mercredi 8 juillet 2026

"Fae": l'odyssée de Efthimios Moschopoulos

 


On avait eu le privilège d 'assister à son travail à l œuvre lors d un chantier public à Pole Sud CDCN à Strasbourg en décembre 2025. Depuis tout à mûri,c'est construit de la danse à la scénographie.Tel les compagnons d "Ulysse se réfugiant sous les brebis de Polypheme pour rester incognito le chorégraphe s'inspire de sa condition fragile de queer dans un pays homophones et transgresse ici le mythe pour nous faire pénétrer dans des paysages agraires, des architectures éphémères et transformables qui tentent l'impossible utopie d"un monde meilleur.Seul sur le plateau il esquisse une danse de survie,morcelée,tétanique qui oscille entre virtuosité mécanique et dynamique fébrile

Le hantent des images d 'un troupeau de brebis qui se jette sur la table d'un festin de végétaux.Elles consomment goulument les victuailles alors que le danseur joue sa vie en déséquilibre sur des bancs puis une table vide.Ce sera lui le sujet et l'objet de la devoration de nos regards.Victime sacrifiée martyr terrassé ou objet d'un sacrifice rituel,élu d"un sacré païen de corps magnifie.Des meules de foin lui délivrent une couche de repos,un berceau reposant ou une charge à manier sempiternellement. Sa danse est préoccupée,intranquulle comme menacée par l'intolérance du passé ou peut-etre encore du présent.Sa performance rehaussée de sons et de bruits s'envenime et percuté notre appréhension immédiate Il se met à fracasser les légumes vivants sur l'autel de la faim,délivrant des fragrances nistalgiques de légumes et fruits frais.Vegztarien carnassier du geste de survie le danseur subjugue,intrigue et questionne ses spectateurs ici réunis pour le banquet des sophistes. Ce "FAE" cette injonction à se nourrir coûte que coûte est tel un théâtre absurde,une peinture mouvante de scènes bucoliques chères à  Courbet.Et si l'origine de cet opus était une légende elle serait celle d"un festin archaïque malmené par des divinités païennes à inventer.Par bonheur Terpsichore veille au grain et la récolte au final sera peut-être celle de nouveaux ingrédients pour inventer le goût de la danse, les matériaux sensibles d'une chorégraphie pastorale et archaïque de toute beauté. 

Au  Hangar Théâtre le 30 juin dans le cadre du festival Montpellier Danse 


"Wasco": peindre la danse,danser la peinture.


Lisbeth Gruwez,Maarten van Cauwenberghe  Hetpaleis et Voetvolk jouent et gagnent dans un opus original,singulier,unique.Prenez des enfants et laissez les peindre les couleurs de la vie sans les restreindre sans les brider en les conduisant sur leurs chemins de traverses.Il en résulte une audace,un punch,un culot débordant de générosité et de professionnalisme. Un chantier,des échafaudages comme terrain de jeu et voilà de jeunes pousses de la danse,tous Pareils,tous différents qui se mettent à construire,à colorer leur espace de vie en gribouillis à la Cy Trombly,en body painting,en gestes picturaux dignes de Pollock ou Mathieu.En fulgurances picturales à la Niki de Saint Phalle.Un pinceau peut y tracer le bonheur,le signe inscrit d'une énergie débordante incalculee .Ce sont des enfants et adolescents qui mènent ce bal Bullier digne d'une Sonia Delaunay ou d'un  Severini avec fougue,intensité,générosité sans limite.Incroyable fresque mouvante,les jeunes danseurs maîtrisent une gestuelle qui leur va à merveille,sans code ni contraintes.Chacun y trouve son style dans une grande liberté d'expression.Les couleurs ,les matières y sont maîtresses et les glissades,les jeux induits par l'expérimentation font mouche.Des pots de peintures comme matériaux de base,une toile au sol pour accueillir leur inventivité,leur inspiration en direct sous nos yeux ébahis devant tant de beautés. Au final un immense rideau de scène tel ceux des Ballets Russes à la Picasso se lève et suspend nos rêves aux cimaises.On souhaiterait le voir en étendard sur la façade de l'agora de Montpellier Danse pour illustrer l'esprit d'ouverture du lieu dédié à la Danse et à toute son actualité débordante d'audace. Cette "infanterie" est bel et bien le creuset de l'intelligence de la transmission d'une danse inventive,libre et fédérative.

L'œuvre collective,l'être ensemble comme direction,comme cap accessible,possible endroit de structuration,de sensibilisation à un engagement politique,poétique d 'exception.Ces petits "soldats" ambassadeurs d'une troupe soudée dans la cadence d'une unisson citoyenne participative,physique,sensorielle à souhait.Une éducation artistique de rêve vécue,pensée en mouvement et toujours de l' avant.Et l'on palpite,on frissonne de plaisir à la vie d 'un tel engagement partagé. 

Au Théâtre Jean Vilar le 4 juillet dans le cadre du festival Montpellier Danse. 

Mazelfreten: une meute electrisante et fascinante

 


C' est place de l 'Europe que les fameux et célèbres Mazelfreten se sont produits comme spectacle apothéose du festival Montpellier Danse.Pour un final public très émouvant, l'espace public bondé et impatient de les voir évoluer devant eux.Aptes un discours sobre et enthousiasme du Maire de la ville et des organisateurs ,lesdix danseurs s emp,arent du plateau immense et déjà l'énergie déferle rageuse,tranchante,aiguisée,comme un projectile lancé dans l'espace prêt à ricochet,rebondir,ensorceler. On y retrouve Brandon Miel Masele galvanisé par ses pairs,magistral danseur tonique,brûlant les planches avec conviction,engagement et fougue Il en va de même pour les autres interprètes galvanisés par ce style électronique et hip hop qui leur va si bien.

Une grande leçon de danse publique sur l'esplanade Charles de Gaulle la même matinée prouvait que la simplicité et la convivialité du chef de file Brandon est authentique,simple et respectueuse du public,de ses capacités et attentes.Danser face à face à ce démiurge devient naturel,simple et possible.Merci au festival et à ses initiateurs..

La gestuelle est angulaire,morcelée,en miettes et reconstruite à l'envi par une énergie qui se plie et se déplie toujours en fractures géologiques,en strates tectoniques de déluge autant de grâce que de brutalité fracassante simulée .L'aura Defretin et Brandon Masele au firmament de leur art de mettre en scène une danse fusionnelle avec des corps performants au delà d' une prestation virtuose ou athlétique.Un déferlement d 'énergie ponctué de poésie chorégraphique,duo ou solo qui  égrènent joyeusement ce show électrique. Del'adrenaline de choc pour éveiller les espritsen en  ondes de pulsations,de rythmes endiablés,de vibrations salvatrice et bienfaisantes.Un événement hors pair pour clore dans la cité un festival populaire de haute volée sous le signe du partage et de la convivialité.

  Il en allait de même avec le tout dernier spectacle dans l'amphithéâtre du Domained'0 "Hervé X Et Mazelfreten".Une rencontre du troisième type entre le chanteur et la troupe de danseurs.L'ambiance survoltée du concert fera date: jamais seul sur le plateau, la jeune star auteur-compositeur-interprete d'emblée électrise et séduit par sa silhouette solide et massive,sa voix et ses propos chaleureux. Inspiré autant par Bashung, Daho ou Daft Punk,le voilà jeté dans l'arène ,généreux,porté par l'amour de la scène et la découverte de la compagnie de danseurs tout proches.Ils font corps et graphie dans cet espace partagé,la danse fusionné avec la musique et trace et signe des évolutions fulgurantes autant que des instants solo de toute beauté et très émouvants.Loin d'être une machinerie lancée à fond dans le vide,cet opus est écrit,structuré et rythmé sans pareil laissant place à une virtuosité délectable. Les Mazelfreten décidément inscrits dans une mouvance stylée, inventive et surprenante.Chacun des interprètes y trouvant son tempérament,sa singularité,son identité.Un battle final fait figure de glossaire,catalogue irraisonné de ces chansons de gestes courtois de notre temps.

Au domaine d'0 le 4 juillet dans le cadre du festialMontpellier Danse.