On avait eu le privilège d 'assister à son travail à l œuvre lors d un chantier public à Pole Sud CDCN à Strasbourg en décembre 2025. Depuis tout à mûri,c'est construit de la danse à la scénographie.Tel les compagnons d 'Ulysse se réfugiant sous les brebis de Polypheme pour rester incognito, le chorégraphe s'inspire de sa condition fragile de queer dans un pays homophobe et transgresse ici le mythe pour nous faire pénétrer dans des paysages agraires, des architectures éphémères et transformables qui tentent l'impossible utopie d"un monde meilleur.Seul sur le plateau il esquisse une danse de survie,morcelée,tétanique qui oscille entre virtuosité mécanique et dynamique fébrile.
Le hantent, des images d 'un troupeau de brebis qui se jette sur la table d'un festin de végétaux.Elles consomment goulument les victuailles alors que le danseur joue sa vie en déséquilibre sur des bancs puis une table vide.Ce sera lui le sujet et l'objet de la devoration de nos regards.Victime sacrifiée martyr terrassé ou objet d'un sacrifice rituel,élu d"un sacree païen de corps magnifie.Des meules de foin lui délivrent une couche de repos,un berceau reposant ou une charge à manier sempiternellement. Sa danse est préoccupée,intranquille comme menacée par l'intolérance du passé ou peut-etre encore du présent.Sa performance rehaussée de sons et de bruits s'envenime et percute notre appréhension immédiate. Il se met à fracasser les légumes vivants sur l'autel de la faim,délivrant des fragrances nostalgiques de légumes et fruits frais.Vegetarien carnassier du geste de survie, le danseur subjugue,intrigue et questionne ses spectateurs ici réunis pour le banquet des sophistes. Ce "FAE", cette injonction à se nourrir coûte que coûte est telle un théâtre absurde,une peinture mouvante de scènes bucoliques chères à Courbet.Et si l'origine de cet opus était une légende elle serait celle d'un festin archaïque malmené par des divinités païennes à inventer.Par bonheur Terpsichore veille au grain et la récolte au final sera peut-être celle de nouveaux ingrédients pour inventer le goût de la danse, les matériaux sensibles d'une chorégraphie pastorale et archaïque de toute beauté.
Au Hangar Théâtre le 30 juin dans le cadre du festival Montpellier Danse




