mardi 28 mai 2019

"Jade à l'académie de danse": un nouvel élève !


Le gala de fin d'année a été avancé au mois d'avril ! Ce sera Coppélia! Jade, qui débute dans une nouvelle école de danse, l'Académie du Val doré, craint de ne pas être à la hauteur! D'autant qu'elle doit faire face à un nouvel arrivant, un garçon, Théo, avec lequel elle doit apprendre à danser. Y parviendra-t-elle et le spectacle sera-t-il une réussite?

De Charlotte Grossetête et Isabelle Marojer

"Jade à l'académie de danse" : le premier cours !


Jade intègre une nouvelle école de danse, l'académie du Val doré. Elle n'y connaît personne et le niveau est bien plus élevé qu'à son cours précédent. Heureusement, une autre nouvelle, Madeleine, éprouve les mêmes appréhensions. Réussiront-elles toutes deux à s'intégrer à cette nouvelle école et à plaire à l'exigeante professeur, Madame Joubert ? Et seront-elles à la hauteur pour le premier spectacle classique sur des musiques de Tchaïkosvski ?

De Charlotte Grossetête et Isabelle Maroger

"Les faux pas": osmose Fayolle Tieu Niang !

De septembre 2015 à juin 2017, le théâtre Gérard Philipe a proposé à Marion Fayolle d’assister aux ateliers donnés par le chorégraphe Thierry Tieu Niang à Saint Denis dans le quartier du Franc-Moisin et de créer un livre. "Les Faux-Pas" de Marion Fayolle est le libre prolongement de cette expérience et une relecture du spectacle de Thierry Tieu Niang, intitulé Ses Majestés, au théâtre Gérard Philippe. Durant les ateliers auxquels assiste Marion Fayolle, ce ne sont pas des danseurs professionnels qui se mettent en mouvement mais ceux d’amateurs, de jeunes enfants, de femmes tout juste arrivées en France, de personnes âgées ou de gens rencontrés ça et là avant. 
Peu à peu, en étant spectatrice des ateliers, l’auteure voit les maladresses des danseurs se métamorphoser et devenir belles. Le travail de metteuse en pages de Marion Fayolle résonne complètement avec celui du chorégraphe : cette faculté à attraper l’inattendu, à encourager les corps à devenir les auteurs de ce est raconté; voici l’une des spécificités du travail de l’auteure des "Amours suspendues".
 Dans "Les Faux-Pas", Marion Fayolle voit ses personnages lui contester le contrôle du livre et du récit. Elle choisit de leur laisser la liberté de se tromper, de lui échapper; pour un livre unique qui révèle le rapport singulier que l’auteure possède avec ses personnages, véritables comédiens vivants de la page et du livre.


"La danse d'hiver" Bauer et Jones


Les premiers flocons tombent du ciel... il est temps pour le renard roux de se préparer à l’hiver. Mais que faire ? L’écureuil le presse de rassembler le plus de noisettes possible, l’oie de s’envoler vers le Sud, l’ours d’hiberner… Mais le renard n’a pas sommeil. Sa rencontre avec un congénère va lui apporter une réponse : quand la neige tourbillonne, le mieux est de l’imiter, et de se mettre à danser…

"Danser la rue" de Lefèvre, Roland, Sizorn

Danser la rue, c'est investir l'espace du quotidien pour y rencontrer passants, habitants, spectateurs. Faire de la rue un espace chorégraphique, c'est aussi faire surgir la danse là où on ne l’attend pas, c’est traverser et occuper les lieux, parfois ordinaires, pour les partager autrement et les mettre en questions. Que se joue-t-il dans cette occupation de l’espace public? En quoi le rapport à la représentation s’en trouve-t-il transformé? Quel est l’effet du partage de l’expérience sur les spectateurs? Que fait-on ensuite de ces espaces détournés, revisités?
Autant de questions auxquelles répondent les auteurs de ce volume, chercheurs et chorégraphes français et britanniques qui ont fait de la danse et des arts de la rue leurs objets d’études privilégiés. Ils décrivent les écritures, questionnent les pratiques, les dispositifs et leurs effets. Déplacer, habiter, éprouver : autant d’entrées dans la danse en espace public, instantanés analytiques de dispositifs chorégraphiques.


"Les palmiers sauvages" :matelas pour lits mineurs, majeurs!


"Les Palmiers sauvages de William Faulkner raconte la passion amoureuse de deux êtres en rupture avec la société. Charlotte et Harry se rencontrent dans une brocante et c'est le coup de foudre. Elle quitte mari, enfants et vie bourgeoise. Il interrompt ses études de médecine. Ils fuguent à travers l'Amérique pour vivre un amour sans compromis qui basculera dans la tragédie. Sévérine Chavrier, en adaptant librement ce roman, vise à montrer le caractère subversif et asocial de la relation amoureuse."

Foudre, tonnerre en prologue, éclairs et "coup de foudre" pour les deux protagonistes: on est dans le vif du sujet d’emblée dans une scénographie encombrée de matelas, d'abats-jour vintage, de chaises et d'une immense bibliothèque qui semble contenir autre chose que des livres et leurs fantômes! Deux êtres charmants qui démarrent un amour en arrière-train ou la sexualité bat son plein en cabrioles, kama-sutra burlesque fait de petites saynètes joviales où tout coule de source: le bonheur, la joie inondent Charlotte, quasi nue, puttini charmant à la voix qui chuchote à l'oreille de Harry, plutôt prude et inexpérimenté en amour! Fesses à l'air, juvéniles, naifs, ils se chamaillant sans cesse, courant sur scène allègrement, toniques, nos deux anti-héros vont vivre leurs plus belles années et les voir se fondre en routine et dépression, hélas! En dialogues inventés, rebondissant de verve, en phrasé ludique et chatoyant, en langue du sexe et de la candeur. Ils rebondissent sans cesse sur trampoline ou matelas alignés, dojo de plaisir dédié aux roulades, aux étreintes à la répulsion aussi car Charlotte a du caractère, bien trempé! Beaucoup de charme pour cette prestation très tendre, très physique à fleur de peau, de tendresse, d'amour inventé dans l'urgence. Et plein d'mages vidéo, en direct, àla Mélies ou à contre-plongéeou de vérité, d'imaginaire qui réveille, touche et fait mouche: les personnages d'un livre devraient s'arrêter pour conter les histoires des lecteurs! Des bribes de Marguerite Duras viennent dérober le sens, fait dérailler le correct et plonge dans l'extase d'un India Song, en flash évoqué
Elle, ressemble à l’héroïne de "Amélie Poulain", sa voix , son incandescence fulgurante, son corps gracile et agile lui enseignent la spontanéité, l'acrobatie érotique aussi pour des plaisirs partagés Mais le vent tourne, les zéphyrs deviennent bourrasque et mistral, tramontane et tempête! Vent contraire et navigation ardue au menu de cette destinée féroce qui s'abat sur ce couple, duo de vie, spontané, pétillant de jeunesse. Ils vont se vêtir, quitter la nudité, crue, dévorante pour l'enfer à le Bosch, en noir, en habits qui dissimulent beaucoup les sentiments , les sensations. 
Les bruitages bordent l'intrigue qui va bon train, se niche dans le lit mineur de cette rivière des sens, dans le lit majeur de ces circonvolutions sur le plateau qui déborde: des boites qui tombent des étagères au fur et à mesure que l'on avance dans le temps qui souille les amours naissant et adolescents."Combien de fois, fait-on l'amour" ? se questionne-t- elle d'un air malin, mutin, espiègle.. Et le "ça c'est beau" est une séquence où toute la beauté du corps passe à la moulinette des sensations, surprises, à montrer, à faire voir au spectateur: une vraie leçon d'érotisme, d'érogène aussi tant tout est ici à fleur de peau.Le drame se joue pour un avortement "maison" où Harry endosse son rôle de chirurgien , faiseur d'ange, il ruine le corps de son angelot bien sexué pour in fine lui ôter la vie; 
Pas de pathos, mais une vraie sensibilité charnelle, dansante, animée de force, de conviction et d'engagement de la part des deux acteurs qui s'attellent à ce championnat, marathon d'excellence l
Recoller les morceaux, réparer l'irréparable de cette archéologie du présent humain, serait une issue fatale, ratage, fiasco et panique de la perte de l'être aimé Harry suffoque, manque d'air, étouffé par le vent qui inonde l'atmosphère de ces voyages où nos deux nomades ne s'ancrent jamais de Chicago, à la foret remplie d'animaux bizarres qui leur ressemblent dans leur pratiques instinctives de chasse, d'esquives ou de culbutes endiablées!

Au TNS jusqu'au 7 Juin
Séverine Chavrier dirige le CDN Orléans / Centre – Val de Loire depuis janvier 2017. Entre 2014 et 2016, elle crée deux spectacles au Théâtre Vidy – Lausanne, Les Palmiers sauvages, d'après le roman de William Faulkner, et Nous sommes repus mais pas repentis, d'après Déjeuner chez Wittgenstein de Thomas Bernhard, présentés ensuite en diptyque à l'Odéon – Théâtre de l'Europe. Son geste artistique s'appuie sur une recherche mêlant théâtre, musique, objets, son et vidéo.
D’après le roman de William Faulkner
Mise en scène Séverine Chavrier
Avec Séverine Chavrier, Laurent Papot, Deborah Rouach
Dramaturgie Benjamin Chavrier
Scénographie Benjamin Hautin
Son Philippe Perrin
Lumière David Perez
Vidéo Jérôme Vernez

samedi 25 mai 2019

De Beren Gieren et Lynn Cassiers Imaginary Band : Animalité et Voix partagées!


DE BEREN GIEREN + LYNN CASSIERS IMAGINARY BAND
Belgique
"Une soirée pour découvrir la nouvelle scène créative belge avec le trio De Beren Gieren, qui fait partie de cette génération de jeunes groupes flamands qui bouscule les conventions en faisant se côtoyer hip-hop, classique rock et jazz. Née à Anvers en 1984, la chanteuse Lynn Cassiers a composé un répertoire entièrement nouveau pour son “Imaginary Band“. Ses compositions sont dynamiques et ouvertes, mais aussi vulnérables et poétiques. Avec sa voix rêveuse et ses manipulations électroniques, elle nous emporte dans son univers très singulier. “Imaginary Band” transcende ainsi la forme d’un ensemble de jazz classique et s’avère extrêmement rafraîchissant et stimulant."

De Beren Gieren : Fulco Ottervanger, piano / Lieven Van Pée, contrebasse / Simon Segers, batterie

Que voici un ensemble atypique, un trio bien vivant et plein d'humour "un ours" qui hurle ou crie, des animaux, des vautours pour fétiches et amulette, pour "grigri" et autre marotte !
De l'humour en perspective, de la verve et des surprises tonales pour cette prestation très "contemporaine" aux accents détonants.Piano, contrebasse, batterie en verve et en ébullition, un cube lumineux pour renfort d'images, de couleurs, de mouvements et de sensations.Bruits de scie, de piano préparé, ambiance cosmique garantie lors des trois pièces jouées: beaucoup d'espaces libres dans un train d'enfer soutenu et varié!
Un pianiste aux gestes amples et suspendus devant son clavier, agile, volubile, très inspiré!
 La vie de l'ombre, une valse incongrue, de "promesse triste", en trois temps alertes à peine perceptible.Alors que des images de flux défilent sur les faces du cube allumé de mouvements picturaux étranges: ambiances urbaines ou naturelles.
Un splendide solo de contrebasse, une tonicité, inventivité au rendez-vous pour cette prestation inventive, enthousiasmante.
Quasi mélodique et onirique parfois, renvoyant à des univers éclatés, des espaces suggérés par les images sur les facettes multipliées de ce "white cube" versatile. Un univers imaginaire, villes oubliées, cités interdites pour des effets parallèles de rythmes qui se heurtent, se doublent, se dépassent. Et pour "Jours provisoires" , de marche en marche, dans une démarche avec appuis et rebonds, le rythme s'homogénéise: défilement de paysages naturel au point: les effets répétitifs hypnotisent, très aériens.



Imaginary Band : Lynn Cassiers, voix, électronique, compositions / Sylvain Debaisieux, saxophones / Ananta Roosens, violon, trompette / Sam Comerford, saxophone / Erik Vermeulen, piano/ Manolo Cabras, contrebasse / Marek Patrman, batterie.

Une formation "made in Belgium" de grande qualité, inédite pour ce concert qui a la fritte!
La voix de sa fondatrice et auteure des morceaux est étrange, travaillée sur le mode rocaille et sensibilité à des émissions singulières, proches de la musique "nouvelle" ou "contemporaine". Voix trafiquée pour le meilleur de la diversité de tons, de timbres, corne de brume mugissante, tous se transfigurent lors des quatre pièces interprétées par cette formation très à l'aise, de communion et ce concert, habitée. Voix et violon se rencontrent, se doublent, se bordent ou filent entre les interstices musicaux
De la verve contagieuse dans ce programme "maison" riche de créativité, de dérapages, de tournants à 180 °  pour mieux étonner, sensibiliser à une écriture qui se déverse, singulière et très recherchée.La compositrice, chanteuse, décoiffante, présente et accueillante, ravie de nous offrir ce soir là le meilleur de cette "grande formation" belge aux accents singuliers

JAZZDOR au Fossé des Treize ce 24 Mai

Love Music "Time flies" : l'éphémère bien "noté" !


Flûte - Emiliano Gavito / Clarinette - Adam Starkie / Hautbois - Niamh Dell  
Certaines pièces de ce programme sont inspirées par des oeuvres d’art plastique qui sont figés dans le temps, un cliché instantané d’un moment spécifique, c’est-à-dire im-mobiles mais qui devient autre - vivant - pendant le moment de la performance musi-cale. 
D’autres pièces “accompagnent” musicalement, pendant un temps spécifique, une oeuvre plastique déjà mobile. Ainsi certaines oeuvres musicales donnent vie et mou-vement aux images figées tandis que d’autres devient un cliché éphémère qui ne dure qu’un instant pendant la “vie” des ouvres plastiques. 
Il existe donc un jeu de mots dans le titre de ce programme. Time flies, l’expression an-glaise veut dire le temps passe vite mais au sens figuré cela veut dire aussi que “le temps s’envole”, évoquant l’idée du mouvement.

Non, vous n'êtes pas en retard. Les musiciens sont déjà sur scène, tenue relax, pieds, nus et semblent s’entraîner en attendant le placement définitif du public.
Le silence se fait peu à peu pour céder la place à une véritable écoute, sans le joyeux brouhaha des spectateurs. La pièce était déjà bel et bien et largement entamée:"Hotel Deutsches Haus 2" de Peter Ablinger, pour flûte basse,cor anglais , clarinette en la et bande de 2001 !
En bribes courtes, ponctuée de silences, comme des hésitations ou des pauses, des points ou des virgules en syntaxe musicale.De courtes pièces intrusives pour mettre en appétit, dompter l'écoute, faire un "training" du spectateur-auditeur pour une bonne concentration! Une image vidéo, très urbaine pour npus plonger dans une ambiance citadine: le fronton de la BNU, filmé en temps réel pour nous reliés et nous géolocalisé, nous apprivoiser sur le chemin de la rencontre musicale

Place à la stridence de "Fliegen, fliegen" de Annette Schlunz, pour fendre l'air comme ces paniers à ikebana qui laisse filtrer les souffles au travers du travail de la vannerie. Les trois "vents", flûte, hautbois et clarinette, se fondent ou se séparent, le trio, proche ou distribué dans l'espace. Faisant corps et décor au regard des images d'asticots frétillants en couleurs, comme toile de fond ou rideau de scène arrière!
Ils font masse compacte, alors que la musique pose ses marques, fracturées, fragmentées dans l'espace sonore. Joli jeu de têtes, de directions corporelles dans le volume imparti du plateau et des images qui font écho à ces bizarreries sonores! Stridences invocations dérangeantes.

"Le malheur adoucit les pierres" de Samuel Andreyer, inspiré d'un tableau surréaliste de Yves Tanguy, fait suite sans interruption, ni applaudissement, pour un trio de flûte basse, cor anglais et clarinette basse. Sur fond d'images vidéo de pierres, de matériau lapidaire, de roches de gré qui se transforment sous le regard de l'oeil caméra.Granité, gravité de l'opus, enchevêtrement ruilés de silences et de sonorités inédites qui s'égrainent au fil de l'interprétation, sur le fil de la douceur, de la connivence de ce trio singulier.Les cristaux de roc, comme étoile, guide et protection céleste, toit du monde environnemental et mental.Belle pièce cosmique, invasive et pourtant si subtile à l'écoute.

Pour "trois visages" de Nicolas Marty, pour flûte et flûte basse, clarinette et clarinette basse, c'est à petits pas feutrés que l'on ose à peine déranger le duo de musiciens, pour pénétrer dans une ambiance à suspens, suspension des sons, introduits légèrement, comme de la brise, un souffle matinal de zéphyrs Peuplée de silences affirmés comme des ponctuations picturales qui laissent reposer l'oeil et l'oreille sur de l'éphémère dont la rémanence serait encore de l'existence matérielle!
Un dialogue complice, discret, ténu, infime osmose entre les deux interprètes qui se profilent devant l'alternance des sonorités, des timbres émis pour la plus grande surprise à chaque reprise après silences qui en disent long!

"Triplum" de Franco Donatoni, pour flûte, hautbois et clarinette de 1995
Un trio vif, alerte, coloré, gai, relevé en ascension sonore et amplitude des volumes, en re6descentes joviales: une musique incisive, fragmentée, découpée comme des ombres noires, silhouettes animées par une lanterne magique!
La virulence des sons, éveille, ébranle, secoue brèbves incursions dans un univers résonant de souffles coupés.
Au final de ce concert, très "dans le vent" et les souffles des dieux éoliens, "Muro d'horizzonte" signé Salvatore Sciarrino pour flûte alto, cor anglais, et clarinette basse
Un trio très délicat, à la syntaxe brève, ponctuée de salves tirées des instruments comme des pichenettes ou , de petites touches de sons malins et porteurs de charme et de tendresse;
Subtiles sonorités qui s'attrapent, se cherchent, se traquent, en suspens ou courses filles. De longues tenues musicales les recouvrent pour inonder l'espace, recouvrir la masse sonore en toile tendue, vibrante: des dissonances fusionnelles très appréciées par nos oreilles aguerries aux sons inédits de ce répertoire recherché et détonant.

C'est tout le caractère de "Love music" qui s'y retrouve, en surprenant toujours au hasard des détours et croisements: quelle direction prendre dans cette atmosphère de danger, de surprise !

A l'Auditorium de la BNU le vendredi 24 Mai 19H

Musique de Nicolas Marty (création), Samuel Andreyev (création), Annette Schlünz, Peter Ablinger, Franco Donatoni, Salvatore Sciarrino. 

jeudi 23 mai 2019

Doris Chataignier: rémanence des corps et graphiés ! Kinesthésique à foison!

De la rémanence d'un corps, de plusieurs corps dansants qui s'enchevêtrent, s’emmêlent, se rejoignent ou se quittent...
Dans des floutés magnétiques où la danseuse, modèle tourbillonnant, glissant ou immortalisée en pause longue pour mieux capter la calligraphie de sa danse solo.
Griffe de la photographe, peintre et œil vigilant sur les évolutions fugitives et fugaces d'un corps, vêtu de blanc, gracile, agile, gracieux Comme une colonne vertébrale, pilier renversé à l'ossature disjointe.

Une révérence, une pause, prise unique ou des photos en triptyque qui s'entrelacent.
Le travail de capture et d'observation de Doris Chataignier, sur les mouvements de la danseuse Périnne Gérussi est précis, pertinent et fort poétique
Un souffle, une énergie l'animent, naturelle émanation de la danse qui se joue devant elle dans un espace qui s'étire, s'allonge et prolonge les traces, signes et empreintes de sa fulgurance.
Belle vision, solide et convaincante pour s'approprier une dynamique et une connivence avec l'art de l'éphémère,de la poursuite, du geste fertile en images!Kinesthésique à l'envi !

à voir au CIARUS  "Féerie cinétique"


lundi 20 mai 2019

Danser l'esquisse, chantez le trait, tisser les lignes ....A Apollonia ce mardi 21 Mai 18H


Entremêler les phrasés: ceux de la main qui dessine, ceux de la danse qui trace dans l'espace des arabesques lyriques qui éclaboussent la voix, au son du geste du peintre. Articuler des mots, ceux de Calvino , ceux des cités perdues qui tissent des réseaux, en toile arachnéenne, en fuseaux de laine qui se dévident et relient les uns aux autres...
Une performance dans l'espace animé par les corps engagés d'artistes en herbe qui se plient sans céder aux caprices de la couleur ou du fil de fer.
La toile se tend, le tricot de laine se fait tissus, trame et chaine, étoffe et matière à danser le lien
Dans le labyrinthe de l'espace, dans  le souffle , à travers le temps...
Pae Geneviève Charras et les participants de l'atelier d'Eliane Karakaya



"Manon"d'Oivier Py : sur l'hotel du pardon.....


Opéra-comique en cinq actes sur un livret de Henri Meilhac et Philippe Gille, d'après le roman de l'abbé Prévost, L'Histoire du chevalier Des Grieux et de Manon Lescaut.
Créé à l'Opéra Comique en 1884.

"Le jeune Des Grieux a le coup de foudre pour Manon que sa famille destine au couvent. Il l’enlève et tous deux découvrent Paris, ses libertins et ses vertiges. Leur passion résistera-t-elle ?
« Je ne suis que faiblesse et que fragilité » avoue Manon. « Sphinx étonnant, véritable sirène » s’émerveille Des Grieux. Délicatesse et calcul, sincérité et corruption : cet « éternel féminin » inventé à l’aube des Lumières fascina le XIXe siècle. De la création de Prévost, la plume amoureuse de Massenet fit un personnage d’une bouleversante sensualité. Et le compositeur dressa autour de l’héroïne un tableau social vertigineux, dans ce qui est une oeuvre musicale totale.
Ce très grand titre de notre répertoire revient à la salle Favart – dont les portes s’ouvrent sur une statue représentant Manon – dans une production poignante. Tournons le dos aux fêtes galantes et renouvelons notre regard sur le destin de cette jeune fille qui aime le plaisir et l’incarne.
Belle et sans concession, la vision est signée Olivier Py et sculptée par la baguette passionnée de Marc Minkowski, à la tête des meilleurs interprètes. À un tel projet, il fallait aussi une Manon d’exception : Patricia Petibon, forcément."

Quand l'émotion naît d'un jeu, d'une atmosphère et d'un sujet qui touche, alors on peut affirmer que la mise en scène d'Oivier Py de cet opéra bouleversant touche et fait mouche.
Le décor est celui d'un passage, d'une ruelle mal "famée" ou les enseignes, néons lumineux multicolores, "hotel" en toutes sortes de caractères de "police" renvoient aux lieux de jouissance, de loisirs et de plaisir d'un siècle passé. On se projette dans l'impasse avec délectation: le fête et la vie oisive vont bon train pour les personnages qui invitent en prologue à pénétrer une époque, des destins critiques dans un contexte historique qui malmène la renommée et la bourgeoisie dilettante d'un Paris de légende.
Chamarrée, bigarrée, la scène s'anime à l'envi de tumultes chatoyants, de musique alerte et entraînante, de voix et de mélodies suaves. Chacun des personnages faisant son entrée remarquée dans cet univers où tout va rapidement basculer dans l'intrigue, l'obscur et la confusion. Un décor en "tranche" où l'on découvre les intérieurs d'une auberge sur deux niveaux, quatre chambres: on passe de l'une à l'autre comme pour une visite guidée insolite, réservée aux initiés d'un "milieu", celui de la maison close, de la prostitution. Joyeuse, intrigante et calculatrice. Le souteneur introduit ce jour là, une débutante, néophyte, c'est Manon, aux charmes tant attendus! Manon, c'est Patricia Petibon qui va se livrer à cette expérience que plus rien n'arrêtera, si ce n'est l'amour que lui voue un client et non des moindres, le chevalier Des  Grieux.
On baigne dans une atmosphère à la Degas ou Jean Louis Forain dont les toiles trahissent leurs sujets: danseuses, prostituées au travail, dans des attitudes, postures ou poses bien cernées, attestant d'une société aux mœurs dilettantes et animés par l'oisiveté et le plaisir à tout prix.
Jean Louis Forain

Les voix sont sublimes, les présences des acteurs-chanteurs magnifiées par un environnement plastique, écrin des rebondissements de l'intrigue. On y découvre autant de facettes d'une vie tumultueuse, érigée par des êtres peu recommandables ou des victimes consentantes de destins croisés irréversibles.
Les prostituées croquées par des femmes aguichantes, sensuelles et très excitantes, façon Olivier Py: notons la belle prestation de Charlotte Dambach, femme désirable, sensuelle à la longue silhouette évoquant les beautés et canons d'un siècle passé, lors de tableaux évocateurs. Vénus à la Boticelli, dévêtue, gracieuse et provocante jusyte ce qu'il faut, dans la nuance.La danse est belle et les premières séquences, des femmes à cheval sur leur partenaire en dit long sur la condition sociale des filles de joie, de luxe. Bien sur, on se concentre sur le Chevalier et Manon mais tous participent d'une ambiance tantôt joyeuse et débonnaire, tantôt sombre et tragique quand Des Grieux décide de prendre les habits religieux pour oublier les amours contrariés avec Manon. Là le ton change, fini les néons, la liesse et les élucubrations érotiques de la chair, entrelacs suaves des corps nus, dévêtis de leur atours de strass et de paillettes.Noir décor, musique proche de l'orgue monastique. Tout va cependant basculer à nouveau dans le tripot et la luxure, le jeu et la revanche, la haine fatale et le destin obscur de Manon, amoureuse, éperdue de franchise et de désespoir. Patricia Petibon, sobre, touchante, émouvante aux larmes face à cette société cruelle sans concession ni pardon.

Degas

Olivier Py, très à l'aise dans cette atmosphère lumineuse de la chair évoquée à son habitude par la nudité, les références plastiques à un monde de débauche et de péchés capitaux: commander le ballet, l'opéra pour faire la fête, peuplée alors de diables rouges, de ballerine, poupée de boite à musique...C'est tout un univers de cabinet de curiosité, d'alcoves, de ruelle , de chambre d'hotel de maison de plaisir, qui lui conviennent: tempérament festif et ludique, autant que griffe scénique respectueuse d'une oeuvre pas si connue que cela !

A l' Opéra Comique jusqu'au 20 Mai





Direction musicale, Marc Minkowski
Mise en scène, Olivier Py
Avec Patricia Petibon, Frédéric Antoun, Jean-Sébastien Bou, Damien Bigourdan, Philippe Estèphe, Laurent Alvaro, Olivia Doray, Adèle Charvet, Marion Lebègue
Choeur de l’Opéra National de Bordeaux
Orchestre Les Musiciens du Louvre

mercredi 15 mai 2019

"Le colonel des zouaves" : un lapin agile, coureur de jupons!


"Le Colonel des Zouaves est un roman d'Olivier Cadiot paru en 1997 et mis en scène par Ludovic Lagarde. Seul en scène, Laurent Poitrenaux fait naître le monde intérieur de Robinson − majordome habité par l'obsession de la perfection. Non seulement il ne se révolte pas contre son asservissement, mais il s'acharne à le rendre toujours plus subtil et raffiné. Assailli d'images et de fantasmes insensés, il s'invente des missions et chaque geste, chaque parole entendue, le fait basculer secrètement dans un monde délirant, dont il se vit comme le héros. Ce spectacle a été fondateur de vingt ans de collaboration entre ces trois artistes sur la figure de Robinson, jusqu'à Providence, présenté au TNS en 2017."

Il faut la vivre, plus d'une heure durant, cette empathie avec le comédien, si proche du spectateur, dans un décor tout de gris, à la manière de son costume, sorte d'uniforme seyant, les cheveux gominés, plaqués,raie au milieu, le visage blafard.
Curieux personnage, héros d'un monologue, soliloque étrange où les mots sont dits, éructés, prononcés avec tout le brio des contrastes, modulations qu'inspire le texte truculent d'Oivier Cadio.
Les gestes sont précis, comme enluminés par un phrasé chorégraphique qui borde la syntaxe textuelle: grammaire des gestes à la Odile Duboc qui en signait à l'origine la mise en mouvement, la chorégraphie des pleins et des vides, la grâce de l'abandon autant que de la maitrise
Jamais de mimiques ni de mime, mais une évocation feutrée et lisse des espaces corporels à dessiner, à vivre, à calligraphier sur la scène.
Autant de personnages, autant de postures, attitudes ou pauses.
Du coureur de fond, au dépeceur de lapin, du serveur de café, funambule et orpailleur de l'équilibre instable, on se régale à deviner les personnages, à les atteindre grâce à l'évocation très physique de leur présence, verbale, charnelle. Il flotte et s'envole, silhouette découpée dans le noir, il conjure le sort de ces êtres cyniques, au verbe sans concession, à la verve littéraire sans gêne ni obstacle au bon gout , à la bienséance bafouée. Un miroir réfléchissant comme rideau de scène, des éclairages, tantôt douche, tantôt subtils contours du corps du comédien-danseur, et c'est le débit de la voix qui charme séduit, heurte.
Un écho, burlesque rémanence, vibrations sonores étranges, vient doubler les effets de voix. Pour créer toutes sortes d'ambiances, spatiales, sonores, pour amplifier le dramatique; le drôlatique  de cette espèce humaine sarcastique, vénéneuse ou simplement humaine.
Poitrenaux en homme suspect de bien faire, sans une fausse note pour une performance, respirée, aux mains et bras si éloquents que la langue de Cadio n'a jamais autant été accompagnée par une musicalité, un rythme physique si perspicace
Il fait le "zouave" sans lasser, figure quasi sculptée comme les attitudes des vierges folles ou chimères des cathédrales englouties!


Au TNS jusqu'au 24 Mai






Texte Olivier Cadiot
Mise en scène et scénographie Ludovic Lagarde
Avec Laurent Poitrenaux
Musique Gilles Grand
Lumière Sébastien Michaud
Costumes Virginie et Jean-Jacques Weil
Avec la participation artistique de Odile Duboc
Coproduction CDDB Théâtre de Lorient – Centre dramatique national, Le Carreau – Scène nationale de Forbach
Avec le soutien de La Comédie de Reims – Centre dramatique national

samedi 11 mai 2019

"L'Imaginaire": "Aus den sieben Tagen" de Stockhausen: corps-respon-danse.....


Samedi 11 mai 2019, 20h30
Musique et performance
-En partenariat avec L’Ecole de Théâtre Physique I Strasbourg-

Karlheinz Stockhausen « Aus den sieben Tagen »

"Inlassablement depuis des années
je l'ai dit et parfois écrit:
je ne fais pas MA musique, mais
je transmets les vibrations que je capte,
fonctionne comme un traducteur,
suis un poste de radio. (…)"
(Extrait de "Litanie", Aus den Sieben Tagen)

"Pour cette aventure inouïe, nous avons cherché à expérimenter l'état d'esprit proposé par Stockhausen en 1968, avec toutes les possibilités techniques que nous avons aujourd'hui en 2019.
Avec un peu d'installation dans nos instruments,
l'instrument se met à sonner sans qu'on y souffle,
une autre note est à chercher dans l'air...
L'acteur capte "nos sons" dans l'air et les fait sonner...
Nos instruments et les corps des acteurs deviennent ainsi les canaux qui transmettent les vibrations dans l'air, dans l'univers.
C'est bien énigmatique, tout ça."

Belle aventure que cette rencontre entre des artistes très "physiques", musiciens du vent et du souffle et danseur de la peau et de la respiration
A eux tous ensemble, ils font corps et graphie dans l'espace sonore imaginé par Stockhausen pour une musique entre écriture et aléas, ressenti et interprétation.
Oeuvre courte et dense qui s'applique à déjouer les pièges de l'improvisation en tissant des liens avec les volutes de la musique qui se fabrique devant nous Deux musiciens, un maitre de cérémonie acoustique, Jan Gubser et douze danseurs du "Théâtre physique" dirigé par Katiouschka Kuhn, pour donner corps à cet "objet musical" hybride, très étonnant qui fait appel à la présence physique très fortement.
Dix tableaux se succèdent dans le noir, l'ombre ou la lumière, selon l'intensité, le volume sonore ou les silences.Saxophone et flûte comme des poumons qui respirent, inspirent et expirent, accompagnés par les corps dansant qui structurent un espace frontal, sagital à la Laban. Des marches, courses, par petits groupes compactés ou en échappée belle, en solitaire ou duo. Des sauts, des trajets bien réglés comme sur une partition corporelle. Un beau duo de femmes, léger, altier à la Trisha Brown, quelques enluminures baroques le long des épaules, du bout des doigts. Des ondulations désaxées, des "manières" qui s'accumulent pour , sur la pointe des pieds, correspondre à l'émission des sons des interprètes des "vents". De longues tenues en sirène pour flûte et saxo, des motifs qui se répètent, s'étirent, s'intensifient, s'emballent. Rythme et tonalité au diapason de la musicalité, lente et profonde de la danse.
Danse contact, qui relie les corps en écheveau, fibre d'une étoffe sensuelle et tendue, fluide aussi dans de beaux déroulés. Magie du son qui se propage, résonne en larsen, de quoi étonner d'entendre sourdre de nulle part des sonorités dans l'éther alors qu'aucune source ne les délivre!
C'est la prestidigitation visuelle des gestes de Keiko Murakami qui se joue de cette illusion et manipule dans l'air son instrument ....Alors que les danseurs déambulent, lucioles en main ou soliloquent dans un langage gestuel rigide, droit directionnel et frontal.
Les corps s’entraînent au sol, se repoussent, s'attrapent dans de beaux tiré-poussé, front sur front, poids et gravité en dernier ressort pour mieux impacter l'énergie de la mouvance.
Les entrelacs entre musique et danse ouvrent et referment les espaces de ces abandons corporels, au sol: la proximité musiciens-danseurs opérant pour cette osmose , de plein pieds, de plain-pieds!
Plan, lignes, point: on est aussi au coeur des compositions picturales toniques d'un Kandinsky: des basculés en roulades, des spirales en suspension aussi pour révéler la densité, la matière musicale diffractée.Quand le saxophone de Philippe Koerper se donne à fond, les corps s'envolent, s'emparent de l'espace dans des courses folles et contagieuses. Puis c'est le silence de trois danseurs, de front, statiques qui donnent à voir l'accalmie, l'apaisement. Combat, lutte, passages furtifs reprennent le dessus, rémanence de la musique à voir!
Et quand le souffle émis par la respiration essoufflée de l'une d'entre eux se fait musique, l'oeuvre a gagné son pari d'être vivante, source de circulation, de trajets, de voyages.
Le corps est cet instrument, médium multiple, musique, mouvement, sons et la danse trouve sa place au sein de cet opus atypique: visuel, respiré,inspiré!
Le pari de défier les embûches d'une pièce complexe de par son côté aléatoire et joueur, hasardeux et périlleux, est gagné et le public très nombreux ce soir là reste presque sur sa "fin" tant l'intensité porte à croire que la magie est vraie, le spectacle encore présent à nos yeux, nos oreilles et notre émotion.
Abstraite au sens d'une composition en état de facture, dans l'instant, charnelle dans le souffle qui l'anime du début à la fin: la respiration collective !




Keiko Murakami, flûte
Philippe Koerper, saxophone
Jan Gubser, électronique
Et les étudiant(e)s du cours On stage I L’Ecole de Théâtre physique I Direction Katiouschka Kuhn.

Jazzdor "Animal Image" et "All Set": zen attitude au désert et trublions de bonnes "nouvelles" !


"𝗔𝗡𝗜𝗠𝗔𝗟 𝗜𝗠𝗔𝗚𝗘" Si ce projet est né de la création d’une bande-son improvisée pour le film documentaire « Animal Image » de l’artiste visuel finlandais Perttu Saksa, la musique existe seule et évoque tour à tour les paysages glacés et anciens de la forêt finlandaise, la quête humaine et animale d’un monde partagé en symbiose, une recherche d’infini, de pureté. .
On ne s'en doute pas au premier coup de gong, à la première poussée de souffle de la trompette, mais le morceau sera intégral et sans interruption une demie heure durant avec toutes sortes de variations, de modulation: des frôlements, effleurement du bout du manchon sur les deux gongs, amoureusement caressé par le musicien, crane rasé et logue barbe de celte druide, très inspiré par des vibrations mystiques et spirituelles proche de la méditation zen! Ambiance spatiale de lointains paysages, raclures de la trompette dans un joyeux monastère résonnant où le son s"amplifie, intense, sourd, peu à peu, passant de l'intime au partage volubile généreux de sonorités inouïes.Percussion et vent en osmose pour ce duo de charme insinuatif: comme une scie musicale ou un jeu de verres de cristal, le son est "zen" et méditatif: quelques petits éclats de souffle, des percussions de bois pour quitter le gong omniprésent: des ondulations sonores portées par l'électronique qui oeuvre en écho et borde les mélodies fugaces. La trompette s'y questionne et se répond en réverbération simultanée en réaction au pré-enregistré en live!
son de rouage, de chaine, comme dans une mécanique grippée, au ralenti. Reprise et renaissance des flux de musique à l'envi pour cette aubade, ode turbulente aux deux sources musicales qui se mêlent se fondent et ne se distinguent plus. Un mystère plane, très délicat, feutré, alors que les percussions se font plus métalliques, plus froides. Les espaces sonores se démultiplient, s'accumulent, se heurtent ou s'entuilent en entrelacs savants dans une interprétation et une composition virtuose. l Les effets de volume portent les modulations et contrastes: puis tout se rétrécit, s'amenuise pour une petite mort, douce agonie des sons qui échouent sur les horizons sonores: comme une plaine qui s'assombrit, une mer qui se retire après le déploiement de ses vagues.
Des contrées s’effacent au profit su silence: une très belle pièce enivrante et hypnotique, une navigation au long court émouvante et troublante. Mika Kallio et Verneri Pohjola au mieux d'une forme d'écoute et d'inventivité, sensuelle, charnelle, très présente dans cet opus aux parfums du grand large.

𝙁𝙞𝙣𝙡𝙖𝙣𝙙𝙚 - 𝙈𝙞𝙠𝙖 𝙆𝙖𝙡𝙡𝙞𝙤, 𝙗𝙖𝙩𝙩𝙚𝙧𝙞𝙚, 𝙜𝙤𝙣𝙜𝙨 / 𝙑𝙚𝙧𝙣𝙚𝙧𝙞 𝙋𝙤𝙝𝙟𝙤𝙡𝙖, 𝙩𝙧𝙤𝙢𝙥𝙚𝙩𝙩𝙚, 𝙚́𝙡𝙚𝙘𝙩𝙧𝙤𝙣𝙞𝙦𝙪𝙚
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"𝗔𝗟𝗟 𝗦𝗘𝗧"
"Si les deux saxophonistes se guettent respectivement depuis une quinzaine d’années, il aura fallu attendre jusqu’à aujourd’hui pour que cette rencontre ait lieu. Le prétexte musical à l’œuvre n’est pas des moindres et nous renvoie en 1957 quand le George Russell et Günther Schuller Orchestra featuring Bill Evans (le disque se nomme Bill Evans and Orchestra !) « crée » la pièce « All Set » du compositeur Milton Babbitt pour un combo de jazz. Nous sommes en pleine naissance du « 3e courant » et les frontières entre jazz et musique contemporaine trouvent déjà des démolisseurs patentés. Si cette œuvre est écrite pour octet de jazz, elle sera évoquée et prolongée ici en quartet seulement, comme un work in progress tenu sur le feu par quatre voix uniques du jazz actuel, un jazz à l’écoute de l’autre et des multiples courants apparus au cours des soixante dernières années."
C'est un trèfle à quatre feuilles, porte bonheur de l'instrumentation fertile en idées et recherches, frappant fort sur le plan de la musicalité: sous forme de petites oeuvres, nouvelles, coup de poing à l'écriture jazzique, très resserrée, tonique, compacte et convaincante.La fébrilité ascendante, très libre, free, dans la saturation des espaces sonores du premier morceau, atteste de cette signature dense et éclatante du quatuor et de ses deux auteurs-compositeurs saxophonistes. Suivent quelques pièces de la même étoffe, tissues de mouvements de trame et chaine qui concoctent du pétulant, du vif dans cet écheveau de navettes La troisième oeuvre, batterie et contrebasse en renfort, vibre étrangement, ponctuée d'un rythme interne répétitif de percussion intrusive: fluide et variée, la musique va bon train, avec quelques belles envolées et échappées de saxophone. En brèves tonalités, sèches et vives comme des salves détonantes.
Un métronome fictif, une horloge, maitre du rythme, du tempo , virtuelle mais si présente dans le son, comme autant d'interventions réduites pour la pièce suivante qui entraîne dans des univers de science fiction. Des silences aussi, de la discrétion feutrée pour les entrées et tenues de chacun des protagonistes. Chacun s’immisce dans les intervalles, fentes ou interstices de la composition avec de belles et franches nuances et contrastes.
Un monde de sirènes répétitives, en zébrures et zig zag, allées et venues de gyrophare musical lancinant pour la suite du programme chamarré et bigarré. Étincelantes résonances des deux saxos qui s'embrouillent, s’emmêlent, dissonants Ca  s'emballe au grand galop, scandé, martelé, musical et virtuose!
La symbiose entre saxophones et contrebasse s’amplifie, mimétisme et miroir sonore de cette distributions de sons inédits. Des tonalités dynamiques, du tonus , de la verve musicale à souhait pour cet ensemble réuni pour le meilleur de chacun: dans une altérité et identité des timbres, des hauteurs et autres facéties inventives pour tordre le cou aux conventions de l'écriture jazz. Un train de musique alerte, régulier, entraînant, où tout s’emboîte, se répond pour un bel amalgame résonant!
Une musique éclatante s'en échappe, brève, fulgurante, foisonnante et débridée, libre et joyeuse.
Émancipée, en détails précis et méticuleux aussi, identitaire pour chacun des instrument porté par des corps vibrants très inspirés et mouvants
Vivante et actuelle musique enchantante pour cette mêlée acrobatique et performante, périlleuse et séduisante opération de charme décalé.
Un bis et un re-bis où tout le talent de la dformation éclate en brèves touches humoristiques sans égal!



𝙁𝙧𝙖𝙣𝙘𝙚 - 𝙀𝙩𝙖𝙩𝙨-𝙐𝙣𝙞𝙨 - 𝙄𝙣𝙜𝙧𝙞𝙙 𝙇𝙖𝙪𝙗𝙧𝙤𝙘𝙠, 𝙨𝙖𝙭𝙤𝙥𝙝𝙤𝙣𝙚 / 𝙎𝙩𝙚́𝙥𝙝𝙖𝙣𝙚 𝙋𝙖𝙮𝙚𝙣, 𝙨𝙖𝙭𝙤𝙥𝙝𝙤𝙣𝙚 / 𝘾𝙝𝙧𝙞𝙨 𝙏𝙤𝙧𝙙𝙞𝙣𝙞, 𝙘𝙤𝙣𝙩𝙧𝙚𝙗𝙖𝙨𝙨𝙚 / 𝙏𝙤𝙢 𝙍𝙖𝙞𝙣𝙚𝙮, 𝙗𝙖𝙩𝙩𝙚𝙧𝙞𝙚
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jeudi 9 mai 2019

"Mnémozyne" de Joseph Nadj :performance de l'image



Plusieurs fois accueilli à La Filature en tant que chorégraphe et
danseur, Josef Nadj est également plasticien et photographe.
Aujourd’hui, 30 ans après sa première pièce, il puise dans sa
propre mémoire pour élargir, une nouvelle fois, son horizon
créatif et présente « Mnémosyne », une oeuvre globale associant
projet photographique et performance scénique : chaque
action, chaque instant résonne avec son parcours, personnel
et artistique, transfiguré dans une épure emprunté à Beckett.
Mnémosyne
Projet photographique et performatif



Mnémosyne pour dire la mémoire d’un monde : celui du chorégraphe et plasticien Josef Nadj. Trente ans après la création de sa première pièce, il nous offre une œuvre globale, associant projet photographique et performance scénique. Tout au long de son parcours, l’artiste formé aux Beaux-Arts de Budapest n’a jamais cessé de photographier. En se réappropriant cette pratique menée en parallèle, Josef Nadj puise dans sa propre mémoire pour élargir, une nouvelle fois, son horizon créatif. Virage artistique ou retour aux sources ? Pour Mnémosyne, il a conçu une vaste exposition photographique, un véritable écrin constellé d’images au sein duquel il se met en scène – entre jeu, danse et performance – au plus près de son public.

Soit un petit espace clos et sombre, une camera oscura en attente. Le visiteur y devient spectateur voire regardeur. Dans l’intimité de ce cabinet où s’animent quelques curiosités, Josef Nadj livre une brève performance d’une rare densité : chaque mouvement, chaque action, chaque instant résonne avec son parcours, personnel et artistique, transfiguré dans une épure empruntée à Beckett. Et l’on songe alors que, dans le titre « Mnémosyne », on entend le mot « Ménines »… A l’instar du chef-d’œuvre de Vélasquez, Mnémosyne contient une multiplicité de regards qui ne cessent de se nourrir.

Autour de ce dispositif activé le temps de la performance, Josef Nadj a conçu une exposition photographique foisonnante. Chacun des clichés accrochés aux abords de la boîte raconte une histoire, à appréhender comme un spectacle suspendu. Chaque image recèle une mémoire en soi, connue de l’artiste seul : s’y côtoient des objets trouvés retenus pour leur puissance suggestive, des références patrimoniales qui ne cessent de l’inspirer et toutes sortes de souvenirs. Ces clichés suggèrent, parallèlement à la brièveté de la performance, un rapport au temps qui s’étire sur plusieurs années, de la recherche des formes à la composition des images, du choix de la technique à la prise de vue effective.

Hommage personnel et transversal à l’Atlas demeuré inachevé de l’historien d’art allemand Aby Warburg, Mnémosyne s’apparente à une œuvre d’art totale, à la fois installation, performance et exposition, dont il reste pour chacun une image, ultime, qui interroge à la fois notre regard et notre mémoire : qu’avons-nous vu ?

mardi 7 mai 2019

"Qui a tué mon père " : Papa, regarde !


"Dans Qui a tué mon père, Édouard Louis décrypte les mécanismes de domination qui broient les êtres et leurs relations. Stanislas Nordey met en scène et interprète la parole et le regard d’un fils sur son père, depuis les premiers souvenirs d’enfance jusqu’à sa « mort sociale ». Qui sont les gens qu’on appelle « les classes populaires » et dont les femmes et hommes politiques ne cessent de parler comme étant des « fainéants » ou des « exclus » ? Avec ce texte, Édouard Louis s’engage dans ce qu’il nomme une « littérature de la confrontation ».
Dans la ville noire, un décor mural de coron ou de cité laborieuse, un jeune homme, à table avec un personnage, mannequin incarnant son père, soliloque, raconte leur vie; de fils de père, de leur relation conflictuelle, de la vie d'un homme simple aux prises avec le travail, l'éducation de son fils, la présence à ses côtés d'une femme qui ne cesse sa vie durant de l'attendre...Ce papa qui danse, tout le temps, partout, en homme et qui ne l'avoue pas, tant cela pourrait faire "féminin"! Lui qui pourtant se déguise en majorette avec tous les apanages du genre!
Avec des cartels, des bribes de musique, un tapis orangé, les sequences se succèdent et le nombre de pères augmente sur les côtés de la scène, dans toutes sortes de positions de fatigue, d'épuisement. Stanislas Nordey tient la scène deux heures durant, lui, le fils qui raconte, prend parti contre son père, le fustige, souhaite son absence, sa disparition physique de son espace.
L'attente, l'impuissance de sa condition de travailleur, pourtant en porte à faux avec les préceptes de soumission, le condamnent à subir. Un corps masculin qui résiste à l'autorité pourtant, qui se heurte à l'homosexualité, reproduit la vie de ses parents, les imite et passe le relais à son fils.sans correction ni reconstruction.Changement de décor, toujours gris devant des tentures plastiques: c'est la scène de la vengeance et de l'évocation du frère, ennemi !
Debout, toujours, ce fils conte le politique responsable des déboires physiques faits sur le corps de son père: c'est la faute à Macron, Hollande ou Sarkozy, si son père s'échine le dos, se courbe sous le poids du travail en surplus et si au final il se fracasse le dos. Il neige sur ce paysage mental glacial qui fait froid dans le dos, tétanise par la cruauté des propos, la véracité des circonstances.Sol blanchi par les flocons qui ensevelissent les corps couchés, rompus des mannequins, des pères.Perdants, humiliés, "assistés" cependant comme des faignants, fainéants qui profitent: avec les 100 euros de prime pour partir en famille à la mer au lieu d'acheter les fournitures scolaires nécessaires à l'apprentissage de la soumission et de la docilité. Le politique est bien là, les dominants abusent, nommés par leurs noms de ministre ou de président auxquelles sont rattachées les lois qui détruisent le père, sa santé, son existence.
Alors au final, une révolution serait solution à cette quête d'amour filial, de considération, de respect dont manque cruellement la société tant inégale de ces temps.
Stanislas Nordey en prêcheur unilatéral, boosté par un texte plutôt sobre et sans chichis, manquant parfois de poésie ou de recul, le temps de respirer un autre air: celui de l'espoir et de la dignité!

Au TNS jusqu'au 15 Mai






Édouard Louis est écrivain. Il a publié aux éditions du Seuil En finir avec Eddy Bellegueule en 2014 etHistoire de la violence en 2016 – roman dont des extraits ont été lus au TNS par Stanislas Nordey en février 2016 dans le cadre de L'autre saison. En 2013, il a dirigé l’ouvrage Pierre Bourdieu : l'insoumission en héritage, paru aux Presses universitaires de France – où il crée et dirige la collection "Des Mots". Il a écrit Qui a tué mon père à l’invitation de Stanislas Nordey ; le texte est paru en mai 2018 aux éditions du Seuil.
Texte Édouard Louis
Mise en scène Stanislas Nordey
Collaboratrice artistique Claire ingrid Cottanceau
Avec Stanislas Nordey (distribution en cours)
Lumière Stéphanie Daniel
Scénographie Emmanuel Clolus
Musique Olivier Mellano

lundi 6 mai 2019

"Maria de Buenos Aires" : Santa Maria des enfers !

"Première collaboration entre deux extraordinaires artistes qui ont marqué en profondeur la culture argentine, le poète Horacio Ferrer et le compositeur Astor Piazzolla, Maria de Buenos Aires est une forme unique d'opéra-tango qui nous plonge dans les méandres de l'âme de la « Reine de la Plata » avec en son cœur la belle Maria.Indépendante et libre, Maria se donne avec ivresse à la ville, à la poésie, à la danse et aux hommes, elle qui, comme l'a décrit Ferrer, serait née « un jour où Dieu était ivre mort ». Mélancolie, violence et désirs se mêlent dans les nuits où les bas-fonds de Buenos-Aires sont à la fois un enfer et un paradis mais où toujours le tango brûle les corps habités par la musique.
Cette nouvelle production est chorégraphiée et mise en scène par Matias Tripodi, danseur, pédagogue et expert passionné du tango. Maria de Buenos Aires est l'autre grand moment, avec Beatrix Cenci, du festival arsmondo Argentine."

Dans la fosse, l'orchestre vibre déjà pour inaugurer en préambule, prologue ce ballet argentin qui promet d'être poésie, passion et tendresse.Un solo pour inaugurer le bal, toujours pétri de grâce interprété de corps de maitre par Renjie Ma. La signature dansée de Matias Tripodi est fluide, tourbillonnante, relâchée, offerte et lisse, à la Kylian, même parfois! Chemises et vestes ouvertes, dévoilant les torses nus des hommes qui chavirent, chaloupent, se renversent à l'envi; de beaux portés, flottants pour des duos à variation mobile, alternant avec le trio infernal de l'homme et ses deux facettes d'une Maria protéiforme; doublée d'une cantatrice;magistrale interprète à la voix sereine, portée elle aussi par un souffle lyrique tangoté à merveille.La présence des quatre chanteurs, mêlée à celle des danseurs sur le plateau est à peine repérable et très opérationnelle: se fondant aux corps mouvants, à un ensemble à la Laban, qui avance groupé, soudé, oscillant de concert.
Un instant très fort dans cette pièce chorégraphique aux accents argentins qui jamais n'impose les figures traditionnelles du tango
Une belle glissade, un bon décalage avec les figures imposées qui ne se reconnaissent, ni se repèrent
La danse est fine, discrète, omniprésente sur le plateau, de noir et de blanc, sombre de par l'évocation tragique du destin de Maria: femme, spectre dans la mort, errant en Gisèle ou signe-cygne blanc, noir dans l'espace lumineux, scénographie virtuelle très opérante. Des images projetées évoquent la ville, l'ogresse Buenos Aires aux multiples visages.dévoreuse et bientôt enfer pour ces créatures qui l'animent, l'habitent
Des transports en duos et portés par  les danseurs galvanisés par la musique en live, si riche, balançant ses rythmes et glissements progressifs de désirs, de sensualité toute argentine!
Etreintes, passades, répulsions, esquives,feintes et dérobades, pour les femmes, force et rapidité, vélocité intense pour les hommes.
Des caractères bien trempés mais toujours très subtils et empreints de délicatesse.Le parallélisme danse-voix opère et les uns rencontrent les autres, sur la bonne voie !
Voix de Moineau, fragilité de tous dans ce monde où des centaines de feuilles noires s'abattent et jonchent le sol, en débâcle, défaite et pour une évocation de l'enfer, de ces cendres, celles aussi de Maria, sorcière à brûler vive dans ce petit peuple qui s'affaire Entre "Nana" ou "L’Assommoir" de Zola, entre Brecht et Kurt Weil, proche aussi d'un "Bandonéon" de Pina Bausch, le spectacle est total, touche et fait mouche. Entrelacs mélancoliques de la danse, du chant et de la musique, l'opéra-tango devient une écriture singulière, unique en son genre: banquise qui flotte et glisse vers le chaos, vagabondage extravagant de la danse, on y traine la solitude, la débauche esquissée légèrement, sans trait appuyé; le texte, poétique à souhait vient comme un souffle surréaliste, irriguer de sa verve, la narration, les faits et gestes des protagonistes, chanteurs, conteur-lecteur et danseurs. Un tango sans faste, sobre, souligné par la grâce et la volupté, endiablé certes par quelques airs de fête, fifres et tambourins comme résurrection du péché! Errance, solitude dans un halo de lumière blanche, la scénographie magnifie ces instants magnétiques de mouvements fulgurants, de mobilité fugace insaisissable: ils s’attrapent, se libèrent, s'aiment, s’enlacent à l'envi, ces habitants de faubourgs infréquentables et mal famés.Esquive par excellence, le tango fait du destin de Maria, la plus belle Notre Dame des faubourgs où vibre l'accordéon comme un poumon au souffle large qui se donne et résonne dans les corps dansants

A l'Opéra du Rhin jusqu'au 10 Mai