samedi 18 juillet 2026

A la Scierie, Tiers-Lieu et au Théâtre Golovine la danse prend ses quartiers à Avignon

 On a déjà chroniqué sur les spectacles de Fabrice Ramalingom et Catherine Dreyfus à la Scierie, voici encore 


"Une pédagogie du conflit" de Mathieu Desseigne-Ravel et Lucien Reynes de Naif Production

Deux danseurs piqués, plantés sur des enceintes nous accueillent de leurs facéties et évolutions comiques: d'emblée la glace est brisée avec le public qui va assister à des numéros de voltige dansée, de cirque détourné sans faille ni falbalas, sans grandiloquence mais avec tac, charme et enthousiasme!Ils sont complices et compères, de mèche et endiablés, plein de sursauts et de rebonds, d'inventivité.Une relation aussi bien de conflit que de fraternité emballe le propos des danseurs dans leur plus simple apparei, rayonnant comme des soleils dans un paysage dénudé. Stratégies d'approche, de rejets, rencontre ou animosité, ces pourfendeurs d'humanité tracent et signent des parcours ambitieux dans l'espace. Détournant la pratique de Jiu-jitsu, les voilà brésilien d'adoption dans cet "art suave" distingué, maitrisé, acrobatique. De quoi enchanter et ravir les fans de tonus, d'énergie partagée dans une bonne humeur contagieuse pleine de bonnes ondes. La danse au front pour une bataille rangée de circonstance dans un monde chaotique à déconstruire sans cesse pour le bonheur de rebâtir des rêves et des châteaux de cartes en déséquilibre circassien

A la Scierie Avignon le off jusqu'au 19 Juillet  

Chez Golovine, c'est la tradition DANSE et ses héritiers légitimes pour brosser une programmation éclectique, dense et foisonnante


"50 ans, présente" 

Seule en scène, théâtrale et chorégraphique est le label "maison" qui invite une OVNI de la bande à présenter sa production de l'année. Alors au tour de Carine Carmin et Mohamed Guellati de présenter cet hommage aux danseuses "âgées" de 50 ans, à toutes les femmes dignes de ce passage périlleux, côté social et professionnel, côté performances physiques sur la voie de la déconfiture et du reclassement.

C'est Carine Kermin qui s'y colle avec culot, audace et véracité dans son propre rôle de femme mûre acculée par la société à se considérer comme appât pour les examens de santé de circonstance: c'est c'est par le test fatal de dépistage colorectal que tout commence: on hurle de rire de ce détournement humoristique qui stigmatise et renvoie au vieillissement et à l'usure du corps. Mais il n'y a pas que cela et notre danseuse-performeuse a de la répartie et du ressort pour résister à l'oppression médicale et à ces travers. Elle vaincra par son énergie débordante, par sa foi en l'amour qui maintient et transporte les corps pour les magnifier même dans leur ineffable et future décrépitude. C'est drôle et cinglant, mis en scène sobrement sans artifice et si le grand écart est encore une prouesse possible, alors c'est signe d'enthousiasme et de combat contre une fatalité que l'on peut vaincre en dansant et partageant en complice avec un public concerné très féminin, cette odyssée du corps mutant, métamorphose dans le temps qui, peut aussi sourire à de nouvelles ambitions. On adhère et on vote pour ce savoir être qui balaye les poncifs corporels et met les médecins en sourdine!

A u Théâtre Golovine jusqu'au 24' Juillet


"XPM" de et par Daniel Léveillé et Daniel Borak compagnie Carpe Rhythmum

8 pièces de danse sur le temps dit-on au générique...Voilà du temps qui passe à une vitesse folle, le temps d'un fil narratif très construit qui démarrerait de l'aube  de l'humanité à aujourd'hui. Deux personnages cherchent leurs marques ou origines du fond des temps à l'aide de lucioles et trouvent pour notre immense plaisir, les traces de leur existence. Ce qui leur permet petit à petit de se redresser et d’exécuter une pléiades de figures dansées plus acrobatiques et virtuoses les unes que les autres.Et c'est peu dire que ces champions de claquettes sont des artistes qui façonnent et revisitent les claquettes avec un humour, une inventivité jamais égalée. Imaginez Rudolf Noureev et  Mikhail Baryshnikov,en démiurge de claquettes ou de patinage artistique et vous tenez le bon bout d'un spectacle hallucinant de grâce et félicité. Le tout sous l'oeil et la bénédiction de Fred Astaire ou des Nicholas Brothers. De notre temps, en proximité et dans une échange d'énergie incroyable. Alors à vos marques, prêts, partez pour cette odysée du rythme, du tempo, de la cadence et de la chorégraphie parfaitement interprètée par des artistes hors pair;;;qui font la paire de claquettes!

Au Théâtre Golovine jusqu'au 24 Juillet

 

Aux Hivernales à Avignon: on (y) danse aussi l'été: un florilège d'écritures chorégraphiques corsées, décapantes ou périlleuses!

 Et cette année 2026, le festival IN d'Avignon s'invite aux Hivernales avec la pièce de Madeleine Fournier "Growing piece"


Ne peut plier: inspirée de la légende mythologique des Héliades transformées en peupliers, cette pièce chorégraphique se pare d'un dispositif de fleurs en couronne géante planté sur le plateau. Une créature végétale y fait irruption parée d'une crête fleurie, ornée de pétales ou de plumes, tout de noir vêtue: elle hurle et pleure le sort de ces filles d'Hélios en se panant, vociférant violemment, chant sonore troublant, dérangeant, cri de douleurs de pleureuses de mort simulacre et façade trompeuse d'imposture. Elle n'est pas seule et son chagrin est bordé des souffles d'une cornemuse jouée en live par Julien Desailly. Ce souffle, cette respiration constante devient bientôt hypnotique et ensorcelante, chant de poumons sorti d'un sac extensible des poumons de la cornemuse. Comme un animal grotesque qui se vide et se remplit, l'instrument semble être le personnage principal de cet opus. Le musicien costumé baroque, l'allure altière et distinguée.

La meneuse de jeu, danse ou se pose, s'enracine, s'implante comme un arbre ou un végétal inébranlable, solide et fragile à la fois.Elle esquisse des gestes larges, flottants, ondulants sous le souffle du vent de la cornemuse impétueuse, impérial partenaire de sa danse, de son univers. Le costume s'allège, se végétalise en calice de rosée délivrant le corps parfait de Madeleine Fournier.Une atmosphère oppressante s'installe qui berce l'ambiance en rêve ou cauchemar. Les Métamorphoses d'Ovide comme source d'inspiration façonne une danse chrysalide changeante en mutation constante.Madeleine Fournier végétalise le mouvement, en fabrique un curieux métissages entre corporéité et évanescence, entre diffus et trouble hallucinatoire. Ce duo fascine, entraine dans les abysses d'un monde changeant, en mue soporifique et apaisante, le temps d'une saison, d'une renaissance végétale promise.La poussée des plantes favorisée par les larmes des divinités féconde et nourrit le sol, les appuis de la danseuse, ancrée, enracinée dans les entrailles terrestres.

Aux Hivernales 2026  Festival d'Avignon IN 

Autre registre avec


 "What did you expect" de Christian Ubl et Kurt Demey

Il est danseur, chorégraphe et scénariste, Christian Ubl, il est mentaliste, plasticien et performeur, Kurt Demey: il font la paire, le duo tonitruant de deux charlatans, falsificateurs, usurpateurs et autre imposteur de pacotille pour le meilleur de la bascule entre phénomène incongru et réalité augmentée!Le show va être endiablé; mené de mains de maitre par ces deux figures impressionnantes de dignité, de préciosité et de noblesse du genre loufoque et incongru. Ils invitent de leurs charmes non dissimulés à faire vibrer les témoins dans le public ou acteurs sur le plateau à participer à l'enchantement, à la magie du genre mentaliste à coups de surprises ou de félicité naturelle. Avec humour, détachement, recul autant qu'implication entière, les deux compères mènent le bal de l'illusion comique stupéfiante de numéros gais et colorés, savoureux, fameux et plein de fragrances visuelles incongrues. Magie, entourloupe ou affabulation, on se laisse séduire, ravir à l'envi par la danse virevoltante de l'un, par la majesté vocale et physique de l'autre. Et l'on songe aux farces d’antan, aux numéros magiques de foire. Un binôme décapant plein de charme à la physicalité irréprochable d'artistes, comédiens, prestidigitateurs hors norme.On peut s'attendre à tout avec ces interprètes bicéphales, jumeaux ou siamois de la distanciation redoutable de la dérision humoristique. 

Aux Hivernales d'Avignon 2026 

Un autre voyage chorégraphique et musical de Fabrice Lambert et Patrick de Oliveira

"Vitesse de l'eau"


Trois danseuses vont inonder le plateau comme un flux continu de déplacements, de divagations tempétueuses au son d'une déferlante musicale incessante signée Patrick De Oliveira. Musique omniprésente, envahissante comme un tsunami fulgurant, entêtant, hypnotique et quasi à la limite du supportable. Les décibels vont bon train effaçant presque l'attention sur la danse de ces trois félines créatures qui parcourent la scène, y tracent et signent des entrelacs fébriles, oscillants dans un océan de vibrations sonores. Tempête insistante aux oreilles qui on le sait n'ont pas de paupières selon Pascal Quignard dans "La haine de la musique". A la limite du supportable, on navigue sur un radeau à vau- l'eau emporté par le sillage de la danse qui dessine sans cesse, vagues, reflux, débordements et fracas oppressants. Raz de marée, puis accalmie et silence réussissent à ponctuer ce lancement de salves musicales asphyxiantes. On respire un peu, le temps de déguster la danse frontale de ces trois naufragées de la mer montante et débordante de marées menaçantes. On est sort lessivés, épuisés comme une épreuve physique imposée. Mais après tout, le spectacle c'est aussi une claque, une surprise, pour celui qui s'y invite en toute conscience. Alors, la vitesse de l'eau nous prend de court et nous entraine dans son puit irrévocable de noyade par aspiration tourbillonnante...

Aux Hivernales d'Avignon été 2026 


"Malmus" de Brahim Bouchelaghem

Tangible en arabe pour source d'émotions, de gestuelle hyper sophistiquée et virtuose, voici un tableau vivant, percutant de vitesse-mouvements, de déplacements et d'extase jouissive pour celui qui regarde et se prend au jeu de la fascination. Sept interprète se livrent à une performance physique dansée de toute grandeur et beauté, chacun dans un registre personnel autant que dans de belles unissons et d'échappées belles sur le plateau. Sur des estrades en fond de scène, entourés de néons comme des cadres spatiaux imposés aux déplacements, les danseurs s'échinent  à rattraper le temps et l'espace sur une musique originale de Usmar et Nicolas de Zorzi.Exercices performants qui jouent sur la vitesse, la dynamique autant que l'énergie fournie sans cesse par ces artistes hors pair. Le don de soi, le laissez aller autant que la virtuosité des figures empruntées au hip hop déconcertent, subjuguent et transportent le spectateur en comète assidue et fascinée par déplacements et fulgurances. Une griffe, une signature singulière d'un chorégraphe épris d'exigence autant que d'humanité. La danse est reine et source d'hypnose lumineuse efficace et ravissante.

Aux Hivernales été 2026 

Et décidément ces Hivernales estivales ne désemplissent pas et semblent faire l'unanimité d'un public néophyte ou averti séduit par les écritures chorégraphiques riches de diversités, d'inspirations, de références ou tout simplement de mouvements en devenir éternel. Un art partagé, ouvert, de notre temps assurément!

Vanasay Khamphommala: "Songs of Grief (Love Me Tender"): la mort serait si douce...

 


Une petite assemblée consentante se réunit autour de Vanasay au coeur d'un espace du bar du festival d'Avignon, le Mahabharata comme pour un rendez-vous intime, familier.Pourtant on ne se connait pas et l'invitation au partage d'un court instant de représentation sera celui d'un rituel, petite cérémonie apaisante, docile, tendre et de proximité. Elle nous invite à prendre place autour d'elle, de nous déchausser histoire d'être à l'aise mais aussi de respecter un rituel domestique cher et précieux au pays de son père, le Laos. Cette culture devenue sienne par apprentissage volontaire de sa part, par amour de cette filiation paternelle qui lui tient plus qu'à coeur. 


Et pour nous transmettre cette tendresse et douceur, elle choisit de nous impliquer dans son projet de chanter à son père, le jour de sa mort le "Love Me Tender". Elle susurre, respire et nous suggère d'en faire de même: une expérience irrésistible tant sa conviction est légitime et sobre, jamais forcée ni imposée.Un être humain tout simplement livrée à la fatalité du monde et de l'existence, la mort physique et charnelle. En short, simple et moitié pudiquement dévêtue, elle vit et respire ses propos, son chant très réservé, doux et modestement joué sans falbalas ni excès. Au contraire cette sobriété authentique est source de bain de jouvence pour la vingtaine de spectateurs qui l'entourent docilement. Sa présence est quasi maternelle, enveloppante, les yeux et lez regard tendre comme une adresse d'humanité, de sobriété, de sobre ébrité naturelle et sans fard. Joueuse, charmeuse juste ce qu'il faut pour ravir et entrainer ceux qui l'entourent dans une balade, chanson de gestes de baladin capteur de bonnes ondes. Une rencontre au sommet de l'intelligence, inter-ligere, du lien éphémère qui peut s'établir entre des personnes de tout bord désireuses de surprises, d'audace, de respect. Une performance qui sera doublée au festival par une autre relation spectaculaire "Je te chante une chanson toute nue en échange d'un verre" où tous les possibles sont de circonstance pour oser une relation plus proche, plus humaine avec une Artiste de belle envergure, tout genre confondu et de toute beauté sereine et bienveillante;

Au Mahabharata jusqu'au 24 Juillet au festival d'Avignon IN