dimanche 26 juin 2022

"Méditations" à Froville: Les bonnes Surprises de Louis-Noel Bestion de Camboulas. Charpentier en majesté!

 


Méditations
 
Madrigaux à 3 voix d'hommes - Charpentier, Marais, Brossard: un chemin de croix 
lumineux....

La musique sacrée française, thème de ce concert, vous transportera dans un temps où théâtralité, suavité et sacré se mêlent et se confondent. Interprété par l'excellent ensemble Les Surprises dirigé du clavecin par son chef et fondateur Louis Noël Bestion de Camboulas, Méditations offre de véritables « petits chefs-d’oeuvre » musicaux de Charpentier, Marais et de Brossard.Ce programme pour 3 voix d’hommes permet de révéler une dramaturgie proche de l'opéra dans sa dimension théâtrale, les différentes tessitures des trois interprètes masculins offrant à la fois Lumière et Ténèbres.Un programme splendide à découvrir dans l'écrin idéal de l’église de Froville, tant pour sa spiritualité que pour son acoustique servant à merveille ce répertoire.lors du Festival pour les 25 ans de la manifestation exemplaire de musique sacrée et baroque.

  Tout débute par l’œuvre de Marc-Antoine Charpentier : "Méditations pour le Carême": un langoureux trio nonchalant ouvre le bal, les musiciens se répondent, se juxtaposent, , se relaient avec brio et virtuosité, qualité et talent qui soutiennent ce récital des "Surprises", ensemble riche d'une expérience de renom!Les chanteurs entuilent leurs interventions, le velouté des voix qui enveloppent les mélodies fait mouche et l'on "tombe en empathie" avec cette petite formation virtuose; une "pièce perdue" et retrouvée dans les trésors des partitions de Charpentier: musique intime et grandiose en autant de saynètes narratives pour un chemin de croix unique en son genre musical!

Marin Marais : "Prélude en ré du Ier livre pour viole de gambe et basse continue". Dansante évocation de l'univers baroque, pliés légers, distingués comme des figures savantes de mesures et tonalités.Les sons s'étirent, suspendus sur demies pointes, allongés, enrobés, sensuels...Les trois instruments glissés, entuilés, mouvants.

Sébastien de Brossard : Motet pour basse "O Plenus Irarum Dies": que voici un quasi opéra baroque, solo de chant et trois musiciens: la vélocité des vocalises, le ton et l'interprétation fière et sacrée donnent de la matière sonore très rythmée, contrastée, recueillie.Parfois c'est un petit filet de voix ténu qui enchante et suspend le temps.De belles basses altières, une homogénéité des tenues vocales séduisent et font voyager l'auditeur.

Marc-Antoine Charpentier : Prélude!: à nouveau Charpentier pour perler ce récital des "Méditations" où semblent se dessiner des personnages incarnés par les tonalités des instruments et la fusion-osmose des voix.Plaintes, douceur respectueuses des timbres, hauteurs et mesures...Des solos en alternance dévoilent qualité et capacité de chacun à entrer dans un style, une émotion évidente.De belles unissons aussi pour mieux se fonder dans une ambiance, un univers dramaturgique sonore exhaussé.

"Le tombeau pour Monsieur de Blanrocher", solo de clavecin intimiste et perlé fait suite en contraste avoué: il s'égoutte, clepsydre en suspension ou appuis et en rebond de notes vives.Des notes qui s’égrènent en goutte à goutte, élixir qui se distille à souhait dans nos oreilles alambiquées. L'autre "tombeau" pour les demoiselles de Visée de Robert de Visée pour viole se fait discret, lent, rêveur, alangui...

Sébastien de Brossard : "Motet pour deux ténors Salve Rex Christe": un duo de voix épatant, alerte, vif où le récit s'enflamme et vibre sur le timbre magnétique des voix très présentes.

Au final les trois dernières "Méditations" de Charpentier où l'ensemble vibre et excelle dans le tragique ou la rédemption.

Ce récital exemplaire et fort original de part la rareté des partitions ainsi révélées au public fut un enchantement, du autant à l'acoustique de l'église de Froville, qu'à la remarquable et inégalée passion de l'ensemble convié à partager ces instants rares et précieux de découverte d'un répertoire toujours en devenir!

Paco Garcia, haute-contre

Clément Debieuvre, taille

Étienne Bazola, basse-taille

Juliette Guignard, viole de gambe

Etienne Galletier, théorbe

Louis-Noël Bestion de Camboulas, orgue, clavecin et direction

 

 


"Mon amant de Saint Jean" à Froville: du toupet, du panache et du talent à revendre! Spectacle musical et vocal médusant!

 


STEPHANIE D'OUSTRAC LE POEME HARMONIQUE
 
Mon amant de Saint Jean 
 
De Monteverdi aux années folles - 
 

Un magnifique voyage dans le temps vous attend le 25 juin !
Emmené avec passion par la magnétique mezzo-soprano Stéphanie d'Oustrac et Le Poème Harmonique - Vincent Dumestre , "Mon Amant de Saint Jean" est une aventure musicale et théâtrale unique de Monteverdi, Marais, Cavalli aux années folles...Passionnés par le jeu d’échos d’un passé à l’autre, Vincent Dumestre et Stéphanie d’Oustrac se sont trouvé une affinité commune, aussi surprenante que fascinante – et ont voulu faire de leur toute première collaboration une aventure musicale et théâtrale unique, intitulée Mon Amant de Saint Jean.

Un récital où l’atmosphère des chansons des Années folles -Fréhel, Colette Renard- insuffle sa douce folie à la musique ancienne- Monteverdi, Marais, Cavalli- où priment l’émotion de la voix seule et la poésie des textes. Le tout uni par cette tonalité intime si chère au Poème Harmonique , tel un maillage guidé par l’émotion, la mezzo -soprano Stéphanie d’Oustrac, icône baroque et divine tragédienne réclamée sur les plus belles scènes internationales , offre ses talents d’interprète pour insuffler une vie nouvelle à ces airs d’autrefois...

 Dans la magnifique église de Froville, le concert débute par un prologue, entrée en matière où violons, viole de gambe, violoncelle,basson et flûtes: "Prélude et passacaille en mi mineur" de Marin Marais, entonnent une musique élégante, raffinée, dansante, à souhait.Et, oh surprise, l'insert d'une voix au loin et d'un accordéon faussent les pistes, brouillent l'ambiance en tuilant les genres: musique renaissante et musique de cabaret vont ainsi flirter tout au long du concert avec malice et subtilité. Un art du "programme" et du spectacle musical cher aux protagonistes de la soirée! Ainsi, une chanson populaire doublée d'un accordéon, fait irruption grâce à la présence incongrue de la cantatrice, toute en noir, chevelure détachée: une chanson sur la jeunesse, puis une autre sur le jardin, la fille du Roi Louis. La chanteuse, tant attendue du public, Stéphanie d'Oustrac, se fait conteuse, diseuse d'aventures, comédienne savoureuse. Avec son "Canzona en Do Majeur" de Johann Vierdank, la chanteuse conte et se raconte: un destin tout tracé de l'audition à succès à la grande scène de l'Opéra Comique, en compagnie de ses amis musiciens...Trame et chaine pour tisser une dramaturgie, un fil rouge d'Ariane à ce programme musical..La Mezzo -soprano se fait ensuite , tragédienne dans le Lamento d'Arianna,"Lasciate mi morire" de Monteverdi.En métamorphose de costume, robe de lune, dorée, perle baroque, extravagance délurée pour un rôle tragique.Elle est habitée, ancrée dans un parlé-chanté d'opéra très nuancé, passionné, clair, limpide texture vocale, diction exemplaire.La souffrance du personnage égaré, en furie, insoumise, implorante, révoltée, possédée tour à tour...Semblable à l'autoportrait de Courbet, perdue, effarée, hallucinée.

Telle un soleil baroque, pendant du Roi Soleil dans "Le ballet royal de la nuit", elle illumine la scène, estrade presque trop étroite pour accueillir la générosité de son jeu dramatique.Large collerette d'or, panache et pli baroque à la Deleuze, ses éclats de voix, la richesse de ses timbres puissants, éclatants médusent, hypnotisent, émeuvent jusqu'aux larmes....

Ou visage de Méduse du Caravage? Du grand art baroque à coup sur! En prière, penchée, le corps engagé, elle excelle dans l'interprétation effrayante victime de l'amour à mort: elle s'effondre, désespérée pour mieux renaitre, sortie de sa chrysalide pour endosser à nouveau le répertoire populaire: métamorphose de papillon qui se transforme en fille de rues en compagnie du piano à bretelles du pauvre! "Une femme n'oublie pas": dans "D'elle à lui" de Paul Marinier,belle et sobre, subtile, elle incarne le souffle, le chant du corps en mouvement, animé par des sentiments vrais et crédibles. Sur l'amour vache et sordide tableau de l'humanité amoureuse....Quelle interprète hors pair que cette "femme qui chante" d'une voix lyrique qui se taille la part belle dans un répertoire qu'elle ravive, nourrit d'un talent unique et rare.La revanche d'une femme blessée dans "Les petits pavés" de Paul Delmet et Maurice Vaucaire est une ode à la femme révolutionnaire, sur sa barricade, corps offert, plexus ouvert et sacrifié, dangereuse. Un vrai pavé dans la marre, vêtue de rouge et noir."Les nuits d'une demoiselle" enchantent avec ces mots du sexe féminin à se tordre de rire, d'humour et de malice. La voici enjôleuse, séductrice, malicieuse, provocante ou naïve! Un rôle à sa mesure qui transfigure cette chanson mythique à censure!Et l'on vole dans les plumes des "Canards tyroliens" chanté avec verve où la chanteuse devient bergère de ses petits canards musiciens retrouvés après une période de déprime et de solitude: auto biographie? Elle retrouve sa flamme et son amour de la musique en partage avec joie et luminosité contagieuse.Des "coin-coins" tyroliens virtuose, des envolées lyriques qui témoignent d'un potentiel vocal incroyable, volume et hauteur, souffle et audaces vocales à l'appui!Et les musiciens au diapason de son talent hors pair.

Ce récital fait une fois de plus honneur à la richesse et la qualité de la programmation du festival de musique sacrée et baroque de Froville" dirigée par la dynamique et audacieuse Laure Baert Duval

Ce sont "Les amants de Saint Jean" en épilogue, nostalgie de la jeunesse infidèle qui closent cette virée romanesque dans l'univers du "baroque populaire" revisité ! 


PROGRAMME : De Monteverdi aux années folles - Monteverdi,  Marais, Cavalli, Renard

Vincent Dumestre – direction

Stéphanie d'Oustrac – mezzo-soprano


jeudi 23 juin 2022

"L'abri" au Festival de Caves: dans des villes invisibles ou un aven bien gardé! Poste frontière ....

 



Un abri, au milieu d’une lande désertique. D’un côté la ville, de l’autre, une région délaissée et interdite.

L’égal vit dans l’abri.
Le double atterrit là, au hasard d’une longue errance. Il a fui hors de la ville.
La rencontre de ces deux figures. Et la zone interdite ? Pourquoi ne pas essayer d’en franchir le seuil et de s’y trouver ensemble ?
Quitte à s’y perdre et disparaître ?

Descendre dans une cave n'est pas anodin...Ambiance fraiche, noirceur de la lumière qui semble se taire, s'éteindre pour laisser place à un monde de rêves, de peur, de fantasmes. Alors on s'y assoit en cercle, autour d'une curieuse silhouette assise face à une mappemonde en porcelaine transparente, lumineuse...Le monde de l'obscurité est à nous...Il prend la parole ce "vagabond" du monde, éclairé par un néon vertical, qui parle de chaos, de poussières d'étoiles, de cosmos qui se déglingue: comme une petite géographie ou  géologie du désastre.Boue et marais, cloaque, pulpes de matières qui façonnent cet univers que ce magicien de la terre semble conserver, recueillir, garder du haut de cette houppelande de plumes et de ses godillots de soldat de science fiction.Une voix off féminine vient troubler son monologue fataliste mais non moins poétique. De ce second néon apparait son double: une femme archaïque mais bien vivante, surgie de la grande ville!Une sirène de bateau se fait entendre, très cinématographique, dessinant un autre espace. Celui de la liberté ou Lorelei envoutante? Face à ce gardien d'un temple de béton à la Denis Pondruel, ou telle une casemate, bunker échouée sur la plage,(celle de JR et Varda dans "villages visages").


Elle est libre et ses propos, son soliloque plein de désir de fuite, d'évasion ne résonne pas encore aux oreilles du veilleur de phare. Rivé à son poste, figé, inamovible travailleur de la nuit dévolu à son destin, sa détermination.Refuge, forteresse contre cette vagabonde échappée de la cité féroce, au seuil de l'inconnu. Elle sème le trouble, le désarroi et se glisse dans les failles, les interstices de cet homme défait. Un face à face débute, confrontation violente, virulente acharnée, vindicative ou simple discours chuchoté à son oreille... Va-t-elle le convaincre de se convertir, de changer de peau, de la troquer contre des atours libertaires? Fracas, fatras du destin pour cet homme dans sa planque, son poste avancé dont il s'est fait responsable . Un roman de chevalerie ou une fraction d'album de BD de science fiction? La pièce, duo, dialogue se construit sur cette écoute singulière, cet échange, ce va et vient de propos sur le vaste monde à découvrir. Sortir de la ville, s'échapper de son poste en l'abandonnant: mais pour quoi, pour qui. Un beau duo quasi amoureux et sensuel comme un acte charnel s'ensuit.Susurré, murmuré.Elle lui parle d'acidité de la pluie, de ce manteau de gouttes pour vêtir sa marche folle d'évasion, de libération.Sans alarme, comme une bête traquée qui fuit.Étonnée, curieuse devant ce cube de béton, antre de cet homme fragile, naïf et serein.Zizanie féminine semée face à l'immobilisme de pensées inamovibles.Ce veilleur sans relève, garde du dérèglement est touchant devant ce doute semé d'évasion.Une autre ville proche, désertée à la Laurent Grasso fait irruption dans leurs évocations de l'étrange, de l'inconnu. 

laurent grasso

Comme Pompéi, médusé par la catastrophe qui détient le souvenir, la mémoire pétrifiée des hommes.Ville close, interdite, abandonnée à saisir. Dans sa gabardine de plumes il songe à la liberté, elle, la vit et veut la partager, en sorcière bienveillante ou maléfique, entrainant dans son sillage et sous son capuchon qui la protège et la dissimule, son désir de passage à autre chose.

Ce beau duo de proximité interdite mais franchie par l'envie de s'apprivoiser, est sobre, mis en scène par Paul Schirck et le texte de Vincent Simon déroule ses hésitations, rêves, fantasmes de quitter le bloc opératoire urbain et mental dont nous sommes victimes consentantes et tributaires. C'est bien une "chambre de danse mentale" avec ses escaliers de béton de Denis Pondruel...

Au delà des clôtures, se dessine leur territoire: encerclé par un néon vert fluo, qui apparait au diapason d'un triangle qui tintinnabule: c'est leur rêve qui se réalise que cet îlot, insulaire dans un estuaire onirique. Frontière dans cet péninsule, cet archipel,cette constellation flottante qui songe à l'évasion, la fuite, la fugue. Très belle image plasticienne que cet enclot éphémère dans l'obscurité de la cave. Deux magiciens, cartomanciens autour d'une boule lumineuse riche de propos invraisemblables oracles de Pythie.  Paysage factice, artefact, lumineux qui invite à l'évasion...Voyage, partage pour s'évader, s'aider en premier de cordée, en rappel, liés, solidaires. La métaphore est bien choisie: guide et conducteur, Saint Christophe se conduit bien! "Donne ton poids, lâche toi, navigue, embrasse, pour mieux se soutenir, s'accompagner dans le risque de vivre". Se supporter aussi. Les consignes sont bonnes mais c'est la mort et la disparition qui l'emporte. Est-on toujours prêt à assumer risques ou remords, compréhension ou complexité de la vie? Le texte de Vincent Simon est limpide autant qu'obscur pour semer le doute et l'envie d'avancer, seul ou ensemble....Les deux comédiens, Bérénice Hagmeyer et René Turquois fort convaincants dans des rôles pas toujours discernables mais bien campés.

L'Abri au festival de Caves à Strasbourg le 22 JUIN

 

 

 

Texte de Simon Vincent – Mise en scène de Paul Schirck – Avec Bérénice Hagmeyer et René Turquois – Musique originale de Simon Pineau – Costumes de Louise Yribarren –

En coproduction avec la Cie l’Armoise Commune

 

mardi 21 juin 2022

"Kamuyot": comme une ère de jeu...Une meute, horde-rock inclassable et "grand public"!

 


Le public a pris place dans les gradins installés en vis-à-vis pour délimiter l’espace d’une scène improvisée au centre d’un gymnase. Il n’y a ni décor, ni rideau, rien du décorum habituel des salles de théâtre. Un coup de sifflet strident retentit et le show commence. Quatorze danseurs survoltés, un peu rebelles, déboulent de tous les côtés, kilts sur collants déchirés pour les filles, pantalons en tartan pour les garçons. L’instant d’avant, certains d’entre eux étaient encore assis incognito au milieu des spectateurs. Figures et styles s’enchaînent avec la même énergie débordante sur des musiques toutes aussi éclectiques – pop japonaise psychédélique, bandes originales de séries, reggae et sonate de Beethoven. Une ode à la jeunesse et une joie partagée entre les artistes et le public.
Ohad Naharin s’est imposé comme l’une des figures incontournables de la danse contemporaine en Israël grâce à son langage chorégraphique et sa méthode d’entraînement intuitive qu’il a baptisés « gaga » en référence aux balbutiements des bébés. Créé en 2003 pour les jeunes danseurs de l’ensemble Batsheva, Kamuyot abolit les barrières entre danseurs et spectateurs pour les intégrer dans une expérience artistique commune.

Rue du Jeu des Enfants....

En kilts et collants de couleurs, filets troués, les filles. En pantalons écossais, polos pour les garçons. Chaussons noirs aux pieds.Une cour de récréation, re-création pour ces danseurs de haute voltige, sacrés virtuoses d'une technique, un style "gaga" très engagé, très assimilé!Un solo dégingandé pour commencer le bal et petits cris pour annoncer la couleur et la saveur animal déchainé Et c'est une petite unisson qui prend le relais. La gamme est résumée: seul et ensemble, par deux, trois, quatre, puis toute la bande s'y colle à ce style entre classique et contorsion contemporaine.Ouverts, en cinquième position, ou rampant. Des robots figés, mécaniques, ou en pause au sol, allongés.Une magnifique reptation, sensuelle, jouissive pour tracer une diagonale sereine parmi trois autres femmes déchainées...Survoltées, sautant en grand jeté, écart,se dandinant aussi à l'envi.Un duo masculin où doigts et langues se croisent, en pause médusée.Sourires et bras en moulin à vent pour une autre interprète...Les spectateurs, placés en gradins, enveloppant l'arène où se déroulent les élucubrations des dix danseurs avides d'espace, de liberté.Départ en pause sportive dans les starting blocks pour mieux s'élancer pour un solo au ralenti ou une escapade, échappée belle du groupe, soudé.Garde à vous pour bataillon bien rangé, dressé sur une musique reggae révolutionnaire.Boxe, contorsions, le vocabulaire dense, fuse, s'épanouit, se décline à foison.Le groupe, la meute semble envelopper les solos qui s'en détachent régulièrement.Les corps se balancent, les regards parcourent l'assemblée, les directions s'affirment.Le public est sollicité pour reproduire une attitude puis repart s'assoir, à côté d'un danseur peut-être lui aussi assis dans le public.Une ronde de gamins se forme pour mieux s'éparpiller et jaillir.Ils piétinent, jacassent des pieds, frappent le sol.Parfois une accalmie fait surface et rompt le rythme effréné de la chorégraphie de cette tribu, tributaire de la solidarité!Un, parmi les hommes se frappe et se manipule dans un jeu de percussions corporelles virtuose. C'est drôle et touchant, Il s’attrape, se claque en autogestion savante comme un "chasse-mouche" bien réglé.Puis c'est au tour de quatre garçons dans le vent de reprendre le plateau, mi acrobates, mi danseurs classiques.Un très bel instant où les danseurs tournent sur le bord de scène, regardant les convives de ce banquet de la joie gestuelle. Une main tendue, un regard aimant, sincère.En marche périphérique distancée.Don de soi, échange de regards.Des tourniquets à l'unisson où les jupettes virevoltent, une "grande asperge" qui cherche son "Marcel" dans cette foule chatoyante et désordonnée, désobéissante!Ils "pompent" en rythme, assis, répétitifs athlètes bien huilés.Pas de compétition pour autant mais une endurance, une dépense physique incroyable pour ces dix "jeunes" danseurs pétris d'énergie et galvanisés par un propos qui leur ressemble: l'urgence de danser!Encore quelques aboiements, hurlements de loups pour cette meute en ébullition qui nous prend dans une empathie délirante!Horde-rock, écoliers buissonniers, lâchés mais bien "dressés", disciplinés joyeux dans leur rigueur non dissimulée.Soudés comme cette pyramide, architecture finale en épilogue de cette narration sur la jeunesse.Bandes de virtuoses insensés, si attachants, si convaincants! Non, il ne faut pas que jeunesse se passe! Alors tout le monde est invité à danser sur l'ère de jeu, l'air de rien, simplement pour le plaisir du bouger!

Kamuyot de Ohad Naharin


En coproduction avec La Filature, Scène nationale de Mulhouse.

En partenariat avec la Salle Europe, Colmar et POLE-SUD, CDCN Strasbourg/CSC de la Meinau.

jusqu'au 22 JUIN


Pièce créée pour Batsheva – The Young Ensemble (2003).
Inspirée par Mamootot et Moshe d’Ohad Naharin.
Entrée au répertoire du Ballet de l’OnR.

 

lundi 20 juin 2022

"Un Platonov" Tchekhov et Serge Lypszyc au Guensthal: un Don Juan de pacotille, un insti-tuteur, insti-gateur...

 


THEATRE FORESTIER ... Des champs à la ville et de la ville aux champs... Sous ce titre générique se dévoile une proposition singulière. Faire naître des oeuvres en pleine forêt vosgienne avec cette année une nouvelle création : Un Platonov d'Anton Tchekhov. Avec pour objectif de redonner du sens au plaisir, au partage artistique et à la convivialité, d’interroger le monde et de placer l'acteur au centre du théâtre.
"On ne joue pas avec les gens, c’est monstrueux ! Ils sont comme vous les gens."
Tchekhov, à jamais notre contemporain.

On ne sait rien. Tchekhov cloue le bec à tous les donneurs de leçon. «Platonov» porte en lui tous les thèmes qui feront de Tchekhov l’immense dramaturge que l’on connaît.

Nous sommes témoins, complices, rats de laboratoire. Tchekhov parle de nous. Pas de héros. Rien que de l’humanité. Un Platonov de « quadras » qui nous questionne sur le monde d’aujourd’hui, la perte de repères, la peur du lendemain, la sacralisation du passé. Jouer Platonov, c’est chercher le creux. C’est questionner le vide, miroir de nos vies. Cela doit être drôle, risible et triste à en crever.

Et c'est toujours un bonheur que de se retrouver "Vallée de la faveur", un havre de paix, de fraicheur sous la canicule ambiante. Toujours accueillis avec le sourire par les "petites mains", fidèles au poste et au projet convivial de cet événement estival: du vrai théâtre de plein air!

Assis, face aux tréteaux, le public se concentre dans cette prairie champêtre et assiste aux ébats abracadabrantesques et "dantesques" de nos quatorze personnages, tous à leur façon, hauts en couleurs, cinglants ou tendres naïfs....Les caractères se dessinent au fur et à mesure du déroulement de l'adaptation de ce "Platonov" de Tchekhov, au gré des apparitions, en couples, trio ou grappes de héros décatis.De beaux monologues facinent et font plonger dans cette saga furibonde qui tourne autour de la célèbre "Anna Petrovna Voinitsev", matrone, madone sensuelle, patiente mais qui se révèle aussi hôtesse autant qu'amoureuse arachnéenne au fil tendu pour ses proies pas si faciles...Isabelle Ruiz en femme fatale pertinente égérie du "sexe faible", forte et solide comme un roc!Les femmes dans cet ode au masculin, s'en sortent à coup de gueule, de tension, d'amour aussi: Emma Massaux en Maria révoltée, Pauline Leurent en Sofia, objet ravissant de son mari épris à la folie de sa beauté radicale, Alexandra, Sophie Thomann,épouse de Platonov, crédule, soumise, serviable et naïve proie de son époux infidèle.....Les hommes, tous rivaux ou objets de désir, de désarroi sont une panoplie délicieuse de genres, du grotesque père , colonel en retraite joué par Francis Freyburger admirable comique qui ne s'ignore pas, à la gouaille de circonstance, la bonhomie requise pour apaiser les conflits de coeur.....au jeune médecin, Jerôme Lang,ivre de son métier qui le trahit, le fourvoie dans ce labyrinthe de sentiments et de circonstances à devenir fou, à vendre son âme au diable, à perdre pieds...

Et Platonov, ce fourbe et attachant personnage central, pétri de contradictions, de heurts, sans port d'attache, veule mari perfide ou fabuleux conteur de mensonges: on est en empathie avec Yann Siptrott, constamment sur la brèche, Don Juan pas encore usé par le labeur de la séduction abusive et harcelante...Un "numéro" d'acteur qui lui sied à merveille, habité, manipulateur, affabulateur ou marionnette abusée par le sort...Quel morceau de bravoure que ce "Platonov" enivrant comme ce beau soir d'été où tombent fraicheur et poésie sur le public nombreux, fasciné par ce récit si épidermique, mis en scène avec brio et simplicité par Serge Lipszyc, fan de Tchekhov, (Ivanov, Un Platonov, Trois soeurs, Oncle Vania, avec Robin Renucci) d'ambiances et d'espaces bucoliques où rien n'échappe à la cruauté du destin. Lui même assassin raté, Ossip, voleur de chevaux (que l'on entend d'ailleurs hennir tout près de nous). Un poème "paysan" que cette pièce magique, à l'image des hôtes du Lieu, les sculpteurs-plasticiens Siptrott... Un "endroit" propice à l'imagination, ce Guensthal fabuleux: même des moutons y font une apparition rituelle inopinée comme par magie: métaphore de Platonov que ces animaux faisant partie du hasard de la temporalité?A l'entracte, on déguste une soupe de chez Anthon, à l'accueil du bon vin blanc et l'esprit du théâtre de plein air prend le dessus pour une expérience unique de spectateur engagé dans ce parcours atypique de théâtre de proximité. Tchekhov, toujours vivant!!!!Et incarné par une troupe, délicieuse formation de comédiens tous uniques, tous soudés par le plaisir de partager les affres d'une saga complexe! 

Les 25/26 Juin et 2 et 3 JUILLET au Guensthal: Windstein à 18H


dimanche 12 juin 2022

"But What About the Noise" ... and the silence ! La crepsydre du temps...filtre l'espace muséal.

 


But What About the Noise …
, John Cage et Ryoji Ikeda – concert impromptu au coeur de la collection – Musée d’Art Moderne et Contemporain de Strasbourg – dimanche 12 juin à partir de 15h

Créée en 1985 par John Cage, cette pièce était un hommage à Hans Arp et plus particulièrement à sa série « Papiers Froissés ». Réécrite en 2021 en coproduction avec le festival Musica, Ryoji Ikeda pose un nouveau regard sur la pièce du père de l’expérimentation musicale. Il choisit de remplacer les éléments initialement utilisés par l’emploi d’instruments issus de la culture japonaise. La simplicité et la réduction des matériaux, associées à de subtiles variations, révèlent la structure compositionnelle de la pièce. Le dépouillement des sonorités constituées de bruits blancs ou de délicates frictions du bois met en exergue la place toute particulière accordée au silence dans l’oeuvre de John Cage, ainsi qu’à l’environnement naturel. Ce concert est donc l’occasion de célébrer le compositeur et le peintre au sein du nouvel accrochage « La part du temps » dans la nef du musée.

photo herrade bresch

La nef nous offre d’emblée son espace sidéral, architecture de verre et de tension, fragile construction ou composition musicale, transparente autant que solide. L'idée d'y croiser "au hasard" un musicien n'est pas surprenante et dans la déambulation au rez de chaussée, on entend déjà, au loin, résonner de petites taches, comme des touches colorées de percussions comme un xylophone. C'est le bois qui résonne, qui percute: deux baguettes, des claves sont animées par de singuliers personnages plein de solitude qui errent dans la nef, sur la passerelle en hauteur. Silencieux passeurs de son, discrets porteurs d'un relais sonore, anonymes, quasi transparents, invisibles.Et pourtant, on en croise une dizaine, homme, femme en tenue banalisée, baskets, pantalons de couleur. Chacun semble concentré, ou pas sur ces deux baguettes de bois, claquées, glissées, émettant des sons chaleureux, disparates au fil du temps.Leur succession n'est pas hasardeuse, ils se répondent, s'écoutent, s'assemblent parfois ou s'isolent dans un recoin du musée.C'est comme des gouttes d'eau qui tombent sans logique, des sons irréguliers qui s'égouttent peu à peu et font songer à une clepsydre, hydre d'eau douce,filtrant le temps, passant son temps à le conter....Ou alambic, songeur de l'élixir des sons...On songe au "Jardin mouillé" de Albert Roussel..."Le jardin chuchote et tressaille, furtif et confidentiel,l 'averse semble, maille à maille tisser la terre avec le ciel. Il pleut et les yeux clos j'écoute de toute sa pluie à la fois le jardin mouillé qui s'égoutte dans l'ombre que j'ai faite en moi"

Les interprètes sont aussi présents le long de la cursive, chemin de musique, portée symbolique de la composition de Cage adaptée par Ikeda...Parfois, tout s'affole un tout petit laps de temps et rentre dans l'ordre. Le rythme s'écoule simplement, naturellement et l'environnement sonore devient familier: on se l'approprie, il nous touche, nous berce. C'est touchant, intimiste, intrusif dans notre parcours privé des expositions ou collection: en résonance, en complicité: l'une allongée sur un banc, reposoir près d'un paysage marin, les bras tendus vers le ciel, frottant ses deux claves,l'autre observant les bocaux de Belzère et soudain se rappelant à l'ordre en frappant ses bois!Comme les balades impromptues d'Odile Duboc dans le champ de la rue, l'espace urbain avec ses "fernands", danseurs anonymes performant parmi la foule...On pourrait les ignorer, les éviter, les contourner ou les observer à loisir!

Quelles singulières rencontres dans un drôle d'endroit "fait pour ça": un musée pour surprendre, animer, jouer avec le "passant" soudain à l'écoute de compositions autant picturales que musicales...Kupka ou "Le salon de musique" de Kandinsky, tout d'actualité!Les percussions de Strasbourg honorant de leur initiative, compositeurs et interprètes au firmament...dans cette cosmogonie chaotique salvatrice!

Musée d’Art Moderne et Contemporain – Au sein de l’exposition

samedi 11 juin 2022

"Persephassa": l'expérience sonore au coeur du dispositif musical....Déambulation mentale et sonore inédite signée Xénakis

 


Place du Château
- Le 10 JUIN 21H30
67000 Strasbourg

Le cadre exceptionnel de la place du Château, au pied de la Cathédrale fut un hommage spectaculaire à cette pièce, créée en 1969 par les Percussions de Strasbourg dans les ruines de Persepolis en Iran. 53 ans plus tard, Persephassa demeure un sommet de l’histoire de la musique pour percussion, mar- quée par un dynamisme imprécatoire toujours aussi fascinant aujourd’hui.

Pensée pour être jouée en plein air avec une libre circulation du public, le principe de Persephassa est de mettre l’auditeur « chef d’orchestre » au centre, entouré des six postes de percussion.Pour une expérience auditive inédite !

La cathédrale gronde, se pare des soins qui surgissent de part et d'autre de la place du Chateau: le public, encerclé par six estrades d'où bruissent, éclaboussent, rugissent des sons impressionnants, timbres et résonances diaboliques. L"acoustique est parfaite, en dehors des sentiers battus. L'air s'emplit de sons, gonfle, éclate et la musique de Xénakis s'éparpille, se fragmente et fait la ronde d'un point d'ancrage à un autre. Aux commandes, des être bizarres, vêtus de blanc, pour l'une, cheveux de couleurs, pour l'autre houppelande de spectre zombie.. C'est beau et impressionnant: les chimères et autres vierges folles et sagesse, statuaire de Notre Dame s'effrayent ou semblent à l'aise dans ce tsunami de bruits et de fureur qui hante la place. Au loin, la lune et un ciel clair de crépuscule du soir...Sonnent les dix coups de la cathédrale...Et l'ambiance se fait plus douce; tintinnabules de percussions légères pour remplacer les grosses caisses et plaques métalliques...Des sifflets se mettent à inonder l'atmosphère, vindictes et autorité de la dramaturgie musicale. L'ambiance est médusante et le poil se hérisse sur vos bras, tant les émotions et résonances sont fortes. Le public, attentif, recueilli semble hypnotisé à la vue de ces six interprètes, magiciens de ce sabbat chamanique, sorcellerie magnétique qui se propage dans l'éther...Images de magie, de rituel, de partage et cum-panis, en bonne compagnie sonore.Les volumes et amplitudes du son réverbéré sont de toute beauté et les musiciens, ancrés, genoux fléchis portent rythmes et tempo du bout du regard qui les fédère, comme chefferie d'orchestre sacrilège. Notre Dame n'en revient pas qui souhaite ne plus jamais s'endormir sans les caresses tectoniques et dynamitées de cette oeuvre mythique qui prend vie, sens et direction divine pour cet anniversaire fêté à grand bruit et renfort d'imagination, de passion, de virtuosité inouïe! Chaque artiste habité, à l'affut des pétarades, salves, éclats de sons qui comme un feu d'artifice laisse pantois, dépourvu et enchanté, séduit et ravi par tant d'audace musicale, de pertinence et de surprise aux six coins de la place, cernée par cet incendie flamboyant de créativité: la cathédrale frémit et tremble et nous quittons les lieux, plaque tournante d'un rêve halluciné digne d'un Matthias Grunewald aux prises avec quelques substances planantes....Les Percussions de Strasbourg au mieux de leur forme dans cette configuration exceptionnelle de "plein air" qui leur sied à merveille pour échanger et partager leur passion des mouvements tectoniques de cette géologie volcanique, éruptive de sons inédits Une cartographie scientifique et poétique de la musique "savante" si accessible!

vendredi 10 juin 2022

Festival des Percussions de Strasbourg": "Percustra" et "Pléiades": Xénakis en passation fructueuse!


 
© Michel Grasso

Percustra et Pléiades au Théâtre de Hautepierre – jeudi 9 juin, 18h & 20h

Percustra est un projet mis en place et inventé par les fondateurs des Percussions de Strasbourg. À l’origine pensé comme une méthode d’écriture affranchie des schémas académiques de la musique, Percustra existe aujourd’hui sous la forme d’ateliers destinés à développer le potentiel créatif de chacun en imaginant une pièce qui est donnée dans des conditions professionnelles en fin d’année. Menés et encadrés par les musiciens de l’ensemble, les ateliers Percustra sont une approche active et collective de la musique pour petits et grands.

Cette année, la thématique qui a lié les six ateliers était Pléiades de Iannis Xenakis, pièce fondamentale du répertoire des Percussions de Strasbourg. Aujourd’hui, il est important de mettre en lumière le travail qu’ont mené les participants tout en leur offrant l’opportunité de confronter leur interprétation à celle des musiciens des Percussions de Strasbourg. La soirée est divisée en deux temps forts : le premier:

Concert de 18H

En "inauguration" un concert atypique en deux temps (et trois mouvements)..

La tectonique d'une astronomie inouïe... 

L'école Percustra et les élèves du collège Erasme et les bambins de l'Ecole Brigitte, se déchainent sur des morceaux inspirés des "Pléiades" de Xénakis. Il faut voir et entendre sous la direction de Hyoungkwon Gil, tonique animateur et "chef d'orchestre"ces jeunes pousses de la percussion exécuter avec brio et attention, beaucoup de concentration aussi ainsi que d'attention, une partition à leur mesure: celles d'un réel apprentissage jouissif et respectueux des niveaux et des compétences. Pédagogie qui excelle dans le sens des possibles et des capacités pour placer chacun là où il peut être.Les "petits" sont à croquer, sobres, attentifs et appliqués, dans le rythme, le tempo et les différences de tonalité, de volume, d'amplitude. Sous la houlette bienveillante de leur coach, habile et précis, souriant, encourageant, présent pour accompagner, soutenir et guider ce flot de sons, de timbres et la manipulation des baguettes sur les xylophones, cymbalum, grosses caisses et autres curiosités percussives...Un réel plaisir que d'être en empathie avec ces jeunes talents plein d'enthousiasme et de sensibilité!

Au tour des collégiens de se déchainer sur des rythmes foudroyants, des volumes étonnants de chaleur, de matière sonore ahurissante. Joyeuse cacophonie très structurée qui fait appel à la vigilance, la précision et la maitrise de l'écoute collective: pas de chef mais une collégiale d'interprètes qui à l'affut, se coordonne, intervient, se lance en tuilage ou dans la bataille avec verve et rage! Beau travail de passation de l'esprit d'une œuvre qui inspire ces jeunes musiciens en herbe.. 

Au tour des participants du "groupe tout public", mêlant parents et enfants dans une joyeuse ronde musicale sur des tambours, improvisations et reprises d'expérience de jeu ludique autour de l'esprit Xénakis. C'est beau, simple et entrainant, ça donne envie de s'y joindre pour ces rendez-vous " de partage et de découverte musicale généreuse et participative...


Les "Pléiades" dans toute leur beauté surgissent de l'espace, incarnées par les six musiciens des Percussions de Strasbourg. Moment grandiose que "Mélanges" où l'on découvre ou redécouvre l'ampleur des sons, des timbres, le cercle chamanique musical où chacun se déplace, saute, court d'une place à l'autre, danseurs habiles, en mouvement, toujours, en feu d'artifice, salves et autres projectiles sonore.... C'est comme une course poursuite implacable, infernale qui booste et galvanise les interprètes au fur et à mesure que la tension monte. Le cercle se rétrécit pour "Claviers" qui résonne , plus dense, resserré, subtile tectonique des sons qui vont de l'avant, progressent dans l'amplitude ou se fondent dans la minutie  des évocations de matériaux, métaux, sons aigus et cassants...Vibraphones et marimbas au service de sons résonnants comme des carillons, des cloches ou des repères quotidiens de vie rythmée par des sonorités habituelles, familières. Cosmos et étoiles filantes, espace sonore au poing et à la baguette pour ce conte, cette narration cosmique au fil des timbres multiples, amplifiés ou ténus comme des ouvertures vers des ambiances fortes, solides.

Un concert mêlant fantaisie et rigueur, génération et échanges pour faire vivre la musique dans toute sa simplicité, sa complexité: un vrai "métier" à tisser des sons dans une fabrique du bonheur....De vraies aurores boréales.....

Au Théâtre de Hautepierre le jeudi 9 JUIN 18H....

jeudi 9 juin 2022

"Nijinski", l'ange brûlé ! la BD !

 


En sept années fulgurantes, Vaslav Nijinski est devenu un mythe. Il est à la danse ce que Picasso est à la peinture : il a ouvert les portes de l'art contemporain, brisé les règles esthétiques dans un élan de génie créatif, et provoqué par cet acte délibéré un changement irréversible.
Dominique Osuch revient sur la vie de ce danseur étoile et chorégraphe russe d'origine polonaise, « proto punk » qui dans les années 1910 a attiré les personnalités artistiques les plus en vue, inspiré jusqu'à Charlie Chaplin avant de sombrer dans la folie.

19 janvier 1919, Vaslav Nijinski se meurt. Ses souvenirs viennent le hanter... Il se souvient de son enfance, de son frère handicapé Stanislas, de son père danseur qui les a abandonnés tout petits, de sa mère danseuse qui a sacrifié son art pour élever ses trois enfants. Il se souvient de ses camarades à l'Académie de Danse Impériale... et des folles nuits de Saint-Pétersbourg, de ses amours tumultueuses avec le prince Lvov, avec Diaghilev. Il se souvient de la première tournée parisienne des Ballets russes, de L'Après-midi d'un faune, sa première composition chorégraphique, de ses rencontres avec Jean Cocteau, Marcel Proust et Auguste Rodin, tous trois amoureux à leur manière de sa grâce, de sa face d'ange, de son corps d'athlète. Il se souvient de son mariage en Argentine avec la hongroise Romola de Pulszky, de la répudiation de son mentor Diaghilev, de Till l'Espiègle, sa dernière composition pendant la « Grande Guerre », et de Charlie Chaplin venu l'applaudir à Los Angeles.
Il ne dansera plus jamais. Ce soir, Nijinski est entré en fusion avec Dieu, qui lui a brûlé les ailes.

"Superstructure": résurgence de génération et saga-cité...

 


Avec Superstructure, Sonia Chiambretto propose le récit choral d’une jeunesse algéroise, dont la vitalité se heurte au climat de peur de la « décennie noire » (1991–2002). Elle donne la parole à des personnages qu’elle situe dans un Alger imaginaire, reconfiguré par Le Corbusier, tout en explorant le moment essentiel de la guerre d’indépendance et de libération entre 1954 et 1962. Aussi projette-t-elle avec audace ses personnages dans le futur. Hubert Colas met en scène cette parole poétique, brute, vivante et fragmentaire − comme des couches de mémoire restituant ces moments historiques − qui nous rappelle les tragédies politiques d’un peuple toujours en souffrance, mais porteur d’un désir d’avenir. 

Comme une sirène, une naïade sortie des ondes, une femme surgit des eaux de la mer, projetée depuis notre entrée dans le théâtre sur fond et sol miroitant...Traversée de la mer, retour au port d'attache....Les eaux dormantes du port d'Alger vont se réveiller doucement dans un long traveling qui balayera le fond de scène jusqu'à révéler maisons agrippées à la côte, et tout un panorama circulaire ambiant. Les comédiens installent peu à peu des bribes d'ossature, de squelette ,morceaux d'architecture à construire, comme un puzzle de bois aux formes à la Richard Deacon...Ce sera ce serpent de mer, cette hydre qui viendra comme un secret révéler le projet utopique d'un certain Le Corbusier pour la cité d'Alger Palimpseste de la mémoire, objet exhumé comme un sujet archéologique du futur, la pièce va bon train, les mots sortent des bouches qui délivrent récites, témoignages et envies de délivrer des propos tenus secrets: parce que inaudibles, féroces, indescriptibles paroles sur des faits de guerre larvée...Jamais fossilisée ni embaumée dans du formol comme Une maquette de ville idéale se construit sous les projecteurs, labyrinthe géométrique,  projet à demi réalisé pour la ville qui s'invente.Un dance-floor pour cette jeunesse qui conte des faits qu'elle n'a pas vécue mais qui sont imprimés dans la chair, la mémoire...Un chant d'Aznavour repris en mélodie chorale installe cette nostalgie fantôme parmi ce petit groupé soudé, solidaire et porteur de mémoire "muséale".Conservatoire du vécu, de la pensée qui ne semble pas avancer sous le joug du poids du silence, du non-dit...Et pourtant le texte éclaire, souligne: un témoignage vidéo troublant sur les soldats et occupants qui s'installent dans le jardin d'Eden d'un homme, dévorant les fruits de son labeur, alors qu'il ne peut y avoir accès...Seconde partie: le maquis, l'aire de camouflage des résistants, sorte d'hommes sauvages, de troncs d'arbre moussus: des images à la Charles Freger, hommes qui chantent en chorale et scandent l'Algérie "française" aux oubliettes ou resurgie...Cette jungle habitée par des combattants aux discours édifiants se mute en drapeau algérien, au sol, en vert-rouge, étoile et demie-lune en figure de proue...Et c'est Miriam Makeba qui clôt le chapitre, laissant avec ses rythmes enjoués, cette tribu, population jeune et pleine de vie et de mouvements.Sonia Chiambretto pour le texte sans concession, poétique pourtant et sans mascarade de mots signe ici un manifeste courageux et sensible dans une mise en scène spatio-temporelle de Hubert Colas,nourrie d'architecture et de lumière, de bruits et de sons réunissant une atmosphère nourrie de textures sonores signifiantes Alger.Cité de la transformation autant que des vestiges d'un passé douloureux mais vivant! Les comédiens servant cette jeunesse avec humanité, sobriété, respect et empathie certaine...

Sonia Chiambretto est écrivaine, performeuse, et publie dans des revues de poésie comme IF, Nioques et Grumeaux. Ses textes, mis en scène par des metteur·e·s en scène ou chorégraphes, sont publiés chez L’Arche Éditeur, Actes Sud-Papiers et les éditions NOUS. Ils sont traduits, lus ou représentés à l’étranger. Elle enseigne à l’université d’Aix-Marseille et à l’école du Théâtre du Nord. Avec Yoann Thommerel, elle fonde en 2016 le Groupe d’Information sur les Ghettos (GIG), créateur notamment du questionnaire dramatico-futuriste, TNS 2068 !, pour les 50 ans du TNS.

Au TNS jusqu'au 15 JUIN

mercredi 8 juin 2022

"Ils nous ont oubliés": le fou et l'infirme !

 


Il y a cinq ans, Konrad vivait en reclus avec sa femme paralytique dans une usine à chaux abandonnée. Il avait pour ambition d’écrire un grand traité sur l’ouïe. Une relation réciproque de maître et d’esclave a rythmé leur vie commune jusqu’au meurtre de la femme et l’arrestation de Konrad. Séverine Chavrier adapte pour la scène ce roman terrifiant de Thomas Bernhard, La Plâtrière. Pénétrer l’intimité d’un couple, où règnent repli sur soi, maltraitance, paranoïa, rêve effrité et espoir vain d’une œuvre idéale à créer, sera l’enjeu principal d’un projet théâtral qui s’annonce, selon les mots de la metteure en scène, comme une forme humoristique d’« outrage au public » : exposer l’effondrement permanent d’une oeuvre qui ne parvient pas à venir, au profit du réel le plus cru et quotidien.

Le plateau s'emplit d'ombres chinoises, images projetées sur un écran frontal, opaque frontière entre rêve et réalité, filtre d'une horreur avouée que l'on va côtoyer quatre heures durant sans "relâche" mais avec deux "entractes" ! Une voix off raconte les faits: le meurtre, les circonstances, le paysage de cet acte immonde, alors que les cimes des sapins de "Noël" se dressent en images projetées, ambiance glaciale, neige foulée au sol: on y est au cœur du drame..Le récit s'anime à l'apparition de personnages, tous identiques, crâne rasé, nez protubérants comme des monstres ou chimères, animaux hybrides terrifiants Univers glauque, troublant, voilé. Le cynisme de la situation, les paroles et mots qui y sont associés sont crus, nus, sordide description des faits et les deux personnages principaux se profilent, lui, réel et odieux tyran manipulateur, elle, image virtuelle projetée, muette ou loquace: on dirait l'ombre de Marguerite Duras, grosses lunettes et visage maussade, lui, tel Vincent Macaigne plein d'ironie, de recul, de détachement odieux. C'est Laurent Papot qui s'y colle, diable excentrique bondissant sur les degrés et niveaux d'un dispositif scénique hallucinant, renforcé par une iconographie vidéo mouvante, filmée en direct...Elle, c'est Marijke Pinoy, réelle mégère docile, sur fauteuil roulant, qui subit, encaisse son sort et attend la sentence de ce meurtre dont l'idée plane, dénouement annoncé dans ce long flash back édifiant des mobiles apparents du meurtrier, compagnon et complice de vie!

Quel carnage visuel, quelle inventivité visionnaire que ce décor d'enfer, fracassé, déglingué comme le mental de chacun, friche abandonnée d'une "plâtrière" où les morceaux ne se recollent pas, tarlatane d'un costume de mort, spectre d'une vie laborieuse passée, révolue mais qui hante l'atmosphère pourrie, polluée des espaces tectoniques utilisés: cave, couloir, plateau, échafaudage, tout branlant, chantier à vif dont on démolit murs, fenêtre et espaces de sortie d'urgence, de secours.Il n'y a plus d'entrée des artistes, des employés, esclaves d'antan dont les fantômes s'incarnent en ces quatre personnages, veilleurs au crâne rasé, pantins malfaisants, marionnettes implacables manipulées par le verbe, les mots de l'auteur.Une scène culte: la description d'un repas de fête où le délire des mets et produits provoque hauts le cœur et désillusion: le tout sur fond de musique live, percussions et autres bruitages sonorisés qui contribuent à profiler un climat dérangeant à souhait: le malaise envahit le plateau, animé par des intentions sinistres et le joyaux théâtral multimédia fonctionne à plein pour un cauchemar éveillé dont on ne voudrait se défaire: les pieds entravés par les obstacles autant que par les atrocités domestiques d'un vie carcérale en huis clos qui étouffe, pétrifie, méduse et terrorise!Séverine Chavrier en démiurge d'un naufrage annoncé, Florian Satche en homme orchestre délirant, et les oiseaux, pigeons et tourterelles, corbeau maléfique pour en rajouter: oiseaux de bonne et mauvaise augure dans ce tunnel sans fin Vidéo au poing, Quentin Vigier, as des poursuites, filatures en direct de ces corps condamnés à la malveillance, la maltraitance et peut-être une rémission de leurs péchés capiteux et extravagants. L'excès, la virulence, l'horreur n'ont pas de limite mais se dégustent sans modération au fil des heures qui sonnent le glas!Et Camille Voglaire en assistante de vie, profiteuse et maléfique bienfaitrice dans cet univers où l'on ne recollera pas les plâtres, ni ne les essuiera mais on y mettra les pieds de plain-pied en adhérant totalement à cette chasse à la glu: texte et figures de proue au poing!

Thomas Bernhard, romancier et dramaturge autrichien (1931-1989), a construit une œuvre littéraire majeure, aussi hypnotique que scandaleuse (Extinction, Place des héros). Sévérine Chavrier dirige le Centre dramatique national d’Orléans / Centre Val de Loire depuis 2017. Le public du TNS a pu voir Les Palmiers sauvages en 2019 et, en partenariat avec le Festival Musica, Aria da capo en 2020.

Au TNS jusqu'au 11 JUIN

jeudi 2 juin 2022

West side story: à l'Ouest du nouveau, socialement "incorrect"!

 



Guerre des gangs dans les rues de New York. De fiers descendants d’immigrés européens, les Jets menés par Riff, contrôlent le quartier de l’Upper West Side à Manhattan. Mais leur règne est menacé par Bernardo et ses Sharks, jeunes Portoricains récemment débarqués dans une ville où le rêve américain se confronte à la réalité du racisme et de la précarité. Lassé de ces rixes, Tony, le meilleur ami de Riff, aspire à une vie meilleure. Il rencontre lors d’un bal Maria, la soeur de Bernardo. Oubliant la violence du monde qui les entoure, les deux jeunes gens s’avouent leur amour naissant. Mais comme Roméo et Juliette avant eux, ils ne peuvent se soustraire à la haine qui consume leurs communautés respectives.
C’est Broadway en Alsace ! Soixante-cinq ans après sa création, West Side Story n’a rien perdu de son actualité. Le metteur en scène Barrie Kosky et le chorégraphe Otto Pichler revisitent ce chef-d’oeuvre de la comédie musicale dans un spectacle tout en ombres et lumières, célébrant le choc des corps. Cette fascinante production est présentée pour la première fois en dehors du Komische Oper de Berlin avec plus de soixante interprètes sur scène, dont les danseurs du Ballet de l’OnR au grand complet.

 Surtout effacer momentanément de votre mémoire le film de Robert Wise et Jerome Robbins...Et se souvenir qu'au départ West Side Story est une comédie musicale !Alors on aborde ce chef d'oeuvre de façon objective, en mode spectaculaire et les différences de ton, de rythme se gomment au profit d'une vision neuve et savoureuse.Les costumes sont noirs, sombres et sans référence ethnique, les décors demeurent ceux d'un environnement citadin: escaliers, échafaudages ou vacuité du plateau. La scène tournante y sera ce "plus" qui provoque des mouvements au ralenti, des suspensions intemporelles...Et tournent l'intrigue, l'euphorie et le dynamisme d'une mise en scène "cabaret" parfois proche vision style "crazy horse" où brillent Anita et Maria accompagnées d'un choeur de danseuses excitées, mordantes, sensuelles et enjouées. Car l'aspect social de la pièce, son langage trivial et grossier peu châtié est prépondérant.Les morceaux de bravoure "Maria" "To night" et autre must, sont resplendissants, touchants: Tony-Mike Schwitter- est sensible, fin, épris d'amour et de rêve, perché sur son échelle, il navigue au nirvana. Maria-Madison Nonoa- brille par sa pudeur, son innocence, sa bravoure et la joie de ses jeunes années et sa voix chaude et sensuelle.Un casting où Riff est danseur-chanteur hors pair, malin, fébrile et passionné; c'est Bart Aerst qui s'y colle avec charme et volupté.Quant à Anita -Amber Kennedy- elle nous guide dans cet univers trivial, très sexy et alerte, le corps et la chevelure luxuriante, investis et habités par une fougue et un talent réel pour la comédie musicale effrontée et pleine de rebonds.Survoltage, partie de volley, espace de gym tonic, tout concourt à une dynamique formidable pour cette "jet's set" inversée où la fragilité devient combat, batailles rangées, affrontements, duel et autres codes sociaux Des étoiles aux cieux, des globes luminescents pour un univers aussi de rêves et d'amours inaccessibles..."Un endroit pour nous" pour eux, ces artistes protéiformes qui embrassent chant et danse avec fougue, galvanisés par une musique qui nous est chère et connue, fort bien réinventée par l'orchestre et son chef en plein dans le mille du drame ou de la fantaisie brodwayenne!Car l'aspect "social" est fort décrit et porté dans cette version où l'on découvre la portée sociologique de l'oeuvre...

Une réussite totale où la chorégraphie sait prendre le pas sur ce drame où les corps se jettent dans la bataille, dévorent l'espace à l'unisson, où le style "jazz" l'emporte sur le "contemporain" de Robbins...Toute ressemblance est à bannir, à chasser pour déguster cette version unique et sensible, forte, portée par des artistes "complets",galvanisés, engagés, survoltés ou simplement épris de leur personnage à n'en point douter: le public ne s'y trompe pas qui fait ovation et trembler l'atmosphère de passion et délices!


Direction musicale David Charles Abell Mise en scène Barrie Kosky, Otto Pichler Responsable de la reprise (mise en scène) Tamara Heimbrock Chorégraphie Otto Pichler Responsable de la reprise (chorégraphie) Silvano Marraffa Concept des décors Barrie Kosky Costumier Thibaut Welchlin Lumières Franck Evin Chef de chœur Luciano Bibiloni CCN • Ballet de l'Opéra national du Rhin, Orchestre symphonique de Mulhouse, Chœur de West Side Story

Les Artistes

Maria Madison Nonoa Tony Mike Schwitter Anita Amber Kennedy Riff Bart Aerts Bernardo Kit Esuruoso Chino Marin Delavaud Action Thomas Bernier A-Rab Maxime Pannetrat Baby John Léo Gabriel Big Deal Zoltan Zmarzlik Snowboy Antoine Beauraing Diesel Shane Dickson Anybodys Laura Buhagiar Graziella Emmanuelle Guélin Pepe Jesse Lyon Velma Ana Karina Enriquez Gonzalez Rosalia Valentina Del Regno Consuelo Sofia Naït Francisca Alice Pernão Anxious Pierre Doncq Indio Pierre-Émile Lemieux-Venne Nibbles Hénoc Waysenson Luis Marwik Schmitt Estella Brett Fukuda Teresita Deia Cabalé Margarita Noemi Coin

A l 'Opéra du Rhin jusqu'au 10 JUIN