mercredi 4 novembre 2026

"États", avec la classe de percussion de la HEAR Betsy Jolas, Kaija Saariaho, Agata Zubel : Etat de siège, état de grace.....

 


Concert des Percussions de Strasbourg
Mercredi 4 novembre 2026, à 20h
Théâtre de Hautepierre, 13 place André Maurois, 67200 Strasbourg


Une soirée qui célèbre une nouvelle étape artistique des Percussions de Strasbourg avec l’arrivée de Vassilena Serafimova à la direction, en réunissant plusieurs générations de musicien·nes autour d’un répertoire exceptionnel de compositrices.

Un programme d’1h15 en dialogue avec la classe de percussion de la HEAR :

· Kaija Saariaho (1952-2023, Finlande) – Trois rivières (1994)
interprètes : Cyril Ackerman*, Léopold Lémonon*, Arthur Leplat* et Léo Pignol*· 

C'est dans une lumière éclaboussante en faisceaux convergents que se devinent les quatre silhouettes des interprètes de cette oeuvre atypique de Kaiia Saariaho. Les percussions résonnent dans un triptyque original, forme comme un livre de couleurs, de timbres qui se répondent, s'inventent à l'envi. Les fréquences bruissent comme un flux aqueux, limpides et quasi transparent. Quand les voix des musiciens, chacun dans son rayon de lumière, s'élèvent discrètement, l'ambiance est à une atmosphère sereine, intimiste, secrète comme un murmure à l'oreille.

· Agata Zubel (1978, Pologne) – ⁠Nelumbo pour 4 marimbas (2002)
interprètes : Enrico Pedicone, Vassilena Serafimova, Thibaut Weber, Hsin-Hsuan Wu

Quatre marimba pour enchanter un univers singulier rempli de surprises et de découvertes des possibilités sonres et rythmique de l'instrument. Fort beau de surcroit et joué par des virtuoses du rythme, de ses superpositions audacieuses comme un palimpseste musical inouï. Les instruments se répondent, les interprètes à l'écoute plongent dans une variété subtile de sonorités. Leurs attitudes physiques, le corps engagé en alerte, en alarme de toutes les anticipations possibles.

Betsy Jolas (1926, France-USA) – États (1969)
interprètes : Mario Rocco Ferraro*, Théo His-Mahier, Philippe Lardiere*, Hugo Padie*, François Papirer, Vassilena Serafimova (percussions) & Nina Casati (violon). 

Une violoniste au coeur d'une formation de six percussions n'est pas chose banale et la virtuosité de l'interprète magnifie une composition stricte, état des lieux entre un instrument classique incontournable et des percussions contemporaines sidérantes. Duo ou duel entre le violon et la modernité de la formation musicale convoquée. Qui gagnera de cette rencontre obligée comme un état de fait, un état général, un état d'âme ou de circonstance? Le pari de surprendre est gagné et au final l'instrument légendaire se bat et lutte avec les éléments sonores percussifs.

· CM2 de l’école élémentaire Rosa Parks – Interludes à États (créations 2026)
créations électro-acoustique imaginées par Enrico Pedicone avec les élèves de CM2 de l’école Rosa Parks (Hautepierre) Grâce à cette joyeuse collaboration, le concert prend une dimension humaine et participative inédite. Tels des entremets savoureux, les interventions de ces jeunes musiciens en herbe sont fructueuses, concentrées, sérieuses et pleine de charme. Ils ont entre leurs mains de multiples objets percussifs qui sonnent et tintent comme des matériaux riches de sons inédits. Belle cohésion du groupe, solide, massif et plein de charme.

*Elèves de la classe de percussions de la HEAR


Pour marquer symboliquement son arrivée à la direction artistique des Percussions de Strasbourg, Vassilena Serafimova a imaginé un programme entièrement consacré à trois compositrices majeures de la création contemporaine. Avec Betsy Jolas, Kaija Saariaho et Agata Zubel, ce concert met en lumière des univers singuliers qui ont profondément renouvelé notre écoute du timbre, de l’espace sonore et de la percussion. 



Point d’ancrage du programme, États de Betsy Jolas fut composé en 1969 pour les Percussions de Strasbourg à l’occasion du Festival des Arts de Shiraz-Persépolis, où l’oeuvre était créée aux côtés de Persephassa de Iannis Xenakis. Cette partition emblématique dialogue aujourd’hui avec Trois rivières de Kaija Saariaho et Nelumbo d’Agata Zubel, dessinant un parcours à travers plus d’un demi-siècle de création musicale. 


Ce concert en Live at Home (concert à domicile au Théâtre de Hautepierre) se veut être un projet de transmission et de rencontre. Pour la première fois depuis plusieurs années, des musicien·ne·s des Percussions de Strasbourg partagent la scène avec les étudiant·e·s percussionnistes de la Haute École des Arts du Rhin. Cette collaboration offre un espace privilégié d’échange entre générations, expériences et sensibilités artistiques. 

Entre les oeuvres, des interludes électroacoustiques imaginés par Enrico Pedicone et Vassilena Serafimova inviteront les élèves de l’enseignement primaire de l’école Rosa Parks (Hautepierre, Strasbourg) à une exploration sensible et créative du son, prolongeant ainsi l’expérience d’écoute. Inspirées des pièces du programme, ces créations formeront des passerelles sonores et poétiques, transformant le concert en un parcours immersif où chaque univers nourrit et prolonge le suivant. 

+ prologue dans l’instrumentarium à 19h30.

 

04.11.2026 — Théâtre de Hautepierre, Strasbourg

 

"Bunker": une prison dorée; un mur de mutisme à franchir: une pièce "augmentée" de barreaux d'univers carcéral neutralisant


 Homme augmenté au cerveau hybride, Paul s’est retranché dans un bunker de luxe avec sa fille, Ami, qui oppose un silence buté aux logorrhées paternelles. Patron de l’un des principaux groupes pétrochimiques du pays, il gère ses affaires avec efficacité grâce à l’implant neuronal fixé dans son cerveau qui améliore ses capacités cognitives. Marion Siéfert, autrice et metteuse en scène, croise danse, performance et théâtre pour déployer un langage scénique au jeu très physique. Un récit dystopique sur notre fascination pour la technologie et la performance qui repousse les frontières du langage et questionne la possibilité du silence dans toutes les contradictions qu’il recèle.

Quand le mutisme transforme le corps d'Ami en volutes, spirales, en coups de couteau tranchant voltigeant dans les airs, on soupçonne son geôlier de père de perdre pieds et de se retrancher lui aussi dans une logorrhée fantastique, éprouvante, virtuose.Elle apparait sur la scène comme dans une arène de cirque, au centre de l'intrigue qui sera faite de mouvements savants de danse du sabre, de kyudo, tout de bleu vêtue.L'envers du décor est planté, des portes de sorties de secours, des extincteurs et tuyaux enroulés d'incendie, des colonnes sèches en courbe et coude colorées de rouge. Curieux environnement pour ce trio puis quatuor d'artistes engagés à fond dans la corporeité de leurs attitudes, postures et mouvements. La chorégraphie de Nadia Lauro que l'on connait aussi comme plasticienne avec Jennifer Lacey et bien des chorégraphes tels Emmanuelle Huynh , Latifa Laabissi,Benoit Lachambre ou Fanny de Chaillé. C'est dire si les évolutions des corps dans l'espace sont adaptées et conçues pour incarner l'enfermement, l'autisme de la fille de Paul, un être virulent, usé, malveillant qui éructe des sons, des mots, un texte empli de douleur et de ressentiment. Cloitré dans un espace mental et physique en proie à son délire verbal, ce PDG, magnat du pétrole se livre à chaud, nu et cru dans toute sa versatilité, son égoïsme, sa stratégie de pouvoir illimité.Homme pétri de nouvelle technologie dans le cerveau, la parole, le comportement, le comédien  Charles-Henri Wolf excelle dans le flux verbal contrôlé, maitrisé, imparable bouclier contre la fantaisie, le silence, le recueillement. Joueur, il teste les embuches d'un autre pantin, monsieur loyal de la technicité, de l'ordre à l'encontre du désir, du plaisir. Maitre de cérémonie Lorenzo Lefèvre est chirurgien des âmes, des cerveaux trafiqués par la neurochirurgie et ses impact sur la libre pensée, la réflexion, la liberté. Un duo éclatant d'humour et d'énergie rassemble sur des bicyclettes d'appartement nos deux anti héros de pacotille: moment croustillant de verve, d'aveux, de souffrance et d'épuisement des corps et du langage.Dans ce "bunker" isolement, incarcération volontaire et préméditée, les pensées sont affligeantes et le silence gestuel d'Ami réconforte, soulage et promet une libération possible. Elle a la puissance pas le pouvoir et trace dans l'espace une ère de libération possible, un langage accessible et transmissible pour celui qui la regarde. Danseuse, performeuse Janice Bieleu parcourt le plateau, se pose, s'élance, joue du foulard avec soin et grâce, se joue de son mutisme pour ensorceler son bourreau et son maitre.La surveillance de ce monde enfermé dans un espace clos, cerné par l'obligation faite de se retrancher pour survivre aux affres de la technologie est reine et castratrice. Les personnages manipulés par la mise en scène étriquée, étroite de Marion Siéfert sont la proie d'un destin perverti par l’obéissance et la capitulation. Le soulèvement général de ces derniers temps en France, le mouvement des jeunes indignés se retrouverait facilement dans ce panorama délirant de l’obsession du savoir faire et non du savoir être ensemble.Et le texte de Matthieu Bareyre et Marion Siéfert de nous embarquer dans nos quatre vérités sur l'oppression, dans ce bunker de survie où l'attente et le huis clos asphyxiants nettoient nos pensées avec acidité, réalisme décapant.

La parole est d'argent, le silence est d'or et John Cage et son "Silence"serait bien présent dans ces longues plages de petits riens sonores où tout se joue avec malice et espoir de s'en sortir ensemble. 

[Texte] Matthieu Bareyre et Marion Siéfert 

[Mise en scène] Marion Siéfert

[Avec] Janice Bieleu, Monica Budde, Lorenzo Lefebvre, Charles-Henri Wolff

Scénographie Nadia Lauro

Au TNS jusqu'au 13 Novembre

 

samedi 24 octobre 2026

ANGELIN PRELJOCAJ "Soulèvement" : tempête, insurrection et révolte chorégraphiques.

 


Dans ce nouvel opus, le chorégraphe s’inspire des rassemblements spontanés qui soudent les individus dans leurs élans citoyens. Il interroge l’énergie traversant les corps, les modes d’identification et les codes tacites de ceux qui s’investissent dans une cause commune : d’où naissent ces mouvements aspirant à changer le cours du monde ? Seatings, marches, course à bout de souffle et larmes brûlantes provoquent parfois cette exaltation d’appartenir à une nouvelle puissance, générant son lot de rencontres et d’histoires d’amour. Quand les mouvements populaires se transforment en nécessité vitale, quand dans la foule deux regards se croisent dans une lueur d’espoir, ils ne peuvent que toucher un chorégraphe qui crée depuis quarante ans avec des danseurs qui eux aussi s’engagent chaque jour dans une union collective. Au coeur de cette création, se lève comme une promesse qui vient souder les utopies sociétales et artistiques.L’ÉNERGIE COLLECTIVE DES GRANDS RASSEMBLEMENTS NOURRIT LA CRÉATION D’ANGELIN PRELJOCAJ

Angelin Preljocaj a toujours considéré et nommé la Danse comme "un art de combat". Alors ici dans cette évocation du "soulèvement" il peut aisément s'épancher sur ce mot d'urgence, de révolte,d'indignation d' une actualité troublante. Sur le plateau immense du théâtre Sarah Bernardt s’égrène une danse virtuose,fragile,intimiste autant que rebelle et acharnée.Une grande manifestation de son art de la composition, des portés collectifs, des corps magnifiés par la grâce de sa gestuelle affinée,écrite avec  soin et respect pour ces interprètes galvanisés par un propos d'envergure et de gravité. Se mettre "sous la peau" de révolutionnaires d'un soir,d'une émeute est chose rare et précieuse,audacieuse et précaire. Solides comme des rocs autant que fragiles dans des solos et duo taillés sur-mesure à la démesure du sujet évoqué. .On songe au " soulèvement"de Didi Huberman et son exposition au musée du Jeu de Paume en 2017.La danse se partage entre lyrisme,douceur,sensualité et audace vertigineuse comme à l'habitude de cette signature incontournable de la Danse d'aujourd'hui.Mais faut-il pour autant évoquer l'utopie du propos par une présence de ces policiers rutilante,et pailletée,par une scène un peu fleur bleue de femmes à demi nues se dessinant des fleurs dans le dos?...On gardera ces images de corps enchâssés qui dénouent une calligraphie élégante et pulsionnelle,comme autant de points de chainette, de maillons semblables aux images mécaniques projetées simultanément.Danse voluptueuse d'engins industriels,d'engrenages diaboliques qui trans forment les corps en robots obéissants et soumis.Révolte ou volutes volubiles,tableaux un peu légers de policiers tabassant des manifestants contraints à l humiliation. Des silhouettes noires sur le fond de scène menacent et provoquent la rébellion.
Il nous faudrait relire "Danser en mai 68" de Guillaume Sintes et revoir "Insurrection" d'Odile Duboc pour mesurer l'ampleur du sujet et lui conférer plus de crédibilité. Alors l impact de cette œuvre serait elle encore plus efficace et digne de l'ovation et de l élévation physique du public , ce soir là veille d' une grande mobilisation  civile et politique sur le territoire français...Angelin, visionnaire prémonitoire, annonciateur, prophète en son pays avec des danseurs dont la puissance remplace largement le pouvoir...Devin, scrutant le monde, Preljocaj opère en docteur chorégraphe soignant la patientèle civile.

Au Théâtre Sarah Bernardt le 22 Octobre jusqu'au 7 Novembre