En 1967, Oum Kalthoum donne un concert mythique dans la salle de
l’Olympia à Paris. Symbole patriotique et icône du monde arabe, celle
qui fut surnommée « La Quatrième pyramide d’Égypte », « La Voix des
Arabes » ou tout simplement « La Dame », a été plus qu’une cantatrice de
légende. Après Le Chant du père, Hatice Özer ouvre notre écoute en
explorant une piste nouvelle : celle des émotions produites par la voix
d’Oum Kalthoum qui, chanson après chanson, a bouleversé le paysage
intime de son auditoire. Cris, interjections, évanouissements ! En
partant de la chanson الف ليله وليله « Alif Leila wa Leil » (Mille et
une nuits), un morceau de bravoure qui dure entre trente minutes et une
heure et demie, il s’agit moins d’assister à l’histoire d’un récital que
de revivre, au présent, une expérience singulière de l’attente — de
celles qui précédaient l’extase collective.
Une légende, un mythe ou une femme qui chante? Hatice Ozer brosse un portrait musical hors norme d'Oum Kalthoum avec son entrain, sa verve et toute son admiration pour ce personnage foisonnant. De la musique avant toute chose mais pas avant d'avoir senti le terrain, les spectateurs, l'atmosphère d'un soir, unique, irremplaçable. Une musicienne joueuse de l'accompagne devant le rideau rouge du théâtre: en prologue, démonstration et explication des tonalités, hauteurs, modes, tons et quart de tons d'une musique riche d'émotions, de sentiments.Et ce soir pour la première, c'est l'Amour la star, la vedette du show qui sera à l'honneur. L'Amour ce mot multiple en langue arabe que personne de la troupe ne s'est résolu à offrir tous les sens cachés. Alors on y va, le rideau s'ouvre entre les bras d'une belle envergure de Hatice. Dans un costume brillant, très seyant, elle ouvre le bal et son évocation de la célèbre chanteuse débute par une histoire, bien, sur à sa façon; conter le concert d'Oum Kalthoum à l'Olympia, le temple du Music-Hall. Un concert qui à l'époque fait la une tant le public y vient nombreux, multiple, originaire de partout et toute classe sociale confondue. Une joie pour l'actrice-metteuse en scène d'incarner sans falbala ni faux semblant cette égérie de la culture arabe, en chanson, en voix puissante et redoutable. Un morceau choisi parmi tant d'autres qui lui traverse la tête et tout le corps. Une façon de nous introduire dans l'univers partageux, généreux de l'artiste légendaire. Avec son orchestre de circonstance, saxophone, violons, contrebasse, violoncelle et percussions.Un bel ensemble qui pulse, vibre, résonne sur le plateau avec émotion, discrétion et respect total. Une petite communauté, large et poreuse, communicante, musicale à souhait. De quoi découvrir et partager une ambiance, collective qui se renforce avec la participation d'un choeur parmi les spectateurs qui viendra au final partager la scène. Initiative humaine et participative aux racines d'une communauté vivante porteuse d'un patrimoine intact. La comédienne se fait actrice très charnelle et sensuelle, la voix parlée enjôleuse et séductrice, emplie de ces Amours multiples aux entrées et sorties bien imagées. La vie et l'oeuvre d'une grande artiste ainsi visitée, séduit et ces "Mille et une nuits" qui n'en feront qu'une rivalisent d'authenticité et de justesse, d'originalité et de pudeur.Hatice Ozer au mieux de son écriture évocatrice et pertinente, entourée d'un univers musical joyeux, grave autant qu'humoristique. Une première soirée de Gala au TNS qui s'ouvre sur un concert dans les hauts du 7 ème ciel en présence du public convié à rejoindre un quatuor savant de musique du monde méditerranéen, en verve et plein de gaieté bien trempée. Un esprit "maison" qui se savoure sans modération.
[Texte et mise en scène] Hatice Özer
[Composition et direction musicale] Antonin-Tri Hoang
[Avec] Karam Al Zouhir, Khadija El Afrit, Anil Eraslan, Ayman Hlal, Hatice Özer, Anissa Nehari, Antonin Tri-Hoang et Juliette Weiss.
[Production] Théâtre national de Strasbourg
[Coproduction] tnba – Théâtre National Bordeaux Aquitaine, Compagnie La neige la nuit
Avec la participation du Jeune théâtre national
Au TNS jusqu'au 7 Mars















