Espèces d'espaces pour enfants indociles et parents terribles en ombre.Un duo d 'artistes improbable et pourtant si complice s'expose dans le grenier du Musée de la Poterie de Betschdorf,désormais fief de l 'art des "installations" d'artistes.Un univers qui interroge dès l'arrivée au tournant de l'escalier pentu.
Comme dans un rêve,voici des vitrines pleines d'objets détournés de leur fonction,de reliques vivantes, de livres empaquetés dans des toiles blanches à la tranche évoquant leur titre,reecrits à la main.C'est l 'œuvre d'Isabelle Thelen,toute en douceur et nostalgie sur des mouchoirs,des serviettes ou des polochons,oreillers de nos nuits étoilées.Suspendus au ciel par des cordes,les pelures brodées des taies d'oreillers emportent et soulèvent celui qui s 'attarde à regarder dans une atmosphère onirique sereine.Et pourtant voisinent deux carcasses de sommiers de lit, suspendues et reliées aux poutres de la charpente pour ne pas s'évader du grenier.Avec ressorts usés et vermoulus par les longues nuits évoquées sans sommeil.
"La première qui s'endort réveille l'autre"' comme phrase brodée sur la toile du coussin suspendu.Et les vitrines en résonance où se niche le travail de Miriam Schwamm ressuscitent ce parcours insolite.Pippi Langstrumpf y perd sa natte et garde la paire de ciseaux fautive,objet du crime,près d'elle..
Un tableau d'antan représente la femme au travail domestique,percée d'impacts de fléchettes.L'humour décalé de l'artiste s'abreuve de ses origines allemandes avec des images,icônes du souvenir colorise de l'enfance.Un petit tas de friandises,bonbons acidulés rappellent ses penchants de gourmandise nostalgique.
Quatre cadres brodés supportent de petits puzzles détournés .Tout cela chiné dans des vides greniers alentours chargés de mémoire vive.Grenier empli d'une ambiance sereine,bercée de silence,de recueillement.Desuette autant que grave,l'installation conduit dans un monde défait à refaire,reconstruire avec les restes et reliefs d'un festin d'antant,d'un repas partagé de mots brodés,de livres achures,de tissus ouvrages par de petites mains disparues. Un univers ludique,enjoué où l'on joue à cache-cache avec les objets-souvenirs.Le parfum du lieu,les espaces conquis où s'agripent deux cordes à nœud invitent à la contemplation joyeuse,à un bivouac salvateur dans le monde de l'enfance.
Celle qui nourrit nos fantasmes, nos imaginaires.Un petit singe en peluche couronne veille au grain et surveille ce petit peuple :la vie agitée des eaux dormantes, dessine vanités, ressorts déglingués,couette délaissée sur un matelas usé poussiéreux de nos nuits blanches.Et le grenier d'ouvrir ses mystères comme dans Fantomette ou Les petites filles modèles,enfants terribles de parents modèles se froissant dissimulées au creux des poutres de la salle enchantée. Un duo de choc pour mieux entrelacer souvenirs et actualités et plonger le visiteur dans des "espèces d'espaces"intriguants et révélateurs de mondes inconnus,spectres de l'innocence et de l'archive architecturee de nos existences.















