samedi 23 mai 2026

"Esprit vieille ": parler aux vielles dames , senior ou pas.... École du TnS - Éléonore Barrault - Groupe 49


 Peut-on explorer l’âge indépendamment des chronologies et de toute linéarité ? Comment rêver une figure poétique, et politique, de « la vieille fille » ? C’est le pari relevé par Eléonore Barrault dans une création qui nous apprend à regarder et à écouter le vieillissement, mais aussi à construire la scène comme un espace de recomposition, le lieu privilégié pour la cohabitation des générations et la refondation des imaginaires. En cultivant « l’esprit vieille », avec la complicité de l’équipe des créateur·rices de l’École du TnS, elle refuse toute injonction à garder la bonne distance, prenant le parti d’un rapprochement au plus près du passage du temps et des transformations qu’il produit sur nos corps et nos histoires.

Un homme assis en bord de scène devant un rideau de fils translucide va ébranler notre conception de l'aide soignant: il est possible de vieillir sans cet "esprit vielle" ou d'éternelle jeunesse. Et ce monologue grandiose de parvenir à nous déstabiliser d'emblée et nous faire pénétrer dans un espace en chantier, en devenir où les habitants d'un improbable EHPAD se mettent à le penser, le construire, le nettoyer avant d'en faire leur espace de vie. On y rencontre des personnages typés, fort attachants dans le vécu en direct de leur comportement. Jamais caricaturés ni faussement vieillissant, plein de vie, de secrets. La déconfite et ennuyeuse vieille dame qui se teint les cheveux et se scotche devant la TV, râleuse et isolée tellement charmante avec son doudou de robe extravagante..Et tous les cinq autres qui brulent les planches, discrets ou en proie à leurs caprices. Des "vieux" qui vieillissent face à nous en toute liberté d'expression sans tenter de sursoir au temps, ses traces, ses rides, ses signes de faiblesse. On ne vieillit pas mais pas sans caractère ni projet de vie commune, de collectif. De cette "vieille fille", concept qui n'a rien de fatal ni de vieux, Et les deambulateurs de devenir escabeaux pour mieux nettoyer les lieux.. Eléonore Barrault fait un manifeste du corps chancelant, qui  devient fragile, usé, avec le temps et l'avoue joyeusement. On partage le gateau d'anniversaire sans angoisse, les années passent et se partagent dans une construction commune, un chantier à ciel ouvert de tous les possibles. C'est drôle et inspiré, jamais décevant ni pessimiste, la mort comme la naissance, début et fin d'un chemin et passage fructueux. Coup de chapeau à cette petite bande où l'empathie nait et grandit avec cette population méconnue, méprisée ou mise au rebus. Ici c'est la manifestation audacieuse d'une condition de vie, la vieillesse, enchanteresse et pleine d'espoir.Ils sont formidables ces comédiens avec leur coup de gueule, leurs rituels, leur jeu impeccable au plateau, scène tournante de bien des coups de théâtre tendres et inoffensifs. Dans un total respect et une découverte salutaire des bienfaits du temps qui passe sur nos corps  fragiles en proie à l'usure; pour la bonne cause du collectif, de l'humain et du savoir être ensemble. La jeune troupe au diapason de cette ode à la lenteur, à la douce chorégraphie de la vie charnelle qui s'infiltre dans une mise en scène discrète, indispensable à cette petite odysée de l'espace théâtral propice à toute fragilité temporelle. Et surtout "parlez aux vieilles dames": un secret de fabrication humaine et de comportement pour mieux assumer votre vieillissement incontournable!Et ce baiser virevoltant inspiré du "Parc" de Preljocaj où danser devient une élévation, un tour de magie percutant, esthétiquement très beau et émouvant.Tout comme ces costumes gonflés à bloc et fleuris, bouffant et drolatique que revêtent les femmes de cette micro société joyeuse...


[Texte et mise en scène] Éléonore Barrault
[Dramaturgie] Baudouin Woehl 

[Avec] Sarah Dallinger, Chaimaa El Mehia, Mina Totkova, The-Vinh Tran, Frazier-Doubia Nyamsi, Emma Da Cunha

[Et la participation, en alternance, de] Monique Bauer, Marie-Dominique Nachin, Colette Blanchard, Anne-France Delarchand, Catherine Larat, Daniel Lind, Michèle Moyaert, Noële de Murcia, Danièle Ricou, Fatima Zekri

[Scénographie et plateau] Naïs Thériot
[Vidéo et régie générale] Aglaë Le Minor
[Son] Gabrielle Fuchs
[Lumière] Lucas Loyez
[Costumes] Kimy Gallien
[Regard dramaturgique] Rachel de Dardel
[Travail vocal] Mathilde Mertz

[Regards extérieurs] Anabelle Canon, Vanessa Court, Laurence Magnée, Benjamin Moreau, Antoine Richard, Jérémie Scheidler, Paola Secret

[Production] Théâtre national de Strasbourg
[Avec le soutien] du Jeune Théâtre National 

Au TNS jusqu'au 28 MAI 

 

"Anti-magie ": les funérailles joyeuses de Carmen - Ecole du TnS - Juan Bescós - Groupe 49

 


Quelle zone énigmatique et secrète pourrait survivre à nos adolescences ? Quel protocole et quels outils en favoriseraient l’accès ? Juan Bescós opte pour ce qu’il nomme « anti-magie » : une efficacité de l’invisible qui est tout à la fois une utopie collective, le rêve d’héroïnes drama queens vulnérables, et un moyen de défier les lois fondamentales de l’existence – autrement dit : un antidote poétique au nihilisme. En quatre parties, la pièce se déploie dans la chambre d’un·e adolescent·e triste qui veut transformer l’espace privé de domestication en espace collectif d’expérimentation. Fondée sur une dramaturgie de la sensation, Anti-Magie nous propose une fantaisie joyeuse et déviante, empruntant aussi bien au death-metal qu’à l’allégorie platonicienne de la Caverne, pour ouvrir de vertigineux portails.

 Peut-on imaginer la Mort en gentil squelette en bord de scène, édictant les préceptes d'une mort joyeuse à consommer sans modération bientôt sur le plateau dans un décor intime..Ce sera celui de cette"anti-magie décapante où le prestidigitateur sonne faux, fait des numéros désuets et cousus de fil blanc. Publiquement sans se cacher, démasquant ainsi la supercherie du métier.Les autres figures de ce pastiche très attachant seront tout autant quelque part hilarant, en toc malgré leur aspect gothique écrasant de fantaisie. Sans caractère morbide, costumes et accoutrement de mise, gothique ou baroque, excessif en diable! Joyeuse assemblée des cinq doigts de la main de cartomancienne effondrée qu'est l' héroine Carmen qui joue couchée la plupart du temps: performance de comédienne à mentionner et saluer tant la verve autant que le désespoir d'une suicidée mortelle va conduire son jeu. Revient la nuit dans cet univers domestique, clos, magique dans cette chambre occulte où rien n'est occulté par cet écrivain de la nuit qu'est Juan Bescos Des espaces secrets s'y déploient, utopie du désastre, société secrète mystérieuse et prometteuse de collectivisme enjoué.Ces adolescents en délire hormonal, hors norme et des codes sociaux animent la scène tambour battant dans l'illusion d'êtres fantomatiques, maléfiques et pourtant inoffensifs et charmants.


Dans cette caverne ou se joue le destin de ces pantins attifés comme des personnages de revue de cabaret queer l'action bat son plein plein de rebondissements. Dans cette "contre-maison" faite "maison", haute couture de la mise en scène et espace, les personnages enchantent. Comme dans un futur musée Grevin, une galerie de l'Evolution où les spécimens rares se côtoient et font voyager dans un imaginaire très charnel.Un labyrinthe de créatures a-normales pour mieux faire "anti-magie" et recourir à toutes les astuces du théâtre d'aujourd'hui et du cinéma. Car l'écran est là, la camera en direct pour donner du relief, du chien à cette prestation originale et décoiffante à l'envi. Les comédiens au top, virulents autant que tendres ados en mutation, en transformation et évolution incertaine. 


Comme de l'illusion réussie ou manquée où la chambre de ces péripéties serait le berceau de bien des utopies, des incertitudes. De quoi agrémenter un récit, des dialogues ou un texte hybride à l'image de ces sorciers bienveillants, rassurant. Le destin de Carmen au coeur ce ce périple où les invisibilités sont évidentes, drôles et traitées comme des évidences à accueillir avec dévotion et humour. Sans cachotterie, "Anti-Magie" est bien vertigineuse illustration d'un monde pas perdu où la pratique de l'écriture et du jeu est reine, fantaisiste et digne d'une Foire du Trône où de gentils monstres se révèleraient au grand jour. Les maquillages très léchés, presque gore et fantastiques confèrent au récit un côté irréel, plein d'artifices et de grimaces burlesques ou terrifiantes. Un univers décalé, déjanté, musical, verbal et visuel tonitruant. Beaucoup de malice et de jouissance dans ces tableaux successifs où l'intrigue est simple: existe et incarne ta vie, il en adviendra toujours quelque chose de jubilatoire ou mélancolique. Le talent des comédiens autant que de toutes "les petites mains" qui ont construit cette utopie au service du Théâtre avant toute chose!

[Texte et mise en scène] Juan Bescós
[Dramaturgie et assistanat mise en scène] Linda Souakria

[Avec] Yacine Bathily, Louise Coq, Matis Florent-Gicquel, Zélie Hollande, Julien Louisy

[Vidéo et régie générale] Félicie Cantraine
[Lumière et plateau] Eliott Guinet-Maudet
[Son] Syrielle Bordy
[Scénographie et plateau] Justine Restancourt
[Costumes] Inga Adeline-Eshuis
[Musique] Syrielle Bordy, Laton Raver - Youri Guittier  
[Regards extérieurs] Jonathan Capdevielle, Vanessa Court, Ramón Diago, Rui Monteiro, Nelly Pulicani, Benjamin Moreau, Jérémie Papin, Antoine Richard, Jérémie Scheidler, Paola Secret, Hélène Wisse
[Coordination d’intimité] Benjamin Villemagne

[Production] Théâtre national de Strasbourg

Au TNS jusqu-au 28 MAI 

 

vendredi 22 mai 2026

"Croire aux fauves" de Nastassia Martin: Laure Werckmann en ours bien léché! La Belle et la bête sur le front

 


Tiré d’une histoire vraie

​​À partir du récit autobiographique de l’anthropologue Nastassja Martin, marquée dans sa chair par la rencontre avec un ours, l’actrice-metteuse en scène Laure Werckmann incarne une nouvelle figure féminine bouleversant les limites de son identité. Prothèses, maquillage et costumes sont au coeur de ce spectacle qui parcourt 4 saisons comme 4 rêves d’une transformation.

En août 2015, l’anthropologue Nastassja Martin est mordue au visage par un ours dans le Kamtchatka. Dans son récit autobiographique, elle relate les étapes de sa réparation et fait face à sa propre métamorphose. En incarnant cette figure féminine qui explore et déplace ses propres limites, Laure Werckmann ouvre les portes d’une mythologie contemporaine, où l’invisible rend notre monde plus intelligible.

Spécialiste des populations arctiques, Nastassja Martin mène des recherches anthropologiques sur le peuple évène lorsqu’elle croise le chemin d’un ours sur le massif du Klioutchevskoï, aux confins de la Sibérie. L’affrontement est inégal, le baiser sanglant de l’ours arrache une partie du visage de la jeune femme, mais les deux ont la vie sauve. La frontière entre l’humain et l’animal implose à cet instant, créant un lien mystique. Le récit Croire aux fauves, paru en 2019, est autant celui d’une renaissance qu’une réflexion sur la rencontre avec l’altérité, où la construction de soi est faite aussi de ce qui est étranger. Dans la culture animiste des Évènes, Nastassja Martin est devenue mi-femme mi-ours, celle qui se tient entre les mondes. Laure Werckmann a imaginé une mise en scène qui oscille entre ces dimensions, entre rêve et réalité, et matérialise les étapes à franchir jusqu’à la métamorphose. La comédienne, impressionnante, fait de ce spectacle une plongée immersive dans l’âme de l’anthropologue. Une expérience de théâtre vertigineuse.



Séquence choc pour un début qui figure un interview de cette anthropologue atypique avec sur le parterre du théâtre un "journaliste"émérite, le directeur du Diapason lui-même Stéphane Litolff! Alors c'est au diapason qu'il interroge la star du soir avec des questions de témoin dans la salle comme lors d'un débat ou bord de scène. Elle, en tenue de randonnée, de pisteuse de comportements de tribus, ethnologue intriguée par tout ce qui fait sens dans les comportements collectifs de population encore vierges, intacts témoins d'une vérité fragile sur les us et coutumes de peuplades indigènes. Attitude décontractée, bon-enfant de cette chercheuse de terrain qui se souvient de ses péripéties et autres aventures authentiques au coeur de son métier qu'elle exerce avec franchise, perspicacité, instinct et respect. Considérer l'autre, ne pas toucher à son cadre de vie ni environnement. Dans cette quiétude pourtant mugit régulièrement un son sourd et indéfinissable comme une menace lointaine qui se rapproche peu à peu. Un indice de ce qui va se passer plus tard: elle sera victime et proie d'une agression par un ours mal léché qui, hante son territoire et, dérangé, agresse la jeune femme. Encore insouciante, elle se pare pour une parade dans un petit kiosque intime qui la fait belle et désirable. Qui est cette femme audacieuse et frondeuse au juste? Une héroïne qui va peu à peu avouer ses faiblesses dans un conte, une narration dévoilant autant son caractère, que les faits qui ne lui sont pas reprochés. 


Aventurière, elle reçoit en boomerang, le fruit de sa curiosité, de son ingérence dans des contrées et usages méconnus, donc "barbares" et cruels. La comédienne, metteuse en scène incarne ce personnage énigmatique en proie au malheur, à l'agression de l'ours sur son visage, la mutilant de sa mâchoire: l'instrument de la phonation, de l'articulation, de la parole. Symbole de cette incursion dans un monde inconnu dont le fonctionnement entravé par sa présence, mérite châtiment. A vos gardes et votre vigilance, car le récit en saynètes qui s'enchainent, captive dans un rythme pourtant lent et plein de silences interrogateurs. Quel sera son destin au final, cette enquêteuse furtive, intelligente et respectueuse qui reçoit malgré tout une leçon sans concession pour ses incursions dans un monde observable comme une curiosité palpitante. Laure Werckmann, seule sur le plateau "déchire" son décor, comme lacéré à la Lucio Fontana, occupe le terrain avec engagement et détermination. Les saisons s'enchainent, objets de récits pertinents sur la profession d’ethnologue, sur une auto analyse psychiatrique singulière, un auto-roman, autofiction à la Almodovar. La Belle et la Bête se regarde, s'observe et se déchire: l'amour, la passion, la défensive comme credo contre l'abus de pouvoir ou le harcèlement.


avec Laure Werckmann jeu et mise en scène
et les régisseuses Cyrille Siffer et Zélie Champeau


« Ce jour-là, le 25 août 2015, l'événement n'est pas : un ours attaque une anthropologue française quelque part dans les montagnes du
Kamtchatka. L'événement est : un ours et une femme se rencontrent et les frontières entre les mondes implosent. Non seulement les limites
physiques entre un humain et une bête qui, en se confrontant, ouvrent des failles sur leurs corps et dans leurs têtes. C'est aussi le temps du
mythe qui rejoint la réalité ; le jadis qui rejoint l'actuel ; le rêve qui rejoint l'incarné. » 

masques et prothèses Cécile Kretschmar – lumière Philippe Berthomé – scénographie Angéline Croissant – musique Olivier Mellano – costumes Pauline Kieffer – collaboration à la mise en scène Noémie Rosenblatt
Production Compagnie Lucie Warrant – Artenréel#1
Coproduction TJP – CDN Strasbourg Grand Est, Espace 110 – Scène conventionnée d’intérêt national art et création à Illzach, Espace Koltès – Metz, Théâtre de la Manufacture – CDN Nancy Lorraine
Soutien DRAC Grand Est, Région Grand Est, Ville de Strasbourg, Convergence, Emmaüs, Vetis, Le Bistrot des Rosiers
Mécénat cabinet Abraham Avocats 

Au Diapason Vendenheim le 21 MAI 


jeudi 21 mai 2026

"Madame Arthur": d'après une Histoire Vraie, dans la reine des Drag Queen à Schiltigheim..


Le nouveau spectacle musical du cabaret mythique de Pigalle débarque à Schiltigheim !

Sur scène, quatre créatures installent leurs plumes et leurs excentricités pour vous proposer un spectacle musical en live et en français, reprenant au piano-voix des standards de la “belle époque” jusqu’à la scène actuelle en passant par les années 80. Mêlant amour, humour paillettes et extravagance, ce spectacle ne vous laissera pas indifférent ! Le nouveau spectacle musical du cabaret mythique de Pigalle débarque à Schiltigheim ! Sur scène, quatre créatures installent leurs plumes et leurs excentricités pour vous
proposer un spectacle musical en live et en français, reprenant au piano-voix des standards de la “belle époque” jusqu’à la scène actuelle en passant par les années 80.
Mêlant amour, humour paillettes et extravagance.

Retracer l'histoire du "genre" et de ses représentantes, les Drag Queen depuis leur "avènement" voici un chalenge militant de toute force et beauté: alors en route pour l'Odysée de l'Espèce, de l'espace d'évolution du genre et de toutes les différences. Sur fond de Richars Stauss, le rideau est levé! C'est une sorte de compte à rebours dans le désordre qui nous fait découvrir toutes dates et péripéties confondues, le parcours du combattant de ces femmes, de ces hommes travestis ou transgenre Mais ceci dans la joie et le respect, la considération d'un "statu" civil, civique et politique autant que poétique. C'est dans un costume rutilant, jupe gonflée, bouffante toute argentée, "pouf" sur la tête comme une perruque extravagante que débute le show. C'est Versailles et sa Reine Soleil ,un personnage incarné par Diamanda Callas à la carrure massive, les gambettes qui n'ont rien à envier à Mistinguett ou Zizi Jeanmaire. Les paroles sont vives, le récit de cette épopée picaresque démarre. On suit avec grand intérêt l'évolution de la situation des Queen depuis l'Antiquité à l'aide d'un calendrier paperboard qui affiche les dates phares: ainsi, les Grecs et les Romains donnaient la part belle au corps, la tunique très sexy de Diamanda Callas offrant une visibilité à l'homosexualité, au transgenre.Sa voix est de bronze, celle d'une cantatrice lyrique débordant de théâtralité et de profondeur. Ici pas d’effeuillage ni de strip-tease, mais un spectacle de cabaret avec strass et paillettes, costumes sur mesure, à la démesure des personnages, quatre artistes hors pair. Le caméléon pianiste Grand Soir, costume queue de pie à rayures ou paillettes colorées scintillant sous les projecteurs. Sans évoquer les robes et atours de La Briochée, toute ronde et forte personnalité à la gouaille de Montmartre et de son Moulin Rouge (fondé par deux alsaciens, les Josep Oller et Charles Zidler, qui possédaient déjà l'Olympia). La Goulue, Grille d’égout et autres figures du french cancan s'y produisirent longtemps...Ici c'est de "pute" et de PD" que l'on cause avec verve, tonus et efficacité sans concession au vocabulaire argotique et populaire. "Je suis un PD" propose une lecture affriolante de la vision commune d'une différence entre sexe.Le tout sur des reprises de grand tube de la variété...Le célèbre "Voyage" pour mieux nous embarquer dans cet itinéraire spatio-temporel décoiffant. La Grande Histoire décrit aussi la condition des invisibilités abreuvées de tout temps par l'homophobie et autres attitudes d'exclusion. La reine du Ballroom est célébrée, La ballroom est une discipline artistique qui croise danse, performance et drag, et qui se pratique lors de balls déjantés. Crystal LaBeija, née dans les années 1930 et morte dans les années 1990 est une artiste afro-américaine, trans, drag queen, fondatrice de la House of LaBeija en 1968. Cette House (« Maison » en anglais) est souvent citée comme étant la première de la culture ballroom.On suit aussi "la démocratie" en route pour abolir les pouvoirs discriminatoire: un spectacle, passeur et messager d'un manifeste loyal et démocratique!

 "Holidays" de Polnareff est remis à jour avec nostalgie et pertinence. Tout s'enchaine en tableaux truculents, variés, volubiles. Et Piaf de s'inviter avec "Milord"dans un numéro émouvant de La Briochée, taillée pour le rôle! Puis;au micro Pierre et La Rose, nouvelle venue fait son show de sa voix pulpeuse et gravée dans le roc. Costume et panache rose déployé largement. Au piano, Grand Soir chante aussi et donne le La à ce quatuor burlesque et décapant, artistiquement et vocalement très fort et puissant. Parmi le public, au parterre ou dans les gradins, les artistes évoluent sans mascarade, parées de leurs atours de scène. Les Reines d'un soir qui voudraient le rester le reste du temps. Madame Arthur a 80 ans: quelle forme et quelle pêche, quelle frite et quelle verve acidulée, jamais vulgaire ni contrefaite. Au final, on apprend que Grand Soir fait sa dernière dans l'établissement et que Schiltigheim sera la dernière étape d'une tournée internationale..Bon vent à cette équipe de charme de la rue des Martyrs (étymologie: "travail"). Une ode militante et pertinente pour que les choses évoluent, changent et indiquent la bonne direction dans une solidarité et sororité exemplaire: comme ce show, vitrine, témoignage, message et manifeste d'humanité. On brule les planches sous les feux de la rampe et les Reines de la Nuit pourront vivre au grand jour.Métamorphose et enveloppe charnelle de rigueur, Drag Queen de grand talent, uniques en leur "genre" queer.Et c'est "la dernière séance" pour la troupe et "le grand soir"  pour le pianiste qui fait ses adieux à Madame Arthur!

"Madame Arthur est une femme..."qui fera parler d'elle longtemps... Paul de Kock en 1850 et interprétée par Yvette Guilber

Avec La Briochée, Pierre & La Rose, Diamanda Callas et Grand Soir / Anouk Viale – direction artistique

A Schiltigheim Briqueterie le 20 MAI 

mercredi 20 mai 2026

"Ateliers en scène "au Maillon: on blébiscite l'APEDI....avec "Trop, c'est beau": Le carnaval des Animaux!

 

Place au spectacle, après moultes répétitions au Maillon, pour les ateliers en scène, mercredi 20 mai ! Depuis la rentrée 2025, des projets de médiation sont imaginés par l’équipe des relations avec le public du Maillon auprès de jeunes en temps scolaire et hors temps scolaire et ce en lien étroit avec la programmation du Maillon. Option théâtre aux lycées, ateliers dans les centres sociaux, masterclasses... : tous ces projets sont menés, chaque saison, avec des artistes et associent de nombreux partenaires. Le temps d’une demi-journée, nous vous invitons à découvrir les restitutions de ces ateliers !
Seront ainsi présentés les projets des groupes de :
Apedi Alsace – Schiltigheim
Centre Social et Culturel Au-delà Des Ponts – Strasbourg – Port du Rhin Csc Au-delà Des Ponts
L’OPI – Cité de l’ll – Strasbourg
Le lycée Le Corbusier – Illkirch-Graffenstaden
Le lycée Freppel – Obernai
Rendez-vous mercredi 20 mai 16 H au Maillon
 
Petit à petit l'APEDI fait son nid avec appétit et cette fois-ci c'est sur le plateau du hall du Maillon, théâtre de Strasbourg que se présente le groupe de l'atelier d'écriture du SAJH piloté par Eliane Karakaya, plasticienne, et Isabelle Walter, éducatrice spécialisée, et la plasticienne invitée Cécile Tonizzo.
Du pain sur les planches depuis la rentrée de septembre 2025 pour ce petit groupe féru d'écriture, de lecture et d'art visuel. A raison d'un atelier hebdomadaire très dense et riche d'échange les 8 participants volontaires cheminent vers la découverte et réalisation d'ouvrages livresque ou de prestations publiques. La dernière en date: présentation de leur livre à la médiathèque Frida Khalo en mai 2024..
De solides partenariats professionnels extérieurs pour consolider et développer le travail artistique et pédagogique initié dans l'établissement de façon régulière pour les "usagers" de l'institution APEDI SAJH de Schiltigheim! 
Alors place au "show" dans la décontraction devant un public nombreux et captif. Entre en scène un curieux personnage doté d'une marionnette, effigie plasticienne d'un animal étrange. Et notre actrice de délivrer au micro un texte écrit par ses soins, autant absurde que burlesque dans une langue proche de Loulipo ou de l'écriture surréalisme automatique ou  en cadavre exquis. Poésie sonore autant que visuelle, génératrice d'images et de situations cocasses, inédites, intrigantes. Il en va de même pour les autres textes interprétés au micro par chacun des auteurs. Et contrebalancé par des apparitions sauvages de silhouettes de carton, inspirées des sculptures qui ont servi de prototype pour leur élaboration: un véritable travail d'art visuel et plastique généré par l"imagination débordante de tous: participants et accompagnatrices du projet; épaulées par la coordinatrice du Maillon, Irène Cogny.Les séquences se succèdent comme autant de tableaux vivants: à chacun sa diction, son attitude, son jeu. De la discrétion à la représentation, chacun y met le meilleur de lui-même. Les marionnettes manipulées comme des ponctuations visuelles, des poèmes.Beaucoup de gaité, de légèreté dans cette belle prestation professionnelle, bien menée, bien rythmée, le temps de vouloir en entendre encore plus! Les mots se libèrent, se délivrent et sortent tout droit d'un imaginaire fertile . Jeu de mots, virelangues, calembour et autre figures de style pour mieux épouser les formes fantastiques de ce carnaval des animaux. Des chants d'oiseux, une régie musique et la "performance" bat son plein sans encombre jusqu'aux présentations finales de chacun des huit protagoniste.La malcieuse Lénita Afonso, le digne Arnaud Defranoux, la subtile Marie-Rose Gras,le musicien conteur Théo Hamann, le fervent Pascal Hussler, la soyeuse Emmanuelle Louyot, la déterminée Cécile Fuss et la discrète Myriam Roc'h.  
Que du bonheur pour ces bestioles fantastiques, ce conte auréolé par un castelet magique, scène sur mesure pour ce projet haute couture fait "maison" dans un écrin de respect des différences, d'une considération de l'autre sans limite; Image de marque du SAJH, credo de tous ceux qui fréquentent et animent ce lieu de vie et de créativité.
 
On remet ça le 11 JUIN 14H dans le cadre d'une collaboration d'édition et d'accueil à la Médiathèque Frida Khalo à Schiltigheim. Soyez les bienvenus, curieux de tout!
 
 
 
 
cécile tonizzo

 

mardi 19 mai 2026

Amir Sabra & Ata Khatab: "Badke" (remix)

 


Badke (remix)

Badke (2013) fut créé pour dix interprètes palestiniens par Koen Augustijnen, Rosalba Torres Guerrero et Hildegard De Vuyst. La pièce a connu un fort retentissement international et a été présenté à POLE-SUD. Au travers de ce spectacle, toute une génération de danseurs aujourd’hui actifs a été formée. Badke (remix) est désormais entre les mains de deux d’entre eux Amir Sabra et Ata Khatab, portés par l’urgence de partager leur métier à des plus jeunes et de montrer la vitalité d’une culture. Le dabke folklorique palestinien est accompagné par le mijwiz, musique envoûtante portée par un instrument à vent en bambou, et est dansé dans les mariages. Les chorégraphes nourrissent cette danse traditionnelle de la diversité d’autres disciplines comme le hip-hop, la capoeira ou le cirque, pour affirmer leur ouverture au monde contemporain. Remonter cette pièce dans un contexte politique violent, devient un acte de résistance nécessaire, collectif qui n’oublie pas la joie, énergie nécessaire à la vie. Danser, coûte que coûte.


laGeste | Stereo48 Belgique Palestine 10 interprètes 2025


 A Pole Sud le 19 MAI

dimanche 17 mai 2026

Saori Jo Origin Quintet : le retour!

 


Après des années d’absence, Saori Jo est de retour sur scène avec une flamme nouvelle et des histoires inédites. Un nouveau chapitre ancré dans nos racines incarnées et arrangées à notre Blues Classic Rock qui nous défini et qui s'intitule Saori Jo Origin, et vous êtes invités à en être les premiers témoins. 
 
Un retour en beauté dans la spacieuse salle des fêtes de Langensoultzbach pour une formation en super forme avec les deux piliers porteurs Marjorie et Miguel Ruiz.De la beauté il y en a dans ce nouveau répertoire de classiques de la musique blues,soul et rock électronique tonitruant.. La voix de notre chanteuse modifiée par le temps et l expérience lui donnant un timbre chaleureux dominé par ses fameux éclats de voix et de rage électrisants. Ses partenaires au diapason de cette mutation spectaculaire dans la lignée de leurs origines et creusets d inspiration.A savoir le groupe Jethro Tull.Compagnon inspirant les compositions du groupe comme l'esprit de ces reprises haute couture sans ourlet.Du bon blues,une touche de spleen évanescente,un ouragan de rock qui pulsent,s'entrechoquent,rebondissent à l'envi.A l'harmonica,Nicolas Chauvet et sa ceinture de survie musicale peuplée d'instruments à souffle étonnants.Gilet pare-balles,discret rempart face à Axelle Lagiraff à la guitare basse,longue silhouette à la chevelure blonde de toute grandeur musicale à la discrète présence inspirée. Au clavier,la reine du soir Marjorie s'acharne en chantant,en tanguant les rythmes, en swinguant les mélodies multiples et variées.L'engagement  physique comme credo,comme mission et sacerdoce.Miguel fidèle guitariste farceur et plein de bonhomie et bienveillance. Au talent d'interprète vaillant,subtil,à l'écoute du groupe.Maxime Jung à la batterie s'adonne avec répondant,vivacité et opportunité à des interventions originales et bienvenues.Au programme des reprises de Janis Joplin,  et d'autres grandes signatures du rock.
Ça leur va comme un gant sur mesure et trois heures durant ce joyeux quintet enchante la salle comble Pas de IA pour cette formation férue d'intelligence Artisanale,Artistique, Atypique en diable.Du bel ouvrage de compagnons de la musique débridée, inspirée,vivante,ce soir là honorés par la présence du Pygmalion de Marjorie Pascot ,Béatrice Lara Belliot, son mentor de chant.Un transport musical en commun,collective expérience de spectacle vivant vécue passionnément par le groupe reconstitué.Pour le meilleur de la restitution d'un patrimoine musical hors du bocal de formol de conservatoire.Une soirée du tonnerre arrosée d'un bon auxerrois local à consommer sans modération.Et Jacqueline de l'association Vibrato porteuse du projet de se réjouir de cette bonne étoile qui guide ainsi les planètes du groupe.Très prometteur,sur une voix nouvelle pleine de perspectives..


16 Mai Quintet Salle des Fêtes de Langensoultzbach
30 Juin Duo Guinguette De Niederbronn
4 Juilllet Concert Privé
5 Juillet Festival Rock in des Muscheln
6 Juillet Concert Privé
31 Juillet Septenaire Val de moder
 
 

mercredi 13 mai 2026

"Voix de Stras": Catherine Bolzinger haute couture sur la "mesure"

 


C’est toujours les voix qui restent, au final, c’est aussi toujours par elles que ça commence, une voix plus une oreille, deux fils de soie impalpables et un pavillon !
Jean-Jacques Schuhl

Chaque deuxième mercredi du mois, Catherine Bolzinger propose au Temple Neuf à Strasbourg, en partenariat avec l’ensemble professionnel a capella Voix de Stras’ et le Choeur philharmonique de Strasbourg Les Rendez-vous de la Voix. Les rendez-vous de la voix s’adressent aux curieux, aux mélomanes, à toutes celles et ceux que la voix humaine intrigue ou fascine… ils sont une exploration de la voix sous toutes ses formes.Ce nouveau cycle propose une rencontre vivante et originale entre artistes et public.L’idée est simple et généreuse – déployer la voix humaine dans toutes ses dimensions : instrumentale, vecteur d’émotions et de lien social. Qu’elle soit solidaire, participative, méditative, créative ou expérimentale, la voix devient le point de départ d’expériences musicales uniques, de découvertes et de dialogues inattendus.Ici, l’écoute se transforme en expérience : répétitions commentées, concerts interactifs, créations inédites, explorations interculturelles…Les Rendez-vous de la Voix célèbrent la diversité et offrent à chacun l’occasion de ressentir la puissance et la subtilité de la voix humaine.

100%vocal, 100% féminin, c'est la signature de Voix de Stras', quintette lyrique féminin. Leurs concerts mêlent habilement écritures contemporaines, airs classiques et chansons traditionnelles.

Mercredi 13 mai à 20h –Au temple Neuf Répétition commentée !

À l’occasion de la prochaine répétition commentée du Choeur philharmonique de Strasbourg, Catherine Bolzinger vous emmènera dans les détours de ses Rhapsodies Bohémiennes, anecdotes à la clé et démonstrations live par les 60 choristes.

Catherine Bolzinger déroule ses répétitions avec Voix de Stras’ comme une séance haute couture. ✨
Après la première phase d’écriture, Catherine Bolzinger observe les premières répétitions de ses chanteuses pour ajuster, compléter, modeler et réécrire.
Comme une étoffe que l’on travaille patiemment, la musique prend forme peu à peu, jusqu’à trouver la coupe juste, la nuance parfaite.Un travail de précision, d’écoute et de création collective… où chaque détail compte.

 

mardi 12 mai 2026

"All Over Nymphéas" , Emmanuel Eggermont , à fleur d'eau...Circum navigation, signes d'étang, collages absurdes de Danse magnétique .

 


Avec Les Nymphéas, œuvre littéralement monumentale et monument de l’histoire de la peinture, Claude Monet a livré une réponse colorée, idyllique et véritablement vivante à la violence de son temps : la représentation y laisse la place à la présence sensible, les formes clairement ordonnées à une atmosphère presque tangible où elles s’estompent, dans laquelle s’abîme le regard. 



C’est cette présence que fait vivre Emmanuel Eggermont dans un ballet pour neuf danseurs et danseuses qui est plus qu’une relecture. Le all-over
est une pratique picturale, de Jackson Pollock à Mark Rothko, dans laquelle la couleur est répartie plus ou moins uniformément sur la toile, annihilant la référence au réel au profit de l’immersion.
Du principe de répétition et de combinaison des motifs, commun à ces deux sources d’inspiration, le chorégraphe a fait la grammaire d’un spectacle qui, lui aussi, semble sortir du cadre. Sa « chromato-chorégraphie » convoque le corps, la musique, la couleur et les formes comme autant de langages. Sur un pied d’égalité, les interprètes interagissent dans une œuvre plastique et originale.

 


Une histoire d'eau, de reflets dans un oeil d'or, celui d'Emmanuel Eggermont plongé dans une réflexion lumineuse, un miroir flottant, une vasque aquatique frémissante et choré-graphique proche d'une calligraphie abstraire. Un danseur traverse cette mise en scène très plasticienne: plaques bleutées au sol, longues perches suspendues comme un écran tectonique d'une architecture aérienne mobile.Un écrin, vaste et ouvert sur les volumes sonores qui s'esquissent: sons lointains de tuyaux d'orgue, angélus résonnant comme autant de coups de cloches fébriles. Les gestes sont tranchés, abruptes, ciselés et précis, épousant toutes les parties du corps comme des flèches tendues et prêtes à fuser dans l'espace. Se joignent à cette précision graphique, d'autres "mobiles" qui sillonnent le plateau comme autant de particules lancées dans l'arène. Marches, démarches sensibles, orientées de moultes façons pour mieux introduite des arrêts sur images, des poses, des attitudes étranges qui se reproduisent comme des répliques, des jeux en dialogues avec le son. Formes anguleuses, mains sur les yeux comme pour se protéger de la lumière, en dehors et en dedans des jambes, pieds calés à l'horizontale comme des angles, des carrés géométriques. Pointes, talons, déhanchements subtils qui structurent la danse en cubes, en lignes brisées ou droites. Géographie physique impressionnante de précision, de rythmes musicaux, de cassures et brisures de gestes. Solitudes des interprètes qui ne se réunissent qu'au sol, langoureuses figures de corps qui se répandent, fondent, attendent des soubresauts venus de l'autre. En noir, costumes stricts, desingnés comme pour un défilé de mode qui se distingue peu à peu dans les démarches des danseurs lâchés dans l'espace, ses diagonales, ses longues lignes tendues. Points, lignes, plans, sculptures à la Ellsworth Kelly, géométries posées au sol en flaques bleues comme des pièces de puzzle à déconstruire, le décor est loin d'évoquer quelques "Nymphéas" disparues au profit d'une peinture abstraire et radicale..Chercher plutôt du côté des lumières, des reflets à travers des plaques plastiques portées par les danseurs comme des écrans colorés, des gélatines de projecteurs de scènes. Une danseuse en sera recouverte comme dans une cage dorée, réverbérant la lumière ambiante.Des plaques blanches se feront écrans, boites et parois où pourraient s'esquisser quelques traits fugaces. En masquant des parties de corps volontairement tronqués, déstructurés au profit de lignes strictes. Les motifs récurrents forment des séries comme des gammes de gestes à reproduire qui s'estompent, s'effacent et proposent une chromo-chorégraphie "maison", celle de la compagnie "Anthracite" aux contours bien définis.Quelques duos parsèment la chorégraphie éparse de cette pièce énigmatique, portés fugaces, allers et retours des figures récurrentes en osmose avec la radicalité du propos.Les divagations de la danse comme muselées par des tracés parfois brisés comme une tectonique des plaques en fusion. Un dandy très Karl Lagerfeld ou Y.S.Laurent questionne le paraitre en déhanchements symptomatiques d'illusion, de futilité. Les costumes alternent en noir, en col monté, troquent cette rigidité en formes rondes ou lacérées.On songe encore à Robert Morris et d'autres ingénieux plasticiens chantres d'une revendication de matériaux sobres, métalliques, froids et glacés.Frank Stella pour les brisures des gestes lacérés. Lucio Fontana pour les déchirures et lacération des gestes des danseurs.Celeste Boursier Mougenot proche aussi du travail scénographique de Jihy  Jung.Vifs argent, fulgurante écriture dans des espaces singuliers de corps voués à une figuration abstraite .Alors que des torrents de musique signés Julien Lepreux se déversent parfois au détriment de la lecture de la danse tant leur densité ravageuse prend de la place et inonde le plateau.Ambiance chaotique, certes qui fait monter la tension dans un grand fatras musical où tout bascule dans la diversité des sons . En bleu ou en couverture de survie dorée, en autant de particules, d'électrons domestiqués, les danseurs écrivent une partition corporelle très soignée, précise et ciselée qui font songer à l'écriture de Dominique Bagouet, aux déplacements fébriles de Mathilde Monnier, à toute une génération de chorégraphes inspirés par les arts plastiques et leur énergie de fabrication, leur monstration hors les murs, leur anti conformisme revendiqué.L’extrême délicatesse, très distinguée d'Emmanuel Eggermont comme une signature baroque, enluminure médiévale aux confins de l'harmonie, de la tranquillité agitée des eaux dormantes de Nymphéas proches de la dérive de Ophélie sur les eaux...Neuf danseurs gantés de personnages surgis de visions fantomatiques, soutenus par un glossaire de gestes burlesques ou rigoureux, incarnant dessins, peinture, sculptures ou autres médiums multiples de l'Art contemporain. Rendre Monnet de sa pièce unique à l'Orangerie, architecture fantasmée de l'ordre du naturel revisité.

Présenté avec le CCN•Ballet de l’Opéra national du Rhin et POLE-SUD, CDCN ce spectacle fait partie du Parcours Danse


 Au Maillon jusqu'au 12 MAI

lundi 20 avril 2026

"Espaces de Liberté ": les enfants terribles,envahisseurs du grenier du Musée de la Poterie de Betschdorf


Isabelle Thelen et Miriam Schwamm exposent en tandem, binôme bicéphale réjouissant!

Espèces d'espaces pour enfants indociles et parents terribles dissimulés dans l' ombre.Un duo d 'artistes improbable et pourtant si complice s'expose dans le grenier du Musée de la Poterie de Betschdorf,désormais fief de l 'art des "installations" d'artistes.Un univers qui interroge dès l'arrivée au tournant de l'escalier pentu. 

 


Comme dans un rêve,voici des vitrines pleines d'objets détournés de leur fonction,de reliques vivantes, de livres empaquetés dans des toiles blanches à la tranche évoquant leur titre,réécrits à la main.C'est l 'œuvre d'Isabelle Thelen,toute en douceur et nostalgie sur des mouchoirs,des serviettes ou des polochons,oreillers de nos nuits étoilées.Suspendues au ciel par des cordes,les pelures brodées des taies d'oreillers emportent et soulèvent celui qui s 'attarde à regarder dans une atmosphère onirique sereine.Et pourtant voisinent deux carcasses de sommiers de lit, suspendues et reliées aux poutres de la charpente pour ne pas s'évader du grenier.Avec ressorts usés et vermoulus par les longues nuits évoquées sans sommeil.


"La première qui dort réveille l'autre"' comme phrase brodée sur la toile du coussin suspendu.Et les vitrines en résonance où se niche le travail de Miriam Schwamm ressuscitent ce parcours insolite.Pippi Langstrumpf y perd sa natte et garde la paire de ciseaux fautive,objet du crime,près d'elle..

"On ne remerciera jamais assez l'auteur Astrid Lindgren pour son oeuvre fondamentale "Pippi Langstrumpf", surtout quand on a été en Allemagne une fille de la génération des "Kinderläden" (des sortes de crèches gérées collectivement et avec un principe d'éducation anti-autoritaire) : Vivre pour être ce qu'on veut être, et pas pour plaire à ceux qui voudraient qu'on soit autrement. Assumer sa liberté et ses décisions, aussi la solitude qui peut aller avec.
Merci Astrid ! " dixit Miriam Schwamm

 


Un tableau d'antan représente la femme au travail domestique,percée d'impacts de fléchettes.L'humour décalé de l'artiste s'abreuve de ses origines allemandes avec des images,icônes du souvenir colorisé de l'enfance.Un petit tas de friandises,bonbons acidulés rappellent ses penchants de gourmandise nostalgique.


Quatre cadres brodés supportent de petits puzzles détournés .Tout cela chiné dans des vides greniers alentours chargés de mémoire vive.Grenier empli d'une ambiance sereine,bercée de silence,de recueillement.Désuette autant que grave,l'installation conduit dans un monde défait à refaire,reconstruire avec les restes et reliefs d'un festin d'antan,d'un repas partagé de mots brodés,de livres achurés,de tissus ouvragés par de petites mains disparues. Un univers ludique,enjoué où l'on joue à cache-cache avec les objets-souvenirs.Le parfum du lieu,les espaces conquis où s'agrippent deux cordes à nœud invitent à la contemplation joyeuse,à un bivouac salvateur dans le monde de l'enfance.

 


Celle qui nourrit nos fantasmes, nos imaginaires.Un petit singe en peluche couronné veille au grain et surveille ce petit peuple :la vie agitée des eaux dormantes, dessine vanités, ressorts déglingués,couette délaissée sur un matelas usé poussiéreux de nos nuits blanches.Et le grenier d'ouvrir ses mystères comme dans Fantomette ou Les petites filles modèles,enfants terribles de parents modèles se froissant dissimulées au creux des poutres de la salle enchantée. Un duo de choc pour mieux entrelacer souvenirs et actualités et plonger le visiteur dans des "espèces d'espaces"intrigants et révélateurs de mondes inconnus,spectres de l'innocence et de l'archive architecturée de nos existences.

Photos Robert Becker

Espaces de liberté au Musée de la Poterie de Betschdorf jusqu'au 21 juin.

dimanche 12 avril 2026

Performance,Visite Dansée par Aurélie Gandit, chorégraphe:Terpsichore,guide avisée d' une exposition incarnée

 


En écho à l'exposition Dimanche sans fin. Maurizio Cattelan et la collection du Centre Pompidou, Aurélie Gandit invite les visiteurs à redécouvrir les chefs-d’oeuvre présentés.


La chorégraphe et danseuse sollicite son corps pour inventer de nouveaux chemins d'accès aux oeuvres. Art de l'instant par excellence, dont l'écriture se métamorphose et se redéploie devant chaque toile et chaque sculpture, la danse rappelle à chacun que la rencontre avec l'histoire de l'art se fait toujours au présent.

Follow me, comme whis me....

Elle  nous accueille sobrement vêtue de noir,cheveux tirés et expose brièvement le contexte de son intervention artistique.Et tout bascule par un geste,légère esquisse dansée qui nous conduit dans chaque salle-chapitre nommé par Cattelan pour ce voyage au long cours.Une expédition tranquille parmi des univers changeants,mutants,singuliers.Sa longue silhouette évoquant un détail,une image,un mouvement révélé d'une toile,d'une sculpture, d'une installation que la chorégraphe a décidé de choisir parmi toutes les propositions d'oeuvres structurant l'esprit de l'exposition. On plonge dans le vif du sujet autour du squelette gigantesque digne d'une galerie de l’Évolution,imaginaire.La danseuse à quatre pattes,féline,toutes griffes dehors,rivée au sol. Une vision fragile,animale remarquable dans un espace muséal rêvé. Le dos cambré, l'échine tendue, la démarche ondulante tout comme sa future reptation idéale qu'elle effectuera plus tard entre deux  espaces de performance.Fernand Léger et sa toile évoquant les loisirs du Dimanche lui inspire des poses,des attitudes oisives,lascives,au sol,contemplatives,indolentes.Sans paraphrase,ni redondances,sans mimétisme,son corps se pare et s'empare du sujet,creuse en profondeur l'atmosphère,l'ambiance de la toile.On la suit pour d'autres aventures très esthétiques et picturales toujours avec un soupçon de malice,une once d'évocation savante,un grain de décalage et d'imagination.Au "Bal Bullier"de Sonya Delaunay,Aurélie Gandit évoque le couple de danseurs, simule quelques gestes tranchants et vifs,des virevoltes,des poses furtives et fugitives évoquant le tango profilé.Auparavant une sorte d'autoportrait dévoilait son parcours de vie, ses modèles,les sources de son inspiration prolifique face aux masques en latex de Cattelan. Devant un triptyque signé Bacon,la voici affolée, souffrante,recroquevillée comme ces personnages défigurés,ondoyants,tourmentés, dessinés sur la toile.Danse échevelée,folie simulée,son corps évoque l' univers ravagé du peintre.Un jeu de baby foot surdimensionné de Maurizio lui donne prétexte à un jeu participatif au regard des spectateurs conviés selon leur humeur à s'impliquer dans une relation tendre ou belliqueuse face à son partenaire de partie.On continue cette visite dé-guidée, déjantée avec curiosité, suspens,surprise.La danseuse nous conduit à travers les tentures et rideaux d'une des plasticiennes convoquées pour l'occasion.Autour de l'immense table ronde de négociation de Chen Zen et face au mur impacté de traces de balles de Cattelan, Aurélie Gandit nous invite à une expérience physique de paix intérieure,une méditation personnelle politique et poétique. L'œuvre d'André Breton,armoire cachette, cabinet particulier de curiosités récollectées d'œuvres singulières, la danseuse performeuse fait un solo percutant,les mots à la bouche,les gestes ciselés, tranchés comme sa diction hachée en rupture dans un langage bégayé en sursaut et hésitation simulée à la manière de Kurt Schwitters.La danse rivée au corps,la concentration extrême d'une artiste en ébullition dans un débit de mots hachurés surprenant.Une lecture audacieuse autant que respectueuse de ce "Dimanche sans fin"que l'on souhaiterait éternel....Aurélie Gandit resplendissante et impliquée dans une expérience unique comme à son "habitude" en regard à l'Art toute forme confondue et sans égal quant à l'imagination et la prolongation et adaptation chorégraphique de tous ces médiums rassemblés ici si judicieusement par Maurizio Cattelan. Se mesurer à lui, aux collections de Beaubourg, voici un challenge, un pari réussi et fort respectueux face à la richesse de tous les propos engagés à cette occasion. 

Exposition "Dimanche sans fin"  Centre Pompidou Metz

Production Callicarpa grâce à un mécénat privé

lire "danser la peinture" de philippe verrièle 

Au Centre Pompidou Metz le 12 Avril 11H

mardi 7 avril 2026

SHECHTER II "In the Brain".J'ai fait une rave.... Les Olympiades de la Danse paienne.

 


L’euphorie contagieuse de la Shechter II dans un ballet digne d’un clubbing, où seul le beat est roi.


La Shechter II, compagnie junior qui se renouvelle tous les deux ans, s’installe désormais au Centre chorégraphique national de Montpellier au sein du projet de la nouvelle direction collective initiée par Dominique Hervieu, dont fait partie Hofesh Shechter. Après trois mois de formation, ils partent pour neuf mois de tournée, dont une longue étape au Théâtre de la Ville. Cette nouvelle création originale pour la Shechter II prend appui sur Cave, pièce créée par Hofesh Shechter à New York pour la Martha Graham Company en 2022. Que se passe-t-il dans la tête des jeunes fêtards ? Une suspension du temps, un rêve où l’on se connecte aux autres, une appartenance à un collectif. Les jeunes danseurs de la Shechter II mettent plus que jamais leur fougue et leur excellence au service d’une rave chorégraphiée et festive, à l’écriture finement ciselée. 

On ne rêve pas: on est survolté comme eux, en alerte, en apnée, médusé, sidéré.Dans la pénombre des silhouettes approximatives se distinguent,en vagues,ondulations marines telles des anémones de mer,des coraux vivaces.Une musique cavernicole nous plonge dans des abisses obscures quasi familières .Un univers opaque bordé de lumières  changeantes jusqu à devenir un arceau protecteur au sol fait de faisceaux palpitants.Sept danseurs évoluent en meute collective entre extrême douceur ondoyante et fougue rageuse,ravageuse.Les gestes empruntés à diverses écritures chorégraphiques.Tantôt les bras en couronne,en corbeille ou en cou de cygne,tantôt les jambes dégingandées,déstructurées comme des articulations impossibles,invraisemblables.La vitesse dynamique comme moteur et fulgurance de rémanence visuelle sidérante.La petite horde mouvante se sépare en trio,quatuor,quintette à l'envi,se restructure en ligne frontale folklorique,en point de chaînette telle une frise de vase grec.Chacun se taille la part belle dans des solo, battle singulier comme un rituel de sacrifice.La danse telle une olympiade sacrée, tonique,athlétique.Quelques incursions entre tango,rock et jerk,suggestions gestuelles discrètes et tenues.
Les jeunes interprètes sont brillants,performants, solides et galvanisés par un univers musical étrange inspiré de cultures proches du tribal,de la cellule des  chefs,des pratiquants de culte occulte.C'est d'une rare beauté et d 'une émotion  soutenue, incroyable émanation de corps aguerris à une pratique libre,autant que fortement inspirée par Hofesh Shechter qui les façonne comme des sculptures vivantes.La dramaturgie renforcée par les lumières prodigieuses de Tom Visser qui sillonnent le plateau,le traverse,en hallebardes cinglantes,est moteur d'une narration des corps sans cesse en mouvement.La tension monte,la fièvre de la folie s'empare des corps,les magnifie,dans une démence chorégraphique proche d'un délire collectif soutenu.Une ode à l'énergie,au groupe,à une expérience unique de partage fulgurant, vecteur de transe, transporté par la grâce, la félicité et la fougue. 

Première en France Au Théâtre de la Ville Abbesses jusqu'au 25 Avril


Chorégraphie & Musique Hofesh Shechter
Lumières Tom Visser

Avec Matilde Agostinone, Teige Bisnought, Nagga Baldina, Federica Fantuzi, Woojin Kwon, Armand Lassus, Skiye Nataliah, Ella Roberts. Production Hofesh Shechter Company.




jeudi 2 avril 2026

BACHAR MAR-KHALIFÉ: ballades lyriques aux pays des cèdres.Valse avec Bachar

 


POSTLUDES

Après un interlude de deux ans, le musicien et compositeur franco-libanais réunit dans un mini-album (Postludes, 2024) six Préludes de Chopin, une reprise de Nirvana, de Christophe, ainsi que le chant Sawfa Nabqa Houna, hommage à la population gazaoui et à son Liban natal meurtri.Entre les mains de Bachar ce répertoire étonnant et unique qui transcende les esthétiques et les époques ressemble à un manifeste.Piano hypnotique, lyrisme oriental et montées en puissance électroniques, son passage en 2022 avait fait vibrer les murs et le cœur du PréO !« Magnifique pianiste et chanteur, Bachar Mar-Khalifé produit une musique aussi audacieuse qu’intime et poétique, mêlée de folk, de jazz, de classique et d’électro, en plus d’inspirations orientales, écho de ses origines libanaises. » Télérama

Le plateau du PréO semble immense: un piano trône, magistral, seule pièce à conviction acoustique.Apparait Bachar, silhouette solide, qui va d'emblée auprès du piano et s’attèle à jouer une composition nostalgique, douce aux mesures répétitives, construites solidement en répétition, les gammes se succédant dans un rythme à quatre temps. Hypnotique et sensuelle, onirique et pleine de sensations d'évasion, de rêves. L'atmosphère est plantée, l'ambiance de cette soirée "soliste" se dessine et trace dans l'espace sonore des volutes sensibles. Après trois autres morceaux qui s'enchainent, le pianiste, Bachar Mar-Khalifé nous salue et entame un petit dialogue, discret et sincère à l'adresse du public, très nombreux et à l'écoute de ces partitions très mélodies: Duparc, Fauré et Franck ne sont pas loin , voisins et inspirant notre artiste de ces bribes de mélodies lyriques, comme un chant nostalgique et très prenant. Un "Nirvana" pour les plus anciens et deux chansons de Christophe que Bachar a rencontré, et interprété avec minutie dévotion et respect. Sa voix s'anime, se fait onctueuse, douce, discrète un peu voilée. Il sait tout coordonner, ce pianiste modeste virtuose: voix, chant, petites percussions jouées sur le piano, et bruitages orageux dans les entrailles du piano même. La dextérité et la coordination des doigts sur le clavier impressionne...Le concert bat son plein, se déroule tranquille ou ombrageux quand il évoque son pays, le Liban en guerre que sa famille a fuit alors qu'il n'avait que 6 ans. Nostalgie, certes, mais espoir et puissance du jeu nous font voyager dans des contrées et paysages sonores inédits. Ludovico Ainaudi ne renierait pas une certaine complicité sonore et d'inspiration évanescente et planante. Son pays, sa langue arabe chuintante et colorée font chaud au coeur et à l'imagination qui s'évade largement vers un périple multi culturel et musical. Les sons orientaux se mélange au free jazz et autres inspirations classique: au final, c'est Chopin qui lui rappelle sa mère, pianiste en exil, et tout bascule dans un lyrisme et des digressions, divagations originales pianistiques. Un bis rayonnant pour clore ce concert inédit que le public salue par une belle et chaleureuse ovation. Une soirée de charme, poignante et virtuose, pleine de subtilités musicales, d'émotion et de beauté. Bachar Mar-Khalifé, modeste et splendide interprète et compositeur, improvisateur inspiré et très communicant. Un grand "khalife" passeur de bonheur, d'espoir et d'humanisme.

 Grand Prix des musiques du monde – SACEM – 2021

Nomination aux Victoires du Jazz – Catégorie « Album de Musiques du Monde » 2021

 Piano, voix : Bachar Mar-Khalifé
Crédits photos : Hellena Burchard

 Co-Production(s) : Astérios Spectacles.

Au PreO le 1 AVRIL



mardi 31 mars 2026

"Dora et Franz, Sauver le jour" Caroline Arrouas: tendres tourments passionnément musicaux .

 


Juillet 1923. Franz Kafka rencontre Dora Diamant sur les bords de la mer Baltique. Ils tombent amoureux. La rencontre avec cette Berlinoise d’adoption, qui avait fui les traditions orthodoxes de sa petite ville natale de Pologne, déclenche ce qu’il appellera son acte le plus fou : déjà très malade, Kafka suit son aimée à Berlin au lieu de passer sa vie de sanatorium en sanatorium. Le spectacle épouse donc cette pulsion de vie. Il croise l’événement de la demande en mariage de Franz Kafka à Dora Diamant, quelques semaines seulement avant sa mort, avec la musique klezmer — autrefois pratiquée dans les festivités des communautés juives en Europe de l’Est et dont une des vocations profondes consiste à faire vibrer son auditoire. Caroline Arrouas, actrice et metteuse en scène, nous enjoint à célébrer ce mariage qui n’a pas eu lieu. Nous sommes tous et toutes convié·es à cette noce, une fête où les invité·es côtoient joyeusement les fantômes.


 
Une première scène pleine de tendresse inaugure cette histoire au départ plutôt charmante et pleine de poésie: des fleurs, des bouquets de senteurs et fragrances coupées, une mélodie pour Marguerite. Le tout accompagné des notes de piano et d'un mélodica discret et plein de charme. 


Car Kafka incarné par Jonas Marmy et Dora, attachante Caroline Arrouas sont tout deux musiciens. Lui, au clavier d'un piano trônant dans ce décor de sanatorium et elle à la voix et au chant klezmer. Ce duo tendre, charmeur, simple se forme et se soude devant nos yeux dans des dialogues espiègles, fameux en tendresse, écoute, respect et reconnaissante. La considération de l'un pour l'autre comme le phénomène majeur de cette pièce dévoilant les aspects secrets et cachés du Kafka tourmenté que l'on supposait connaitre. On se surprend donc à découvrir un texte, une prose joyeuse comme une chanson en yiddish, pleine de verve, d'humour , de fantaisie, de piment doux.Ces épices comme ingrédient majeur d'une écriture relevée, rehaussée par l'interprétation des deux comédiens, dont l'autrice en personne. Dans sa robe blanche seyante, ses talions hauts, elle a de l'allure, Dora, l'amoureuse et partenaire de seulement quelques mois, d'un Kafka déjà atteint par la tuberculose.La voix de velours, le ton haut et clair, Dora explore la sensibilité du poéte-écrivain avec habileté, sincérité et dévotion amoureuse très musicale. Transformant ses sentiments en mélodies hautes en couleurs qu'il accompagne de sa dernière énergie vivante. Ce couple de rêve incarne une parole vraie d'être à être, le risque incroyable que Kafka a osé prendre: vivre à Berlin avec une inconnue porteuse de vie, d'avenir, de passion pour le rendre plus humain. La vie tourmentée du protagoniste comme effacée devant tant d'appétit de vivre de la part de cette compagne de fortune. 


Un "diamant" précieux autant fragile que solide, aux facettes et rayonnement multiples. Un joyaux, un bijou dans la fin de vie de ce scarabée blotti sous le divan de la famille. Sorti enfin de son antre, de sa tanière pour fêter des noces improbables de dernière ligne de vie.Et de chanter et mettre en musique cet amour incroyable qui se déploie et prend toutes les dernières forces insoupçonnées de Kafka. Dora telle un Pygmalion cupidon de belle envergure. Perchée sur ses talons hauts, elle a fière allure et le désir en poupe pour le rendre heureux, enfin.Faim et soif d'exister pour clore un chapitre culpabilisant et déroutant d'un destin maudit.Transformer le terrier en table de festin où l'appétit revient. Au grand jour pour une noce épique, vraie ou fausse on s'interroge...Derrière les rideaux de l’alcôve nuptiale, l'amour se délivre, la sexualité de Franz s'épanouit au contact de Dora, pierre précieuse, diamant pur et dur de cette chasse au trésor. Un gemmologue foreur d'amour pour en extraire ce diamant bleu, humaine incarnation de la femme. Dans ce décor aux lumières "tamisées" comme à le recherche de la pierre philosophale, les deux personnages exultent, s'enlacent, se frôlent et la sensualité transparait dans leur jeu ajusté de sobriété autant que de ferveur amoureuse. 


On quitte ce couple, cette femme qui a tenté de sauver son amant de la mort, avec compassion et émotion. Les chansons yiddish en tête interprétées par Dora-Caroline, femme juive pleine de pulsion de vie.De la musique pour rendre leur mariage, rendu impossible, aux deux revenants d'une vie sombre et troublée par les autres."Danse et puis tu verras. Au fur et à mesure, plus tu danseras, plus la joie va arriver". La musique klezmer, organique et vivante comme un jeu, un rythme répétitif enivrant dans une gamme chromatique enchantée et colorisée à souhait. "Sauver le jour", défaire la nuit qui entoure le mythe Kafka pour formuler la vérité épistolaire de la littérature kafkaïenne: une musique qui s'accroche pour ce "Monsieur Croche" insoupçonné. Le théâtre comme "un abri pour bouger"hors de nos peurs et blessures. Sortir de sa "niche" pour changer de peau, d'endroit et trouver sa place. Tel serait le message de Caroline Arrouas, orpailleuse du Yiddish comme nulle autre ambassadrice.

photos jean louis fernandez

Texte et mise en scène: Caroline Arrouas
[Avec] Caroline Arrouas et Jonas Marmy 
[Dramaturgie] Adèle Chaniolleau 
[Scénographie et costumes] Clémence Delille assistée de Elise Villatte 

Au TNS jusqu'au  11 Avril