vendredi 30 octobre 2020

"Hotel Danceroom" : des performances bien chambrées ! Et avec vue ! Gare au Graffalgar! Osmosis en chambre claire.

 


Vendredi 30 & Samedi 31 octobre 2020 : 12 performances inédites !
Hôtel Graffalgar Strasbourg
"Essayer de rêver ensemble avec une nouvelle relation au public en ces temps troublés.
Une Ville Strasbourg, un quartier Gare et son Hôtel : Le Graffalgar,
4 étages, 4 chambres, 4 danseuses/rs de passage, "
Julie Barthélémy
, #AbdoulayeKonate,
Didier Pozza
...
"Ils investissent les chambres, dorment sur place et y créent un univers, un spectacle chorégraphique.
Vous êtes invités à venir les voir, les ressentir, les rencontrer… de 16h à 21h"...
 
Voilà pour le projet initial de la compagnie de Ali Salmi, en cavale à Strasbourg!
Mais vint le confinement, alors plus de "corps", visiteur, spectateur étranger dans les chambres de l’hôtel: du direct via le net !
Question de "distance" on ne peut faire mieux et l'on se prête au jeu !
 

En robe de "chambre".
Une femme en robe de chambre brune joue avec l'embrasure de la fenêtre : elle nait littéralement de cette matrice pour accéder à la couche qui l'attend, largement ouverte: son corps y est attiré, absorbé, aspiré comme aimanté par un flux étrange. Elle se fraye son espace et dévoile sensualité, érotisme délicat et discret pour épouser ce "décor" incongru: presque confinée dans un espace délimité dont elle sait élargir les frontières, pousser les murs et être irrésistiblement attirée par l'éther qui la pousse et repousse à loisir. Cheveux épars, défaits, chaussure à hauts talons brillants, toute en noir, elle ne parvient au calme et disparait dans la salle de bain pour en jeter des vêtements qui l'encombrent, l'empêchent, la contrarient. Belle gestuelle fluide et fondante qui se cogne, se heurte, refoule ses envies ou tend les bras à ses désirs De fuite, de mort, de délivrance ou d'évasion...Musique de Charlie Chaplin pour "Limelight", de film de Godard, voix suave de Fanny Ardant.
 

 L'atmosphère est glamour et L’hôtel Graffalgar magnifié par ces visites incongrues de femme ou d'homme de "passage". Des voix susurrées pour une très belle séquence érotique, en solitaire, ampoule de lampe allumée lui balayant le corps...L’errance est de mise.Son ombre traverse l'espace, surdimensionnée.Un oreiller pour objet de désir ou de refoulement, jeté à la face des murs.Cambrée, offerte et dévolue à une danse possessive et habitée.Une "chambre à soi" qui serait celle du "Spectre de la Rose" où tel Nijinsky, Julie Barthélémy saute dans le vide pour de vrai ou de faux. L'essentiel restant la part de rêve que laisse au "regardeur" isolé cette manifestation virtuelle d'un corps en émoi, à l'étroit mais "largement" expressif et prégnant. Au final son visage réapparait dans l'interstice de la porte, à peine close, à peine éclose.Fin du film. En apothéose narrative grandiloquente et nostalgique.... Vêtements épars, désordre de la consommation d'une nuit, d'un jour, d'un court séjour en chambre.


Autre "visite guidée" par Abdoulayé Konaté
Secrets d'alcôve. Dormir debout.
Autre version d'une possession des lieux: chambre douillette, éclairée comme un tableau aux tons pastels. De l'intime, de la solitude partagée avec celui qui semble apprivoiser le lieu, le lit jusqu'à s'en emparer, tel un spectre glissé sous sa couverture, suaire, ou image fantomatique d'un être caché, dissimulé au regard. C'est beau et émouvant, juste dansé sobrement avec des intonations d'énergie qui évoluent sur des musiques glamour, en décalage de cette sobriété .Approche distancée du lit, puis possession de cet espace offert, tendu qui se prête à des évolutions teintées d'ombre qui joue au chat et à la souris avec notre homme, habitant des lieux. En tenue quasi estivale, chemisier fleuri et jean clair...Solitude, perte ou abandon sur "Ne me quitte pas". Émotion et partage d'une destinée isolée. Dans de beaux draps et sur fond de "tram train quotidien" inscrit sur le mur. Musique de film pour épilogue "Main title" de Max Steiner:  "tragédie" parfois burlesque et charmante..et on refait son lit pour vivre d'autres rêves....Alors qu'un pinceau trace et signe une calligraphie colorée en direct sur une paroi transparente...Beau travail plastique, beau rendu de cette sensualité bigarrée, joyeuse et partagée à distance!  
 

 
 
Chambre d'hôte
Une expérience qui atteste de l’intérêt des danseurs et chorégraphes pour les espaces restreints: on se souvient de Marie Caroline Hominal à l’Hôtel Picard avec sa performance "Corps en œuvre". Ou de la vidéo-danse"Subur 305" d'Angels Margarit et Nouria Font....Des performances intimistes en chambre "claire". Chacune interrogeant notre rapport fantasmé au "lit" , au mobilier d’hôtel, aux accessoires d'un lieu neutre et pourtant chargé d'histoires, de récits intimes et secrets . Pas loin de Sophie Calle et de son livre "L'Hotel" avec ses hôtes fictifs, ses histoires en chambre d’hôtel, ses nuits passées avec des inconnus: couche commune et virginité, anonymat mais jamais voyeurisme: plutôt ob-scène: derrière la scène, ce qui se passe ou se trame derrière le verrou, dans le trou de la serrure...Ses revenants, ses spectres qui hantent les lieux et en font des chambres de mémoire des "chambre de danse mentale" à la façon Denis Pondruel.


 
photographies de Patrick Lambin / Hotel DANCEROOM Oct2020/ OSMOSIS Cie-Ali SALMI
Dancers : Julie Barthélémy, Abdoulaye Konate
Art Visual : Didier Pozza
Accompagnement Technologie : BleuKernel Informatique
Remerciement à l’Equipe du Graffalgar Hotel
 

 


 

mardi 27 octobre 2020

"Concert de Musique mixte" : on dégenre et on mixe corps réel et ingénierie avec bonheur !

 


Cinq soli instrumentaux et vocaux joués dans le cadre du Colloque Journées d'informatique musicale 2020 (JIM 2020) à 18h à l'Auditorium de la Cité de la Musique et de la Danse !
Un régal acoustique et une réelle immersion dans la musique en temps réel : le temps de plonger dans des atmosphères singulières, étranges, de notre temps! Musiques mixtes, autant mathématiciennes, informaticiennes que générées par l' audace et le génie des compositeurs bien entendu !

🎵 Programme 🎵
• Daniel D’ADAMO, "Lips, your lips" pour voix et électronique (2010)
A Françoise Kubler d'inaugurer ce programme alléchant: gainée de cuir noir, cheveux dénoués, sobre silhouette, elle se meut dans cette musique mixte, avec souplesse, délectation et virtuosité de l'écoute: intérieure et remixée en temps réel, donc disturbant  sa propre perception: gageure autant mathématicienne, informaticienne que charnelle et vécue dans son propre corps. Un "avant chant" entre palais et sonorité de la dentition devenue parois résonnante et percutante, avant même le son qui se gliss entre les cordes vocales . Résultat étonnant que l'émission des susurrements, sifflements en écho, plein de surprises, mise en abime du son en ricochet, en éclats. Insectes et cigales surgissent en écho et peuplent l'espace.Galops rattrapés par la réverbération sonore en temps réel. Magie ou "combine", combinaison savante du hasard et de la composition stricte. Puis c'est la voix qui s’immisce, le souffle qui vibre et élargit le registre de la chanteuse magicienne. Des chœurs, une polyphonie nait de cette partition aléatoire: un solo magistral en compagnie de bien des vibrations amples qui se déploient et créent un univers singulier.Éclats et fougue comme partenaires sonores galvanisants. Françoise Kubler, habile, poétique, façonnant par son instrument une ambiance, une incarnation digne d'une "révolution de palais" !
 
• Finbar HOSIE, "Aflight of Touch" - création mondiale pour percussion et électronique (2020)
Seconde pièce, en solo à la percussion Mélaine Gaudin, habile manipulateur d'instruments hétéroclites dignes d'une batterie d'un savant maitre queu au piano!Un solo intimiste, contrasté selon les appuis sur les faces des percussions amplifiées alors en ondes et volumes, timbres et hauteurs différents. Du polystyrène effleuré comme source de sons à regarder absolument pour apprécier les origines sonoes de ce que nous percevons. Sensibilité à "fleur de peau", trajectoires de peau, de métal, de plastique: fuite et intimité du propos servi par un interprète habité, concentré, virtuose.
 
• Tom MAYS, "Le patch bien tempéré II" pour saxophone et électronique (2012)
Philippe Geiss en saxophoniste légendaire se taille la part belle: des sons de corne de brume amplifiés, des descentes en décrescendo habile et virtuose, puis des touches en saccades qui dégringolent. De la haute voltige récurrente qui jamais ne lasse: de joyeuses fantaisies sonores aussi pour égayer le tout, surprendre et séduire l'écoute. Décalages de timbres et autres gymnastiques sonores vertigineuses au programme!Un univers, une ambiance éolienne qui charme et enchante, fait embarquer pour un lointain voyage, loin du port d'attache.
 
• Nicolas Medero-Larrosa, "Smells like electricity" - création mondiale pour percussion et électronique (2020)
Sans doute le "clou" de la soirée tant ce solo de percussions interprété par Marin Lambert est un régal pour les yeux de façon concomitante avec la naissance du son. Des ses gestes amples, gracieux, larges ou précipités en petits battements percussifs fébriles, naissent des sonorités cosmiques, étranges, magnétiques. La réverbération présente le conduit hors de ses gonds: caresses sur le xylophone docile en éclaboussantes sonorités incongrues.Un Nirvana jouissif dans une antre volumineuse, amplifiée, présente, obsédante. Un mystère archéologique se crée, saisissant. Suspension du son linéaire, puis batterie amplifiée, façon morceau de bravoure standard; et toujours de très beaux gestes de peintre sur peau, des agitations fébriles du son sur le métal....Gestes aériens, sensuels, fouettés, battus digne d'un chef cuisinier aguerri ! Le corps comme médium et conducteur de génie, brillant qui donne toute sa richesse aux transformations et métamorphoses engendrées par la technologie.


• Philippe MANOURY, "Ilud Etiam" pour clarinette, voix et électronique (2012)
On retrouve ici le duo-tandem Kubler-Angster avec émotion tant les deux interprètes complices savent se jouer des péripéties vocales et instrumentales à "exécuter". Un chant séducteur, une richesse des sonorités engendrées par les sons et résonances acoustique, engendrent une atmosphère irréelle, volatile, cosmique en diable ! Un ferment prolixe pour la technique qui en temps réel magnifie, métamorphose les sons, les amplifie à l'envi sans les trahir. Le scintillement de l'environnement parcouru de résonance cristallines, clignotantes Des chœurs jaillissent, des carillons issus d'un beffroi imaginaire, des frottements sonores qui crissent: un climat réel s'installe, fugace pourtant, le temps de prendre l'espace: une œuvre de référence où la sorcellerie à une voix de bronze qui ravit et captive, où la clarinette médusée fait office d'instrument de la passion qui provoque effroi et attirance.
 
Un concert de "solo" bien entourés par la transformation, la prolongation poétique d'un instrumentarium technique "invisible",avoisinant une seconde composition en temps réelle qui brouille les pistes et déstabilise l'écoute au profit de la surprise, de l'émotion, du fantastique aussi. Tout un monde sonore, une planète qui se crée, s'invente à chaque instant .
 
Interprètes : Françoise Kubler (soprano) / Armand Angster (clarinette) / Philippe Geiss (saxophone) / Mélaine Gaudin (percussion) / Marin Lambert (percussion)

samedi 24 octobre 2020

"Odette fait des claquettes"

 


Tout le monde a un avis sur Odette : pas assez ceci, trop cela, et surtout, trop grosse… Mais Odette, elle, que pense-t-elle ?

Odette a 7 ans et elle adore lire, et aussi les bonbons, les pralines, les chips et les madeleines. Quand elle est toute seule, elle met de la musique et, devant son miroir, elle fait des claquettes dans son costume d’abeille. Mais Odette aimerait être comme les autres filles de sa classe : mince, et belle… comme Sauterelle, l’héroïne de Léo David, son auteur préféré. Car si elle était mince : tout le monde l’aimerait, non ? Même si ses parents ne la trouvent jamais assez ronde pour les rassurer.

Un jour, une grande nouvelle tombe à l’école : Léo David va venir dans la classe ! Mais quand il passe la porte, surprise : Léo David est une femme ! Et elle est… ÉNORME !

Odette fait des claquettes

Autour du livre

À propos de l’auteur

Davide Cali Davide Cali est l’ultra-talentueux auteur italien, né en Suisse, dont Sarbacane soutient le travail depuis ses débuts pour son humour, son humanité et son sens aigu de la narration. Il pose un regard qui touche sur la vie et a remporté le prix Baobab 2005 pour Moi j’attends, avec Serge Bloch.

"la banane! " au Festival INACT: être ou ne pas être une banane ou avoir la pêche de Magalie Ehlinger!


L'expérience d'un fruit mythique de la
Compagnie /// E ///
(FR) samedi 24 octobre lors de «Joyeuse Gravité» : 
 
« La Banane » est une réécriture contemporaine du mythe de Circé. Magicienne cynique sur son bout de basalte, elle observe le mimétisme contemporain avec acidité. La Banane se fait bananer mais, au fond, elle espère une nourriture plus consistante pour l’Homme.
Magalie Ehlinger est comédienne, écrivain de plateau et auteur. La Compagnie /// E /// tend à remettre les mythologies au rythme de notre époque. Les figures des mythologies antiques sont ainsi explorées à travers des improvisations, des recherches de corps et de sensations afin de retrouver ce qui tremble, ce qui vibre sous le tissu de l’histoire. Elles sont ensuite partagées à travers des réécritures dont l’oralité simple permet à tout le monde d’y accéder.
 

 
Ne pas bananaliser la banane !
Dans la salle des colonnes du Hall des Chars, aménagée en trois plateaux de scène, place à la performance de Magalie Ehlinger.
En tutu de tarlatane jaune banane, cache-cœur également tout jaune d’œuf, collant noir, pieds nus, elle s’assoit et se filme en train d’effeuiller un texte et de nous le montrer, nous le soumettre sur écran simultanément. Mots éparpillés pour un conte, une histoire à dormir debout.Elle serait "blindée" selon ses dires pessimistes mais on la trouve bien galvanisée par ses propos et vive, alerte et réactive. Face à la crise, aux pleurs, aux larmes qu'elle côtoie trop souvent! Larmes de crocodiles, ou vraies larmes, expulsées de ce corps humain qui n'est fait que d'eau ! Circée en connait un morceau sur son île flottante de pleurs.Elle nous regarde, nous toise, narquoise et quitte la technologie pour se livrer à vif à nos regards, frontale, courageuse: la proximité joue en sa faveur et elle gagne vite notre "sympathie" dans l'empathie de ses propos. C'est de l'intime, tout cela, ces séquences d'émotion que vit une banane! Fruit de ses fantasmes d'en devenir une pour échapper aux pleurs et peurs terrestres trop humaines. On n'est , on nait dans le néant aux intérêts vulgaires avec les histoires des autres à endosser. Alors, il vaut mieux se métamorphoser en banane pour y échapper à ce triste sort de renoncement: le monde ,celui de Jacky, son antenne pole emploi, relais de défaite et capitulation...Un emploi d'homme -femme sandwich pour distribuer des bonbecs au parc d'attraction. Un masque facial relaxant à la banane, c'est mieux que tout, que rien!
 

 
 "Que de la banane" au programme nous dit-elle en brandissant le fruit de la discorde ou de la concorde!Le jaune "haribo", elle déteste, mais "il faut bien manger", crouter pour vivre.Et la peau de banane, n'est-ce pas le plus bel endroit intime, érotique à effeuiller? "Mais on va où là" s'exclame-t-elle, courroucée par la lâcheté humaine.
La banane, elle, est noble, racée, impériale, jaune souffre, canari et de toutes variétés à décliner selon le terroir et l'origine de plantation. Cavendish, Lady Finger, Blue Java, Gros Michel...Elle nous refait le portrait de Jacky, son antenne pole emploi qui n'en a pas beaucoup d'antennes détectrices de travail... La banane est alors longue à digérer, en purée ou autre transformation. Contre les madeleines qui pleurent, place aux bananes qui sourient et redonne pêche, frite et tonus!
 
photos patrick lambin
 
Magalie, frêle et forte femme tire bien son épingle du jeu, avec ses textes à elle en bouche, ses yeux faussement innocents au regard frondeur, sa verve et gouaille énergique, sa silhouette gracile et pas si docile que ça!

vendredi 23 octobre 2020

"Les villes invisibles": Love Music: topos et utopie ! Non-lieux et transparences...sonores....

 


Bibliothèque nationale et universitaire - BNU le 23 Octobre 20H

«Les villes comme les rêves sont faites de désirs et de peurs, même si le fil de leur discours est secret, leurs règles absurdes, leurs perspectives trompeuses ; et toute chose en cache une autre»
La saison 20-21 voit le quatrième cycle de projets artistiques lovemusic à la BNU. Le collectif démarre ce cycle avec un projet inspiré du livre Le città invisibili d’Italo Calvino. lovemusic propose une expérience sensorielle magnifiquement intime avec la création d’une nouvelle pièce de Santiago Díez-Fischer commandée par lovemusic spécialement pour ce project intitulé “Plastic love”.
 

 
C'est sur les leitmotivs qui vont ponctuer tout le concert que la soirée débute: petites touches comme interludes, intermèdes récurrents, peits entr'actes, que sème un petit Poucet tout le long du chemin: sur la carte du tendre, confiée comme conducteur du concert, on navigue à la Magellan: cap vers la création et "la grande ville" !
"Bi (bismuto") de Fernando Manassero percute en sons chaleureux, caverneux: hétérotopie de Foucault et non-lieux de Marc Augé en poupe, topic et topos en diable pour marquer son territoire. Dans un décor de laies de plastique transparent, suspendus et se balançant sous le souffle d'un filet d'air en continu, on embarque pour d'autres lieux musicaux, utopiques, invisibles, urbains pour sur !
Dans de beaux éclairages rougeoyants, ça strie, ça vibre et dissone, flux et reflux, froissements, friture de la bande son en couverture.Des bruits d'eau sur le port, sur la digue, des accents au souffle court pour ces deux instruments à vent qui dialoguent aisément.
Du lien pour poursuivre le concert, perles de Mark Andre, d'un collier à faire et défaire
Et voilà "no son més silenciosos los espejos" de Santiago Díez-Fischer;La flûte brève, tranchante en solo, comme asphyxiée, essoufflée,brise légère alors que les pendrillons oscillent sous le souffle de l'éther.Jetée de vent, étranglement: à vous couper le souffle!
"Ochres"de Malika Kishino succède, trio fort aigu, en superpositions sonores sur fond d'écran vidéo lumineux: taches et soleils naissants, vibrant, chatoyant; beau ciel musical émouvant, timbres et hauteurs maintenus dans des phrasés ébouriffants!
 
https://soundcloud.com/malika-kishino/ochres-i-2016-for-flute-oboe-and-clarinet 
 

"iv 5" de Mark André prend le relais: un solo de hautbois: vapeur de souffle qui fuse, se glisse, se rétracte, s’immisce dans les interstices sonores, se fraye un chemin délicat dans l'espace.Ronflements et respirations du dormeur, rêveur, secoué d'infimes sifflements, et de belles réverbérations...
Toujours les interludes qui reviennent frapper à la porte de ces terres désormais connues qui ponctuent la soirée.
"Zopf" de Carola Baukholt se configure comme un trio de souffles et d'instruments inventifs à la ponctuation bien rythmée. Abécédaire de l'air, glossaire du vent, vocabulaire et syntaxe d'une grammaire savante: écriture pour sirènes, phrasé en superposition et décalage: un moulin à café comme roue qui tourne et grince à l'envi ! On y moud le grain du son et de l'ivraie musicale.
Et pour clore en beauté plastique et esthétique, voici le fameux et attendu "plastic love" signé Santiago Diez Fischer.
Sur un dispositif de deux cubes lumineux, deux archets reposent; les interprètes, glamour, chaussettes roses, tee shirt transparent ajouré vont faire partie du voyage.Un écran vidéo diffuse de beaux ébats de bans de poissons fluorescents, feux follets égaux aux sonorités conduites par les instruments. Le son se fait lumières et couleurs: "limelight" ou lumières de la ville: c'est beau une ville la nuit dans ce contexte sonore bigarré: un archet grince, comme un son de poulie; l'amplification artificielle opère pour des bruits citadins en registres multiples. Le tout dans une ambiance, atmosphère secrète d'un paysage ouvert, presqu'ile de cette magnifique carte maritime, icône du concert, carte de navigation où l'on traverse ces "villes invisibles" au radar de l'intuition sonore.
Un concert délicat et distingué à l'image de lovemusic et de ses protagonistes!
 
 


flûte - Emiliano Gavito
clarinette - Adam Starkie
hautbois - Niamh Dell
 
«Les villes comme les rêves sont faites de désirs et de peurs, même si le fil de leur discours est secret, leurs règles absurdes, leurs perspectives trompeuses ; et toute chose en cache une autre.
– Moi, je n’ai ni désirs, ni peurs, déclara le Khan, et mes rêves sont composés soit par mon esprit soit par le hasard.
– Les villes aussi se croient l’œuvre de l’esprit ou du hasard, mais ni l’un ni l’autre ne suffisent pour faire tenir debout leurs murs. Tu ne jouis pas d’une ville à cause de ses sept ou soixante-dix-sept merveilles, mais de la réponse qu’elle apporte à l’une de tes questions.»

À travers un dialogue imaginaire entre Marco Polo et l’empereur Kublai Khan, Italo Calvino nous offre un «dernier poème d’amour aux villes» et une subtile réflexion sur le langage, l’utopie et notre monde moderne. 

mercredi 21 octobre 2020

"Samson et Dalila" : coupé court ! Saint Saens dessus dessous! Bas les masques !

 


Opéra en trois actes
Livret de Ferdinand Lemaire
Créé au Hoftheater de Weimar le 2 décembre 1877

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"L'éternel combat de la ruse contre la force. Telle est la fable de Samson et Dalila, l’opéra que Saint-Saëns composa d’après une fascinante histoire biblique : Samson est un héros à la puissance surhumaine, qu’il tire de sa longue chevelure. La belle Dalila le séduit et, pendant son sommeil, lui rase la tête pour permettre à son peuple, les Philistins, de triompher de cet ennemi jusqu’alors invincible. Ouvrage prodigieux, d’un souffle exceptionnel, Samson et Dalila fait partie des monuments de l’art lyrique français. Regorgeant d’airs puissants – dont le célébrissime « Mon cœur s’ouvre à ta voix » –, cette fresque sera l’occasion de retrouver Ariane Matiakh à la baguette. Côté mise en scène, Marie-Eve Signeyrole nous invite à quitter l’habituel décorum biblique et antiquisant pour mieux entrer dans la modernité de ce drame où se mêlent inextricablement le politique et l’humain."

Du 16 Octobre au 8 Novembre à l'Opéra du Rhin 

Soulèvement

On se souvient de l'exposition "Soulèvement" sous le commisariat de Didi Huberman....

L’exposition « Soulèvements » était une interrogation sur la représentation des peuples, au double sens esthétique et politique. Comme pour l’exposition « Atlas », Georges Didi-Huberman s’appuiait sur le travail historique et théorique qu’il mène depuis quelques années en parallèle d’une série d’ouvrages intitulés L’Œil de l’histoire et dont les derniers abordent la question de l’« exposition des peuples » ainsi que de l’émotion à ne pas exclure d’une anthropologie politique.

Avec ce "Samson et Dalila", la révolte gronde, les barricades sont les premières images enregistrées projetées sur grand écran, alors que débute le spectacle "live". Saisissantes icônes physiques de la rébellion, images du camp de Samson, chef de file  d'un parti révolutionnaire, aux prises avec les postulants à des élections présidentielles, dont la cheffe de cabinet n'est autre que Dalila! Femme "moderne", manager, directrice de campagne et de communication, au look sobre mais efficace, à la beauté froide mais terriblement attirante... Histoire de trahison, de manipulation que la mise en scène rend limpide, plausible et le décalage "contemporain" opère, grâce à un dispositif de scène tournante, et de multi-écrans très sophistiqué. Au profit d'une narration qui traverse l'espace, franchit les barrières, les cloisons du décor, qui va de salle de réunion en alcôve, de salle d'attente à salle de bal-banquet...Seuls les membres d'un groupe compact de révolutionnaires assiègeant le local du clan des politiciens, prennent l'espace, en arrêt sur images picturales, références aux barricades à la Delacroix,Goya , au radeau de la Méduse...Chorégraphie signée Julie Compans. Façon esthétique "Indes Galantes" de Clément Cogitore !La superposition judicieuse de l'action, découpée en séquences cinématographiques joue dans la cour des grands de l'illusion: tout se trame devant et derrière , s'enchaine, maillons irréversibles , chainons inéluctables, irrévocables d'une action tonique pleine de suspens, d'intrigues. Feuilleton à épisode, série tv de luxe ou les héros se débattent, masqués comme dans un grand guignol triste et menaçant, une mascarade qui dégouline vite tant la haine et la veulerie font face aux destins de chacun. La petite foule de manifestants, membres fidèles du parti de Samson, bouge, danse, frémit à l'envi, les choeurs dissimulés font résonner l'intrigue , la musique enveloppe le tout, tantôt emprunte de romantisme, tantôt fougueuse et pénétrante. Dalila séduit par un jeu renforcé par la proximité des images live ou enregistrées.Katarina Bradic, envoutante, séductrice, force d'une nature ancrée au sol, voluptueuse manipulatrice, Massimo Giordano, lui, en Samson, "empêché" dans un fauteuil roulant , handicap vite balayé par volonté, hargne et détermination.On est presque plus dans le monde de la finance, du business, de l'entreprise que dans le "politique": ambiance tendue, acharnée, concurrentielle, implacable loi du harcèlement, de l'humiliation, du mépris au profit du carriérisme!

Le port du masque, obligatoire pour ces "gens là", fourbes, arrivistes, méprisants et humiliants, profiteurs et malfaisants. Une scène de toute beauté plastique, réunit les chefs de file du parti: table à la "Table verte" de Kurt Joos où s'alignent les convives...Mais ce sont des "traitres" qui se démasquent et sous leurs costumes, les révolutionnaires dissimulent haine et rancœur..Les décors signés Fabien Teigné sont résolument efficaces , les images filmées en direct par deux protagonistes caméraman, plein feux, attirent et permettent simultanément une lecture poly-pluri événementielle, parfois délicate à décortiquer sur le vif. On est en haleine, en apnée, on suit le feuilleton désireux d'en savoir la suite et dénouement.On gagne en empathie au fur et à mesure avec Samson, en dégout avec la veule Dalila qui cependant feint l'amour avec ce si beau canon "Mon coeur ..." qui se révèle profonde ode à l'amour: contraint, bafoué, détourné à des fins politiques inavouables mais bien de notre temps: manipulations, combines, détournements, bref tout ce qui encombre démocratie et autodétermination!

Un spectacle où pendant l'entracte, on découvre les coulisses de l'opéra, en direct: on ne chôme pas pendant les pauses! A vue ou derrière l'oeil de la caméra "ob-scène", cette pièce se fait mystères et dévoilement, Saint Saens, dessus-dessous!


Direction musicale Ariane Matiakh Mise en scène Marie-Eve Signeyrole Assistante mise en scène Sandra Pocceschi Collaboration aux mouvements Julie Compans Décors et costumes Fabien Teigné Assistante costumes Pauline Kieffer Lumières Philippe Berthomé Conception vidéo Marie-Eve Signeyrole Coréalisation vidéo Laurent La Rosa Chef de chœur Alessandro Zuppardo Orchestre symphonique de Mulhouse

 

samedi 17 octobre 2020

"Episode NUIT": noir, c'est noir, sur l'écran blanc de mes nuits noires...Il y a tant d'espoir !

 


"À situation inattendue, nouvelles propositions. Pour faire face à l’imprévu, avec ses contraintes, mais surtout pour renouer avec la danse et la relation au public en toute convivialité, POLE-SUD a proposé à quatorze artistes, proches compagnons d’aventure, d’imaginer la rentrée de cette saison 2020-2021.
Tous nous ont fait la joie de relever le défi. Intervenir rapidement pour construire ensemble, imaginer d’autres formes de travail et rendez-vous artistiques autour de créations à venir ou de solos déjà créés. Les propositions de ces artistes seront à découvrir en septembre et octobre.
Ces parcours, visites et rendez-vous artistiques qui jalonnent le temps et les espaces de POLE-SUD ont été spécialement conçus pour tous les publics. Une autre façon de vous inviter à découvrir et partager, au fil d’une trame plus intimiste, les multiples aspects de la création."
 
A pole sud vendredi 16 OCTOBRE 19H 1H 30....

C'est le jour...de la nuit !
C'est parti pour l'épisode Nuit succédant à celui du "jour", feuilleton palpitant dont le suspens  et la formule excitent la curiosité: roman "noir" pour nuit "blanche, c'est ce qu'on va voir, regroupés en trois rassemblements pour un programme commun dans l'ordre imparti par succession et durée des pièces, dans un timing et tempo digne d'un marathon...tranquille et sans concurrence !
"Programme commun", poétique et politique comme il s'entend ici dans l'engagement de Pole Sud auprès des artistes, émergents ou pointures affirmés.
 
C'est le cas de Olga Mesa qui inaugure le bal avec "Une table à soi"dans le grand studio qui lui sera dévolu toute la soirée, tant le dispositif scénique est foisonnant comme à l'accoutumée: table, chaise, ventilateurs soulevant des rideaux de plastique fin, câbles et autres "ficelles" et surtout la présence chaleureuse et "intime" de l'artiste à corps ouvert, offerte devant nous à toute expérience Entre charnel et virtuel, corps vivant, présent et images enregistrées ou filmées en direct par sa petite caméra "paluche" Objet "transitionnel" de l'artiste qui avoue ne pas "savoir" quitter cette distanciation toute brechtienne, née bien avant le confinement, oscillant entre présentiel et "télé travail" artistique! Embarqués par sa verve verbale, ses histoire personnelles qu'elle nous confie d'emblée, en communication directe avec sa mère, alitée en Espagne dans son village natal. Mesures de "distances" physiques et géographiques qu'elles transcendent toutes deux par le médium du spectacle, de la mémoire, de la filiation. A la manière de Olga, danseuse aux prises avec son espace sonore, vidéographique Telle Mélies devant sa lune, silhouette découpée de théâtre d'ombres, entre virtualité, miroir ou objets "mécaniques" bien visibles, la voici en proie à l'expérience partagée, dangereuse, audacieuse, sur le fil. Jean de la Lune de Tomi Ungerer, micro en main, chat-animal malicieux, elle écoute, répond à la bande enregistrée: "il n'y a pas d'orchestre" pas de " ..." Mais bien un récit q-i se tisse, en corps, en danse: danse des mains sur du Bach, transmises et dansées par sa mère, à distance, lecture de Kazan ou d'Isadora Duncan, lettres de noblesse de la liberté; comme un long plan séquence, Olga évolue, à l'aise, guidant notre attention sur des petits riens essentiels. Elle danse dans ses deux cercles de lumière, petite boite noire, boite de nuit, avec la "javanaise" en filigrane: danses tracées et immortalisées par la caméra: ici tout "réfléchit" dans le miroir ou le convexe d'un objet métallique réfléchissant. "Mesa": la "table" autour de laquelle on s'assoit pour converser, dialoguer: pas de "tabula rasa" mais un palimpseste de propositions à retenir pour trouver "sa chambre à soi", comme Virginia Woolf ! Une histoire de femme qui pense , de danseuse qui danse sans cesse en quête d'incarnation.
 
On change d'espaces et ce sont les trois groupes qui se retrouvent dans la grande salle de spectacle: beaucoup de monde en tout !
Au tour de Marino Vanna d'interpréter un solo, "No -mad(e)", dans la semi- obscurité d'abord, découpant sa silhouette comme une sculpture corporelle révélée par la lumière diffuse: gestuelle lente et fluide, voluptueuse, pleine d'une grâce métissée entre différentes écritures: indienne, art martial et quasi pastel ou aquarelle des danses indonésiennes, cambodgiennes, croquis de Rodin, esquisses dans l'espace de traces graciles et évanescentes: c'est de toute beauté: quelques séquences tétaniques, des mouvements vers l'arrière pour rembobiner le temps. Torse nu, la sueur magnifiant les contours de son buste mouvant, labeur où la performance, la dépense subjuguent: des tournoiements sans fin, derviches païens, s'enchainent, à l'envi.Sur une bande son d'abord caverneuse et aux râles et toussotements irrespirables, il évolue, libre, plutôt enroulé sur place puis échappant aux contraintes de l'espace "empêché". Un danseur soliste qui sur le plateau inspire respect et admiration, à "distance" comme la catharsis sait opérer pour les moments de félicité que la danse sait offrir!Comme la grue du Qi Qong qui avance, touche l'air, caresse l'espace et le font vivre , doigts tendus, agiles, le corps lisse, laqué de sueur.
 
Après ces émotions, place à la proximité dans la dansothèque en compagnie de Akiko Hasagawa, danseuse d'origine japonaise qui nous offre un solo-duo en compagnie d'un violoniste: c'est "Les va-et-vient", un défilé magnétique d'une femme vêtue d'une chemise jaune ample, pieds nus pour des évolutions directionnelles, entravées par l'espace longiligne de la configuration spatiale: comme un couloir, une estrade vue des deux côtés. Balade ludique et légère, interrogation et complicité avec la musicienne, avec une compilation d'extraits musicaux venus d'un choix de son entourage... C'est inspiré et ça opère encore mieux dans la seconde pièce "Haré Dance" où comme un défilé solitaire, elle s'inspire des traditions japonaises pour offrir des personnages multiples, vêtue d'un body noir et surtout d'une coiffe "rituelle", rouge, sorte de manège, de cirque de tête, de chapeau de magicien qui se transforme presque en coiffe Forêt Noire", rouge et noire, pompons floraux et pétales, piques dans la coiffe et autres objets singuliers propres à sa culture.Généreuse prestation!Un beau visage à l'écoute, des mains papillon, une natte qui fait colonne vertébrale mobile, des poses à la Degas pour un parcours qui s'étire dans l'espace étroit, dans une galerie de peintres impressionnistes aux "danseuses jaunes" !Une danse happée vers le haut, où les sauts sont de mise pour avancer dans la quête d'une complicité avec les cordes pincées du violon, ou sa carcasse frappée de percussions tactiles.Un petit autel rituel, ambulant posé sur la tête, un masque intégral, casque ou chapeau de rizière....

On passe à la pause "restauration": on est dans les temps: on se fait plaisir en échangeant.
 
Reprise pour notre groupe avec Vidal Blini et Caroline Allaire pour leur duo "Narr-exploration"n° 1
Prologue et préambule littéraire à partir des textes écrits sur la fièvre , épidémie de danse de 1518 à Strasbourg: phénomène déjà abordé avec l'exposition qui fut consacrée à l'événement au musée de l'oeuvre et à la performance signée Tompkins/ Poirier" en 2018.Ici on danse à deux, longues jupes plissées grises, dans des mouvements circulaires hypnotiques, des danses inspirées de la tradition, du folklore, danses collectives structurées, ordonnées, apprises et transmises de génération en génération: à l'encontre des mouvements débridés des premiers "acteurs" de ces danses de folie enregistrées au XVI ème siècle. Puis tout semble basculer lentement dans des déséquilibres, des reprises non conformes, des fantaisies spatiales et toniques qui versent lentement vers un ailleurs.Collages, assemblages, tissage savant de matières premières dansantes, face aux descriptions des textes lus en prologue.La "nef des fous" de Sébastien Brant  est édifiante à ce sujet !Sur fond de chant médiéval, la danse se tricote, régulière, altière, digne, au port de tête noble, codé, savant. Attitude, postures et allures brandies comme de petites victoires sur la "maitrise"! Puis ce qui se transforme peu à peu, opère un tournant, léger, infime dérèglement d'une mécanique d'horloge, de l'aurore des temps. Ca se bestialise, sensualité et érotisme au poing.Emportés par des trajectoires divergentes, ça tourne sans cesse, "timbrés" affranchis par cette quête de l'absolu: ça cloche: on y fait "feu" de toute danse, de saint guy ou autre forfait hallucinogène né d'une potion magique: on ergote en manifestations bizarres...Affaire à suivre !
 
Au tour, dans le petit studio, de Androa Mindre Kolo pour un trio "Voilà le temps: aujourd'hui, le passé, l'avenir": une pièce plus sobre qui conte l'histoire d'un homme exilé, porté par le destin à être nomade, transplanté, déraciné. Sous son abri de fortune, en branches d'arbres de survie, accompagné d'un guitariste et d'un partenaire aux consoles, il danse, fragile, à l'esthétique corporelle digne d'un Jean Paul Goude ou d'une Joséphine Baker: atypique et troublant, touchant et émouvant dans sa quête pour communiquer et partager l'inconscient et le vrai de sa vie sur le ring, gants de boxe aux poiungs.
Micro au corps ausculté, respiration entravée au souffle court, jeu de serpent à pneus: un retour au pays en images clôt cette évocation toute personnelle et modeste, humble d'une vie désœuvrée.

Encore quelques images-micro trottoir glanées par Etienne Rochefort à la Dansothèque : "carte blanche aux images" comme une feuille de papier blanc qui se remplit de témoignages croustillants sur "qu'est-ce que la danse pour vous".
Et la soirée opère, diversifiée, riche des écritures et expériences, livrées en "work in progress" entre confidentialité et partage collectif.
 Joel Brown, Yvonette Hoareau et Sébastien Vela Lopez au final....
 
"Ce que le covid a fait à la danse" "ce que la danse à fait au covid": on aurait envie de dire: des rencontres, des rapprochements, des "créations" loin du concept de se "réinventer" et de faire de "l'occupationnel ou de présentiel" !


Avec:
Étienne Rochefort – Artiste associé
Chorégraphe issu des danses urbaines, Étienne Rochefort est aussi passionné par l’image et le cinéma. Ses pièces sont au croisement de ces langages, mêlant fiction et abstraction aux musiques actuelles.

Vidal Bini
Chorégraphe, Vidal Bini développe son travail entre création et pratiques de l’improvisation. À travers gestes, mémoire et transmission, sa démarche s’intéresse aux enjeux collectifs du corps et à ses utopies.

Akiko Hasegawa
Interprète et pédagogue au riche parcours, Akiko Hasegawa a initié ses propres recherches de création au sein de l’association KOKO. Elle y développe un travail axé sur les relations entre musique et danse.

Olga Mesa & Francisco Ruiz de Infante
Le tandem formé par la chorégraphe et artiste visuelle Olga Mesa et le plasticien Francisco Ruiz de Infante privilégie l’expérimentation. Ensemble, ils créent des dispositifs où se croisent corps, mots et images.

Androa Mindre Kolo
Plasticien et performer, Androa Mindre Kolo développe son travail entre création, matériaux poétiques et enjeux sociaux. Chez lui, le corps est vecteur de questions qui traversent le monde comme sa propre histoire.

Marino Vanna
Hip-hop, danse classique, contemporaine ou traditionnelles (Cambodge, Afrique), Marino Vanna a développé un riche parcours d’interprète. Dans ses créations, tous ces styles traversés fondent son rapport au corps et au mouvement.




jeudi 15 octobre 2020

Lejaby danse !

 



mercredi 14 octobre 2020

"Allée der Kosmonauten" : a-pesanteur et décollage du tarmac !


"Un immeuble préfabriqué dans Allee der Kosmonauten, dans une cité de Berlin. Trois générations vivent sous le même toit, autour du canapé qui rythme le quotidien de la famille. Pas de coin à soi, on vit les uns sur les autres, pour le meilleur et pour le pire.
En 1996, trois ans après avoir fondé sa compagnie, Sasha Waltz, chorégraphe aujourd’hui célèbre dans le monde entier, crée Allee der Kosmonauten à partir d’entretiens menés avec les habitants de ces grands ensembles. Ce n’est pas une pièce documentaire qui en est ressortie, mais bien le portrait aussi tendre qu’impitoyable d’une famille : soulignées par la vitesse et la virtuosité du mouvement, les conditions de vie précaires sont poussées jusqu’à l’absurde, avec l’humour d’un Buster Keaton. Par cette chorégraphie pleine de traits d’esprit, portée par un ensemble multiculturel de très haut niveau, ce renouvellement esthétique du théâtre-dansé a déclenché l’enthousiasme. La pièce est une étape essentielle dans le parcours de Sasha Waltz : une raison parmi tant d’autres de jeter un regard nouveau sur les débuts d’une carrière exceptionnelle. "

Les parents, ou les enfants "terribles" ?
 Délogés, mal logés, relogés, délocalisés par une agence "mobilière" singulière, voici six personnages en proie à la course à l'existence, à la reconnaissance...Un jeu de famille dans laquelle on tire d'abord le gendre, perché sur une colonne à la Balkenhol, animé de mouvements tétaniques, précis et rythmés par une bande son , disque rayé, hachuré, raturé...Sorte de chimère, oiseau perché sur son poteau, apeuré, esseulé. Tapisserie désuète et lampe de chevet en images vidéo signées Elliot Caplan sur trois panneaux d'écran, et pour piste de ce cirque animé, un canapé trois pièces-cuisine-bain! Trois places que vont se disputer les "membres" de cette famille, de ce grand corps un peu malade de l’exiguïté de la surface habitable qui leur est allouée. Canapé baignoire, canapé lit, canapé en plongée dans des perspectives cinématographiques qui dérangent l'espace et le perturbe à l'envi ! Œil caméra de la chorégraphe qui se focalise, zoom arrière ou avant, plein cadre ou focus...Une sorte de mise en boite de Pandore de la vie quotidienne, "ramassée" dans un court laps de temps où tout se joue très serré. En tenue de "bof", entouré d'objets vernaculaires, on rame dans la Galère familiale, solidaires, soudés, malgré quelques empoignades, disputes en portés-contact magnifiques...Volupté des corps en apesanteur, en vol plané...Un aspirateur vampire capture les gestes de sa conductrice, happée par son aspiration à la fuite en avant, une table bouge, se soulève, à quatre ou huit pieds...Un Christ en croix placardé, des gags, sketches ou saynètes pour ponctuer et rythmer la vie de ce microcosme, huis-clos dégingandé, déstructurée.On se chamaille, on s'attrape, on se cherche comme des gamins qui jouent à cache-cache.
Une touche de folklore à l'accordéon, poumon salvateur de ce grand corps familial. Le travail est rude pour planchistes ou ébénistes de pacotille, dirigés par un fuhrer autoritaire et malveillant. Le père, la mère en figure de proue, orchestrant ce petit monde bigarré à la baguette.

Cadence mécanique des gestes du labeur, organisés. Puis c'est le bal musette qui reprend et fédère les énergies dispersées: bal de guignette en goguette: on y guiche allégrement et sans modération.Les corps s'y font "plastiques", enluminures graphiques dans l'espace. Et toujours ce mur frontal sur lequel on se heurte, se plaque, s'offre en partage. L'art du duo dominant dans la chorégraphie avec grâce et sensualité.Encore quelques architectures, étagères en construction constantes pour cet "immobilier" mobile, versatile, mouvant comme les corps des habitants. Un appartement cependant presque trop grand au regard du sujet sur l'enfermement, le confinement, l'emprisonnement. Entravés, empêchés dans leurs mouvements les danseurs se dispersent et le rendu faiblit, s'essouffle en reprises 

On se souvient de la version vidéo, (avec Elliot Caplan) resserrée, tonique, hallucinante d'audaces concernant la gravité, l'espace: qu'on ne retrouve pas sur ce grand plateau frontal. Quelques pauses photos de famille, sans retouche, une grande lessive en machine à laver le linge en famille et se clôt le chapitre.Le père en Woody Allen remportant le plébiscite de l'incongru, du burlesque, du déjanté.


Au Maillon Wacken du 14 au 17 Octobre


Elliot Caplan
 

 


Elliot Caplan est producteur, réalisateur de films et de vidéos ainsi que designer pour le théâtre. Il a occupé le poste de cinéaste de la Merce Cunningham Dance Company de 1983 à janvier 1998, collaborant avec Merce Cunningham et John Cage à la production de films et de vidéos. Leur travail a été diffusé par PBS, Bravo, Arts & Entertainment et dans 35 pays. Beach Birds For Camera, film en 35 mm a été montré pour la première fois à L’Opéra Garnier à Paris. Cage/Cunningham, un documentaire sur la collaboration entre Merce Cunningham et John Cage a été présenté par October Films et traduit en six langues et distribué en vidéo. Points in Space, commandé par la BBC Television a été distribué dans plus de 400 bibliothèques aux USA grâce au soutien de la MacArthur Foundation. Changing Steps, filmé au Sundance Institute avec une introduction de Robert Redford a été produit en association avec La Sept et distribué par les Editions à Voir.
Caplan a également participé à la conception de décor, notamment avec Bill Irwin. En 1998, Elliot Caplan fonde Picture Start Films pour produire des documentaires sur l’art, et la performance notamment.
Les œuvres d’Elliot Caplan en tant que producteur, réalisateur de films et de vidéos ainsi que designer pour le théâtre sont reconnues à l’échelle internationale et font parties des collections du MOMA, de la Cinémathèque Française et de musées à Taiwan, en Allemagne, en Israël et au Brésil. Ses créations vidéo avec des artistes comme Naim June Paik, Merce Cunningham, John Cage et Bruce Baillie ont été récompensées par plus d’une douzaine de récompenses prestigieuses aux Etats-Unis et en Europe.

mercredi 7 octobre 2020

"Le père" : échec et mat.

 


Le Père

Stéphanie Chaillou | Julien Gosselin

© Simon Gosselin

"Le Père est la version scénique du roman L’Homme incertain de Stéphanie Chaillou. Un homme revient sur ses rêves de jeunesse : acheter une ferme, cultiver la terre, élever du bétail, se marier, avoir des enfants. Ce paysan va se heurter à la transformation profonde du monde qu’il connaît, avec l’application de la politique agricole commune. En 1977, à 30 ans, surendetté, il fait faillite. Quel regard porte-t-il sur son histoire ? Julien Gosselin, habitué à mettre en scène de grandes fresques comme 2666 ou Joueurs, Mao II, Les Noms, livre ici, avec l’acteur Laurent Sauvage, un spectacle intime où le destin d’un homme est bouleversé par un contexte économique qui le dépasse. Face au regard de la société sur ce qu’est un échec ou une réussite, comment se réapproprier sa vie ?"

 C'est dans le noir que surgit une voix qui conte la vie d'un homme , amoureux de l'existence , heureux de tout et de rien , qui ose vivre ses rêves...Mais tout s'effondre peu à peu, la torpeur gagne le ton de la voix, la silhouette du comédien apparait peu à peu de ce brouillard obscur. Vrombissement et musique accompagnent ce destin voué à l'échec, ce "fermier" déchu, désemparé, démantibulé comme ses terres confisquées par des huissiers, vautours et rapaces banquiers, hommes d'affaires sans faim de vie. Le "père" de famille qui défaille, dépérit, désolé, méprisé, abandonné. Et quand la scène se soulève avec ses néons lumineux, comme une boite qui s'ouvre, bouche béante et lumineuse, de néons clignotants allumée, c'est le drame de la prise d'otage. Un homme seul sur le carré d'une pelouse de jeu, cerné, traqué, acculé à la défaite: sans but, sans filet sans surface de réparation où rebondir.... Comme dans une serre qui ne sert plus à rien: le jeu du comédien, sa voix sont émouvants, touchants et la simplicité du texte, émis dans la semi-obscurité, concentre l'attention sur le sens d'une vie finie, défunte, désolante...

 

Stéphanie Chaillou a publié trois ouvrages de poésie aux Éditions Isabelle Sauvage. Son premier roman, L’Homme incertain, a paru en 2015 chez Alma Éditeur. Elle a depuis publié, chez le même éditeur, Alice ou le choix des armes (2016) et, aux Éditions Noir sur Blanc, Le Bruit du monde (2018) et Un jour d’été que rien ne distinguait (2020). Elle est également autrice d’une pièce de théâtre, Ringo, écrite en 2019.

lundi 5 octobre 2020

Kenzo dansait !



 







dimanche 4 octobre 2020

Gino Severini et la danse futuriste !