Pour la première fois, le célèbre chorégraphe Angelin Preljocaj compose la distribution exclusivement d'amateurs... de plus de 65 ans. Pendant deux mois, huit seniors sélectionnés parmi 300 candidats vont s’entraîner durement, six heures par jour, pour relever un florilège de défis : combattre les idées reçues sur le vieillissement et la sexualité, dompter leurs corps meurtris, apprivoiser leurs failles. Autant d’épreuves qu'ils doivent toutes et tous surmonter, afin de monter sur scène et y briller le jour de la Première au théâtre National de Chaillot à Paris.
"Ce que je ne voudrais pas, c’est qu’à la fin, quelqu’un dise : “J’ai vu un spectacle avec des vieux.” Je veux qu’il dise : “J’ai vu un spectacle avec des interprètes époustouflants et, en plus, ils sont âgés” » Angelin Preljocaj, chorégraphe.
Monter un spectacle avec une troupe de huit danseurs tous âgés de plus de 65 ans. Derrière ce pari artistique un peu fou, le chorégraphe Angelin Preljocaj. De la douleur au plaisir, des doutes à la confiance retrouvée, la réalisatrice Valérie Müller met en lumière ces corps dansants et vieillissants portés par une force et un éternel désir de vie. Dans ce documentaire sensible, « La Force de l’âge » se révèle dans toute sa grâce... Ils sont plus de 300 à venir passer le casting hors norme qui va désigner les interprètes du nouveau spectacle du chorégraphe Angelin Preljocaj. Ces candidats singuliers ont tous plus de 65 ans sans limite d’âge au-delà. Pour les huit sélectionnés, l’enjeu est fort. Mais le désir de dépasser les convenances de leur âge porte chacun des interprètes qui outrepassent peu à peu les idées reçues liées à la vieillesse.
Des visages inquiets, impatients, des corps qui se délivrent à l'écran et expriment joie ou déception de ne pas être reçus pour le projet de film..Ca démarre dans le mouvement, l'expression, et déjà une certaine complicité avec les protagonistes de cette expérience hors pair. On connait les versions pour danseurs âgés de Kontak Hof de Pina Bausch, mais rien à voir avec ces deux mois de répétition dans la lumière solaire du Pavillon Noir", la niche d'Angelin bâtie de concert avec Richiotti. Un espace partagé cette fois pour accueillir les huits "séniors" du casting drastique fondé sur la personnalité des hommes et femmes qui vont construire l'aventure. Très vite Angelin capte que les capacités physiques de bon nombre n'atteignent pas toujours ses voeux et souhaits d'écriture chorégraphique. Belle séquence où les corps à terre ne parviennent pas à tisser spontanément des entrelacs et postures rêvées. Des doutes mais jamais de capitulation pour chacun, filmé dans son plus simple appareil: le corps dansant tel qu'il le peut et le souhaite sans souffrance ni abus de performances.Le visage apaisant et lumineux de Preljocaj déborde de bienveillance et d'humanité: quasi méthode "humanitude" que de considérer l'autre dans sa plénitude, ses capacités, ses voeux de grandir dans une expérience inédite, cadeau très apprécié par chacun.
On y sourit, on y danse surtout, imprégné des consignes très précises et volontaires du chorégraphe attelé autant au bien-être qu'à la rigueur de l’exécution des pas, du respect des rythmes.Le bonheur est dans le studio, dans la lumière de ce Pavillon Noir berceau et niche du projet. C'est le temps des interviews très préparés de Valérie Muller, immergée au centre de cette communauté, comme second écrivain et auteur de ce projet; un spectacle, un film comme mémoire vive et cinématographique de ce geste de bâtisseur de rêve de Preljocaj. Chacun y confie ses doutes, ses émotions, ses envies, ses réactions vis à vis des propositions du chorégraphe: la partie très sensuelle du documentaire serait celle des aveux et de la danse de ces personnes "âgées", sénior très consolables de l'usure ou du vieillissement des facultés corporelles comme de mémorisation des gestes enchainés.Très belle approche de la réalisatrice qui magnifie les corps dansant comme des sources d'énergie, de douceur, de lenteur amoureuse chère à Angelin. On songe à "Liqueur de chair", élixir d'amour parfait d'une clepsydre distillant la sensualité ou à "Annonciation" tant la grâce et la séduction perlent du souffle et de la présence des danseurs à l'écran. Le cadreur Thibault Delavigne en serait bien responsable! Ce film passionnant à l'écriture dynamique et rythmique épousant les mouvements, les paroles, s'inscrit dans une catégorie à inventer: journal intime d'une création, envers du décor, coulisses de l'exploit ou simple nouvelle littéraire kinésiologique de rare qualité: autant appréciée par les néophytes que les "savants" du monde de la danse. Une ode au beau sans cliché ni canon esthétique, un projet ambitieux qui propulse des destinées personnelles vers un nirvana, un Eldorado cher à Angelin Preljocaj, peintre et combattant de la danse. La danse est un art de combat pour tous et l'engagement émane de ce document comme le fer de lance de création, de la compagnie chorégraphique ici constituée pour aller jusque sur les planches du Théâtre National de la Danse de Chaillot, en costumes extravagants si seyants à leur jeunesse!
"Avant qu'elle ne fonde sur nous, la vieillesse est une chose qui ne concerne que les autres"
« Pour la société, la vieillesse apparaît comme une sorte de secret honteux dont il est indécent de parler. » Simone de Beauvoir dans "La force de l'âge"
Et de surcroit,Valérie Muller, compagne de ce combat, était présente pour la projection au MAMCS dans le cadre de l'exposition actuelle sur la représentation de l'Age mur en art:"Le temps retourné. Au fil des âges de la vie"
Le 22 septembre organisé par le MAMCS ET le Lieu Documentaire
pour mémoire sur mon blog....
Succède "Birthday Party" de Angelin Preljocaj: Happy Hours des corps jouissifs!
Ils sont huit, en position frontale, "déguisés" comme pour un anniversaire, une soirée de carnaval ou un après-midi festif pour enfants au McDo. Pas de confusion possible: ils vont s'amuser, nous amuser de mimiques, de poses, d'attitudes ou postures incroyables. Qui songerait à leur âge si on ne nous avait prévenu que des personnes "âgées" allaient évoluer sur scène. Car ces séniors sont de toute intelligence corporelle et si l'on peut cependant observer qu'un geste ne s'étire pas jusqu'au bout de possession de capacités antérieures, on va direct au delà des critères canoniques pour aller à l'essentiel: l'essence du mouvement: l'énergie, l'engagement, la poésie de la chorégraphie taillée sur mesure pour ces "modèles" de sincérité, de justesse. Pas de performance, ni de m'as-tu vu . On y danse en ligne frontale, en bloc vociférant sur une musique "soviétique" arborant le travail, le stakhanovisme à la légère. C'est drôle et courageux. Et fascinant par l'aisance de tous, rythmiquement à l'unisson, à l'écoute comme dans une danse chorale d'antan.A la Laban, cette bande des huit opère et séduit. Un très beau solo d'une danseuse à la ligne filiforme "idéale", des duos hommes-femmes à la présente bluffante et le tour est joué.Que racontent ces interprètes au corps qui ne ment pas sinon la grâce d'habiter un rôle, une musique, une communauté dansante qui jouit de son énergie singulière. Celle d'un opus respectable et respectueux d'une mémoire corporelle sidérante qui bafoue tout cliché sur la perte ou le vieillissement. Ici perdre, c'est gagner au jeu du miracle des années qui passent et n’effacent pas l'essentiel: la rareté, l'incongru, la fragilité, l'agilité. Bref la sincérité et jamais de cachotterie ni de mascarade pour cet "anniversaire" réjouissant une "over dance" qui ne tue pas mais ressuscite des talents cachés ou enfouis pour le meilleur.De quoi rentrer en danse comme un sacerdoce éternel, une longévité à cultiver comme Candide en un jardin où la danse est "art de combat" avec le corps que l'on s'est façonné, que l'on habite en diable pour défier le temps, l'empreinte, les marques, les rides que l'on voudrait bien nous imposer mercantilement! Séniors, je vous aime et vous chéris au plus profond de la peau, des plis et replis baroques de votre destinée à grandir et approfondir le sens de la Danse.
Au Théâtre National de la Danse" jusqu'au 23 Février








