jeudi 16 juillet 2026

"Bang bang" ou la performance tonitruante de Manuel Roque

 


Démarrage en trombe sur un plateau plus que nu: un duo d'hommes impressionnant sorte de compte à rebour sidérant sans cesse nourri pendant plus d'une heure par un tonus et une énergie affolante.Performance athlétique certes mais ingéniosité des couches et strates de danse,de rythme et de cadence à vous couper le souffle.Est-ce humain ce déferlement de perte et de dépense,de calculs en tête,de mémoire corporelle? On se questionne sur la durée,l'intensité de ce duo jumeaux toujours à l'unisson,sans faille,hors norme,énorme.On n'achève pas des danseurs consentants dans l'épuisement et la fatigue qui bondissent de plus belle au final ou se posent parfois sans le faire voir ni le  savoir.Nils Levazeux et Manuel Roque,mutins,drôles et plein d'humour de surcroît.La belle affaire pour ces garçons en quête d'authenticité et de magie physique bien réelle.Le compte est bon et la machine infernale comme une locomotive lancée dans l'espace,hommes canon de foire du trône comme à la belle époque des curiosités singulières.

Aux Hivernales jusqu'au 20 juillet 13h 30

Dans le cadre du festival "ont (y) danse aussi l'été "

Wen-Jen Huang Seed Dance Company: "Lost Connection"

 


Zombies dance..

Et si notre société ressemblait vraiment à cet amas de créatures,zombies démesurés,sorte de fœtus déformés,conditionnés par des comportements grégaire et étranges?Les danseuses commencent par se scruter le visage avec les lueurs glauques de leur portable comme des individus attachés scotchés à leur outil de consommation numérique.Les visions sont hallucinantes metaphoriquement impressionnantes et les métamorphoses des visages en grimaces grotesques, violentes et siderantes.  Toute la pièce singulière de la chorégraphe transpire l 'horreur ou la magie de la transformation des corps en autant de sujets bizaroides et singuliers. Hypnotique à souhait,mêlant science fiction et réalité tangible cet opus révèle une danse perturbée,intranquille de toute beauté. On est connecté à la fragilité et le danger des outils de communication,piège et apas d'un monde en mutation qui déforme et appauvrit la relation.Les quatre danseurs au mieux d'une performance surréalisme de belle envergure.

Aux Hivernales d'Avignon judsqu' au 20 juillet 12h.

mercredi 15 juillet 2026

Vive le sujet! Tentatives série 2


 "Revenir au monde" de Juliette Navis

My lunch with Ravel format boléro

Le piano est dressé sur le plateau du Jardin de la Vierge.A quel sacrifice rituel sera dévolue cette table de travail de cheffe cuisinière parée d œufs,de farine et d'ustensiles culinaires?C'est le lieu de retrouvailles entre une comédienne et une cheffe en cuisine ou tout va basculer dans un récit vivant,goûteux ou la saveur des mots,des souvenirs questionne notre existence,notre rôle dans la vie. Deux femmes se livrent à dévoiler leurs recettes entre inventivité et tradition.L"une suspend au fil à linge le resultat d'une pâte à nouilles roulée auparavant dans son appareil. In situ la cuisine se prépare comme un partage d'idees, d'avenir professionnel.On y apprend que la gastronomie est le fief de la perfection autant que de la terreur tétanique d 'échouer.. Alors virement de bord pour Celine Maguet qui s'engage dans la cuisine partagée auprès des rencontres et non des co ntraintes. Le dialogue bat son plein et le boléro de Ravel fait son entrée comme métronome d'une recette de risotto mythique. Et d"evoquer la danse de Sylvie Guillem comme don de soi,mets convoité signé Bejart.Épicerie fine des saveurs chorégraphiques de notre enfance.Cest drôle et fameux,esquisse à l'identique par Margot Alexandre comédienne joueuse et danseuse de tout son être pensant.A quoi tu penses quand tu danses de Marie Nimier en référence ? En tout cas l'image finale,cette table dressée pour deux comme une nature morte est saisissante autant qu" apaisante.Juliette Navis signe ici son "my lunch with Anna" façon Alain Buffard,dialogue savoureux entre deux savoir être et savoir faire en construction destructurée de grande cheffe étoilée 


"Dear" de Johana Maled

Batir dit-elle..
Des batisseuses d'empire,des travailleuses de choc, vêtues de costumes sobres de chantier,des gants protecteurs pour outil de travail..On est sur un chantier que tente d'inventer une femme,ouvrière à la lourde tâche de construire un édifice de parpaings de béton. Architecture lourde,épineuse,dangereuse et rugueuse.Les sensations d'effort,de dépense et de perte s'additionnent au fur et à mesure que sa complice met la main à la pâte et tente elle aussi de dresser puis d'anéantir ce chorten de fortune qu'il lui faudra détruire à grand renfort de coups de massue.Danse du poids à la Laban qui fait basculer le corps et l'ancre à l'endroit où il doit tester son équilibre,sa for et dans son assiette précaire. L'une,Johana Maledon est puissante et ses muscles bandent forts d'une détermination à survivre et mette la tête hors du béton.L'autre Gelicia Rigel,costumée en gaine folklorique,le buste prisonnier de lacets  d'un corset,tenue de travail non appropriée ,est robuste. Elle entame la destruction de cet édifice de briques bétonnée,rageuse, en cérémonie salvatrice.En colère,en révolte,en soulèvement à la Didi Huberman.. Les deux anti héroïnes vont vaincre les ruines et le tableau final sera peut être celui d 'un paysage dévasté par la guerre ou la cruauté humaine.Une fable d'aujourd'hui conduite par la musique de Rodrig de Sa avec tac,force et pleine de conviction. Un trio rude et tendre,destructuré vivifiant et sauvage. 

Au festival d'Avignon jardin de la vierge avec la SACD busqu"au 18 juillet