Dans ce nouvel opus, le chorégraphe
s’inspire des rassemblements spontanés qui soudent les individus dans
leurs élans citoyens. Il interroge l’énergie traversant les corps, les
modes d’identification et les codes tacites de ceux qui s’investissent
dans une cause commune : d’où naissent ces mouvements aspirant à changer
le cours du monde ? Seatings, marches, course à bout de souffle et
larmes brûlantes provoquent parfois cette exaltation d’appartenir à une
nouvelle puissance, générant son lot de rencontres et d’histoires
d’amour. Quand les mouvements populaires se transforment en nécessité
vitale, quand dans la foule deux regards se croisent dans une lueur
d’espoir, ils ne peuvent que toucher un chorégraphe qui crée depuis
quarante ans avec des danseurs qui eux aussi s’engagent chaque jour dans
une union collective. Au coeur de cette création, se lève comme une
promesse qui vient souder les utopies sociétales et artistiques.L’ÉNERGIE COLLECTIVE DES GRANDS RASSEMBLEMENTS NOURRIT LA CRÉATION D’ANGELIN PRELJOCAJ
Angelin Preljocaj a toujours considéré et nommé la Danse comme "un art de combat". Alors ici dans cette évocation du "soulèvement" il peut aisément s 'épancher sur ce mot d'urgence,de révolte,d'indignation d' une actualité troublante.Sur le plateau immense du théâtre Sarah Bernardt s’égrène une danse virtuose,fragile,intimiste autant que rebelle et acharnée.Une grande manifestation de son art de la composition, des portés collectifs, des corps magnifiés par la grâce de sa gestuelle affinée,écrite avec soin et respect pour ces interprètes galvanisés par un propos d'envergure et de gravité. Se mettre sous la peau de révolutionnaires d'un soir,d'une émeute est chose rare et précieuse,audacieuse et précaire. Solides comme des rocs autant que fragiles dans des solos et duo taillés sur-mesure à la démesure du sujet évoqué. .On songe au " soulèvement"de Didi Huberman et son exposition au mu6see du Jeu de Paumé en 2017.La danse se partage entre lyrisme,douceur,sensualité et audace vertigineuse comme à l'habitude de cette signature incontournable de la Danse d'aujourd'hui.Mais faut-il pour autant évoquer l'utopie du propos par une présence de ces policiers rutilante,et pailletée,par une scène un peu fleur bleue de femmes à demi nues se dessinant des fleurs dans le dos?...On gardera ces images de corps enchâsses qui dénouent une calligraphie élégante et pulsionnelle,comme autant de points de chainette, de maillons semblables aux images mécaniques projetées simultanément.Danse voluptueuse d'engins industriels,d'engrenages diaboliques qui trans forment les corps en robots obéissants et soumis.Révolte ou volutes volubiles,tableaux un peu légers de policiers tabassant des manifestants contraints à l humiliation. Des silhouettes noires sur le fond de scène menacent et provoquent la rébellion.
Il nous faudrait relire "Danser en mai 68" de Guillaume Sintes et revoir "Insurrection" d'Odile Duboc pour mesurer l'ampleur du sujet et lui conférer plus de crédibilité. Alors l impact de cette œuvre serait elle encore plus efficace et digne de l'ovation et de l élévation physique du public , ce soir là veille d une grande mobilisation civile et politique sur le territoire français...
Au Théâtre Sarah Bernardt le 22 Octobre