mercredi 1 juin 2016

"Perséphone" danse à l'envers en deuxième position!

Mise en scène : 
Avec : 
Edition(s) du festival : 
"La romancière Gwenaëlle Aubry parle à la jeune fille qu’elle a été et revisite le mythe de Perséphone, à la fois enlevée aux Enfers par Hadès reine des morts et symbole d’une nature toujours renouvelée. Entre oratorio et tableau plastique, ce projet se propose de mettre en voix, en corps, et en musique cette langue charnelle, dans un dispositif plastique où le naturel le dispute à l’artificiel, où le rapport à la musique de l’adolescence se distord, faisant appel à notre part d’enfance y compris dans sa dimension bancale.
Traversant des musiques qui vont de David Bowie à Henry Purcell en passant par Radiohead et Lou Reed, cette Perséphone, cette Jeune fille nous parle de nous, de notre jeunesse, de l’envie de rentrer dans un mythe ou dans son propre film."
Léopoldine Hummel incarne avec un réel brio, cette jeune et fort belle créature mythologique: longue chevelure éparse, déroulée sur les épaules, stature massive et charpentée, à la voix envoutante,riche de multiples intonations Dans un décor de machines et de chaos, représenté par une sculpture animée signée Daniel Depoutot, le Tinguely démiurge local (un petit squelette lumineux) l'histoire , le destin de cette fillette au cerceau qui danse à l'envers, le corps en seconde position de danse classique, se dessine et se joue devant nous.
Le texte sourd de la bouche épanouie et sensuelle de la comédienne, les yeux fermés, les pieds dans un petit volcan de terreau fertile . Elle y évoque des sensations subtiles et perceptibles au plus profond des entrailles des mots, la justesse de son élocution  fait vibrer les sons d'un vocabulaire choisi, passé au tamis et au filtre de la passion d'écrire de Gwenaelle Aubry
Dans les tréfonds de la cave, la déesse Perséphone danse, se meut comme une sculpture animée par la grâce et ces moments partagés dans une proximité et promiscuité bienvenue.Enfer pour cette jeune fille et la mort, au seuil de la danse macabre, mais toujours à l'assaut de la vie: elle ne cesse de danser, d'évoquer le corps, qui respire, souffle: elle chante, murmure de sa voix suave et résonnante, au timbre puissant.A la lisière, entre deux, sur le fil, femme chancalante, oscillante, toujours vacillant du bon coté de la frontière!
Un moment de théâtre de poche inédit où le corps est au centre de toutes les péripéties évoquées par cette femme, enfant, fleur, amante, remarquablement interprété : la voix chantée, la guitare au poing ou la mélodie glacée de Purcell invitent au voyage au long cour: le tour est joué, la magie opère quand les deux figures féminines, dédoublées, dans une lumière au néon rougeoyant complotent une complicité amoureuse, érotique, trouble où le secret règne dans le silence.
Belle prestation, sobre et juste qui nous entraîne au final à découvrir sur les lèvres rieuses de Léopoldine, la destinée de sa déesse, si proche de son être, son double, sa muse d'un soir!
Perséphone, ma fille, où es-tu ? Quand Hermes vient chercher Perséphoine, le dieu qui guide et qui descend aux enfers, le festival "des caves" et son undergroud subway se "justifie" encore plus et trouve toute sa légitimité!
Et nous, sommes nous "sauvés" des entrailles de la terre?

https://lesaedesvoyageurs.wordpress.com/tag/preraphaelites/


Le soleil resplendissait serein sur les champs prospères de Trinacrie, la belle Sicile, et la jeune Perséphone à la belle chevelure, fille adorée de Déméter et Zeus, s’en allait cueillir des fleurs avec ses compagnes Océanides. Les rires tintaient, de doux chants s’élevaient dans l’air calme de l’après-midi pour accompagner les jeunes danseuses. Perséphone s’était arrêtée un instant pour se rafraîchir le visage à l’eau claire d’une petite source, et s’élançait déjà vers le cercle de ses amies bondissantes, lorsqu’elle remarqua soudain une fleur inconnue, d’une incroyable beauté et au parfum enivrant : un hyacinthe. Fascinée, elle se plia gracieusement pour la cueillir, déjà ses mains effleuraient le velours de ses pétales, déjà le parfum merveilleux de cette fleur la faisait frémir…

John_William_Waterhouse_-_Spring_Spreads_One_Green_Lap_of_Flowers

mardi 31 mai 2016

"Orages d'acier" au Festival des Caves: effroyables tranchées.

Mise en scène :  Avec : 
Edition(s) du festival : 
"Comment raconter l’expérience de la guerre ? Comment faire, un tant soit peu, partager l’unicité de cette expérience ?Seule la littérature et paradoxalement la beauté permettent de raconter la guerre.Seuls les grands écrivains arrivent à donner à imaginer à ceux qui ne l’ont pas connue, la guerre.Non pas la guerre dans les livres d’Histoire. Mais la guerre au niveau des tranchées, des combats, de l’humain.Ernst Jünger est l’un de ces grands écrivains. L’un des plus grands sûrement."

 On pénètre une cave du centre ville après s'être réunis sur le trottoir pour un rendez-vous tenu "secret": une quinzaine de spectateurs se retrouvent, identifiés par une charmante hôtesse d'accueil, complice des aventures d'un singulier festival;rhyzomer les villes, les lieux pour investir des souterrains privés, des "caves" exiguës, accueillant de petites jauges de convives, le temps d'un partage en extrême proximité d'un spectacle "confidentiel"
Ce soir là à Strasbourg, c'est l'ambiance singulière de "Orages d'acier" qui va tenir en haleine, une heure durant, les hôtes, rassemblés pour l'écoute collective d'un texte poignant, sur les atrocités de la première guerre, vécues par un "acteur" bien réel des faits, des scènes de vie de cet épisode absurde et cruel de l'histoire.

Un homme, simplement vêtu dans un décor, une mise en place sobre de quelques objets rudimentaires; table, chaise, tableaux représentants des visages apeurés, terrorisés à la Goya.C'est dans cet univers très proche du peintre d'ailleurs, atmosphère sordide, morbide où erre la camarde en faucheuse égoïste et cruelle. Tout concourt ici à l'évocation d'une "mort aux trousses" où l'on se tue à compter ses plaies, stigmates de l'horreur et de l'absurdité
Alors qu'au dessus de nous la rumeur du tram fait vibrer et trembler les murs, comme une sonorisation...naturelle en adéquation avec l'atmosphère éruptive, explosive des salves des obus belliqueux.
Le comédien, plein d'empathie, de respect face à la dureté du texte qui devient vite sordide, machiavélique et quasi cynique, se joue de l'horreur avec agilité, volte-face et virevolte audacieuse
L'auteur Ernest Junger s'en fait sa chose de cette situation de tranchée, de vie quotidienne qui frôle parfois le comique, le léger insoupçonnable mais irrévérencieux ton et style distancé d'une littérature véridique et sans détour ni concession.
Ni peur, ni terreur, mais effroi du sang versé, des plaies qui s'accumulent, des blessures mais aussi des sourires, du soulagement: tous les états d'âme, toutes les sensations sont présentes dans ce texte à la syntaxe fluide, légère, audacieuse et poétique. De quoi se laisser aller à la rêverie d'une situation hors du commun, devenue hélas banale et sordide où rien ne nous est épargné, mais écrit de façon si lucide et parfois cocasse que les frissons sont aussi ceux du plaisir de se laisser conter des histoires, sous le charme du talent de Maxime Kerzanet, dans une mise en espace simple et efficace de Guillaume Dujardin 
On se quitte en remontant au jour, escaladant les escaliers du temps dans une course contre la montre: il fait encore jour sur le trottoir et les tranchées ont disparu; le pouvoir d'évocation de cette fiction réalité s'est effacé mais la rémanence n'en est pas près de nous quitter: l'orage gronde encore à nos oreilles et les visions de ces batailles rangées restent omniprésentes!

"Princesse tutu: manga danse!