comme on le sait désobéit à Gepetto et part à l aventure et fait tour ce qui est interdit donc à notre sens en lien direct avec l histoire du fils .

Berlin intranquille comme les âmes de ses ectoplasme du souvenir, de la nostalgie. La librairie de Chinon, ce bourg obsolète et désuet évoqué en contrebalancement de la grande ville, comme "boutique" fantasque qui ne dit pas son nom.Rangées de livres au sol comme lisière, enclos du savoir.Laurent Sauvage en tenancier agacé, imbu de lui-même, détenteur de secret de famille là où surgit Charlotte, en image puis en "vrai", la "fiancée" promise à ce "garçon" l'Arlésienne du texte qui bat son plein d'émotions et de rebondissements très théâtraux.Le sol de l'appartement de "Hauscorbusier" comme un damier, plan de ville où les pions avancent, le fou fait sa diagonale, les tours prennent gardent, le roi et la reine errent dans les couloirs...Un "troisième lieu" d'abandon, de vacuité, de silences, de non-dits ou de secrets de famille..."Garçon" l'addition s'il vous plait pour un scénario tendre mais sans concession sur les faits et gestes d'une mère, les pérégrinations des uns et des autres dans ce no man's land à l'esthétique réfrigérante de toute beauté Jamais des images n'ont ainsi fonctionné comme topos utopique, un non lieu avoué de la vie où l'on perd pied.Sans direction, ni destination, sinon celle d'un mythique Munich improbable, aléatoire tarmac , territoire glissant et accidenté de la vie.Un "fils"à jamais perdu, ressuscité par ses paires inquiets, tourmentés à jamais par la perte irrévocable d'un corps animé de vacuité: la présence comme leitmotiv pour ces personnages si crédibles, si vivants...


Marie NDiaye a publié son premier roman, Quant au riche avenir (Éditions de Minuit), à l’âge de dix-sept ans. Elle en a depuis écrit une quinzaine, dont Rosie Carpe (Éditions de Minuit, Femina 2001), Trois femmes puissantes (Gallimard, Goncourt 2009) et, dernièrement, La vengeance m’appartient (Gallimard 2021). Écrivant également pour le théâtre, elle est lauréate du prix du Théâtre de l’Académie française. Berlin mon garçon, publiée dans le recueil Trois pièces (Gallimard, 2019) est une commande du metteur en scène Stanislas Nordey pour le TNS.

 

Au TNS 9 nov au 19 nov 2022 

mercredi 9 novembre 2022

"Je rentre dans le droit chemin": sentier de l'âne....pour un bis-corps nu spectacle!

 

Sylvain Riéjou Association ClichéFrance solo création 2020


Je rentre dans le droit chemin (qui comme tu le sais n’existe pas et qui par ailleurs n’est pas droit)

Pour Sylvain Riéjou, mots, gestes ou images sont autant d’amorces pour entrer en dialogue avec le public et partager ses interrogations les plus intimes. Ici, la nudité et ses représentations. Je rentre dans le droit chemin poursuit une réflexion entre corps et vidéo déjà présente dans son premier solo, Mieux vaut partir d’un cliché que d’y arriver (2017).

 

C’est au sein de l’association Cliché, créée en 2018 que Sylvain Riéjou développe sa propre démarche artistique. Cherchant à exposer l’acte de création au regard des spectateurs, il imagine des autofictions qui sont autant d’explorations vidéo-chorégraphiques où interviennent danse, musique, texte et images. Je rentre dans le droit chemin, son second solo, s’intéresse à la représentation du corps dans l’art et la publicité. Ce faisant, Sylvain Riéjou relève les contradictions qui en émanent et interroge notre regard : « Pourquoi un corps donné à voir dans toute sa vérité, donc nu, sur un plateau, dans une visée artistique, choque-t-il bien davantage – les enfants comme les adultes – que toute vidéo aux allusions clairement sexuelles, à but commercial ? » Partant de ce constat, l’interprète se met au défi et revient sur la confusion, trop souvent faite selon lui, entre nudité et obscénité : « C’est ce que l’on fait du corps qui peut devenir pornographique et pour cela pas besoin d’être nu ». Mêlant bribes de récits personnels mâtinés d’autodérision à la mise en jeu de sa propre nudité, le danseur s’expose avec une étonnante retenue et nous rappelle en quoi la création artistique est elle aussi une autre forme de mise à nu.

Une "partie" de plaisir sans la censure du "carré blanc"...sur ses parties.

Seul sur scène, le voilà qui entame son "one man show" en nous livrant le fruit de ses préoccupations "nues et crues" sur un sujet brûlant: le "nu": il rentre dans le vif du sujet, vêtu normalement, à la table d'un conférencier classique. Mais les choses vont très vite basculer pour une "démonstration" des résultats de ses questionnements, entre autre "comment s se -me- mettre nu sur le plateau de théâtre"?

Après déboires et erreurs d'aiguillages, après même une vidéo expérimentale clip "à propos de Sainte Geneviève", il se met "en branle", se dévêtit dans le noir pour faire surprise et pour mieux resurgir avec un carré noir sur le sexe, sur fond blanc à la Mondrian...Nu devant un pupitre improvisé, ultime bouclier ou paravent, il ne dévoilera ses "parties" que plus tard en présence de son clone, grandeur nature en vidéo simultanée.C'est drôle et efficace, son corps "imparfait" selon ses dires, rayonnant de pudeur.Ses "mollets de coq", ses fesses qui tombent, autant de morceaux de bravoure sur une dissection joyeuse de ses "valseuses" et autre sujet-objet de désir ici désacralisés comme les corps des naturistes dans les camps de vacances.Rien de moins érotique qu'un corps nu...Il continue par chapitre à nous conter ses mésaventures avec ce sujet complexe qui a hanté la Danse depuis longtemps: Laban, Duncan, Halprin et d'autres (sacha waltz).... "Danse "musculaire","danse du corps articulaire", tout y passe savamment décortiqué, preuve à l'appui, illustré par des gestes à propos.Danse fluide ou tétanique, morcelée ou aérienne d'un corps nu qui laisse entrevoir un sexe qui bouge, "danse" s'il le faut. Pas de coque, ni de collant, justaucorps, "seconde peau sans trou" ni tutu plateau....pour occulter le corps en son entier et dans son plus simple appareil.Les animaux sont ainsi, à poils sans se questionner à rebrousse poil sur leur condition sociale, esthétique et comportementale.Un rien l'habille, ce conférencier, impudique en diable malgré tout.L'histoire picturale du corps nu l'intrigue et lui fait prendre une série de poses évoquant La Maia Nue, la Vénus de Botticelli, le Christ en croix et autre déjeuner sur l'herbe, révolutionnaire ou à scandale.Des gros plans sur son visage très expressif montrent que le visage à nu est symboliquement le vecteur et médium de cette nudité que l'on expose tous les jours sans pudeur: le maquillage en serait l'habillement. Roland Huesca l'inspire, ainsi que Jerome Bel ou Xavier Leroy qu'il reproduit à merveille et à l'identique dans ses métamorphoses gestuelles d'un corps transformé à la Coplan. Ces citations pour nous dire que les piétas sont aussi l'expression d'une mise à nue du corps savant, pensant Une danse "pantomimique" de la peur, proche de Chaplin ou de la danse d'expression, un renoncement à "la danse du renoncement" de Saint François d'Assise, nourrissent son propos et sa gestuelle. Des corps virtuels amoncelés, une danse "synthétique", aérienne et spacieuse abreuvent ses théories fertiles en rebondissements.Humour, détachement et distanciation au menu de ce festin, "grande bouffe" du corps pudique revendiquée. Trois p'tits tour de verge et puis s'en vont, notre "marionnette" fort sympathique à la Kleist prouverait que ce vaste sujet défrise et questionne notre rapport au corps dansant, penchant, pensant. Seule une diction et un débit trop rapide fond obstacle à la compréhension à une lec-dem de qualité: quelques leçons d'éloquence pour cet avocat du diable avec lequel on est en empathie seraient nécessaires...Un spectacle bis corps nu de toute intelligence!Sylvain Riéjou en figure de proue et tête de gondole du palmarès de l'humour en danse, ce qui n'est pas peu.

A Pôle Sud jusqu'au 9 Novembre

dimanche 6 novembre 2022

"Kuu!" + "Lady M" de Marc Ducret": Jazzpassage et Musica s'unissent pour le meilleur!Opéra-rationnels....

 


"KUU!"

"Participant du grand brassage multiculturel propre à la jeune scène berlinoise, tant au niveau de sa composition cosmopolite que de ses multiples références, le quartet KUU! invente un univers musical post-moderne détonant et provocateur. Il compile en petites chansons mutantes, marquées d'une forme d'irrévérence punk, des sonorités agressives, des rythmes empruntés à l'électro danse, des improvisations radicales relevant du free jazz et une théatralité baroque héritée du cabaret dadaïste. Portée par la voix lyrique et ultra-sensorielle de la chanteuse et comédienne Jelena Kuljić, la musique de KUU!,  nourrie par les guitares subtilement entrelacées de Frank Möbus et Kalle Kalima, et pulsée par la batterie aussi sophistiquée que primitive de Christian Lillinger, est de celles dont on ne sort pas intact."

Bien lunés ou lunatiques dans ce Luna Park rock cosmique

croquis simultané in situ de Christian Pion: un des guitaristes!

"La Lune" "KUU" en finlandais,promise ce soir -et de surcroit "pleine" cette nuit du 6 Novembre-est bien de la partie; lumineuse, pleine de reliefs et anfractuosités, de volcans et de tectonique versatile, musicale!Le groupe convoqué en début de soirée, et non "lever de rideau", électrique à souhait se couronne d'une belle énergie, portée par ses quatre interprètes dont la chanteuse en kilt et pantalons écossais qui excelle en rugissements couverts par l'acoustique réverbérante de l'ensemble. Nonchalante ou virulente égérie rock émancipée, dont la voix se marie avec virtuosité avec le percussionniste Christian Lillinger.
croquis sur le vif du percussionniste par Christian Pion

Figure énigmatique aux commandes de multiples baguettes frappantes, chevelure à la Tintin, visage expressif et planante attitude jouissive...L'espace entre leurs interventions en tuilage est du plus bel effet acoustique, la voix s’immisce astucieusement entre les instruments et le regard espiègle et malin de Jelena Kuljic fait mouche.Des sons industriels, stridents, rouillés comme de la tôle crispée font irruption sous la griffe acerbe du batteur, armé de métal: un homme au travail devant nous résonne trivial et dis-harmonieux.Un moment inattendu de création décoiffant et provocateur, juste ce qu'il faut pour être en empathie avec une recherche sonore pointue et décapante. Les deux guitaristes, au diapason de cette expérience inédite!

SERBIE + FINLANDE + ALLEMAGNE
Jelena Kuljić voix
Kalle Kalima guitare
Frank Möbus guitare
Christian Lillinger batterie

 

"LADY M"
MARC DUCRET



 

 "C’est à d’autres types d’hybridations que nous convie ensuite le guitariste Marc Ducret avec son opéra de chambre ‘Lady M‘, relecture très contemporaine du ‘Lady Macbeth’ de Shakespeare. Mettant en scène un ensemble orchestral et vocal de 11 musiciens brouillant allégrement les frontières entre les genres, les registres et les époques cette partition lyrique d’une grande virtuosité formelle propulse Ducret parmi les compositeurs actuels les plus passionnants."

Un opéra dégenré, bien chambré!

C'est en jupe noire, style Jean Paul Gaultier, que Marc Ducret fait irruption sur fond de bande magnétique, aux gondoles- réverbérations de mise.Les autres arrivent, comme des officiants d'une cérémonie, tous en longue jupe noire et santiag en cuir noir...Les vents, saxo, clarinette se mettent de la partie, vent en poupe, dominants puis cèdent la place au violon et contrebasse.L'ambiance est stridente, aux accents spirituels d'un rituel, d'une dramaturgie issue de chaque instrument qui semble prendre la place d'un personnage.La voix du contre ténor se glisse, majestueuse entre les interventions sonores, double la musicalité de la partition et la composition de Ducret se fait lisse et complexe à la fois.Laissant la part belle à chacun avec bonheur et générosité.Un savant découpage, des interruptions choc et coup de poing, brèves respirations ou silences en suspension, touchent et frôlent le suspens.Le chant du "récitant", acteur subtil Rodrigo Ferreira est sensuel, profond, au timbre frôlant la basse autant que le ténor. Donnant de la matière sonore dense et chaleureuse, savoureuse et riche de timbres.Des sons cinglants accompagnent, soutiennent le chant, litanie tranchée, découpée, interrompue puis reprise à l'envi.En avancées, saccadées. Un éclatant solo de trompette jazzy pour apogée, au zénith de cet opus bigarré, savant et lumineux. Un opéra de poche bien chambré. Un duo virulent en guitare et saxo pour ponctuer cette belle présence du chanteur, animé d'intentions de jeu théâtral, discret, tempéré.Quelques percussions énigmatiques, frottées sur timbale par des cymbales inappropriées à cet usage et le tour de magie est joué.Ducret enchante lui aussi, les genoux fléchis faisant corps avec sa -ses- guitare, visage grimaçant de plaisir, lèvres pincées.De son jeu très organique se dégage un investissement, un engagement total. Puis c'est Lady M qui prend le relais de sa voix sublime, pleine et lunaire , large et savoureuse: Léa Trommenschlager en superbe forme vocale, plantée, ancrée,vêtue de rouge incarna, incarnant l'héroine avec passion et jeu théâtral dramaturgique non dissimulé! Très belle prestation vocale, riche et passionnée.Les instruments, eux aussi devenus acteurs, expriment leur empathie avec les deux protagonistes du drame.Les voix d'opéra lyrique se fondant dans ce répertoire très contemporain, comme la grammaire et vocabulaire des pointes chez le chorégraphe William Forsythe!Sans oublier la contrebasse ensorcelante. Les corps des musiciens et chanteurs pulsant sous la direction intuitive de Ducret, maitre à danser de cet opus hybride, détonant.Vibrant, organique, résonant en nous "intra muros", in situ et filtrant les sons jusqu'aux os devenus vecteurs de tant de sonorités multiples et infiltrantes, invasives dans les pores de la peau. Un opéra, opératoire, clinique et jouissif, portant un sujet sérieux, mythique sans pondération inutile, avec gravité et gravitation sonnante.Quelques métronomes doublés pour nous ramener sur le chemin final, épilogue d'un récit à tiroirs qui s'ouvrent sans cesse et délivrent secrets et surprises, étonnement, mais surtout adhésion sans concession au processus de création de Marc Ducret: des recettes alchimiques tenues secrètes tant leur délivrance est précieuse, rare et convoitée par le terreau musical enchanteur de son imagination débridée mais bien contenue architecturalement parlant....

"Depuis son émergence au début des années 90, Marc Ducret est sans conteste le musicien français à avoir poussé le plus loin sa révolution personnelle, faisant de sa musique mutante un passionnant work in progress où trouvent chaque fois à s’incarner en formes nouvelles les principaux enjeux esthétiques du jazz contemporain. Guitariste virtuose mais surtout compositeur majeur empruntant autant au jazz qu’au rock et à la musique contemporaine, il propose aujourd’hui avec Lady M un opéra de chambre pour soprano, contre-ténor et petit orchestre de « jazz » qui peut s’entendre comme une synthèse de sa poétique. Avec cette partition à la fois raffinée, cérébrale et profondément sensuelle, fondée sur la tension entre la circulation des énergies et la maîtrise formelle, Ducret nous plonge au cœur de la psyché vénéneuse d’un monstre, et nous envoûte."

Belgique / Brésil / France / Lituanie / Suisse
Marc Ducret
composition, guitares
Sylvain Bardiau
trompette, bugle
Samuel Blaser
trombone
Liudas Mockunas
saxophones, clarinette contrebasse
Catherine Delaunay
clarinette, cor de basset
Régis Huby
violons
Bruno Ducret
violoncelle
Joachim Florent
contrebasse, basse électrique
Sylvain Darrifourcq
batterie, électronique
Léa Trommenschlager
soprano
Rodrigo Ferreira
contre-ténor
Sarah Lee Lefevre
costumes, scénographie
Céline Grangey
son


En partenariat avec Musica
Jazzpassage : soirées franco-allemandes  programmées en partenariat avec le Kulturbüro d’Offenburg / Avec le soutien d’AJC
 
dim. 06 nov.Cité de la musique et de la danse , STRASBOURG
   

samedi 5 novembre 2022

"Le beau, l'Art Brut et le Marchand": un vrai polar! Brut de coffrage...Un conte de fée, un récit d'aventurier, pionnier, défricheur: Jean Pierre Ritsch Fisch

 


Le Beau, l’Art Brut et le Marchand — Jean-Pierre Ritsch-Fisch, le passeur du jamais-vu

Au milieu des années 1990, Jean-Pierre Ritsch-Fisch a abandonné l’entreprise familiale de fourrure, pour fonder à Strasbourg une galerie consacrée à ce que Jean Dubuffet appela l’Art Brut. Un retour à ses amours d’adolescence : le monde de l’art et ses sensations fortes, s’impose à lui. Débutant à la manière d’un conte, s’apparentant ensuite, tantôt à un roman d’aventures, tantôt à une enquête, Le Beau, L’Art Brut et le Marchand relate ce périple singulier.

Un "passeur du jamais-vu", doté d'un destin hors norme, épais, dense, riche de rencontres incroyables, d'impossibles aventures rocambolesques, d'anecdotes croustillantes.Incroyable ouvrage sur un homme "modeste", humble, accueillant, ouvert à tout public dont la "cohérence" serait le credo. Cohérence des choix pour bâtir, forger une collection et animer un "collectionneur" franc de collier    .

Date de publication : 21 octobre 2022
 


Un océan sépare beauté esthétique et originalité absolue. Surgi des profondeurs, le jamais-vu est associé à des formes troublantes lesquelles, en bouleversant nos repères, ébranlent également nos certitudes. De l’ordre de l’apparition, cet inconnu traduit une altérité sans égale, aux antipodes des conventions et des goûts partagés par le grand nombre.
À mesure que la société industrielle s’étendait en Europe, en parallèle de l’intérêt croissant des avant-gardes pour les arts primitifs, naïfs et les dessins d’enfants, les productions d’aliénés, de détenus, d’autodidactes isolés ou de spirites retinrent peu à peu l’attention de diplômés de la Faculté, auxquels se joignirent quelques fins traducteurs de l’âme humaine, artistes et poètes. Au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, le plasticien Jean Dubuffet appela « Art Brut » ces floraisons détonantes. En les distinguant au sein d’une collection qu’il constitua et enrichit au fil du temps, il entendait les protéger et à la fois les soustraire à un monde culturel mimétique, ainsi qu’au marché de l’art.
Depuis, l’Art Brut, y compris sous d’autres appellations, a essaimé sur tous les continents. La famille que composent ses créateurs déconcertants, voire perturbants et sans lien entre eux, s’est élargie aux handicapés et aux personnes d’âge. Avec plus ou moins de réussite, des ateliers créatifs ont ouvert leurs portes à leur intention. Cousins et alliés s’inspirent de leurs réalisations, y puisent l’énergie nécessaire à l’affirmation de leur propre voie, quand ils ne subissent pas bonnement leur influence. Certaines collections privées leur accordent une place de choix. Des musées acquièrent et exposent leurs travaux, lesquels trouvent aussi place dans de grands salons internationaux. Plusieurs galeries en Europe et aux États-Unis en ont fait leur spécialité.
C’est à Strasbourg, à l’intersection des routes, là où La Nef des fous trouva un port d’attache, que l’une d’entre elles a vu le jour. Au milieu des années 1990, Jean-Pierre Ritsch-Fisch, son fondateur, a été conduit à fermer l’entreprise familiale de fourrure. Il renoue alors avec sa première passion, pour le monde de l’art.
Commence sa quête de l’impossible : dénicher des œuvres d’originaux, de marginaux ou encore de figures historiques de l’Art Brut, et appliquer dans ses choix la même exigence qu’il s’imposait, jeune encore, pour sa collection première consacrée à la Figuration narrative. Puis, il largue les amarres et part à la rencontre des publics européens et américains. Le Beau, L’Art Brut et le Marchand raconte son aventure singulière.

Ouvrage publié avec le concours de la Fondation Antoine de Galbert. édité par l'Atelier Contemporain François Marie Deyrolle

Les auteurs

C’est à la fin des années 1970, au contact d’ateliers d’expression pour handicapés mentaux, que Laurent Fassin a découvert l’art brut et autodidacte. Par la suite, Michel Nedjar, dont avec des amis il publie des dessins dans la revue La Vie Exactement (1984-1988), l’oriente vers L’Aracine, le musée d’art brut à Neuilly-sur-Marne. En 2002, à Strasbourg, la galerie Jean-Pierre Ritsch-Fisch qui expose des œuvres récentes de Rosemarie Koczy va favoriser plusieurs échanges avec l’artiste. À compter de 2018, un dialogue régulier et nourri s’engagera avec le galeriste, à l’origine du livre Le Beau, l’Art Brut et le Marchand.
Après avoir donné À l’orée de forêts profondes (récit préfacé par Lionel Bourg, photographies de Serge Lapaz, Cognac, éditions Le Temps qu’il fait, 1987), Laurent Fassin a fondé la revue Légendes (1988-1999). Plusieurs de ses textes ont paru en revues (Théodore Balmoral, Conférence, Cahiers Bernard Lazare, La Cause littéraire, etc.). Depuis La Maison l’île, un recueil de poèmes rehaussés d’encres de Chine d’Elisabeth Macé (éditions Conférence, 2017), Laurent Fassin se consacre entièrement à l’écriture et à la peinture.

Rencontre le 9 Novembre 17H Librairie Kléber