Sous le charme d'un hêtre bien vivant
« Allez donc ! Vivez, entreprenez, affirmez
! Trompez-vous quelquefois, soyez hardis, présomptueux, injustes même
pour vos devanciers. L’essentiel n’est-il pas de croire qu’on peut bien faire quand on veut faire bien ? »
Maurice Pottecher, Paroles d'un père
Hériter des brumes, c’est l’histoire d’une troupe de théâtre, composée d’acteurices et d’auteurices d’aujourd’hui, qui tentent de reconstituer l’aventure du Théâtre du Peuple, cent trente ans après sa création. C’est un feuilleton théâtral, en six épisodes. C’est une quête pour essayer de comprendre ce qu’est une utopie et ce que peut l’utopie, pour nous, aujourd’hui. Il y a dedans beaucoup d’amitiés et de passions, des fantômes, deux guerres mondiales, le village de Bussang, des histoires d’amour, des histoires de famille, d’innombrables crises, d’innombrables réconciliations, des arbres, des paysages... et des spectacles, beaucoup de spectacles.
Le texte, né de la commande de Julie Delille, sera joué par huit acteurices, dans une distribution mêlant professionnel·les et amateurices. Comme un point de rencontre, de réunion, entre l’héritage et le présent. Il s’agira d’une expérience que nous espérons aussi singulière que ce lieu qui nous accueille : un théâtre qui ne cherche pas à mettre son paysage au-dehors, à en faire un décor mais qui se mêle à lui, qui retrouve sa place : un élément du grand tout. Pour que des frissons anciens se mêlent aux énergies nouvelles, il ne nous reste qu’à jubiler ensemble !
Comment conter l'épopée du Théâtre du Peuple sans lasser,sans omettre tous les tenants et aboutissants d 'une aventure théâtrale unique et resplendissante? En six épisodes rocambolesques et tonitruants signés des deux artistes associés à la nouvelle équipe fédérée autour de Julie Delille, Alix Fournier-Pittaluga et Paul Francesconi.Pari audacieux et tenu pour un voyage dans le temps et les multiples aspects d'un esprit,d'une direction artistique entre tradition et modernité, répertoire et créations.Un travail titanesque et gigantesque servi par une mise en espace transformée depuis les ébauches de l'édition 2025 :des plus sobre et dépouillée à une mise en scène dans le grand théâtre mythique signée Julie,la maîtresse des lieux de cette renouée bucolique.Ancestrale et contemporaine à souhait. Héritage, passation raisonnée de toute la vie d'un peuple campagnard et ouvrier dédiée à l'art du théâtre vivant amateur. Tout démarre aux prémices de l'aventure, dans les salons parisiens où Maurice Pottecher et sa femme Camille abordent le monde de l'art et du théâtre.Belle caricature des us et coutumes du milieu mondain de l'époque où critiques, auteurs et comédiennes célèbres se questionnent sur le terme "théâtre populaire"!C'est quoi le "peuple", cette masse informe et inculte envers laquelle il faudrait être familier, fédérateur et éducateur?Belle image de cette société en devenir qui s'interroge sur elle-même malgré elle au contact d'autres populations. La vie se déroule, audacieuse et passionnée, les protagonistes de ce fameux et prometteur théâtre populaire s'ingéniant à trouver les ressources financières de ce projet utopique: ce sera donc une histoire de famille, mécène et soutient de cette aventureuse désormais fabuleuse! Autant les parents Pottecher que les entrepreneurs locaux de la construction en bois.La saga se profile qui durera les plus de 130 ans de vie de fous, de volontaires bénévoles de ce théâtre de proximité inégalé.Théâtre de fortune? Pas vraiment fortuné, de plus en plus soutenu par le périmètre du terroir, les habitants, les familles d'entrepreneurs locaux qui s'investissent. Les huit comédiens qui honorent cette épopée rocambolesque autant que très sérieuse sont extraordinaires: on remarque Axel Godard et Antoine Sastre dans leurs multiples rôles à facettes et ceux qui ne sont "pas professionnels" mais qui brûlent les planches comme pas permis. Les parties 1/2/3/4 se dégustent dans la temporalité, deux séquences de deux heurs, interrompues par deux pauses déjeuner et gouter et l'on s'y atèle avec joie et enthousiasme comme les très nombreux spectateurs de cette folle journée intense en émotions, rebondissements, parfois à la Molière et tout va bon train. On parcourt le temps, les guerres qui mettent obstacles et sourdine aux pièces de théâtre, on côtoie autant Maurice Pottecher et sa femme volontaire et talentueuse que les autres personnages multiples et enchanteurs de ce parcours hors norme dans le temps... Et la musique de Julien Lepreux de moduler de façon infime et très présente ces ambiances, atmosphères et univers si singuliers. Une émotion musicale subtile et concentrée s'en dégage qui accompagne les péripéties, les silences merveilleux de tous les six chapitres.Le grand hêtre veille au grain et protège cette tribu étonnante comme un protecteur bienveillant plus que centenaire. Ces "héritiers des brumes" portent en eux la foi et la pugnacité d'une horde sage et audacieuse qui maintient le cap coute que coute malgré les tempêtes affectives, historiques, économiques.
La mise en scène de Julie Delille orchestre cette odyssée humaine avec délicatesse, fougue et mouvements perpétuels, justes et appropriés aux événements; scène de groupe tonitruantes autant que jeu de solitude et de perplexité des uns et des autres. L'ambiance submerge, emporte, ébranle, émeut parfois aux larmes et ceci est rare et profondément humain: du Théâtre extrême et judicieux, discret et respectueux à l'image de la personnalité de Julie Delille. De l'audace, il y en a dans ce roman fleuve qui déborde de son lit pour irriguer nos fantasmes et nos imaginaires aussi. On se sent libre dans cette écriture, cette dramaturgie qui jamais ne prend en otage ni n’asphyxie.Un vrai cadeau pour le spectateur sur la sellette, dans l'attente et l'euphorie de la découverte de cette petite histoire dans la grande histoire...
Les deux derniers épisodes de cette série à rebondissements évoquent des chapitres délicats :ceux de la mue ou mutation du projet du couple fondateur et légendaire des Pottecher et de la suite débridée des multiples directions artistiques de ce lieu mythique..Servie par huit comédiens hors pair dont Axel Godard qui excelle dans les modulations de rôle surtout celui de Pierre Richard Willm .Une audace corporelle incroyable teintée de délicatesse et de nostalgie surprenante.Son évanouissement spectral par dessus la forêt est un morceau de bravoure sans égal.Disparition d 'un personnage phare qui savoure son impact..Un acteur est né, plein de charme, de conviction, incarnant un tout vieil homme déçu, désemparé, autant qu'un fringuant metteur en scène ambitieux et volage...Le visage éclairé par une mèche de cheveux en boucle, le corps empreint de sensations et d'une sensibilité dansante médusante.
Sans parler de ses compères, professionnels ou pas, la différence est invisible, tous investis par ce projet fou et passionnant. Antoine Sastre en passeur révolté, magnifique personnage que ce Tibor désenchanté!
Benjamin Pourchet à 20 ans fait des prouesses et augure d'une belle carrière: son "Jean Pottecher" protecteur des fourmis est une merveille d'authenticité, de sobriété autant que d'enthousiasme de jeunesse.
Et l'on songe avec émotion et empathie à cette l'intégrale de cet "hériter de la brume" en compagnie de ces "héritiers" bien vivants d'un théâtre populaire, reliant les uns aux autres sur un territoire loin d'être vierge d'expériences de cette communauté singulière de la scène.Toujours auréolés de l'ambiance sonre signée Julien Lepreux, le compagnon de route sonore et sensible en toute sobre ébriété musicale.
A Bussang jusqu'au 30 Aout 2026
« Regarde, Pierre. Le fond de vallée se
couvre. Le soleil paresseux change de couleur sur le toit des maisons.
Les Vosgiens se couchent tôt. Nous, nous marchons encore. Les arbres
nous bouchaient la vue jusqu’à maintenant et à chaque fois qu’on
s’enfonçait dans la forêt, j’avais peur de me perdre, mais j’étais
heureux que tu marches avec moi, Pierre, enfin tranquilles, là, et les
arbres qui eux savent murmurer pour nous donner la paix. Il y a
tellement de monde qui passe tous les jours au théâtre en été. Le monde
des hommes est bruyant. Le fond de vallée n’est pas habitué. Le fond de
vallée ne demande qu’une chose, j’ai l’impression. Qu’on l’aime en
silence, mais qu’on l’aime tout de même. Je t’aime, fond de vallée, que
la brume console ! »
Alix Fournier-Pittaluga et Paul Francesconi, Hériter des brumes,
épisode 2 "Grandir"
Générique
texte Alix Fournier-Pittaluga et Paul Francesconi
mise en scène Julie Delille
dramaturgie Alix Fournier-Pittaluga
scénographie et costumes Clémence Delille
création musicale Julien Lepreux
création lumière Elsa Revol
assistanat mise en scène Sandrine Pirès
assistanat scénographie et costumes Élise Villatte
régie générale Fernando Rodrigues-Millos
avec Raphaëlle de La Bouillerie, Axel Godard, Antoine Sastre, et 6 comédien·nes amateurices : Monique Cordella, Inaya Didierjean, Quentin Dupetit, Charlotte Gérard, Jennifer Halter, Benjamin Pourchet
.












