samedi 14 février 2026

"Que de poissons!": un récital qui fait mouche! Ca mord et ça fait une touche!

"La sardin" desnos/wiener

 Des poissons et des hommes, des sirènes bercées par Honegger, des grenouilles qui coassent au fond du jardin avec Satie...Et la maman des poissons n'a pas froid aux ouïes selon Boby Lapointe!

Des vrais poissons , carpe de Poulenc, brochet, sardines variés de Jean Wiener et Robert Desnos.Des crustacés sur la plage abandonnée , homard, crabes et autre écrevisses. Pour une bonne bouillabaisse de Fernandel pêchée par deux martins pêcheurs, l'un de Ravel, l'autre de Wiener. Après tout ceci, c'est un petit oiseau, un petit poisson de Juliette Gréco qui aura la bonne pêche ainsi qu'un pélican, une baleine et un dauphin pour prendre le relais dans la passe à poissons..Un bestiaire aquatique fabuleux vous attend.A vos cannes à pêche et hameçon pour que ça morde énormément. Venez comme "le poisson sans soucis" de Kosma en toute modestie sans faire la queue de poisson d'Avril..Comme des poissons dans l'eau..

A vos écoutilles : on chantera sans filet ni appât, sans arrête pour cette pêche miraculeuse.

christiane Jaeg

Chant Geneviève Charras  Piano Christian Vidal

Salle St Laurent Munsterhof 9 rue des Juifs Strasbourg 

Dimanche 19 Avril 11H Entrée libre chapeau réservation: 06 51 77 85 95

vendredi 13 février 2026

"Le Sommet" de Christoph Marthaler: passe- plat ou passe-muraille désopilant. Ascenceur pour Cervin ou Jungfrau...


 Là-haut sur la montagne est juché le chalet de Christoph Marthaler, nouvel avatar de ses microcosmes incongrus et poétiques, lieu d’une rencontre au sommet où l’on parle allemand, français, anglais, italien. D’où sortent ses locataires ? Que font-ils là ? Pour quoi faire ? Et d’ailleurs où aller, une fois arrivés au sommet ?


C’est tout le paradoxe du théâtre du metteur en scène suisse, qui laisse une large place au mutisme : la langue en est souvent le point de départ. Le mot, dans sa polysémie, devient la métaphore de son univers – celui des situations de l’entre-deux, de l’indéfinissable, de la suspension si productive du sens. Une chose au moins est sûre : nous ne sommes pas à Davos. À moins que... les protagonistes ne semblent pas vraiment savoir ce qu’ils et elles font là, dans cet étrange refuge, et goûtent le temps présent. Par le truchement du costume, les voici alpinistes-chanteurs et chanteuses à l’attirail légèrement suranné, élégant·es convives d’une soirée mondaine, touristes profitant des délices du sauna. Si le sommet ne débouche finalement sur rien, six personnages en quête de hauteur, c’est déjà ça.

 
 
Sur les cimes, au faîte d'une cabane helvétique
Le décor est planté: l'intérieur d'un chalet en bois, grandeur nature, comme une introspection d'espace et de volume, une antre sympathique où unité de temps, de lieu et d'action vont faire mouche et troubler les règles de la dramaturgie classique. Au centre, une montagne de schistes, lauzes polyphoniques et phonolite de roches métamorphiques.Théâtre de Molière ou théâtre d'une forme surréaliste débridée où l'on ne cherche pas à trouver du sens mais à être bouleversé par le rythme, la mise en espace et en bouche d'une narration quasi muette, aphone et pleine d'images, iconographie scénique fort intrigante. Et voilà, c'est parti pour une intrigue lointaine où un monte-charge permet aux protagonistes de faire une entrée royale, remarquée, accompagnée par un valet, homme à tout faire qui orchestre ces allées et venues burlesques. On s'y présente, le corps morcelé, sans visage ou sans pied, le temps de faire son apparition scénique dans ce passe-plat chargé d'hommes et de femmes aux costumes étranges. L'une d'entre eux, un énorme sac à dos comme une sculpture de Daniel Firman.
 
daniel firman

Ou une photographie de Denis Darzacq où les corps sont plastiques et esthétiques, brûlent et abolissent la notion de pesanteur-apesanteur...
 
denis darzacq

Chacun dissemblable, trois hommes, trois femmes, la parité est respectée pour ces élections de choix où les candidats semblent attendre ou patienter dans l'antichambre ou la salle d'attente d'un cabinet de curiosités. Absurdes situations burlesques et clownesques, pinces sans rire comme des crustacés  confinés dans cet espace où l'on s'incruste à l'envi. Que font-ils sinon passer le temps à lire dans des classeurs d'antan, des bribes de partitions rythmiques savamment orchestrées en échos et ricochets. De jouer la vedette de music-hall, micro au point dans un show solitaire très drôle. Et surtout d'expérimenter tout un fatras de sons, percussions corporelles dignes d'un Willems -tient un musicologue pédagogue  suisse-.....Car devenir musicien implique un processus d’apprentissage assez long, comparable à celui d’une langue maternelle. Pour que la perception des vibrations sonores (la matière première de l’art musical) puisse aboutir chez les élèves à la conscience organisée d’un langage musical, il est nécessaire de connaître ce que Willems appelait le "fonctionnement", comment s’articulent les facultés sollicitées pour l’apprentissage musical : l'audition ( l’oreille musicale) le sens du rythme le chant ( la justesse de la voix) le mouvement corporel (vivre la musique dans son corps). Alors tout dériverait de cette pratique corporelle, initiatrice de bien des tableaux, saynètes et autre sketches de ce Théâtre Musical qui rejoindrait Aperghis.. Les séquences toujours explorant les espaces de ce chalet, squelette à étagères, tables et chaises comme autant d'accessoires discrets portant la scénographie et le jeu malin de ces six personnages en quête de bonheur, de convivialité dans ce petit espace de confinement où se dénouent des intrigues à la Ionesco ou Beckett. Christoph Marthaler en musicien indisciplinaire sans portée ni fausses notes nous charme et nous conduit dans le labyrinthe d'histoires sans queue ni tête comme un oulipo, ouvroir de musique potentielle littéraire revisitée sous contrainte par le son, le rythme, la cadence. Sans timbre, tessiture ni dissonances ou fréquences barbares. Inspirées de musiques populaires suisses et autrichiennes et d'emprunts à Adriano Celentano, les Beatles, Mozart, Schubert à qui on tord le cou. Les textes, en aussi psalmodiés, lus ou récités, vécus comme leurs auteurs -Cadiot, Pasolini et Marthaler- entre autres. Du bel ouvrage dans des costumes chatoyants qui désignent leurs mannequins  dans leurs personnages respectifs. Le sourire, le rire en cape se dessinent sur les visages des spectateurs devant tant de faits et gestes incongrus et drôlatiques, de sons et exercices de style bien ancrés dans l'écriture choré-graphique du metteur en scène frondeur et provocateur d'humour jamais noir mais plutôt dérisoire et captivant: à vos passe-murailles pour ce décapant opus réglé comme une montre suisse et taillée au cordeau pour l'audace dissimulée de ces faits et gestes invraisemblables.Au final, la montagne se couvre de couvertures de survie à la Beuys, feutre bienveillant . Ça donne envie de yodler! En juste au corps folklorique designé! Marthaler au sommet de son oeuvre!
 
 
 
Au Maillon avec Musica les 12 et 13 Février


mercredi 11 février 2026

Voix de Stras' Lab ! Ourlet pour "Haute couture et illusion exquises", broderies musicales et vocales sur mesure

 


CONCERT Rendez-vous au cœur du moteur !
Dans le cadre des Rendez-vous de la Voix, Voix de Stras' et Catherine Bolzinger nous retrouvont ce mois de février pour une soirée au cœur de la création musicale : découverte en avant-première des prochains titres cultes de Voix de Stras', extraits de leur prochaine création 𝙃𝙖𝙪𝙩𝙚 𝙘𝙤𝙪𝙩𝙪𝙧𝙚 𝙚𝙩 𝙞𝙡𝙡𝙪𝙨𝙞𝙤𝙣𝙨 𝙚𝙭𝙦𝙪𝙞𝙨𝙚𝙨
­Prochaine création de Voix de Stras', 𝘏𝘢𝘶𝘵𝘦 𝘤𝘰𝘶𝘵𝘶𝘳𝘦 𝘦𝘵 𝘪𝘭𝘭𝘶𝘴𝘪𝘰𝘯𝘴 𝘦𝘹𝘲𝘶𝘪𝘴𝘦𝘴 est à mi-chemin entre cadavres exquis et illusions perdues. Catherine Bolzinger y conjugue émotion sincère et pétillante au fil d'acrobaties vocales et d'histoires d’amour pas toujours éternelles - l'amour, toujours l'amour, n'est-ce pas, dans le fond, la seule chose qui nous intéresse ?
 
photo robert becker

Voix de Stras" en fashion week ou plutôt night, on aura tout vu!
Ça pique et ça coud, on épingle l'ourlet pour façonner in fine un futur concert cousu main, pli selon pli à la Mariano Fortuny. Et c'est du sur mesure bien en mesure à la mesure de ces artistes virtuoses. Un laboratoire de petites mains, de grandes voix pour tisser une œuvre prochaine et promise, bien étoffée. Pas un faux pli pour cette interprétation épurée, séduisante taille XXL.Mode d'emploi sans se défiler sur le podium du Temple Neuf, berceau de la manifestation de ce "patron" de concert en chantier. Surfiler, faufiler,coudre à grands points pour maintenir provisoirement les parties d'un ouvrage. On fignole ce qui ne se prête à porter. Kaléidoscope, mosaïques et collages comme métaphores de l'écriture musicale de Catherine Bolzinger.
 
photo robert becker

C'est Poulenc qui inaugure le concert avec une version des "chemins de l'amour", fidèle au romantisme du sujet et plein de digressions sonores savantes et orchestrées en fonction des timbres et tessitures des voix des cinq chanteuses de cet ensemble 100 % féminin de toutes nationalités. Un joli début de "préliminaires" et suivent " Mon Youkali" d'après Kurt Weill et "Carmen" de Bizet qui se chevauchent, s'imbriquent savamment laissant place à des bribes de chacune, des reprises , Catherine Bolzinger en couturière habile, à l'écoute des dissonances. Bel ensemble chatoyant de deux habaneras qui tanguent, hésitent et se fondent en un opus hispanisant réjouissant. La Villanelle de Berlioz se fond ensuite avec "Les sabots d' Hélène" de Brassens et les fraises des bois rebondissent discrètement en fin de parcours pour réjouir nos sens et notre écoute de ces patchworks musicaux de haute volée. "Nos histoires d'amour en quatre épisodes" vont être ponctuées par l'intervention de Catherine Bolzinger qui va introduire chaque pièce d'une courte narration. 
 
photo robert becker

Un petit tour dans "La chambre" habitée par Janequin, Offenbach et Delibes pour une réunion au sommet de bribes et extraits, de morceaux de chacune des références:"Lakmé, duo des fleurs" entre autres qui s'immisce dans la verve d'Offenbach avec bonheur et accueille les cris de Paris ou chants d'oiseaux de Janequin. Ce dernier et Catherine Bolzinger utilisent de nombreuses onomatopées répétées plusieurs fois dans l'oeuvre. Parmi celles qui sont les plus utilisées par l'auteur on a notamment : « frian frian », « trr trr », « frr frr ». Du bel ouvrage de composition multiple construit selon les affinités sonores ou les contrastes de chaque pièce. De l'imagination pour la compositrice qui se régale des échos, rebonds et ricochets de la musique ainsi remaniée. Suivent "L'amoureuse" tendre évocation de l'univers d'Eluard, en effet "sotto voce", doux comme sous la couette. "La vinaigrette" qui prend comme une bonne mayonnaise entre Boris Vian avec sa "Complainte du progrès", France Gall et son "Résiste" nappé de sonorité de folklore vénézuélien: un joli tour de main pour un joli tour du monde vocal. Les chanteuses à l'aise dans ce répertoire fantasque, fantaisiste de toute beauté. La Corée n'est pas oubliée avec "Arirang" chanté par Hae-Lim Lee du fond du temple vers ses consœurs. Belle sororité complice entre ces cinq artistes réunies ici pour un ensemble, une union , une écoute respective remarquable.
 
photo robert becker

Et c'est le clou de la soirée: le public choisit trois oeuvres du répertoire, vote à main levée et se laisse embarquer dans des univers variés, séduire par des interprétations croustillantes. De bruits et de tristesse, berceuse américaine puis chant coréen de toute beauté...
Une soirée inventive, dynamique, portée par des voix choisies pour leur ampleur, leur timbre et tessiture remarquable. Un rendez vous mensuel qui ravit, enchante à consommer sans modération!
 
Avec Rebecca Joy Lohnes, Hae-Lim Lee, Varduhi Toroyan, Gayané Movsisyan et Manuela Rovira, chant
Catherine Bolzinger, direction
 
Visuel affiche: Aurélie Mathieu, photo : Jean-Marie Colin
 
𝗠𝗲𝗿𝗰𝗿𝗲𝗱𝗶 𝟭𝟭 𝗳𝗲́𝘃𝗿𝗶𝗲𝗿 𝗮̀ 𝟮𝟬𝗵
𝗲́𝗴𝗹𝗶𝘀𝗲 𝗱𝘂 𝗧𝗲𝗺𝗽𝗹𝗲 𝗡𝗲𝘂𝗳, 𝗦𝘁𝗿𝗮𝘀𝗯𝗼𝘂𝗿𝗴