vendredi 22 mai 2026

"Croire aux fauves" de Nastassia Martin: Laure Werckmann en ours bien léché! La Belle et la bête sur le front

 


Tiré d’une histoire vraie

​​À partir du récit autobiographique de l’anthropologue Nastassja Martin, marquée dans sa chair par la rencontre avec un ours, l’actrice-metteuse en scène Laure Werckmann incarne une nouvelle figure féminine bouleversant les limites de son identité. Prothèses, maquillage et costumes sont au coeur de ce spectacle qui parcourt 4 saisons comme 4 rêves d’une transformation.

En août 2015, l’anthropologue Nastassja Martin est mordue au visage par un ours dans le Kamtchatka. Dans son récit autobiographique, elle relate les étapes de sa réparation et fait face à sa propre métamorphose. En incarnant cette figure féminine qui explore et déplace ses propres limites, Laure Werckmann ouvre les portes d’une mythologie contemporaine, où l’invisible rend notre monde plus intelligible.

Spécialiste des populations arctiques, Nastassja Martin mène des recherches anthropologiques sur le peuple évène lorsqu’elle croise le chemin d’un ours sur le massif du Klioutchevskoï, aux confins de la Sibérie. L’affrontement est inégal, le baiser sanglant de l’ours arrache une partie du visage de la jeune femme, mais les deux ont la vie sauve. La frontière entre l’humain et l’animal implose à cet instant, créant un lien mystique. Le récit Croire aux fauves, paru en 2019, est autant celui d’une renaissance qu’une réflexion sur la rencontre avec l’altérité, où la construction de soi est faite aussi de ce qui est étranger. Dans la culture animiste des Évènes, Nastassja Martin est devenue mi-femme mi-ours, celle qui se tient entre les mondes. Laure Werckmann a imaginé une mise en scène qui oscille entre ces dimensions, entre rêve et réalité, et matérialise les étapes à franchir jusqu’à la métamorphose. La comédienne, impressionnante, fait de ce spectacle une plongée immersive dans l’âme de l’anthropologue. Une expérience de théâtre vertigineuse.



Séquence choc pour un début qui figure un interview de cette anthropologue atypique avec sur le parterre du théâtre un "journaliste"émérite, le directeur du Diapason lui-même Stéphane Litolff! Alors c'est au diapason qu'il interroge la star du soir avec des questions de témoin dans la salle comme lors d'un débat ou bord de scène. Elle, en tenue de randonnée, de pisteuse de comportements de tribus, ethnologue intriguée par tout ce qui fait sens dans les comportements collectifs de population encore vierges, intacts témoins d'une vérité fragile sur les us et coutumes de peuplades indigènes. Attitude décontractée, bon-enfant de cette chercheuse de terrain qui se souvient de ses péripéties et autres aventures authentiques au coeur de son métier qu'elle exerce avec franchise, perspicacité, instinct et respect. Considérer l'autre, ne pas toucher à son cadre de vie ni environnement. Dans cette quiétude pourtant mugit régulièrement un son sourd et indéfinissable comme une menace lointaine qui se rapproche peu à peu. Un indice de ce qui va se passer plus tard: elle sera victime et proie d'une agression par un ours mal léché qui, hante son territoire et, dérangé, agresse la jeune femme. Encore insouciante, elle se pare pour une parade dans un petit kiosque intime qui la fait belle et désirable. Qui est cette femme audacieuse et frondeuse au juste? Une héroïne qui va peu à peu avouer ses faiblesses dans un conte, une narration dévoilant autant son caractère, que les faits qui ne lui sont pas reprochés. 


Aventurière, elle reçoit en boomerang, le fruit de sa curiosité, de son ingérence dans des contrées et usages méconnus, donc "barbares" et cruels. La comédienne, metteuse en scène incarne ce personnage énigmatique en proie au malheur, à l'agression de l'ours sur son visage, la mutilant de sa mâchoire: l'instrument de la phonation, de l'articulation, de la parole. Symbole de cette incursion dans un monde inconnu dont le fonctionnement entravé par sa présence, mérite châtiment. A vos gardes et votre vigilance, car le récit en saynètes qui s'enchainent, captive dans un rythme pourtant lent et plein de silences interrogateurs. Quel sera son destin au final, cette enquêteuse furtive, intelligente et respectueuse qui reçoit malgré tout une leçon sans concession pour ses incursions dans un monde observable comme une curiosité palpitante. Laure Werckmann, seule sur le plateau "déchire" son décor, comme lacéré à la Lucio Fontana, occupe le terrain avec engagement et détermination. Les saisons s'enchainent, objets de récits pertinents sur la profession d’ethnologue, sur une auto analyse psychiatrique singulière, un auto-roman, autofiction à la Almodovar. La Belle et la Bête se regarde, s'observe et se déchire: l'amour, la passion, la défensive comme credo contre l'abus de pouvoir ou le harcèlement.


avec Laure Werckmann jeu et mise en scène
et les régisseuses Cyrille Siffer et Zélie Champeau


« Ce jour-là, le 25 août 2015, l'événement n'est pas : un ours attaque une anthropologue française quelque part dans les montagnes du
Kamtchatka. L'événement est : un ours et une femme se rencontrent et les frontières entre les mondes implosent. Non seulement les limites
physiques entre un humain et une bête qui, en se confrontant, ouvrent des failles sur leurs corps et dans leurs têtes. C'est aussi le temps du
mythe qui rejoint la réalité ; le jadis qui rejoint l'actuel ; le rêve qui rejoint l'incarné. » 

masques et prothèses Cécile Kretschmar – lumière Philippe Berthomé – scénographie Angéline Croissant – musique Olivier Mellano – costumes Pauline Kieffer – collaboration à la mise en scène Noémie Rosenblatt
Production Compagnie Lucie Warrant – Artenréel#1
Coproduction TJP – CDN Strasbourg Grand Est, Espace 110 – Scène conventionnée d’intérêt national art et création à Illzach, Espace Koltès – Metz, Théâtre de la Manufacture – CDN Nancy Lorraine
Soutien DRAC Grand Est, Région Grand Est, Ville de Strasbourg, Convergence, Emmaüs, Vetis, Le Bistrot des Rosiers
Mécénat cabinet Abraham Avocats 

Au Diapason Vendenheim le 21 MAI 


0 commentaires:

Enregistrer un commentaire