jeudi 25 juin 2026

"Ballets russes" Dominique Brun / François Chaignaud / Tero Saarinen: un florilège de solo et duo inédit

 



Coréalisée avec La Filature, Scène nationale de Mulhouse, cette soirée apporte un nouveau regard sur trois titres légendaires associés aux artistes de la compagnie des Ballets russes de Diaghilev qui a bouleversé à jamais le monde de la danse au début du siècle dernier. À cette occasion, Tero Saarinen confie pour la première fois à de nouveaux interprètes son solo signature
HUNT dans lequel il revisite Le Sacre du printemps. De son côté, Dominique Brun réinvente la partition chorégraphique originale de L’Après-midi d’un faune créée par Nijinski et s’empare de la musique entêtante du Boléro de Ravel avec la complicité de François Chaignaud, artiste-invité du Ballet de l’OnR.

 


HUNT de Tero Saarinen. Créée en 2002 par la Tero Saarinen Company en collaboration avec la Biennale de Venise et le Festival Automne en Normandie. UNT — Tiraillé entre une traque extérieure et une quête intérieure, un être aux abois s’adonne à un sacrifice célébrant le cycle infini de la vie et la nature transitoire d’une enveloppe charnelle en constante métamorphose. 

Faire la lumière sur un tel joyau semble la règle d'or de ce solo, divinement interprété par Susie Buisson    ,auréolé pat un fabuleux et méticuleux ouvrage sur la lumière. Dans la pénombre, c'est un être hybride, androgyne qui se distingue peu à peu, esquissant des gestes onctueux, languissants et volubiles. La grâce s'empare de ce personnage alors que les notes du Sacre sous les doigts habiles, agiles du pianiste s'emballent, se diversifient en tension, relâche,suspens, et suspension.La version pianistique est forte, ample et souligne chaque phrasé chorégraphié, chaque geste au plus près des intentions dramatiques du sujet. Alors que tout semble se calmer, des cintres apparaissent des formes en spirales, kaléidoscope de lumières diffractées, morcelés comme sur un miroir brisé, inversé. Spirales en colimaçon qui viennent se fondent sur l'interprète et épouse ses formes. Pour finalement faire de son corps un écran total de couleurs et de lumières. Un costume étrange, longue jupe plissée transforme le corps dansant en éventail, en sorte de papier plié, flottant, selon toutes les vibrations de la danse. Art plastique mouvant, figure en mouvement sous la tension de ce vêtement de plus aérien. Comme sur un écran fragile et oscillant, habité par des fractions de rythmes, de divagations. Ce solo est une prouesse de précision, d'adéquation avec l'oeuvre fébrile, tectonique de Stravinsky. Que l'on croit connaitre et que l'on découvre à chacune des versions que nous en ont proposé tant de chorégraphes à la suite de Nijinsky. Tel le travail plastique de Tony Oursler, tout vibre ici en images déformées, déposées sur le support du corps.Ou du travail de Nikolais sur les poursuites lumineuses des sculptures corporelles. 

Chorégraphie Tero Saarinen Musique Igor Stravinski Costumes Erika Turunen Décor, lumières Mikki Kunttu Multimedia Marita Liulia Photographie en projections Mikki Kunttu Directeur des répétitions Henrikki Heikkilä Ballet de l'Opéra national du Rhin


L’Après-midi d’un faune de Dominique Brun. Créée en 2007 d’après la chorégraphie de Vaslav Nijinski en 1912. L’Après-midi d’un faune — À peine sorti d’un songe, un faune émoustillé par les jeux d’un groupe de nymphes perturbe leurs danses et s’empare d’un voile abandonné par l’une d’elles pour en faire l’objet fétiche d’une vénération passionnée.  

Un faune sur son estrade,Erwan Jeammot, se délecte de la vie, les gestes langoureux, séducteur en majesté, voluptueuse créature mouvante, exquis personnage à l’érotisme discret, plein de pudeur et de distinction. Lui parvient une compagne idyllique, sensuelle aux gestes tout droit issus d'une esthétique de reproduction de danse grecque sur des fresques et frises antiques. Droiture, brisure des membres aux directions multiples qui se divisent en poses nombreuses, ponctuées de silence, de retenue, de suspens. Le couple de danseurs au plus près d'un style épuré, tonique et ciselé.La précision des gestes de la reine des Nymphes,Julia Weiss, contraste avec la langueur du Faune. Du tissus, de l'écharpe portée par cette figure féminine délectable, il se fera l'objet d'un plaisir, d'une extase non dissimulée qui à l'époque de sa création, fit scandale. 

Conception, recréation chorégraphique Dominique Brun Chorégraphie, notation Vaslav Nijinski Traduction en système Laban Ann Hutchinson Guest, Claudia Jeschke Musique Claude Debussy Poème Stéphane Mallarmé Costumes Sylvie Skinazi Décors Léon Bakst Ballet de l'Opéra national du Rhin Piano Jérôme Granjon, Sandrine Le Grand


Un Boléro de Dominique Brun et François Chaignaud. Créée en 2020 par la compagnie Les porteurs d’ombre. Un Boléro — Oscillant entre grâce et rage, une silhouette vaporeuse et sensuelle se livre à un rituel incandescent, guidée par une mélodie lancinante en perpétuelle ascension, évoquant un lointain souvenir d’Espagne.

Toute la délicatesse et la fougue de François Chaignaud est condensée dans ce "Boléro" taillé sur mesure pour une créature de rêve, une figure emblématique pour incarner un symbole de séduction autant que de retenue. Sur l'estrade de bois qui vibre sous les frappements des pieds du Danseur, se raconte un récit de corps troublé par la tension magnétique engagée dans la furie, la folie de cette musique lancinante, hypnotique, un rythme oppressant, omniprésent, qui enfle, gonfle et monte aux nues. Telle une créature fantasmée, divine, le danseur fulgurant porte son costume plein de falbalas, de plis, de froufrous colorés, les cheveux défaits, l'allure sidérante d'une vision idéale de la beauté. On songe à Jorge Donn qui incarna le "Boléro", version Béjart, seul sur son podium. Plein de charme, de désir, de grâce et de fulgurance dans des élans , des bonds endiablés de toute beauté

Chorégraphie Dominique Brun, François Chaignaud Interprétation François Chaignaud Musique Maurice Ravel Piano Jérôme Granjon, Sandrine Le Grand Costumes Romain Brau Scénographie Odile Blanchard Association Les porteurs d'ombre

Cette soirée triptyque est un joyau, magnifiant autant un répertoire que des ré-écritures chorégraphiques sur des musiques "familières" ici déstructurées par la danse qui s’immisce dans chaque phrasé, chaque opus que l'on découvre comme des trésors. 

A l'Opéra du rhin jusqu'au 27 JUIN

mercredi 24 juin 2026

"Migratrice" La nouvelle création de Kaori Ito en répétition: les secrets de famille s'allègent et délivrent les corps pensants..

 


" Cette pièce, construite à partir d’un texte très personnel — celui de ma famille japonaise — interrogera la place des femmes dans les migrations.À travers cette histoire, elle parlera du poids que l’on emporte avec soi dans les déplacements — surtout en tant que femme — et de celui qu’on ramène quand on rentre." Kaori Ito

Pour sa nouvelle création, Kaori bouleverse ses habitudes et ajoute sur le plateau une importante scénographie : des portes de styles différents — celles d’un restaurant japonais, d’un barbecue coréen ou encore d’un PMU — suspendues dans l’espace.

4 interprètes évoluent dans ce décor : Catherine Germain, comédienne française ; Hyoungkwon Gil, percussionniste coréen ; Issue Park, danseur coréen avec qui elle collabore déjà sur ses créations Waré Mono et Dance Marathon Express ; et Nanoka Kato, danseuse japonaise.

ls et elles seront plusieurs fois appelé·es à la table d’un pays ou d’un autre par une même injonction : « Nous avons quelque chose à vous dire. »La scène se répète, les points de vue changent : tantôt parents, grands-parents, enfants, onclesou tantes, ils nous confrontent à l’intériorité de chacun·e, à la mémoire des acteur·ices du souvenir. Dans ce café du souvenir, on retrouve la mémoire — ou bien on la réinvente.Le secret sera révélé... ou bien gardé encore.À travers cette répétition, on observe la reproduction des schémas familiaux qui entretiennent le tabou et structurent parfois des familles entières à travers les générations.

Les secrets de famille sont tabou au Japon, l'invasion de la Mandchourie par les japonais se révèle et surgit de la grande histoire sur une cartographie parlante pour mieux nous laisser pénétrer par les portes et fenêtres dans les coulisses de l'âme d'une japonaise. Kaori Ito défie ici les lois du silence en offrant aux artistes un champ d'interprétation et  d'appropriation de sa culture: poreuse, éponge que deux danseurs Nonoka Kafo et Issue Park assimilent, digèrent, et dansent dans des fulgurances ou des moments de grâce inédits, improbables. Un personnage énigmatique, multiforme s'impose des le départ et raconte comme un fil conducteur les us et coutumes, les colères ou les aveux d'un père, les mystères d'une fratrie. C'est Catherine Germain qui irradie ces figures légendaires, costumes changeants, attitudes variées de femme pétrifiée autant que de géographe cartomancienne éperdue! Touchante évocation des fantômes qui peuplent un univers riche de mémoire, d’icônes, de sensations d'enfance ou d'adulte. Tout se rattache au souvenir dans un présent physique intense, une narration volubile des corps en mouvements. Le percussionniste à l'écoute des vibrations du monde en devient lui-même danseur, pantin dans cet univers , trésor de secrets dévoilés ou enfouis. Hyongkwon Gil, danseur fébrile et cathartique.Tout ceci augure du meilleur, canevas déjà bien faufilé, tissage de main de maitre par la chorégraphe rompue aux histoires de corps hantés par la trace et l'empreinte des faits et gestes imprimés, fondu dans les corps. Et l'esprit des lieux de surgir à nouveau dans une communion sincère avec le public, ici réuni dans le partage d'une aventure quasi aboutie.Le décor fait de pans de portes coulissantes comme une frontière ou un espace d’échappatoire selon l'ouverture ou la fermeture de son dispositif. Un espace de réflexion autant que de plaisir: celui de voir conter et danser les éruptions du monde. Migratrice sur des terrains à défricher, migrante, nomade, éclaireuse sans boussole mais avec un bâton de sourcier magnétique, Kaori Ito arpente les territoires inconnus d'une culture complexe, opaque et très enrichissante.

 

directrice du TJP CDN de Strasbourg Grand Est pour lequel elle développe un projet d’un lieu de théâtre transdisciplinaire, interculturel et intergénérationnel qui défend la transversalité de l’art, l’importance des questionnements des enfants et leur implication dans les processus de création. 

Après Waré Mono en 2023, Moé Moé Boum Boum et Dance Marathon Express en 2025, Kaori créera en octobre 2026, Migratrice.

 Du 15 juin au 1er juillet, le TJP accueille toute l'équipe artistique de Migratrice pour l'avant dernière résidence de travail avant la création le 7 octobre 2026 à la Grande Scène du TJP.

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samedi 20 juin 2026

"Danser Mozart au XXIᵉ siècle" Rubén Julliard / Marwik Schmitt: Mozart joue et danse, gagne en lisibilité musicale et chorégraphique



Ballet jeune public.
Amadé de Rubén Julliard.
Gangflow de Marwik Schmitt.
Reprises.


MO Z A R T. Derrière la légende du compositeur au génie quasi-divin se cache un homme disparu prématurément, épuisé par les excès d’une vie consacrée à la composition. Amadé évoque ainsi la brièveté d’une existence gouvernée par quatre muses singulières – le travail, la maladie, l’anxiété et la création – en mettant en perspective les trente années qui séparent l’enfant prodige exhibé comme une bête de foire du compositeur esseulé et moribond, sacrifiant ses dernières forces dans l’écriture d’un requiem prophétique laissé inachevé un soir d’hiver. Gangflow déconstruit le temps et l’espace de cette ultime nuit fiévreuse pour convoquer les spectres qui hantaient les dernières pensées du jeune maître : les trois sœurs aînées de la famille Weber, inextricablement liées à sa carrière et sa vie intime, ainsi que la Musique elle-même, ce sacerdoce aussi monstrueux que sublime. 
 

La série « Danser au XXIe siècle » invite la jeune garde de l’émergence chorégraphique à interroger l’héritage laissé par les grands compositeurs de l’histoire de la musique. Issus des rangs du Ballet de l’OnR, Rubén Julliard et Marwik Schmitt s’emparent ici de la figure et des œuvres de Mozart avec leurs pièces
Amadé et Gangflow, présentées en décembre 2020 devant un public virtuel. Au fil d’un spectacle pensé comme un tout, les deux jeunes chorégraphes confrontent leurs univers artistiques et leurs regards pour dévoiler ensemble les fragments d’une vie singulière, au cours de laquelle un certain Wolfgang Amadeus s’est consumé pour rendre le nom Mozart immortel.

  


"Amadé"

Un quatuor se dessine dans la pénombre, quatre femmes sur pointes oscillent, naviguent, tanguent dans un océan de musique chorale, ou de piano, toutes des oeuvres de Mozart, intactes ou remodelées pour l'occasion. Car Mozart, ce temple de génie abritant une musique tantôt sombre, tantôt d'une joie débordante, d'un enthousiasme  entrainant subit ici une réécriture chorégraphique singulière et audacieuse. Quatuor rapidement interpelé par un personnage étranger qui vient démanteler, disturber cet ensemble cohérent, compact, complice. Des pas de deux comme des adages classiques viennent ce fondre dans cet univers tournoyant, fébrile, animé de désir, de tâtonnements, de virevoltes jusqu'au sol. Un quintet se forme épousant toutes les musiques qui le bercent ou le détraquent. La virtuosité des cinq interprètes est à fleur de peau, toute de douceur et d'intimité, toute de virulence ou de tonicité. La griffe  de Ruben Julliard bien acérée pour transmettre sa vision musicale de l'oeuvre d'un démiurge musicien. Les costumes noirs, blanc, complices de cette sobriété ou sobre ébriété d'un compositeur hors norme, monstrueux, phénoménal.Le lyrisme, la liberté d"écriture de Mozart se glisse entre les pas, à l'unisson, en ricochets ou successions, passassions de gestes.

Chorégraphie, scénographie, costumes Rubén Julliard Musique Wolfgang Amadeus Mozart Lumières Marco Hollinger Ballet de l'Opéra national du Rhin

 "Gangflow"

La seconde oeuvre se fond dans la précédente comme un heureux tuilage de lumière et de mort. Des personnages sombres, noirs, bleus se fondent sur le plateau, émergent d'un rêve, d'une vision onirique étrange. On les suit du regard dans ces tribulations, divagations très orchestrées, à l'unisson ou en échappée belle. Quatre trublions électriques lancés pour mieux rebondir d'énergie, de fractures de gestes. Une musique inspirée de Mozart en "tube" de rawe party égrène des alleés et venue singulières. La danse s'y inscrit comme doublure, ourlet faufilé de pas, de portés, d'échappées belles , fugues audacieuses.

Chorégraphie, scénographie, costumes Marwik Schmitt Musique Para One, Gesaffelstein, Wolfgang Amadeus Mozart, Brian Eno Lumières Marco Hollinger Ballet de l'Opéra national du Rhin

 

A l'Opera du rhin juysqu'au 20 JUIN