"Thésée, sa vie nouvelle" de Guy Cassiers et Valérie Dréville
D'après le roman de Camille de Tolédo
Guy Cassiers porte sur scène Valérie Dréville dans une adaptation orale et visuelle d'une extrême richesse pour les sens en éveil: l’ouïe et la vue comme vecteurs et transformateurs de la narration, du récit inédit de l'autrice. La voix de l'actrice est à peine audible, douce, pesée, confidentielle au démarrage de l'opus et l'attention extrême est d'emblée convoquée pour apprécier les sonorités de la langue, le secret des histoires qui se dévoilent dans un récit qui avance sans cesse. Doublée d'images vidéographiques denses, fortes et d'une captation augmentée de l'actrice par une caméra en live, cette fiction-réalité touche et disturbe les repères temporels. Cette femme interprète, s'adonne au jeu du double, des différentes facettes de son personnage grâce au jeu des images projetées qui la traquent, la surdimentionnent. Au sol des images peintes ou des graffitis comme des confettis d'icônes multiples soignent une scénographie sans gravité qui semble plane dans l'univers. Pas de plancher ni de surface où s'enraciner dans les évocations du passé et du héros Thésée aux prises avec un destin périlleux.
La parole se délivre plus imposante et fait face au public toujours dans une grande intimité. Sédative atmosphère hypnotique qui berce dans une sorte de confort intimiste remarquable. Le corps de la comédienne en immersion avec le travail magique de Bram Delafonteyne, expert en construction d'imagerie vidéo, de structuration de l'espace autant au sol que sur l'écran en fond de scène.
Le bruissement des couleurs, des lumière et autant de fragments, de découpe et selon un savant montage rythmique du déroulement et de la succession des images enregistrées. Images sorties tout droit d'archives, du passé où corps et graphies se confondent, s'entrelacent à l'envi. Valérie Dréville, discrète et magnétique vibre et sonde les abysses de ce texte profond que l'on écoute suspendu à ses lèvres, en corps à corps avec sa voix, ses attitudes et postures chorégraphies sereines. Un opus rarissime au doigté fragile et distingué pour un voyage-paysage au long court, la durée de ce "Thésée"pris dans le labyrinthe de la mémoire. Toutes les images s’additionnent, se superposent à foison dans une sorte de vitrail mouvant aux contours marqués par les frontières graphiques de l'assemblage. Un alliage iconographique resplendissant de lumières et de musicalité rythmique saisissant.
Au Maillon jusqu'au 17 Octobre




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