Et si guérir n’était pas apaiser, mais réveiller ? Avec The Curing Line, Michael Gallen imagine un opéra traversé de forces contraires, où les savoirs anciens rencontrent l’urgence d’un présent électrique.
À travers Cora, jeune femme dépositaire d’un don ancestral qu’elle ne parvient plus à exercer, The Curing Line interroge sa transmission, sa possible disparition et ce qu’il advient d’une société qui perd la capacité à prendre soin d’elle-même. Autour d’elle, un collectif d’interprètes aux qualités multiples (jeu, chant, instrument), venus de l’opéra, des musiques traditionnelles, de la pop et de la création contemporaine, donne corps à cette histoire à plusieurs voix. S’ajoute sur scène les résonances du sean-nós — chant irlandais très ornementé — que Gallen associe à des motifs incantatoires, à des sonorités industrielles et aux pulsations du corps. Un spectacle engagé et vibrant, où la guérison devient affaire de mémoire, de communauté et de transformation.
The Curing Line
(2026)
création française
Un opéra contemporain est toujours à signaler comme un événement à saluer, unique, rare et donc précieux. Celui de Michael Gallen en fait largement partie par toutes les qualités requises pour une telle entreprise. Le livret est dense et l'intrigue haletante, ancrée dans la tradition narrative autant que musicale de l’Irlande. Une fable sur la guérison, les us et coutumes ancestraux de guérison entre magie, magnétisme et autres recettes de bonheur retrouvé. Cora en est l'heroine, bordée de deux comparses aux voix phénoménales de puissance, justesse, équilibre des timbres. Se fondant dans la masse orchestrale des instrumentistes et du choeur. Une oeuvre complexe, compacte et pleine de rebondissements, dynamisant une mise en scène cernée par deux pans de murs colorés: deux montagnes à franchir ou une métaphore plasticienne de ces poumons évoqués dans l'intrigue. Car cet oeuvre ne manque ni de souffle, ni de respiration, traitant des maladies de ces organes essentiel à la vie: du premier cri au dernier souffle c'est bien la cage thoracique qui draine et nourrit l'ensemble de ces corps chantant, devant nous, proches et éclairés par la magie des tons ocres, rougeoyants. Les actrices-chanteuses y sont rayonnantes . Amy Ní Fhearraigh, Sarah Shine se partagent le plateau avec fougue et verve, passionnées par cette légende, conte de fée irlandais aux accents très contemporains.Alors que le père disparu hante la scène tel un Monsieur Loyal haranguant le public. L'opéra ne serait rien sans la présence du piano, partition qui se trame en entrelacs complexes dans la formation initiale des instrumentistes. On vit dans le suspens et l'empathie cet opus qui soigne et entretient notre écoute, notre vision d'une culture traditionnelle qui interroge les sujets contemporains avec sensibilité et respect. Une légende bien vivante et incarnée par un ensemble très cohérent et soudé dans une musicalité pleine de rebonds. A plein poumons, au souffle large dont les textes et répliques ne manquent ni d'audace, ni d’intérêt sonore. Les corbeaux sont de retour pour illustrer mystères et fantaisie d'un univers irlandais profond, sorti des tourbes et des croyances: un terroir musical riche et fertile à cultiver pour de bons crus "opérationnels" et "opératoires" de toute grandeur et beauté.
composition, mise en scène, livret Michael Gallen
livret Annemarie Ní Churreáin
mise en scène, création vidéo Shawn Fitzgerald Ahern
création vidéo Laura Rainsford
scénographie, costumes Pai Rathaya
création sonore Simon Cullen
création lumière Yukiko Yoshimoto
direction Clara Baget
soprano Amy Ní Fhearraigh, Sarah Shine
batterie, cor, trompette, voix Romain Bly
clarinette, clarinette basse, voix Joséphine Besançon
contrebasse, guitare basse, voix Caimin Gilmore
violon, alto, voix Maria Ryan
piano, harpe celtique, flûte irlandaise, voix Oisín Walsh-Peelo
Choeur de Chambre de l’Université de Strasbourg
chef de choeur Yann Lauras
interprète à l’écran Colm Breathnach, Ruth McGill, Aaron O’Hare
Présenté avec l'Opéra du Rhin A la cité de la musique et de la danse 26 et 27 Septembre dans le cadre du festival MUSICA






