mercredi 30 septembre 2026

"Tell Tales" Aperghis au pays des merveilles

 


concert Tell Tales Tabea Zimmermann | EXAUDI Vocal Ensemble georges aperghis day

Georges Aperghis lance six voix et un alto dans une conversation musicale sans centre ni hiérarchie. L’ensemble vocal EXAUDI et l’altiste Tabea Zimmermann en font un théâtre vocal vif et joueur, livré aux détours, aux rebonds et aux surprises de l’écoute. 

Créé au festival de Donaueschingen en 2025, Tell Tales (Raconter des histoires) est une vaste polyphonie pour six voix et alto. Sous la direction de James Weeks, EXAUDI fait circuler une parole dont le sens ne se livre jamais tout à fait : les mots se décomposent sans cesse en rythmes, timbres et gestes vocaux. Tabea Zimmermann traverse ce maillage, l’harmonise ou en déplace les équilibres. D’une précision vertigineuse, la partition avance par élans, contretemps et bifurcations, jusqu’à faire de son désordre apparent une musique jubilatoire. À chacun·e de se frayer son chemin dans ce labyrinthe de voix. 

Qui ne rêve pas de se laisser conter des histoire au bord de la nuit pour découvrir et se laisser embarquer dans des mondes inconnus où le chant et le violon fabriquent des univers inouïs, proches du rêve où d'un monde sonore désincarné.Avec cette oeuvre Aperghis ouvre des chemins vastes où chacun peut s'introduire et jouir d'espaces sonores surprenants. Les voix sont au diapason de désaccords, de combinaisons multiples d'émission vocales hors pair. De la finesse toute en douceur à une motivation tonique plus précise, le paysage va bon train et le voyage fait sa route. Les sons se tuilent où se répondent, les timbres s'accordent ou se singularisent, l'étrangeté de la composition stricte et tirée au cordeau fait mouche. Et touche directement l'oreille en la stimulant de vibrations, de résonances peu communes. L'histoire se fabrique pour chacun entre les paroles diffuses, les sons voisins ou étrangers que l'ion fréquente ainsi, le temps de faire connaissance. Aperghis, maitre des mots mis en son, mis en scène, fait pour impliquer les corps-instruments résonateurs et porteurs des chanteurs. Alors que le violon semble mener la danse ou se soustraire à une autorité naturelle salutaire. Un bain de jouvence où le confort n'est pas de mise, où les fractures tectoniques brisent l'âme de cet opus remarquable et partagé par un public secoué mais désireux de l'être.

Cette "folle journée" Aperghis, partie d'un film pour sauter dans d'autres supports-surface tels que le concert où l'ouvrage livresque de Stéphane Roth est un florilège vivant et actuel d'un auteur-compositeur fabuleux, inventeur d'un théâtre corporel musical des plus décapant et accessible. Regardez la musique se faire devant vous est une expérience unique que seul le spectacle vivant peut engendrer.

Georges Aperghis
Tell Tales (2025)
création française

EXAUDI Vocal Ensemble

soprano Juliet Fraser
mezzo-soprano Lucy Goddard
contreténor Tom Williams
ténor David de Winter
baryton Michael Hickman
basse Simon Whiteley

alto Tabea Zimmermann
direction James Weeks

Cité de la musique et de la danse dans le cadre du festival MUSICA le 30 Septembre

Georges Aperghis Day: "Double récital ": de l'audace dans des duels corps-instrument féroces!

 


Musica consacre une journée entière à Georges Aperghis. Concerts, projection et rencontre mettent en lumière la diversité d’une œuvre où musique, théâtre, voix et geste se réinventent sans cesse. Trois concerts en dessinent les contours : Tell Tales pour ensemble vocal et alto, un double récital de Marco Blaauw et Florentin Ginot et un programme porté par les étudiant·es de la Musikhochschule Basel. La projection du film documentaire Un mot d’après l’autre (2026) d’Éric Darmon éclaire son parcours et son rapport au langage, tandis que cette journée voit aussi la parution de Composer avec langues (Éditions MF), livre d’entretiens avec Stéphane Roth. 

Ce double récital explore différentes facettes de l’écriture de Georges Aperghis, pionnier du langage instrumental comme geste dramatique. Dans Obstinate (2017-2018), la contrebasse devient corps en tension, engagée dans un solo incisif. Black Light (2019) ouvre un champ de résonances sombres, entre scordaturas et harmoniques profondes. Enfin, Trompe-oreille (2026), pour trompette et électronique, prend la forme d’un rituel sonore où l’instrumentiste convoque des mondes multiples, humains et animaux, avec une intensité quasi chamanique.

Georges Aperghis Black Light (2019)

La contrebasse est partenaire et complice de l'instrumentiste qui fait corps avec elle et la fait sourdre de sonorités basses, contraintes d'écriture du compositeur. Elle mugit, hurle, émet des grincements et grognements dignes d'un animal et les sons inédits se déversent dans une dextérité qui n'appartient qu'à Florentin Ginot.Maitre en la manière de faire sonner son instrument de crissements et autres sons invraisemblables.

Georges Aperghis Obstinate (2017-2018) 

Avec cette oeuvre c'est  une lutte, un combat fraternel entre deux partenaires qui s'opposent ou se relient ou le ton monte et s''envenime au fur et à mesure. Qui l'emportera dans cette énergie où résiste l'instrument où l'interprète se donne à fond, s'engage physiquement comme sur un ring.La contrebasse devient une masse de bois et de métal à conquérir, la confrontation avec le corps de l'artiste devient spectaculaire et la communion opère.

Georges Aperghis  Trompe-oreille (2026)

Quel charme et quelle poésie dans cette ouevre où la trompette se transforme en hydre à deux têtes, en sirène à deux queues. L'esthétique de l'instrument ainsi trafiqué, comme embouché, le rend étrange, gentiment monstrueux ou ludique comme on voudra. Marco Blaauw en fait un jouet extraordinaire et les sons qu'il en soutire prennent une coloration extravagante, désopilante. Cette désobéissance esthétique et sonore est du plus bel effet iconoclaste et révolutionnaire. Indiscipliné, ce couple improbable est du tonnerre et Aperghis se joue des embuches en détournant les failles et dissonances de cet instrument monstrueux pour une grande surprise musicale à voir absolument pour en comprendre les sources sonores. Une fois de plus, un spectacle à part entière où l'interprète s'expose autant que sa progéniture instrumentale. Encore du neuf, toujours du neuf et de l'audace très contrôlée pour cet indisciplinaire compositeur hors norme. 

trompette Marco Blaauw
contrebasse Florentin Ginot
électronique Ircam Dionysios Papanikolaou

le 30 Septembre Salle de la Bourse dans le cadre du festival Musica 

 

concert "Zig Bang" Zone expérimentale : Georges Aperghis au zénith

 


concert Zig Bang Zone expérimentale georges aperghis day

Zone expérimentale — formation des étudiant·es de Sonic Space, département de musique contemporaine de la Musikhochschule Basel — propose un parcours à travers quelques pièces de musique de chambre de Georges Aperghis. À l’image de Zig Bang, où mots, souffles et sons se percutent et se recomposent, le compositeur brouille la frontière entre langage et musique. Une écriture vive et mobile, née du jeu, du geste et de l’écoute, portée par une nouvelle génération d’interprètes.

Le concert fut un régal autant pour les yeux que pour les oreilles qui n'ont pas de paupière heureusement pour fermer les écoutilles!Un théâtre de geste vocal où les corps des musiciens-interprètes sont investis totalement dans une mise en scène digne d'une chorégraphie pensée de Mathilde Monnier ou Philippe Decouflé.Tout démarre par une interprétation physique et vocale du groupe, aligné qui tremble, oscille et vacille: l'effet est comique, léger et tout frétille, titillé par des jeux de son, de mimique et c'est déjà tout le talent de ces musiciens-comédiens-danseurs qui affleure. L"écriture de Georges Aperghis invite à cette théâtralisation subtile, esquissée faite de tout petit rien, de détails de postures, d'allures changeantes, de mimiques qui sus-surent et perlent des sons qui émanent des lèvres, des corps. Eux même instruments percussifs et résonnants.qui irradient du son, du souffle tenu ou virulent. Les positions des interprètes varient selon chaque oeuvre, duo violon-voix, trio vent-piano-violon. En bref le concert est vibrations, langage vocal inédit du bout des lèvres qui rend attentif à d'autres sens que celui de mots connus. Invention pure pour le plaisir du regard et de l'écoute. Les pièces sont courtes comme des nouvelles, des petits formats de chambres sur mesure.Le summum où quatre interprètes s'attellent au piano, couchés, les pieds sur le clavier, les langues déliées pour un opus singulier, très visuel: à huit pieds et non à quatre mains! Beaucoup d'humour pour ce concert où la virtuosité de l’écriture fait face à une interprétation spectaculaire de haute volée, de haute voltige.L'intelligence des corps au service d'une musique façonnée pour être vivante, vécue, regardée en totale empathie avec les performances de ces neuf jeunes artiste complets!

Georges Aperghis
Trio Funambule (2015)

Georges Aperghis
Rasch (2001)

Georges Aperghis
Zig Bang (2004)

Rebecca Saunders
Did you picture my face ? (2025)

Georges Aperghis
Crosswind (1997)

Zone expérimentale

performance Pol Cabrera Plaza, Maayan Gabel, Clara Gonçalves, Florian Grand, Peerasathe Kahasatian, Boldizsár Kovács, Nikolai Kushnir, Ryan Jung, Maud Niklas

mise en scène (Zig Bang) Ko Chaoming

le 30 Septembre HEAR dans le cadre du festival MUSICA