dimanche 12 avril 2026

Performance,Visite Dansée par Aurélie Gandit, chorégraphe:Terpsichore,guide avisée d' une exposition incarnée

 


En écho à l'exposition Dimanche sans fin. Maurizio Cattelan et la collection du Centre Pompidou, Aurélie Gandit invite les visiteurs à redécouvrir les chefs-d’oeuvre présentés.


La chorégraphe et danseuse sollicite son corps pour inventer de nouveaux chemins d'accès aux oeuvres. Art de l'instant par excellence, dont l'écriture se métamorphose et se redéploie devant chaque toile et chaque sculpture, la danse rappelle à chacun que la rencontre avec l'histoire de l'art se fait toujours au présent.

Follow me, comme whis me....

Elle  nous accueille sobrement vêtue de noir,cheveux tirés et expose brièvement le contexte de son intervention artistique.Et tout bascule par un geste,légère esquisse dansée qui nous conduit dans chaque salle-chapitre nommé par Cattelan pour ce voyage au long cours.Une expédition tranquille parmi des univers changeants,mutants,singuliers.Sa longue silhouette évoquant un détail,une image,un mouvement révélé d'une toile,d'une sculpture, d'une installation que la chorégraphe a décidé de choisir parmi toutes les propositions d'oeuvres structurant l'esprit de l'exposition. On plonge dans le vif du sujet autour du squelette gigantesque digne d'une galerie de l’Évolution,imaginaire.La danseuse à quatre pattes,féline,toutes griffes dehors,rivée au sol. Une vision fragile,animale remarquable dans un espace muséal rêvé. Le dos cambré, l'échine tendue, la démarche ondulante tout comme sa future reptation idéale qu'elle effectuera plus tard entre deux  espaces de performance.Fernand Léger et sa toile évoquant les loisirs du Dimanche lui inspire des poses,des attitudes oisives,lascives,au sol,contemplatives,indolentes.Sans paraphrase,ni redondances,sans mimétisme,son corps se pare et s'empare du sujet,creuse en profondeur l'atmosphère,l'ambiance de la toile.On la suit pour d'autres aventures très esthétiques et picturales toujours avec un soupçon de malice,une once d'évocation savante,un grain de décalage et d'imagination.Au "Bal Bullier"de Sonya Delaunay,Aurélie Gandit évoque le couple de danseurs, simule quelques gestes tranchants et vifs,des virevoltes,des poses furtives et fugitives évoquant le tango profilé.Auparavant une sorte d'autoportrait dévoilait son parcours de vie, ses modèles,les sources de son inspiration prolifique face aux masques en latex de Cattelan. Devant un triptyque signé Bacon,la voici affolée, souffrante,recroquevillée comme ces personnages défigurés,ondoyants,tourmentés, dessinés sur la toile.Danse échevelée,folie simulée,son corps évoque l' univers ravagé du peintre.Un jeu de baby foot surdimensionné de Maurizio lui donne prétexte à un jeu participatif au regard des spectateurs conviés selon leur humeur à s'impliquer dans une relation tendre ou belliqueuse face à son partenaire de partie.On continue cette visite dé-guidée, déjantée avec curiosité, suspens,surprise.La danseuse nous conduit à travers les tentures et rideaux d'une des plasticiennes convoquées pour l'occasion.Autour de l'immense table ronde de négociation de Chen Zen et face au mur impacté de traces de balles de Cattelan, Aurélie Gandit nous invite à une expérience physique de paix intérieure,une méditation personnelle politique et poétique. L'œuvre d'André Breton,armoire cachette, cabinet particulier de curiosités récollectées d'œuvres singulières, la danseuse performeuse fait un solo percutant,les mots à la bouche,les gestes ciselés, tranchés comme sa diction hachée en rupture dans un langage bégayé en sursaut et hésitation simulée à la manière de Kurt Schwitters.La danse rivée au corps,la concentration extrême d'une artiste en ébullition dans un débit de mots hachurés surprenant.Une lecture audacieuse autant que respectueuse de ce "Dimanche sans fin"que l'on souhaiterait éternel....Aurélie Gandit resplendissante et impliquée dans une expérience unique comme à son "habitude" en regard à l'Art toute forme confondue et sans égal quant à l'imagination et la prolongation et adaptation chorégraphique de tous ces médiums rassemblés ici si judicieusement par Maurizio Cattelan. Se mesurer à lui, aux collections de Beaubourg, voici un challenge, un pari réussi et fort respectueux face à la richesse de tous les propos engagés à cette occasion. 

Exposition "Dimanche sans fin"  Centre Pompidou Metz

Production Callicarpa grâce à un mécénat privé

lire "danser la peinture" de philippe verrièle 

Au Centre Pompidou Metz le 12 Avril 11H

mardi 7 avril 2026

SHECHTER II "In the Brain".J'ai fait une rave.... Les Olympiades de la Danse paienne.

 


L’euphorie contagieuse de la Shechter II dans un ballet digne d’un clubbing, où seul le beat est roi.


La Shechter II, compagnie junior qui se renouvelle tous les deux ans, s’installe désormais au Centre chorégraphique national de Montpellier au sein du projet de la nouvelle direction collective initiée par Dominique Hervieu, dont fait partie Hofesh Shechter. Après trois mois de formation, ils partent pour neuf mois de tournée, dont une longue étape au Théâtre de la Ville. Cette nouvelle création originale pour la Shechter II prend appui sur Cave, pièce créée par Hofesh Shechter à New York pour la Martha Graham Company en 2022. Que se passe-t-il dans la tête des jeunes fêtards ? Une suspension du temps, un rêve où l’on se connecte aux autres, une appartenance à un collectif. Les jeunes danseurs de la Shechter II mettent plus que jamais leur fougue et leur excellence au service d’une rave chorégraphiée et festive, à l’écriture finement ciselée. 

On ne rêve pas: on est survolté comme eux, en alerte, en apnée, médusé, sidéré.Dans la pénombre des silhouettes approximatives se distinguent,en vagues,ondulations marines telles des anémones de mer,des coraux vivaces.Une musique cavernicole nous plonge dans des abisses obscures quasi familières .Un univers opaque bordé de lumières  changeantes jusqu à devenir un arceau protecteur au sol fait de faisceaux palpitants.Sept danseurs évoluent en meute collective entre extrême douceur ondoyante et fougue rageuse,ravageuse.Les gestes empruntés à diverses écritures chorégraphiques.Tantôt les bras en couronne,en corbeille ou en cou de cygne,tantôt les jambes dégingandées,déstructurées comme des articulations impossibles,invraisemblables.La vitesse dynamique comme moteur et fulgurance de rémanence visuelle sidérante.La petite horde mouvante se sépare en trio,quatuor,quintette à l'envi,se restructure en ligne frontale folklorique,en point de chaînette telle une frise de vase grec.Chacun se taille la part belle dans des solo, battle singulier comme un rituel de sacrifice.La danse telle une olympiade sacrée, tonique,athlétique.Quelques incursions entre tango,rock et jerk,suggestions gestuelles discrètes et tenues.
Les jeunes interprètes sont brillants,performants, solides et galvanisés par un univers musical étrange inspiré de cultures proches du tribal,de la cellule des  chefs,des pratiquants de culte occulte.C'est d'une rare beauté et d 'une émotion  soutenue, incroyable émanation de corps aguerris à une pratique libre,autant que fortement inspirée par Hofesh Shechter qui les façonne comme des sculptures vivantes.La dramaturgie renforcée par les lumières prodigieuses de Tom Visser qui sillonnent le plateau,le traverse,en hallebardes cinglantes,est moteur d'une narration des corps sans cesse en mouvement.La tension monte,la fièvre de la folie s'empare des corps,les magnifie,dans une démence chorégraphique proche d'un délire collectif soutenu.Une ode à l'énergie,au groupe,à une expérience unique de partage fulgurant, vecteur de transe, transporté par la grâce, la félicité et la fougue. 

Première en France Au Théâtre de la Ville Abbesses jusqu'au 25 Avril


Chorégraphie & Musique Hofesh Shechter
Lumières Tom Visser

Avec Matilde Agostinone, Teige Bisnought, Nagga Baldina, Federica Fantuzi, Woojin Kwon, Armand Lassus, Skiye Nataliah, Ella Roberts. Production Hofesh Shechter Company.




jeudi 2 avril 2026

BACHAR MAR-KHALIFÉ: ballades lyriques aux pays des cèdres.Valse avec Bachar

 


POSTLUDES

Après un interlude de deux ans, le musicien et compositeur franco-libanais réunit dans un mini-album (Postludes, 2024) six Préludes de Chopin, une reprise de Nirvana, de Christophe, ainsi que le chant Sawfa Nabqa Houna, hommage à la population gazaoui et à son Liban natal meurtri.Entre les mains de Bachar ce répertoire étonnant et unique qui transcende les esthétiques et les époques ressemble à un manifeste.Piano hypnotique, lyrisme oriental et montées en puissance électroniques, son passage en 2022 avait fait vibrer les murs et le cœur du PréO !« Magnifique pianiste et chanteur, Bachar Mar-Khalifé produit une musique aussi audacieuse qu’intime et poétique, mêlée de folk, de jazz, de classique et d’électro, en plus d’inspirations orientales, écho de ses origines libanaises. » Télérama

Le plateau du PréO semble immense: un piano trône, magistral, seule pièce à conviction acoustique.Apparait Bachar, silhouette solide, qui va d'emblée auprès du piano et s’attèle à jouer une composition nostalgique, douce aux mesures répétitives, construites solidement en répétition, les gammes se succédant dans un rythme à quatre temps. Hypnotique et sensuelle, onirique et pleine de sensations d'évasion, de rêves. L'atmosphère est plantée, l'ambiance de cette soirée "soliste" se dessine et trace dans l'espace sonore des volutes sensibles. Après trois autres morceaux qui s'enchainent, le pianiste, Bachar Mar-Khalifé nous salue et entame un petit dialogue, discret et sincère à l'adresse du public, très nombreux et à l'écoute de ces partitions très mélodies: Duparc, Fauré et Franck ne sont pas loin , voisins et inspirant notre artiste de ces bribes de mélodies lyriques, comme un chant nostalgique et très prenant. Un "Nirvana" pour les plus anciens et deux chansons de Christophe que Bachar a rencontré, et interprété avec minutie dévotion et respect. Sa voix s'anime, se fait onctueuse, douce, discrète un peu voilée. Il sait tout coordonner, ce pianiste modeste virtuose: voix, chant, petites percussions jouées sur le piano, et bruitages orageux dans les entrailles du piano même. La dextérité et la coordination des doigts sur le clavier impressionne...Le concert bat son plein, se déroule tranquille ou ombrageux quand il évoque son pays, le Liban en guerre que sa famille a fuit alors qu'il n'avait que 6 ans. Nostalgie, certes, mais espoir et puissance du jeu nous font voyager dans des contrées et paysages sonores inédits. Ludovico Ainaudi ne renierait pas une certaine complicité sonore et d'inspiration évanescente et planante. Son pays, sa langue arabe chuintante et colorée font chaud au coeur et à l'imagination qui s'évade largement vers un périple multi culturel et musical. Les sons orientaux se mélange au free jazz et autres inspirations classique: au final, c'est Chopin qui lui rappelle sa mère, pianiste en exil, et tout bascule dans un lyrisme et des digressions, divagations originales pianistiques. Un bis rayonnant pour clore ce concert inédit que le public salue par une belle et chaleureuse ovation. Une soirée de charme, poignante et virtuose, pleine de subtilités musicales, d'émotion et de beauté. Bachar Mar-Khalifé, modeste et splendide interprète et compositeur, improvisateur inspiré et très communicant. Un grand "khalife" passeur de bonheur, d'espoir et d'humanisme.

 Grand Prix des musiques du monde – SACEM – 2021

Nomination aux Victoires du Jazz – Catégorie « Album de Musiques du Monde » 2021

 Piano, voix : Bachar Mar-Khalifé
Crédits photos : Hellena Burchard

 Co-Production(s) : Astérios Spectacles.

Au PreO le 1 AVRIL