mardi 14 juillet 2026

La Belle Scene Saint Denis:Danse Danse


"Nature"

 C'est Delphine Mothes qui entame ce plateau dédié aux jeunes pousses émergeantes de la danse d'aujourd'hui. Un solo énigmatique ou seule dans un coin de la scène, elle bouge lentement,le visage masqué par sa cagoule et sa chevelure.La musique la porte de DJ Mayday et sa gestuelle tendue,discrète et sensible dévoile un corps engagé porteur d'énergie possible.Son attitude prostrée se transforme rapidement en de jouissantes évolutions ludiques,prometteuses de tonus, de vivantes pérégrinations.Jeune et enthousiaste,la danseuse se fond et se métamorphose laissant place à un être plein de verve. Plaquée au mur,elle semble attendre ou déjà déposer sa chrysalide,ôter sa parure pour mieux prendre l'espace, l'apprivoiser .Un solo qui augure d'une expression sobre autant qu'enragee, prometteuse et sensible.


"Leather Better" in situ de Andrea Givanovitch

Le cuir lui va si bien.

Un homme de dos tout de cuir noir vêtu se produit devant nous.Un son sourd sort de ses vêtements. C'est l'écho d'un micro dissimulé qui frôle la matière ici comme une seconde peau.Des franges de cuir s'animent alors qu'il bouge tel un hérisson de cuir qui frappait le sol. Des guêtres aux jambes, ceintrees par un porte jarretelle soute.ant ses jambières en fond une effigie de danseur issu d'un monde de cuir s'adonnent masochistes.Les cheveux plaqués,le regard charmeur il évolue avec sa carapace noire comme un animal traqué sur la défensive.Figute troublante que être créature qui encore à l'aide de micro fait crisser et mugir son costume  de cuir.Il s'en debarasse lentement dévoilant un corps aux formes idéales  Encore une mutation au programme de cette soirée expérimentale Très écrite,la danse est compulsive,magnétique,obsessionnelle. 

A la Parenthèse le 12 juillet Avignon le off

mercredi 8 juillet 2026

"Fae": l'odyssée de Efthimios Moschopoulos

 


On avait eu le privilège d 'assister à son travail à l œuvre lors d un chantier public à Pole Sud CDCN à Strasbourg en décembre 2025. Depuis tout à mûri,c'est construit de la danse à la scénographie.Tel les compagnons d 'Ulysse se réfugiant sous les brebis de Polypheme pour rester incognito, le chorégraphe s'inspire de sa condition fragile de queer dans un pays homophobe et transgresse ici le mythe pour nous faire pénétrer dans des paysages agraires, des architectures éphémères et transformables qui tentent l'impossible utopie d"un monde meilleur.Seul sur le plateau il esquisse une danse de survie,morcelée,tétanique qui oscille entre virtuosité mécanique et dynamique fébrile.

Le hantent, des images d 'un troupeau de brebis qui se jette sur la table d'un festin de végétaux.Elles consomment goulument les victuailles alors que le danseur joue sa vie en déséquilibre sur des bancs puis une table vide.Ce sera lui le sujet et l'objet de la devoration de nos regards.Victime sacrifiée martyr terrassé ou objet d'un sacrifice rituel,élu d"un sacree païen de corps magnifie.Des meules de foin lui délivrent une couche de repos,un berceau reposant ou une charge à manier sempiternellement. Sa danse est préoccupée,intranquille comme menacée par l'intolérance du passé ou peut-etre encore du présent.Sa performance rehaussée de sons et de bruits s'envenime et percute notre appréhension immédiate. Il se met à fracasser les légumes vivants sur l'autel de la faim,délivrant des fragrances nostalgiques de légumes et fruits frais.Vegetarien carnassier du geste de survie, le danseur subjugue,intrigue et questionne ses spectateurs ici réunis pour le banquet des sophistes. Ce "FAE", cette injonction à se nourrir coûte que coûte est telle un théâtre absurde,une peinture mouvante de scènes bucoliques chères à  Courbet.Et si l'origine de cet opus était une légende elle serait celle d'un festin archaïque malmené par des divinités païennes à inventer.Par bonheur Terpsichore veille au grain et la récolte au final sera peut-être celle de nouveaux ingrédients pour inventer le goût de la danse, les matériaux sensibles d'une chorégraphie pastorale et archaïque de toute beauté. 

Au  Hangar Théâtre le 30 juin dans le cadre du festival Montpellier Danse 


"Wasco": peindre la danse,danser la peinture.


Lisbeth Gruwez,Maarten van Cauwenberghe  Hetpaleis et Voetvolk jouent et gagnent dans un opus original,singulier,unique.Prenez des enfants et laissez les peindre les couleurs de la vie sans les restreindre sans les brider en les conduisant sur leurs chemins de traverses.Il en résulte une audace,un punch,un culot débordant de générosité et de professionnalisme. Un chantier,des échafaudages comme terrain de jeu et voilà de jeunes pousses de la danse,tous Pareils,tous différents qui se mettent à construire,à colorer leur espace de vie en gribouillis à la Cy Trombly,en body painting,en gestes picturaux dignes de Pollock ou Mathieu.En fulgurances picturales à la Niki de Saint Phalle.Un pinceau peut y tracer le bonheur,le signe inscrit d'une énergie débordante incalculee .Ce sont des enfants et adolescents qui mènent ce bal Bullier digne d'une Sonia Delaunay ou d'un  Severini avec fougue,intensité,générosité sans limite.Incroyable fresque mouvante,les jeunes danseurs maîtrisent une gestuelle qui leur va à merveille,sans code ni contraintes.Chacun y trouve son style dans une grande liberté d'expression.Les couleurs ,les matières y sont maîtresses et les glissades,les jeux induits par l'expérimentation font mouche.Des pots de peintures comme matériaux de base,une toile au sol pour accueillir leur inventivité,leur inspiration en direct sous nos yeux ébahis devant tant de beautés. Au final un immense rideau de scène tel ceux des Ballets Russes à la Picasso se lève et suspend nos rêves aux cimaises.On souhaiterait le voir en étendard sur la façade de l'agora de Montpellier Danse pour illustrer l'esprit d'ouverture du lieu dédié à la Danse et à toute son actualité débordante d'audace. Cette "infanterie" est bel et bien le creuset de l'intelligence de la transmission d'une danse inventive,libre et fédérative.

L'œuvre collective,l'être ensemble comme direction,comme cap accessible,possible endroit de structuration,de sensibilisation à un engagement politique,poétique d 'exception.Ces petits "soldats" ambassadeurs d'une troupe soudée dans la cadence d'une unisson citoyenne, participative,physique,sensorielle à souhait.Une éducation artistique de rêve vécue,pensée en mouvement et toujours de l' avant.Et l'on palpite,on frissonne de plaisir à la vue d 'un tel engagement partagé. 

Au Théâtre Jean Vilar le 4 juillet dans le cadre du festival Montpellier Danse.