Quelle chorégraphie sociale du quotidien faut-il apprendre pour appartenir au groupe des «hommes » ? Dans ce spectacle assumé comme pédagogique, Océan, comédien et réalisateur qui a filmé sa transition de genre, interroge aujourd’hui la construction scientifique de la binarité sexuelle, n'hésitant pas à se moquer des biais sexistes qui jalonnent l'histoire des sciences. Il observe aussi, avec curiosité et humour, les hommes dans leurs espaces de non-mixité : leurs intimités, ambivalences, tabous et solidarités. Enfin, il cultive la transmission d'expériences : comment alléger la relation de chacun·e au genre ? Comment trouver du commun, quelle que soit notre trajectoire ?Après avoir revendiqué son identité lesbienne, notamment dans sa pièce de théâtre La Lesbienne invisible, l'artiste annonce publiquement sa transidentité en 2018, et prend alors Océan comme prénom et comme nom de scène. Il filme sa transition dans une web-série documentaire diffusée à partir de 2019, intitulée Océan.
Monsieur Michel, conférencier émérite va tenir le plateau pour nous conter l'histoire du concept de genre et nous prouver que la question du "modèle" ne date pas d'hier et c'est développée comme archétype du masculin/ féminin depuis des lustres. Dans un décor d'ogives qui ponctuent l'espace de leurs courbes singulières.Propos fort édifiants, fort bien analysés et surtout émanant du personnage docte et savant, plein d'humour et de malice percutante qu'est le comédien Océan. Avec une vivacité, une verve incroyable, un débit de paroles hallucinant et un jeu physique à toute épreuve, Océan touche, émeut, décoiffe et décape un sujet plein de passion et d'engagement. Il sait ce dont il parle et là est toute sa force, discrète, authentique, vraie. Pas d’esbroufe ni de faux semblant dans le récit de cette conférence très construite à l'aide d'une IA qui lui répond en direct et fait avancer la réflexion. Il bouge lors d'entremets imposés par cette dernière qui le coatche, en roulades, virevoltes et autres gestes simples et vifs. Belle démonstration chorégraphiée par Marlène Rostaing d'un engagement total sur la scène. Il raconte en historien les histoires de personnages historiques qui déjà affichaient leurs différences d'identité, leur singularité. Ou la dissimulait pour se faire passer pour un ou une autre. Exemples religieux, belliqueux insoupçonnés jusqu'à présents d'être les porteurs de genre non avoués. Transgenre fut peut-être Jeanne d'Arc entre autres citations. Notre professeur d'un soir brosse une panoplie des modèles féminin des années 1960 et plus tard qui ordonnent d'être comme il le faut si l'on veut être femme fragile ou homme viril, à l'aide de vidéos d'époque croustillantes.L'analyse des images et des propos est sidérante quand on est attentif au sens des mots utilisés, aux attitudes de ceux et celles qui illustrent son propos.Et l'on rejoint son idée primitive du Tupperware, mise en boite forcenée des tailles, volumes, formes obligées dans un monde où l'on range, classe, mesure et évalue sans cesse les proportions, les normes et tout se qui s'emboite pour faire autorité et nomenclature définitive. Hors Océan est tout le contraire de la mise aux normes et la suite de son show-solo ébouriffant se loge plus dans des histoires plus calmes, des ressenties moins tonitruants que cette verve fulgurante du premier acte. Il quitte son pupitre et se revêt d'atours qui correspondent à son récit, à loisirs. La pièce d'identité comme une carte à jouer son "identité" et ses appartenances à cette classe des "papas blanc" sans reproche dont il est issu.
La trans-mission de l'acteur très pédagogique et pleine d'intelligence.
Quasi deux heures sans le quitter, en empathie singulière avec un public jeune et concerné par le sujet. A l'image,des "trans" dans le milieu du sport fascinent autant qu’indiffèrent car les esprits se sont ouverts, les barrières rabaissées, les frontières ouvertes vers la reconnaissance "tout genre confondu" du "genre humain". Au regard du comportement animal, amoureux ou sexuel également évoqué avec des images choisies de séquences d'acte de recherche du plaisir entre mâles.avec des images éloquentes.Océan questionne, ne donne pas de réponse, reste vigilant et l'on fait en bonne compagnie un voyage au pays des autres sans tabou ni appréhension.Ce travail de restitution de résidence avec des étudiants du SUAC Unistra Strasbourg est le fruit de rencontres au delà des barricades socio-éducatives dans un contexte ouvert au monde. Une réussite sans concession pour Océan qui se met à nu sans dévoyer ni galvauder un état de fait et de société salvateur: la considération de l'identité de l'autre tout simplement.
[Conception et écriture] Océan
[Mise en scène] Océan et Flore Vialet
[Lumière] Léa Maris
[Son] Elisa Monteil
[Vidéo] Jean Doroszczuk
[Dessin] Anaïs Caura
[Chorégraphie] Marlène Rostaing
[Dramaturgie] Leïla Adham
[Régie générale] Marie-Lou Poulain
[Composition] Thibault Frisoni
[Scénographie] Marco Ievoli
[Costumes] Colombe Lauriot Prévost
[Direction de production] Olivier Talpaert et Nathalie Untersinger
[Répétition] Debi Debbie
[Avec les étudiant·es] Estelle
Akakpo, Coline Forster, Charlie Fouché, Lou-Ann Graindorge, Clarisse
Haton, Ameline Jung, Geoffrey Ridet dit Lewyn, Pauline Roche, Noa
Schublin, Tiphaine Vauje
Au TNS jusqu'au 1 Avril












