"TENDRE CARCASSE" de Arthur Perole CieF
Avec Tendre Carcasse, Arthur Perole poursuit la recherche sur ce qui fait la profondeur et la multiplicité d’un individu, engagée avec Nos corps vivants
(2021), que l’on a pu voir la saison dernière. Cette fois, il donne la
parole à quatre jeunes interprètes d’une vingtaine d’années. Il met en
scène avec une grande tendresse leur relation quotidienne avec leur
propre corps. Un récit qui montre déjà une certaine expérience de la
vie, où le regard des autres est toujours déjoué par un sens de
l’attachement et le comique de situation. Malgré une simplicité
apparente, le chorégraphe est habile : la parole est entrecoupée de ces
petits gestes qu’on a quand on parle et qui nous rappellent qu’on a un
corps. Ils la cisèlent, la rythment pour que, portée par une sourde
nappe musicale, elle nous maintienne en apnée. Avant que le corps, la
musique et sa pulse débordent la voix jusqu’au basculement dans une fête
libératoire et exaltée, où les corps prennent enfin toute la lumière.Des petits riens pour une danse à soi.
Intimité et tendresse au menu de cette pièce fort séduisante et émouvante. Nos tics et tocs, nos habitudes et obsessions quotidiennes, nos rituels intimes y sont évoqués en paroles, en gestes adéquats.Et l'empathie se fait maitresse de ce jeu plein d'humour, de recul, de distanciation naïve Être soi et le revendiquer, le dévoiler pour se construire en compagnie des autres et non en "monstre" à dénoncer ou vouloir exterminer. C'est beau et touchant: le geste relaie la paroles et ces quatre personnalités ne nous dissimulent rien. Alors qu'une tension monte dans un fond musical sourd et oppressant, les mimiques s'imposent énigmatiques, les poses s'additionnent comme des arrêts sur image.On est proche et complice, en fraternité et vulnérabilité avouée.Un bel aveu de tendresse, de sensible et de beau. Après une danse d'allégresse commune dans des costumes rutilants, des chrysalides pailletées, éclosent des papillons sortis des oripeaux du quotidien. Brise ta carapace et casse ta croute et avoue toujours, ça fait trop de bien de s'exprimer: le naïf, la petite, le gay à chevelure, la belle métisse: un portrait de famille composée, des plus véridique.. On se décarcasse en exosquelet ou bouclier à ôter de tout urgence et sans modération.
rappel
novembre 2013 festival de danse de cannes
Côté "showcase", deux coups de cœur: "Stimmlos" une maquette en devenir
de Arthur Perole sur des extraits d'opéras de Wagner: comme une tempête
apaisée de mouvements lents, lyriques, romantiques loin d'un
néoclassisisme potentiel.
Du bel ouvrage très senti et bien interprété par des artistes en herbe,
inspirés par les écrits de Baudelaire, comme autant d'êtres impalpables,
de revenants venus nous parler du temps, nous dire "souviens-toi, vieux
lâche, il est trop tard"!
Et dans l'ouvrage de Philippe Verrièle "Danser la peinture" la confrontation de Arthur Perole à l'oeuvre de Brancusi en photographies inédites singulières de Laurent Pailler.



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