mardi 26 juillet 2022

"Bye Bye Myself" du collectif Hinterland à "Mouvements sur la ville" n° 14 à Montpellier : un bon alliage...

 


Collectif Hinterland / Mehdi Baki / Nicolas Fayol

Bye-Bye Myself

Comment être ensemble ? À partir de principes très simples, nous avons commencé à écrire des gestes, des espaces et des rythmes de façon extrêmement précise. Il nous apparaît aujourd’hui qu’en travaillant sur cette tentative « d’être ensemble », nous dévoilons l’impossibilité de contenir cette tentative dans un cadre, qu’il y a toujours une fissure, un reflet, un crépitement qui vient faire trembler le jeu. Peut-être qu’à force d’écoute et de regard, nous ne travaillons plus à « être ensemble », mais à « être l’autre ». Et quand bien même nous semblons proches dans nos manières, nous ne faisons que répéter l’échec d’être exactement semblable.

Mehdi Baki et Nicolas Fayol font la paire, le tandem sans pour autant s’assujettir l'un à l'autre: l'altérité, l'humour font de leur duo un bel et solide assemblage, un mélange des pratiques et esthétiques, un bon dosage de distanciation et de recul.Un alliage de cépages digne d'une bonne cuvée, car la métaphore viticole peur opérer sur ce cocktail de sobriété ou de frugalité dansé.Sobre mise en scène de deux corps chavirant, déséquilibrés de tout instant comme enivrés de mouvement hip-hop ou très contemporains.Leurs attitudes pince sans rire, leur dégaine bon enfant est de mise dans cette recherche qui ne fait pas de vague, mais reste très efficace en dramaturgie.Ils sont burlesques ou comiques, une once audacieux et mutins, complices et compères, jamais compétitifs.Un petit bonheur que cette pièce courte, félin pour l'autre dans les entrelacs des corps à l'écoute épidermique du monde.


Tout  en restant actif dans la scène des battles Hip Hop, Mehdi Baki travaille notamment avec James Thierrée, Giuliano Peparini, Yoann Bourgeois. Il travaille aussi pour le cinéma et est à l’affiche du dernier film de Cédric Klapish En corps sorti en 2022.
Nicolas Fayol, poursuit une carrière d’interprète avec de nombreux chorégraphes et metteur.se.s en scène parmi lesquels Bruno Geslin, Lloyd Newson, Raphaëlle Delaunay, Alain Buffard, et Christian Rizzo qui lui a dernièrement chorégraphié un solo : En son lieu.

A la cité des Arts  conservatoire de Montpellier le 2 JUILLET

MONTPELLIER DANSE 42 ème FESTIVAL: quand la danse va, tout va? (SUITE n°2 )

 "MONUMENT 0.9: Replay de Eszter Salamon


Un amas de cinq corps nus qui se maillent, se tordent, s'enchainent sur une musique planante...Interroger le pouvoir et le désir à travers la reconfiguration continue des corps, un objectif que la chorégraphe recherche et retrouve dans cette pièce, au Théâtre du Hangar. Voix, langage et mouvement s'y fondent et s'y confondent, s'affrontent en ligne de mire. Les spectateurs immergés dans l'espace dévolu à cette vision très proche et perceptible des corps nus qui s’enchevêtrent à loisir quasi deux heures durant. Impressionnante figuration de la chir magnifiée par de savants éclairages au plus près des corps qui se meuvent à loisir devant nos yeux, focalisés par ce magnétisme de la lenteur quasi hypnotique, enivrante.Épidermique lieu de réception des sens, la peau est reine et lisse les contours d'une danse lascive, érotique, crue et nue.Vibrations et échanges physiques comme leitmotiv de cette expérience immersive dans le champ de la perception directe et intuitive du spectateur embarqué dans cette odyssée du toucher, du sensible, du "à fleur de peau". Ralentis, lenteur et postures langoureuses, étirements voluptueux de ces corps organiques et "inorganiques", célébrés sur l'autel du son et de la lumière, sculptant les matières comme une polyphonie matérielle du vivant. Convoquant la beauté comme un hymne à la jouissance du regard, de cet ob-scène où l'on découvre l'origine du monde derrière un voile, un rideau de candeur, de pudeur revendiquée.

"EMPIRE OF FLORA" de Michèle Murray: l'allégorie du dancefloor...


Une DJ qui boutonne et déboutonne sa console pour en faire une aire de jeu musical, solo très physique, mains et bras engagés dans une gestuelle sur mesure, vive, sensuelle: du toucher musical fort joli à observer, le temps de cette mise en bouche musical, mise en évidence que la musique se regarde, en construction permanente tout au long du spectacle! Belle entrée en matière de Lolita Montana alors que viennent s'immiscer quatre danseurs sur le plateau nu, chacun habité par des mouvements singuliers: danse et qi kong pour l'un qui caresse l'air et fait s'ouvrir l'espace, ou style déhanché pour un autre. Grâce et puissance, puisées au coeur du processus de création de Michèle Murray qui n'a de cesse d'interroger la matière chorégraphique, instantanée ou très construite.Sauts et dextérité des doigts de pieds pour l'ensemble qui tricote une toile aux costumes sobres. Musique au bout des doigts, danse au croisement des plantes des pieds, la danse de Michèle Murray se veut celle du printemps des corps et de la transformation. Fulgurance énergétique et  saturation sensorielle comme credo, jeu chorégraphique et foisonnement des formes comme leitmotiv. La pièce est réussie en ce sens qu'elle honore ses perspectives à fond et offre un moment unique de tension-détente régénérant! 

" OHAD NAHARIN" Batsheva Dance Compagny 2019 Création: podium capharnaüm....


Un podium-plateau de défilé, les spectateurs de chaque côté comme les "acheteuses" de grands couturiers...de la danse. Un show-bussines étrange à l'intérieur du vaste Corum de Montpellier. Un éclair de génie de scénographie pour cette performance de voguing gaga...Ligne de démarcation aussi, passage, frontière où l'on jouerait à saute mouton si le monde n'était pas si ravagé de contradictions.Les danseurs s'y collent avec cette rage, cette passion qui les fait trépigner, marteler les planches, tout en exécutant sur cette passerelle des mouvements, bonds et rebonds virtuoses, à la "gaga" bien entendu.Le don de soi est extrême, unique et la horde toujours au garde à vous d'une obéissance à la loi de la pesanteur et l'aérien.Tambour battant, les corps déferlent, s'agrippent au sol, se croisent, tumulte magnétique, hypnotique.Joie ou détresse d'instants suspendus à la grâce de certains danseurs inégalables. Musique au diapason. Un réel bonheur d'être parmi eux, accueillant même les corps alanguis de certains sur nos genoux,dans des linceuls mythiques ou des sarcophages où le repos et l'abandon font office d'une confiance totale entre spectateur et acteur.Dépense,perte, furie par six entrées et sorties exiguës, aire de jeu, d'apparition ou de disparition fort bien conçues. Une pièce rare digne d'un Festival hors norme!

"DANSEUSE" de et par Muriel Boulay au Hangar Théâtre: qui s'y pointe....


Elle est avec nous en intimité, proximité complice pour nous dévoiler et conter ses "souvenirs de danse, les méandres de sa carrière en récit "réel et rêvé", telles les pages d'un journal intime Petit rat de l'Opéra devenue par intuition interprète chez Gallotta, figure discrète et modeste de la danse-nouvelle-contemporaine-elle avoue au jour le jour en sortant de sa boite à souvenir que la danse fondatrice de sa vie fut compagne et destin naturels. C'est troublant, quasi trop "modeste" mais si révélateur du métier de danseur: les mots superflus n'ont jamais remplacés la beauté des gestes, qu'ils soient issus du glossaire classique autant que des nouvelles écritures-signatures contemporaines de tout poil.Muriel Boulay touche au bon endroit, au bon moment où se construit une "autre mémoire-histoire" de la danse et les strates de souvenirs s'entrouvrent pour le spectateur comme un palimpseste, un grimoire magique qui fait sens ."Chaussons et petits rats", "Saisons de la Danse", réveillez-vous, vos secrets seront les nôtres!Conteuse aux bras ouverts, elle fait don de soi et danse en marquant, en filant les plus beaux adages du patrimoine dansé....par son corps traversé par l'histoire à construire.Irremplaçable témoin, passeuse des feux olympiens de l'histoire chorégraphique. Celle qui sa muse: Terpsichore en coulisse!


"ON EARTH I'M DONE" de Jefta van Dinther/Cullberg



 "On Earth I'm Done"Partie 1: Mountains :on y échappe pas....


C'est dans une toile de Edward Hopper ou des photographies de  Dennis Hopper que l'on est projeté: panorama autoroutier désert, néon et laser au poing: un univers singulier, désolé, muet...Ou chez le très cinématographique Wim Wenders...Ambiance, atmosphère garanties: un être hybride, créature mi homme-mi-femme s'y abandonne, super woman déroulant le drap suspendu à ses rêves, lambeau, tombeau ou linceul archéologique du temps ...Plissé qui se déroule sans fin, vie dans les plis de l'incongru, une heure et plus durant: cela fascine ou agace mais ne laisse indifférent. Prouesse d'étirer le temps, d'habiter l'espace en solo dans un décor de cataclysme annoncé."Déterrement du sol, rétrécissement du ciel", désir d'être et de murmurer en borborygmes son sort détestable ou enviable..Question de survie à coup sur, accroché au cordon ombilical, van Dinther accroche à nos vies les cimaises de l'espoir.Un univers très animal, instinctif et truffé de voies de traverses à réfléchir sur le champ.

"On Earth I'm Done"Partie 2: Islands: demain sera un autre jour....


Une meute vêtue de rouge sang vermeil devient l'hote du plateau: les créatures engendrées par notre anti-héroine?Sans doute..Survie et danse comme arme de combat, toujours dans cette horde, archipel de corps éparpillés ou groupés, luttant pour un ordre d'organisation alternatif, un état d'exception, mis en quarantaine du monde naturel.Communauté dans cour des miraculés, c'est un chapitre de sciences-friction qui s'ouvre et ni prologue, ni épilogue ne seront dictés. A nous d'emprunter les voies de la reconstruction pour chorégraphier l'absurde ou le désespoir: reste que les danseurs s'y prêtent à l'envi et que ce spectacle, épopée du futur se place en première ligne de mire des questionnements esthétique de la représentation de l'apocalypse environnementale.Une réussite sans concession au sein du Théâtre Jean Claude Carrière qui accueillait cette forme intrigante en son sein.


"NECESITO", pièce pour Grenade de Dominique Bagouet par L'Ensemble Chorégraphique CNSMD de Paris:

Retrouver le style, l'énergie, la malice, l'humour de Dominique Bagouet: un challenge que Rita Cioffi relève allègrement pour passer toute cette mémoire de la matière corporelle sans exiger mimétisme et reproduction à la lettre des "faits et gestes" d'une signature si singulière de la danse-nouvelle ou contemporaine."Ne pas célébrer, mais jouer au sens noble du terme": pour le credo de cette reconstitution-transmission pour de jeunes danseurs interprètes .Bravoure, et joie de danser des variations malgré tout complexe qui induisent un sens iné de la scène, du jeu, des clins d'oeils aux styles d'emprunt de Bagouet. Faire sans défaire, passer son tour et enseigner l'autre, respecter un esprit, un état de corps à l'écoute du monde. La maturité fait sans doute défaut à certain, surement pas à deux autres, véritables danseurs inspirés par ces propositions à multiples entrées. "Necesito", c'est aussi l'urgence de danser, d'évoluer, d'incarner une danse unique, maline mutine. Alors cette re-création est aussi cour de récré où s'affronte les talents, les audaces de ces jeunes propulsés avec bienveillance dans le monde du "milieu" professionnel: on quitte la barre et l'on devient un "homme du milieu".

Montpellier Danse, désormais acquis à toutes formes d'audaces ne cessera de nous monter la diversité des genres, tous sens confondus.Merci et à l'an prochain cher Directeur!

MONTPELLIER DANSE 42 ème festival: Nacera Belaza: droit de cité.

 Le Festival Montpellier Danse 2022 affichait un bon cru, varié, fidèle à de grands noms de la danse, autant que soutien ou défricheur de talent.Ici, un petit panorama d'une dernière partie du programme pour ne pas oublier qu'un grand directeur talentueux sait oeuvrer pour séduire, éveiller, ébouriffer public et professionnels sur les sentiers de la découverte...

NACERA BELAZA en majesté..Trois pièces pour honorer un travail chorégraphique pugnace et magnétique.

"L'ENVOL":l'outre-noir sublime...


Les contours lumineux d'un corps vague dans le lointain.La distance, la perspective se fond dans l'obscurité singulière de l'espace-temps de la salle du studio Bagouet. Quatre ombres à l'inverse se déplacent dans la caverne, inventant une expérience rétinienne extra-ordinaire, sensorielle, unique pour celui qui regarde ce spectacle rétrospectif de l'oeuvre au noir, sombre de Nacéra Belaza. La musique envahissante de fréquences et ondes magnétiques occupe l'espace.Répétition du geste, lenteur infinie, étirement du temps, naissance de la danse: tous les ingrédients de "fabrication" des pièces de Nacera Belaza demeurent présentes et subliment le champ de la danse.Danse introspective, minimaliste, quête spirituelle.Vertige, envol, exigence du déplacement, du délogement, de l'exil.La position de résistance perdure, le combat de la chorégraphe s'imprime dans son écriture, pugnace bravoure de la répétition sempiternelle de gestes ancestraux: le tour, la volte qui engendrent hypnose, vertige, déséquilibre.Entre le calibre et l'impatience au risque de déplaire dans l'effort de l'ascension du chemin escarpé.Se hisser toujours, patiente et déterminée.

"LE CRI/L'ONDE":l'intime à son paroxysme


Cette pièce vient renforcer l'univers, l'atmosphère unique des créations de la danseuse-chorégraphe.Le cri comme ancrage qu ne cède pas, une idée simple, vitale et sans fin."Un mouvement qui va de l'intime jusqu'à la surface, jusqu'à la disparition". Ce chemin qu'elle emprunte inlassablement dans chacune de ses pièces contient la quintessence de son oeuvre:le point d'origine de la danse, l'infime mouvement qui se perçoit dans l'obscurité naissante du plateau, vidé de décor, d'apparat, de narration superflue. Sobriété, frugalité nourrissent son propos inlassablement réitéré: sculpter le vide, lui donner corps, le rendre palpable."Ceci n'est pas de la danse, ceci est un trait, un seul mouvement, celui d'échapper à soi". Des mouvements circulaires éoliens, des tours, des silhouettes qui se dessinent en fond de scène ou en proximité animent l'espace, le font exister, apparaitre. Une expérience corporelle inédite pour mieux percevoir la pensée, les origines de Nacera Belaza. Une ode à la simplicité, la beauté du presque rien, de l'invisible, de l'indicible.

"LA PROCESSION": la longue marche de Nacera....


De la Place du Marché aux Fleurs, une procession s'ébranle, lente marche salvatrice: une dizaine de personnes, lambda se déplace, solennelle ou sobre chenille au coeur de la cité, sans gêner ni perturber.Le passant, le chaland la traverse, dérange, perturbe ou s'interroge, ignore le phénomène singulier qui se déroule.Ou se met de la partie, rejoint le groupe, anonyme participant.La lente et longue descente de la rue de l'Université impressionne.Non, ce n'est ni une parade, ni une cavalcade ou redoute mais une déambulation aux sons étouffés , muets de mélodie, longue plainte qui poursuit cet étrange cortège.Tout en noir, fibres sonores tissées d'ondes étirées.Marche, immersion insolite du spectateur dans un contexte inhabituel.Retour au sein de l'Agora de la Danse, entre cour et arche, les femmes, les hommes issus de cette longue déambulation, se rencontrent, se rejoignent en cercle, le contact des corps opère un lent balancement impulsif et organique. Recueillement, concentration des regards lointains, silhouettes banales, humanité à nue.On est bouleversé, en empathie...La perspective de cette marche-démarche en fait un moment théâtral sidérant.Pièce unique, imaginée in situ, cette procession est une immersion insolite du spectateur dans un contexte inhabituel. Un "cadeau", un don de la chorégraphe et des participants amateurs à la Cité de Montpellier....qui danse! 

LA DANSE DANS LE FESTIVAL IN AVIGNON 2022: un panel très contrasté de créations singulières...communautaires , citoyennes, vivantes..

 " VIA INJABULO" Via Katlehong avec Marco Da Silva Ferreira et Amala Dianor: très urbain....


La Cour Minérale transformée en Agora, en Forum jovial et bon enfant, voilà de quoi mettre en train, de bonne humeur. A l'invitation de Via Katlehong, c'est Marco Da Silva Ferreira qui démarre la cérémonie de danse urbaine avec "form informs", danse "pantsula comme source d'inspiration constante.Plaisir non dissimulé que cette danse "verticale" et individuelle, toujours dansée en paires sans impair...Pieds rapides et précis, corps fragmentés, dissociés, figures distordues, anguleuses.Les corps se cassent et se réparent, guéris des cicatrices,des blessures.Physique ou émotionnels, ces stigmates visibles se réparent au contact de cette danse chorale qui inonde le plateau, se fait fête et office cérémoniel pour évacuer les esprits non guérisseurs...Puis succède la seconde pièce de Amala Dianor, artiste associé à cette aventure picaresque: avec "Emaphakathini", il puise chez les danseurs de Via Katlehong, une force issue des township, incroyable jovialité et générosité de jeu, de danse, de bonne humeur.Pulsion de vie, "entre-deux" zoulou où chacun tente d'exister .Hymne à la vie, à la musique amapiano très en vogue, cette fête sur scène, partagée est plus que touchante. On y croise des jeunes qui véhiculent des glacières de plastique, en font des monuments dignes d'installations plasticiennes sans le savoir, en sorte comme des boites magiques, du coca et autres boissons à partager, sur le pouce, à la bonne franquette!C'est simple et profond, digne et respectueux de toute une condition plus que réelle de la jeunesse de l’apartheid en Afrique du Sud et ça transpire cependant le bonheur du partage: la danse et la joie comme exutoire transmissible!

"LE SACRIFICE" de Dada Masilo: sur l'autel de la danse....


A la Cour du Lycée Saint Joseph, c'est place au rituel retrouvé d'une version très personnelle de Dada Masilo du Sacre du Printemps.Danse tswana de Johannesbourg pour fédérer plus qu'une envie de la part de la chorégraphe, de replonger dans ses racines botswana pour en extraire énergie, inspiration et esprit malin de rituel sacré.Une femme seule sur le plateau erre, perdue éplorée face à un destin dramatique que l'on sent proche: elle sera l'élue de cette tribu communautaire qui ne la sauvera pas mais la portera aux nues.Entre danse et chant magnétique live de toute beauté et puissance, c'est à une imagerie ancestrale et cathartique que nous assistons. Véritable piéta, accueillant ce corps voué au sacrifice, celui de tout être qui comme dans les traditions est désigné pour sauver sa communauté. Dada Masilo renoue ici très subtilement avec les fondements de sa culture, avec brio et générosité en grande intelligence avec cette compagnie galvanisée par un sujet brûlant: se sacrifier, pourquoi, pour qui, sinon pour faire émerger du sens à vouloir changer le monde. Solitude, errance, souffrance d'un corps isolé sur scène qui se plie aux lois du groupe sans rompre pour autant .Une oeuvre sobre et profonde sur le purgatoire, l'effacement, la perte irréversible de la chair pour la sauvegarde d'idéaux très respectables.

"SILENT LEGACY" de Maud Le Pladec et JR Maddripp: transgénérations au poing.


Dans le cloitre des Célestins, c'est une claque que l'on prend.Une "gamine" est seule sur le plateau dans un carré de lumière et s'agite, convulsive, agressive devant nous. Stupeur: elle a 8 ans, Adeline Kerry Cruz et se démène comme une star, franche et assurée, gavée de krump, nourrie à la danse par passion et vocation. Troublante figure quasi adulte qui se confronte à Audrey Merilus, danseuse noire, adulte formée à la danse contemporaine.Tandem, duo, couple? Pas exactement mais bien complice et partenaire de cette performance hors norme, énorme phénomène dérangeant, spectaculaire prestation incongrue, inattendue, inclassable, étrange.Virulente, engagée, la danse d'Adeline contraste avec les envolées spatiales de son double, son avatar qui se lance dans l'espace du cloitre, alors qu'elle se fige face à nous et nous harangue quelque part sur notre condition de spectateur.Danses héritées de cultures différentes, ce choc chorégraphique opère comme une expérience insolite et unique dont l'essence serait l'inconnu, le frictionnel. Silences, vibrations, bruit au poing pour accompagner le souffle, la virtuosité de ces corps en mouvement ou en pétrification.Le "mentor" d'Adeline, véritable "petit père" officiel de la "fillette" apparait sur scène, non pas pour la couvrir, mais révéler l'origine de son apprentissage Une transmission généreuse et radicale, exigeante et sans concession malgré son jeune âge: Jr Maddripp en géant, Gargantua de la scène devant ce Petit Poucet troublant qui vient déranger les lieux communs sur le métier de danseur.Incarner le mouvement, habiter le silence, semer le trouble et rendre à la danse sa physicalité première"émancipatrice et transgénérationnelle.... 

"FUTUR PROCHE" de Jan Martens: dévorer l'espace....


La Cour d'Honneur du Palais des Papes va s'ébranler des variations chorégraphiques signées Jan Martens en compagnie des danseurs survoltés de l'Opera Ballet Vlaanderen...Ils nous attendent assis sur un très long banc, tenue de sport, décontractés, souriants, tranquilles. Et tout démarre en musique: celle de clavecin de Elisabeth Chojnacka qui ne cessera quasi jamais plus d'une heure durant. Accents métalliques, toniques pour accompagner la troupe de danseurs, ivre de mouvement, jetés à corps perdus dans l'immense espace scénique du plateau, vide.Émotion directe, empathie simultanée avec cette horde de corps qui s'anime, se bouscule sans se toucher, se projette à l'envi pour une vision fugitive, fugace, fulgurante.C'est opérationnel et les tours comme des poupées mécaniques qui ne cessent leur manège font office de vocabulaire contemporain hors pair. Car se servir de la technique inouïe de cette discipline pour inonder le plateau d'une telle dynamique  est petit miracle.Ils tournoient sans cesse sous la pression, la tension de la musique magnétisante qui fait naitre une danse rythmique inédite.Percussive, ascensionnelle, directionnelle et parfaitement plaquée aux corps des danseurs galvanisés.Des solo zoomés par le regard,magnifiques en surgissent, s'en détachent sans briser l'esprit de communauté, sauvage, urgente expression des corps.Des images surdimensionnées sur le mur de fond du Palais se glissent aux pieds des danseurs qui ne disparaissent pas pour autant.Une grande vélocité des déplacement, une ivresse du tour, des déboulés, des jetés font de cette architecture mouvante, un manifeste du neuf très audacieux.Le "ballet" des corps magnifiés dans leur singularité sans effacer la technique, l'homogénéité des corps "classiques font de cette oeuvre un manifeste musical et chorégraphique de haute voltige.

Le festival d'Avignon décèle à coup sur des talents inédits ou confirmés qui ouvrent des perspectives inédites à l'art chorégraphique de notre temps: la danse comme médium et vecteur de manifestes humains et communautaires de grande importance. Une prise de conscience évidente sur les corps citoyens ou magnifiés pour un bouleversement des comportements à vivre de toute urgence.


lundi 25 juillet 2022

AVIGNON LE FESTIVAL "IN": des inclassables....Des singuliers de l'art scénique...

 " VIVE LE SUJET" série 3 

Que des créations bien entendu comme à l’accoutumée! Des disciplines se croisent, s'entendent, se détendent ou se combattent: des artistes s'y rencontrent ,échafaudent (rapidement) des opus singuliers de 30 minutes et les voici occupant le jardin de la vierge du lycée St Joseph....

"PARTIE" de Tamara Al Saadi: sois bon soldat....


1914/1918: toujours d'actualité pour ces quatre protagonistes sur le plateau:la broyeuse idéologique de la Grande et longue guerre opère sur les personnages principaux. C'est une évocation plasticienne et sonore des textes de Tamara, ici comédienne qui se coltine le rôle du soldat avec émotion et assurance: celle d'un volontaire convaincu et livré au sacrifice ultime. La présence de Eléonore Mallo, ingénieure du son et bruiteuse est ici fort précieuse: guidant, servant la narration de ses instruments bizarres de récupération, sonnant son glas ou ses commentaires sur l'univers de cette tranche de vie de tranchée. A son établi magique, elle orchestre, fait vivre et voir l'origine des bruitages et fait ainsi de cet "accessoire" un véritable nid de création sonore A ses côtés se déroule le drame d'un être sacrifié, très émouvant, bercé par ses complices de plateau. Une belle réussite, évocatrice et sensible où le texte prend toute son ampleur servi par des corps au service de la mémoire.

"PROMETTRE" de Erwan Ha Kyoon Larcher: l'intime de trop....


Un duo maladroit de deux danseurs soit disant porteur du concept de "transformation au coeur de toute chose": mais de quoi s'agit-il hormis une démonstration de savoir vivre ou être de deux amants homosexuels dont les ébats ne nous concerne pas.Benjamin Karim Bertrand dans cette expérience ajoute du sensible, du sensuel mais ne raconte rien de plus qu'une histoire d’alcôve que nous ne saurions partagée. Cela devient voyeurisme et intrusion et le malaise parvient lentement.

"VIVE LE SUJET" série 4

"SILEX ET CRAIE" (Calcédoine et Coccolithe)de Vincent Dupont:à quoi on joue?....


Deux compères se retrouvent, masqués COVID, façon art-plastique desingné transparent comme des masques africains tatoués.Jolie façon d'avancer "masqué" et de se rassembler à deux pour faire la paire: sautiller, bondir léger, s'amuser mais sans grand intérêt tant on connait leur potentiel de créativité, à l'un , à l'autre. Deux grandes figures de la danse et de la performance s'ébattent gaiement, se lâchent joliment sans faire vibrer les cordes de la nostalgie, certes. Et c'est bien mieux: mais un peu plus de temps aurait été nécessaire pour affiner ce lâcher prise, ce laisser aller si cher à cette génération de grand révolutionnaire de l'art et de la pensée chorégraphique....

"LADILOM" de Tünde Deak: l'air de rien, un air qu'on voit danser...


C'est tout le charme d'une rencontre fertile en échanges et questionnement: ici, les deux protagonistes, l'une Hongroise de souche, autrice et metteuse en scène, Tünde Deak et l'autre, chanteuse, comédienne, Léopoldine Hummel cherchent racines, inspiration pour retrouver les origines d'un petit phrasé de chanson, berceuse ou comptine de leur enfance. Dans une scénographie originale, cadre TV ou alcôve sereine, on échafaude des plans, remue terre et ciel pour trouver des traces et tout revient à la mémoire avec grâce, tac et sensibilité Invitation au voyage pour ces deux malicieuses femmes aux regards et sourires complices.Fredonner tout bas des airs transmis qui nous structurent, nous font grandir dans une langue étrangère...Tralala! Ce n'est pas n'importe quoi! Filons donc ce fil d'Ariane avec bonhomie et délectation sans autre forme de procès...

"DU TEMPS OU MA MERE RACONTAIT" de Ali Chahrour à la Cour Minérale de l'Université



Un rituel familial où le danseur-chorégraphe  crée une gestuelle issue des mythes arabes et du contexte politique, social et religieux, qui "est le sien".C'est une ode, une quête émouvante aux origines, autant qu'à l'actualité qui brise destin et famille, disperse les vivants et rassemble les morts dans la fosse commune..Dans un Liban déchiré, se trament des récits poignants: celui d'une mère, Laila, de son enfant Abbas qu'elle protège et qui va danser cet exil du coeur, cette perte aussi d'une seconde mère éplorée par la disparition douteuse de son fils... d'un attachement à une culture, une filiation.Des destins se croisent, se chantent, se chorégraphient, images puissantes, une musique envoutante, enivrante qui possède les corps.L'Amour filial touche et la pièce, rare objet de désir  comme si nous étions inviter à pénétrer l'intérieur d'une maison...Gestes et postures proches de la danse où chacun des interprètes, prêtent engagement et volonté d'être à cet "endroit" pour faire rayonner déséquilibre interne et chaos ordinaire du quotidien maléfique d'êtres blessés.

"TUMULUS" de François Chaignaud et Geoffroy Jourdain à la Fabrica :tombeau nimbus....


Un démiurge du genre, magicien de la scène, inventeur du beau, inqualifiable François Chaignaud dont la trajectoire sera toujours celle du "étonnez-moi"sans jamais fléchir ni plier...La scénographie de cette odyssée fantastique est celle d'un tumulus, montagne sacrée celtique que vont conquérir des figures singulières aux costumes plus chatoyants et bigarrés que jamais Cette montagne accouche de drôles créatures hybride,grotesques ou simplement ornée du sigle de la beauté.Montage magique, totem ou chorten mystique, vision pantagruélique d'un sommet autour duquel se meuvent sans cesse des corps exposés.Procession infinie de treize membres d'une même famille de détraqués convoqués autour d'un mausolée.Des chants polyphoniques de la Renaissance, un choeur contemporain des Cris de Paris et tout se joue au souffle près. Magnifique "spectacle" à voir défiler cette parade complexe, changeante, bigarrée. Un "monte vérita" pour François Chaignaud à la démesure de ses rêves, ses désirs. Les voix de la délectation se font entendre dans cette utopie sonore créative, inouïe aux accents prodigieux de romances pour un temps présent...Un "ouvrage" d'atelier, d'établi sonore, une performance sempiternelle de tours et ritournelle hypnotique et très esthétique.Monticule ou sépulture, ce tumulus n'est pas nimbus mais prometteur de disparition, d'ensevelissement.Palimpseste ou chantier ouvert, machine théâtrale, tombeau: "tumer" comme "danser" qui au moyen âge veut dire se renverser vers l'arrière au point de tomber et de braver la mort....

"LADY MAGMA" de Oona Doherty  à la Chartreuse de Villeneuve lez Avignon: et viva la donna mobile !


Haranguer les foules, faire se réunir le public autour d'elle avant la performance, c'est son secret de fabrication, sa signature pop de cette femme metteure en scène engagée dont le propos ici sera sera celui de la "matrice", celle qui habite le corps d'une femme, celle qui est source de "l'origine du monde", le sexe...Mères, filles, tout ici sera pré-texte à afficher ce trouble profond qui émeut une femme.Très proche des corps des danseuses allongées sur un tapis persan, le public est bousculé par cette complicité charnelle et partage cette sorte d'hystérie freudienne..Le physique est volontairement mis au premier rang: êtres de chair, secouées par les spasmes de l'accouchement, les contractions du corps. Ode et manifeste, cet opus ébranle et le jeu sur l'extérieur, le ciel, le cloitre de la Chartreuse transfigure la scène en clairière de divinités accessibles. Femmes, je vous aime, je vous désigne et vous montre . Nées au monde, projetées dans le vivant pour transmettre le vivant. Le message est clair : bacchanales, culte gourou des années 1970 faisaient sens et signe: que faire aujourd'hui pour réactiver un certain militantisme de proximité. Le spectacle serait-il dévoué à celà?

"ON Y DANSE AUSSI L'ETE" Les Hivernales d'Avignon CDCN d'Avignon : cuvée Festival Avignon le Off 2022

 Cette année 2022, huit propositions chorégraphiques au menu des Hivernales...

Alors, on s'y jette avec curiosité et fidélité: la porte est grande ouverte, le public nombreux....

"REPERCUSSIONS" de et avec Ana Perez: du talent, des talons....


Un solo de femme éperdue, franche et déterminée pour ouvrir une matinée estivale, c'est une lumière qui se fragilise pour mieux explorer les racines, les mutations d'un flamenco bordé d 'une trajectoire des Antilles au Cap Vert en passant par l'Espagne: les chocs, résonances , échos et revers s'y font entendre, les pieds martelant le sol, rageusement ou délicatement. La femme qui danse pour nous, devant nous est puissante et son langage métissé par ses origines reflète la multiplicité de l'écriture flamenca d'aujourd'hui: finies les légendes folkloriques, place au son, aux gestes barbares et engagés, à la métamorphose d'un vocabulaire désormais hors code qui va et se dirige vers une poésie de l'instant garantie.

"FORCES" de Leslie Mannès, Thomas Turine, Vincent Lemaitre: zombies telluriques.....


L'ambiance lumière y est cathartique, des bordures de corps fluorescents se distinguent peu à peu dans une scénographie pesée, construite pour que l'oeil s'acclimate à une atmosphère curieuse, énigmatique: trois corps de femmes s'y révèlent pour mieux éclater, éclabousser le monde de leur "gesticulations"singulières.Ce trio féminin de guerrières chamanes ou cyborgs inclassable, séduit sans pour autant nous embarquer dans un monde tellurique ou interstellaire comme promis.Tourbillon de forces primaires, telluriques ou technologiques ne suffissent pas à hypnotiser le monde. La danse y demeure fade et inopérante, malgré la fusion attendue corps-danse-lumière, au début, prometteuse de bien des climax originaux....

"UNDERDOGS":de Anne Nguyen (compagnie par Terre): du chien, du chiendent, de la chienlit ! 


Rien de péjoratif dans cet énoncé, au contraire, du vif, de l'engagement physique, dense et surtout "dansé" prodigieusement par trois interprètes galvanisés par un choix musical remarquable. Un flyer offert pour nous guider dans un roman picaresque fait d'un préambule, de trois actes et d'un épilogue...Violence urbaine, jungle du bitume, corps comme dernier rempart, tout est passé au crible pour évoquer profit, nouveau monde utopique, manipulation...Les corps en trio tricotent à l'extrême la vivacité des revendications politiques et poétiques de cette pièce où chacun est unique et donne de soi dans une altérité respectueuse et exacerbée On note le jeu de comédien-danseur de Arnaud Duprat et Pascal Luce, la fougue et la vélocité incroyable de Sonia Bel Hadj Brahim, solide, efficace, séduisante figure de l'engagement physique. Rythme effréné, explosif pour des corps ancrés dans un langage inouï. On s'y colle et on adhère à cette énergie de chienne de vie, orchestrée par des références musicales des années 1970, déchirantes de beauté, d'authenticité, de véracité et de colère.Une pièce magnétique qui conduit direct à cette "chienlit" majestueuse d'une révolution chorégraphique en marche!

"DIVIDUS"de Nacim Battou (compagnie Ayaghma): l'artisanat des corps...



Entre danse contemporaine et hip-hop, ce métissage de styles opère par la puissance des interprètes qui oscillent entre sagesse, obéissance et débordements...Comme une ode, une prière pour la danse, muse de tant d'espoir, de souffle et de vie, cet opus se construit peu à peu sur le chemin de la mémoire, de la transmission. Les danseurs se jetant dans l'arène de la danse ancestrale transcendée, démultipliée par les influences, ces éponges de mouvements absorbés puis relâchés comme malaxés par le temps Le temps de remixer les facettes de nos structures mentales oeuvrant sur le corps.

"STARVING DINGOES" de Léa Tirabasso: peurs primaires à l'encre du chaos....


Un amas de terre où tout se joue comme traces et signes, comme empreintes et jeu de piste. Le sol est le tremplin de cette opus original où les cinq danseurs dessinent, balayent la matière première, s'y lovent et inventent une plasticité digne d'une installation éphémère.Les enjeux sont ceux de plasticiens et la vision s'enrichit sans faillir de cette matière première.Au delà d'une dimension temporelle mesurée, le propos s'étire, se déploie sans encombre et l'on se perd sans s'égarer sur des sentiers à défricher encore pour plus de resserrage scénographique.

"FANTASIA" de Ruth Childs (Scarlett's): tuer les pères.....


Incroyable prestation de Ruth Childs, seule et surtout avec Beethoven dont elle parvient à nous convaincre qu'il a su faire une musique à danser plus qu'à écouter ou subir! Telle des grandes orgues omniprésentes, elle déferle sans inonder ni submerger, happée, stoppée, arrêtée par l'immobilité de la danseuse. Face à ce piège démentiel, elle parvient à danser médusante et pétrifiée et nous laisser pantois devant tant de talent et de subtilité.Et le tour semble jouer pour un show subtil, mesuré, délicat et profondément émouvant. Ruth Childs ébranle le plateau et nous laisse croire que "Fantasia" est encore possible, de perruques en perruques,que les montagnes sont franchissables. Alors on y va au piolet et on fait l'Ascension du Mont Ventoux avec elle sans contestation. Un chef d'oeuvre en puissance....

"DEDICACES" de Romane Peytavin et Pierre Piton LA PP: quand Terpsichore sa muse....


Mais que fait la muse de la danse Terpsichore au musée? Elle nous a-muse et à la Fondation Lambert on renoue avec les traditions de la danse moderne des Dupuy!Alors allons-y pour un mini show personnalisé de deux escogriffes de la performance:on choisit sa mélodie, on avance devant l'ordinateur, on sélectionne sa musique, on appuye sur play et le couple improvise, danse, s'amuse, se donne à corps perdu rien que pour vous devant un mur à la Sol LeWitt très sérieux....Un juke -box chorégraphique à se damner tant costumes, structure et musiques dépotent pour vous tout seul! En cabine de show-dance. Du sur-mesure qui fait du bien et raconte aussi les impressions que peuvent faire sur nous les intrusions des autres dans notre univers, notre bulle. Paire d'automates échappés de leur boite à musique, pantins désarticulés, marionnettes sans fil à retordre mais à se tordre de rire et de gaité....

et aussi dans le off (relayé par les hivernales)......

 

"EX-POSES" de Héla Fatoumi et Eric Lamoureux à la Collection Lambert: corps et graphies....


Tout autre démarche que celle de "Ex-poses" une pièce emblématique du répertoire des Fatoumi-Lamoureux...Rencontrer une oeuvre majeure de la collection d'origine  d'Yvon Lambert en Avignon!Avec deux duos adaptés pour le lieu et l'oeuvre bien entendu...Wall Painting 1143 de Sol LeWitt sera leur cible: espace, rythmique, couleurs, angles et brisures d'une oeuvre murale peinte in-situ. Alors les enjeux sont puissants la danse en duo y répond en s'engageant sur les traces, les lignes de fuite, les contrastes couleur-noir et blanc des costumes.Tout semble se relier ou s'opposer dans les constructions respectives: chorégraphiques et picturales. Duo féminin pour commencer la cérémonie, placés autour des deux danseuses, face au mur. Minimalisme et hyper-expressivité s'y répondent: les visages, animés de grimaces quasi grotesques, tranchées comme de la xylogravure au couteau du geste, bordées de contours noirs appuyés. Nattes et chevelure qu'elles tordent, balancent, font voyager et prolonger les corps de façon artisanale et naturelle .Ces deux figures bien concrètes et charnelles devant cette géométrie tectonique des plaques incompressible. Géologie des surfaces pour des corps pensants, penchants, amovibles et souples Combat aussi de corps japonisants, souffles éructant la vie qui se défend à corps et à cris.Gravité des vibrations pour le second duo masculin, lui aussi imprégné de cette puissance à faire résonner les contrastes:une initiative qui réinvente le rapport entre deux arts majeurs pour mieux saisir les impacts saisissants des couleurs, des registres esthétiques convergents: corps et graphie à l'origine de l'architectonique du monde, calligraphie revisitée, strates, couches et palimpseste de danse résurgente de nulle part-ailleurs...

LA BELLE SCENE SAINT DENIS à La Parenthèse-espace jardin dans le festival Avignon le OFF 2022: danse, dense.....

 On se lance comme chaque année avec curiosité et enthousiasme pour découvrir à potron minet les joyaux de l'émergence chorégraphique pour mettre au jour cette "visibilité professionnelle et cette attention personnalisée aux parcours des jeunes compagnies": l'oeuvre majeure de l'équipe du Théâtre Louis Aragon depuis belle lurette !

PROGRAMME DANSE N° 2

"VIGNETTE(s)-Soleil du nom" de Bernardo Montet par Guillaume Drouadaine (compagnie Catalyse): Un seul geste peut faire signature....


Un cadeau pour Guillaume Drouadaine que ce solo qu'il démarre, couché seul sur un banc:il se meut, délicatement, lentement, semble remonter le temps, s'y inscrire en corps palimpseste, strate archéologique de l'histoire du mouvement. Si sa condition de danseur "handicapé mental" l'accompagne au quotidien, ici, c'est un geste dansé, pensé, vécu qu'il médite, tranquillement, ne semblant influencé par personne, guidé par instinct, sensibilité et subtilité d'une gestuelle naturelle. Sa douceur, sa quiétude légitime le conduisent à nous offrir des instants magnétiques où le regard lointain et perdu absorbe la temporalité et porte à la dérive les iceberg de l'inconnu. Vulnérable aux yeux de certain, plutôt intuitif et porté par des ondes vibrantes contagieuse, le danseur de toute sa peau offre ici sous la sculpture des indications de Bernardo Montet, un solo nostalgique, mélancolique et profond, fruit d'une passation, d'une transmission délicate, humaine, bienveillante et respectueuse d'un rythme unique et singulier qui se fond dans le temps. 

"ATTITUDES HABILLEES"-Le quatuor de Balkis Moutashar: costumes à danser...


La qualité de cet étrange quatuor est celle du petit bougé déterminé par le port de costumes émergents d'une imagination débridée: du jamais vu dans l'histoire des "couturiers de la danse", ces designeurs des corps qui racontent dans les plis des matériaux, l'histoire du vêtement, des tissus, des matières. Loin d'un défilé de mode ou d'une prestation ouvrière de falbala de scène, ces quatre hommes et femmes arborent avec sérénité, audace, plénitude et humour, des enveloppes corporelles singulières, blanches, faites de tissus qui semblent rares. Ce sont les poses, attitudes, regards qui vont dévoiler toutes les diversités de chaque parure de corps dont s'approprient chacun au fur et à mesure de leurs apparitions sur scène. De véritables tableaux mouvants sous le poids où la légèreté des matières  s'animent et se font remarquer dans cette galerie de portraits singuliers de toute beauté!Coiffes géantes, corsets, faux-culs, chaussures à plateau sur un "podium" imaginaire, une toile sur cimaise où gestes, silhouette et postures ne font qu'un.Carapaces, chytine et gaine d'insectes pour un bestiaire fantastique garanti!

"HIP-HOP NAKUPENDA"d'Anne Guyen et Yves Mwamba: tranché dans le vif!


Yves Mwamba, danseur de toute son histoire, conte et se raconte, corps et verbe au poing dans ce solo à deux voix, façonné par la chorégraphe qui a su accompagner cette volonté de nous parler du Congo, de sa danse, de sa mémoire des corps meurtris par les conflits de guerre.Il exulte, se débat, se déchaine, se confie en hip-hopeur jovial, partageux, déterminé et optimiste. Sa danse est fertile en balades sur le plateau, en adresses au public, complice de son destin, témoin de son sort et de celui du monde en dégringolade politicienne C'est émouvant, sincère et brut de coffrage, sans concession, ni apparat et ça touche au bon endroit.

PROGRAMME DANSE N°3

"WELCOME" de Joachim Maudet: des voix internes....


Un trio plus que singulier émet du son phonié mais c'est un véritable leurre: les sons semblent lointains: des énumérations de prénom semblent venus d'une bande-son enregistrée. Nénni! Ce sont bien des trois corps vêtus de cols roulés jaunes que sourdent ces interjections, mélopées, mélodies de l'inventaire et c'est une nouvelle "ventriloquie" qui s'invente...Rien ne bouge et tout chavire, tout semble calme alors que s'agitent les vibrations des cordes vocales, "dressées" à émettre de l’inouï, de l'inconnu, de l'inclassable bruissement.Des cages thoraciques, des côtes flottantes, du thorax et de l'abdomen parlent les corps, causent les visages, sans ombres ni replis des faciès! Un "numéro" de nouvelle magie, de prestidigitation physique à ne pas rater sur son chemin....Venue des entrailles, des tripes et du gosier, cette danse "du ventre" est bien celle de la découverte, de la recherche et du bon sens commun populaire et fabuleux, simple, accessible et merveilleux: de la poésie de corps....

"BLACK BIRD" de Mathilde Rance: plumes et apparat...


Solo à multiples entrées, magnétisme de la transformation à vue, sorcière des temps modernes, voici une pièce courte étrange faite de chamanisme, de mutation en direct qui ne laisse pas indifférent par son étrangeté.Elle est forte, massive , venue des temps anciens comme figure du bizarre carnavalesque, de l'incongru et du désastre de l'adaptation d'un corps à des temps nouveaux Accessoires et costumes pour mieux rendre cette métamorphose en direct qui étonne, intrigue comme une figure surgie des temps anciens qui se réincarnerait devant nous. Vénus ou fée maléfique, farfadet ou Mistinguett désuète, ce portrait de femme dragonne ou déesse intrigue, questionne au bon endroit.

"SWAN LACKE SOLO" d' Olga Dukhovnaya: l'échappée belle...



Elle fait traces et cygne, se plonge dans les eaux agitées du Lac des Cygnes avec moulte références et c'est très réussi; seule elle signe un solo fort et engagé où la réflexion sur un personnage, oiseau, femme, spectre légendaire de l'histoire de la chorégraphie de ce fameux "lac" qu'il faudrait assécher aux dires de Jean Cocteau! Ici, ambassadrice d'une danse révoltée autant que sage, notre héroïne se fait oiseau qui se pointe, démontre et démonte les mécanismes d'une légende corporelle gravée dans les mémoires collectives. Un partenaire porteur de danseuse la fait vriller et tournoyer à l'envi..Qui sont ces signes cachés que l'on ne saurait plus voir sur les scènes de la danse contemporaine? La danseuse se jette à l'eau et nous offre un bain de jouvence salvateur sur la question du patrimoine, de l'archive et du fantastique simplifié, mis à jour avec intelligence de corps survolté par le sujet....Du côté de chez "Swan" n'a pas fini d'être un manifeste du genre!

dimanche 24 juillet 2022

La DANSE en Avignon le off n° 4: en corps et encore....

 "GRAND ECART" de Kiyan Khoshoie au Théâtre du Train Bleu: qui est là?


Il est manifestement animé de doutes, de questionnement, cause, parle, se déplace sans cesse sans trouver son "endroit", son lieu: il est touchant et ses mimiques comportementales opèrent, agacent, dérange. Beau gosse, bien bâti, athlète-danseur le voilà soudain qui s'anime de son art: le bouger subtil ou efficace pour un show malin, mutin, égocentrique drôlatique à point nommé. Il faut ne pas le contredire dans cette confession désopilante, long plan séquence où il semble endosser tous les rôles pour mieux nous immerger dans son "sur-moi- freudien délectable. Loin des confessions actuelles des danseurs contemporains et de leur parole, le voilà pitre pour un chapitre tonitruant sur la danse d'aujourd'hui. C'est intelligent et jamais caricatural, sur le fil des aveux d'un homme au travail: un point, c'est pas tout cependant!

"GESTES" de Hélène Tisserand avec Pierre Marie Paturel regard chorégraphique Marie Cambois (compagnie le plateau ivre) au Théâtre Artéphile: juste ce qu'il faut pour nous "emballer"...


Un magicien d'aujourd'hui, tours de passe-passe discrets et sobres pour dégager l'univers d'écoute, de tension et d'interrogation de cet art "populaire" qui l'air de rien inspire respect et pudeur.Le regard rivé sur "les petits riens, les petits bougés" qui sont si dense et porteur de rêves.On s'y attache le temps trop court d'une prestation en trio, musique live et assistance efficace pour accompagner un personnage puissant, présent, généreux: une "petite" forme en grande forme!

"LES POUPEES" de Marine Mane (compagnie In Vitro) à la Caserne des Pompiers : dans l'atelier de Nedjar...


Il s'en passent de belles choses dans ce chantier créatif, inspiré de l'oeuvre de l'artiste Art Brut Michel Nedjar...On y fabrique, bricole, entasse, récollecte des trésors à reconvertir, façonner, fabriquer au delà de toutes conventions ou règles de l'art. Brut de coffrage, inventif, pagailleux, ce spectacle décolle et déplace les codes pour investir des univers déployés par la fantaisie, la recherche. Deux compères s'ingénient à créer du beau, du bon, du juste sur mesure et pas du préfabriqué. On songe aux grands de l'art contemporain, comme aux "modestes" du musée éponyme et l'on se régale doucement des bévues culinaires de chacun sur le piano du cuisinier du choc!

"LES JOUES ROSES" de Capucine Lucas (compagnie Kokeski) à Présence Pasteur: matriochka, mes amours... 


Deux danseuses éprises de rêves de maternité, de fécondité, de reproduction, s'ingénient à nous transmettre leur passion du troujours plus et moins que rien.Les costumes bigarrés, orientalistes à la Bakst ou Benoit, les gestes simples, les regards tournés vers le public, complice de cette invasion déferlantes de matriochka...Laissez vous tenter par cette aventure joyeuse, pleine de charme et de verve. Pour mieux jouir des choses simples qui s'égrènent sur le flux des gestes fluides et fuyants, flot de mouvement ou de pause résurgente des temps de création de matrice porteuse d'enfance et de merveilleux!

"OUVRE TA CAGE" de Sarah Pasquier (compagnie Petitgrain) à la Cour du Spectateur: ouvrez votre imaginaire...


Et la danseuse se fera oiseau libre ou captif dans cette jolie cour en plein air: sur des cailloux gris, elle sursaute et va d'un dispositif à l'autre pour découvrir et investir une cage à oiseau immense, structure tentatrice où elle se prend au jeu de l'attirance, de l'envie, de la tentation. Jamais malheur n'arrivera et l'on se rassure sur son sort où elle ne se fera "plumer" par personne. Jolie prestation ludique, farfelue et légère au petit matin estival pour tout un chacun!Liberté, je danse ton nom, oiseau de chair et de sensibilité toute féminine ne vous en déplaise....

  

La danse en AVIGNON LE OFF (suite n° 3): au gré des rencontres....

 "ICE"- GUEST GARDEN PARTY- aux Doms  de Bahar Temiz: du lien qui nous relie...



Le KVS , Théâtre de Ville Flamand a choisi pour cette Garden Party aux Doms, la chorégraphe performeuse Bahar Temiz, pour présenter un extrait de la performance solo de l'artiste, ceci sur les planches de la scène du Jardin, à 11H en plein air...Un moment étrange et curieux où la danseuse suit son chemin, seule aux prises avec une étrange "corde"...Corde, ce mot tabou des gens du spectacle, celle qui étrangle les matelots, celle qui donne la poisse et la malédiction, superstition indéfectible du langage théâtral.Elle puise dans ses entrelacs, la force et la singularité de la matière, tendue, courbe, alangui . Ligne à terre, méandres comme un lit majeur de rivière qui se meut et se répand au sol. La performeuse la manipule, la déroule, entre deux arbres, les bras impliqués par la tension ou l'enroulement progressif de la corde autour de sa tête. Comme un nid aussi, vide, mais accueillant pour une survie possible, une niche où se lover, se construire, nidifier où s'envoler. La vision est belle nimbée de soleil, de chaleur, d'odeur de pinède. Élaborée pour la "boite noire" cependant, ce work in progress est prometteur et captivant. Des instants uniques lors d'un festival....

"ALMATAHA" de Brahim Bouchelaghem (compagnie Zahrbat) au Théâtre de l'Oulle: la mythologie faite mouvements...


Marionnette et danse pour explorer les traces de la mythologie avec humour, délicatesse, tendresse et talent étonnant. L'histoire est simple, toute en objet décrite, incarnée, explorée pour rendre tangible un univers fondateur. Voyage initiatique fort bien conduit et organiser pour faire décoller dans l'imaginaire, autant cette marionnette manipulée par trois danseurs hip-hop, où bercée par un french cancan de vaches suisses, délicieuse touche d'humour sanglant dans cette atmosphère tendre et romanesque à souhait.

"KILL TIRESIAS"de Paola Stella Minni et Konstantinos Rizos (compagnie Futurimmoral à la Scierie: les yeux écarquillés....


Homme et femme, humain et serpent, Tiresias apparait et se confond avec ses divinations: entre ironie d'une catastrophe imminente et la tristesse d'un redémarrage, le sort ce cet anti héros est ici l'endroit d'une pure réussite chorégraphique, visuelle et sonore. Un bijou dans un écrin, perle rare de ce festival Off en matière de création en danse contemporaine."Avant la fin du monde, j'aimerai quiconque entende que je crie que je t'aime" et c'est peu dire que cette relation étrange qui s'installe entre deux êtres, comme dans les ruines d'un Pompéi englouti, d'une ville disparue.On se relève pour y puiser poésie du geste, regard doublé sur les paupières peintes pour aller au delà du réel et images vidéographiées de toute beauté signées Cyril Cabirol, Geoffrey Badel.Une oeuvre intense, mystérieuse, fertile en créativité: à suivre absolument!

"PEOPLE WHAT PEOPLE de Bruno Pradet (compagnie Vilcanota) à la Scierie: voir et revoir...


Un challenge pour cette pièce où "l 'on n'achève pas les chevaux" malgré fougue, énergie et passion débordante tout le long de ce parcours échevelé de danse de tension, courses et poursuites inimaginables...Souffle et ventilation, résonance dans les corps investis par le démon du mouvement, l'épidémie de fièvre de danse et la folie à corps pas perdus de sept danseurs ...qui ont ainsi fait le tour du monde en chevauchée fantastique! Des as de l'endurance, de l'épuisement, de la perte...Du don de soi...

"DE VENUS A MIRIAM, AU PAS DE MON CHANT" de Chantal Loial (compagnie Dife Kako) au TOMA: les voix de leurs maitres....


Un duo qui l'air de rien dit beaucoup sur cette Vénus Hottentote qui nous avait déjà fait vibrer en 2015. Ici les voix chantée et enregistrée se joignent au mouvement pour un duo lyrique, dansé, fort militant et engagé. La femme y est reine et puissante, sa voix se fait entendre et écho du sort des femmes d'Outre mer...
On y puise énergie et empathie avec conviction: Vénus n'est pas un mythe mais bien une nouvelle Terpsichore en baskets!

"BALAYER, FERMER, PARTIR" de Adèle Duportal (compagnie Plumea) au Théâtre Au bout là-bas: virevoltes.....


Elle est seule dans sa boite noire, petit théâtre intimiste du fin fond d'une ruelle d'Avignon...Seule? Pas sûr puisqu'un texte l'accompagne en voix off celui de Lise Beninca, au titre éponyme. Alors se joue le destin d'une femme accrochée à ses rêves, ses hésitations, ses revers, ses déceptions. La danse coule et se répand dans son corps comme un flux incessant, fluide, galvanisée par le texte qui défile à nos oreilles comme une musique continuelle.Quelques instants de pause ou de silence pour ponctuer cette quête de vie, de changement, de revirement.

 

Les coups de coeur DANSE dans AVIGNON LE OFF 2022 (SUITE N ° 2)

 AU THEATRE GOLOVINE

"ON NE PARLE PAS AVEC DES MOUFLES" de Anthony Guyon et Denis Plassard (compagnie Propos) : surface de réparation pour des gants de velours.


Un duo atypique en diable pour un dialogue de "sourd"? Pas vraiment car l'un et l'autre "signent" ici un remarquable embarquement pour une expérience visuelle et auditive inégalée. L'un signe, l'autre pas.L'un navigue dans des gestes repérables, inventifs, incertains qui ne sont pas à vraisemblablement parler de la langue des "cygnes". L’autre accompagne, soutient son partenaire de jeu de rôle avec humour, détachement, distanciation respectable et très audacieuse collaboration à ce tandem en danseuse!Situé dans un ascenseur en panne (pas d'imagination) nos deux loustics réussissent à vivre ensemble une expérience déroutante , profonde et sérieuse sur ce qui nous lie et relie en cas de "panne" de code et de déchiffrement de signes inconnus. Comment s'entendre et se rejoindre dans 4 mètres carrés de surface sous les projecteurs, sans jamais faillir à la loi de la surprise et du partage! A vous de jouer à cette idylle formidable, ce pacs drôle et éphémère qui vaut largement le détournement d'obstacle: il n'y a pas de handicap, il y a une ligne à franchir avec eux pour mieux sauter les frontières...

"ECCENTRIC" de Régis Truchy: un concentré extraverti!


Il est seul et avec tant d'autres sur son parcours incroyable de danseur hip-hip atypique.Comédie chorégraphique aux mimiques et gestes de références revisités, ce show est burlesque, drôlatique, parfois catastrophique et pathétique tant il sonde les avens de la tectonique du mime, du clown et va chercher très loin l'élixir de jouvence de la comédie dramatique. Extra-ordinaire en coup de triques et matraque divers, il parcourt un long chemin volubile sans parole, le "muet" lui va si bien qu'il incarne sans fausse note, la mélodie du bonheur. On partage la simplicité d'un monologue plein de charme, de personnages emblématiques et on salue l'audace de se produire en frac devant une salle comblée de bonheur.

"LA COMMEDIA DIVINA like4like"de Antonino Ceresia et Fabio Dolce (compagnie Essevesse): quand se pointe l'indice.


Un trio pour mieux cerner ce qui se trame aujourd'hui sur la scène chorégraphique: le genre, l'esthétique d'un imaginaire indexé sur la mémoire et le patrimoine littéraire, la fantaisie autant que les rôles socio-économiques dictés par les codes...Ici on détricote le tout et le plus beau cadeau est cette résurgence des pointes qui sourd des abysses du territoire de Terpsichore: une magnifique apparition de deux des interprètes dont Sakiko Oishi campés sur leurs pieds "pointés", alignant des formes, attitudes et autres postures non référées de la soit-disante "danse classique". Comme Forsythe se joue de ses attributs "exotiques" pour réinventer un vocabulaire codé. Ici les pointes ont droit de séjour comme outil autant qu'objets magiques, magnétiques, transformant les corps en être hybrides, beaux et émouvants.La musique live de Romain Aweduti en osmose avec sa vielle de gambe ajoutant à ce petit miracle, une touche supplémentaire de divin que Dante n'aurait pas renier dans les limbes de sa "divine comédie". De l'audace, toujours pour interpréter une si belle ode à la grâce restituée comme possible dans l'esthétique de la danse d'aujourd'hui.

 

A LA CONDITION DES SOIES : "Twaiwan in Avignon 2022" 

"DUO" de SUN Cheng-Hsueh (compagnie 0471 Acro Physical Theatre): un des leurres...


Tout est miracle et fantaisie, magie et prestidigitation dans ce duo merveilleux, inspiré par deux très beaux interprètes. Les perspectives se gomment, les leurres se font jeu et réussite de point de vue pour brouiller les pistes de l'entendement visuel. Un couple se conte et se raconte à travers une narration gestuelle sensible, poétique, touchante, émouvante et troublante Il va de soi -de soie- que l'énergie amoureuse habite cette réunion sensible de corps qui se côtoient, s'interrogent ou se déchirent à l'envie, avec fougue ou discrétion extrême. On frôle l'irréel, le virtuel infime d'une sensibilité chorégraphique assumée. Un moment de grâce, d'humour et de distanciation sans pareil. 

"SEE YOU" de Lai Hung-Chung (compagnie Hung Dance): .... et surtout à bientôt! la fulgurance incarnée.


 

Fusion des genres pour un tsunami de danse incroyable une heure durant: on est projeté dans l'univers tectonique et dynamique d'une horde de huit danseurs, costumés de blanc vierge cousu main magnifique, épousant les corps canoniques de ces acrobates-performeurs- hors pairs. On savoure leur prestation athlétique et virtuose sans modération tant leur engagement joue sur la dépense, la perte, le don de soi. Huit danseurs éperdus dans l'espace cosmique tout arrondi du théâtre pour y donner le meilleur d'un tonus, d'un partage fabuleux de musicalité corporelle et visuelle.Un talent de chorégraphe du ricochet, du rebond, du sursaut comme on en fait peu.Street Dance, Popping, Tai chi ou autres belles armes pour défendre un territoire faste en imaginaire, choc et salves dévastatrices de fougue et d'endurance!