jeudi 2 février 2017

"Neige": le Ka de Kars :un cas à part !


Apropos de :
Neige est un roman de l'écrivain turc Orhan Pamuk, écrit en 1999-2001, publié en langue originale en 2002 sous le titre Kar (Neige en turc) et édité en français en 2005 aux éditions Gallimard. Ce roman a reçu le Prix Médicis étranger la même année. C'est un assez long roman qui narre à travers le personnage de Ka, un poète turc occidentalisé, quatre jours dramatiques dans la ville frontière de Kars, en Turquie, isolée par la neige, où a lieu un coup de force militaire anti-islamiste.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Neige_(Orhan_Pamuk)#Pr.C3.A9sentation



Il neige ! Et le sol de l'immense plateau de l'Espace Gruber, est jonché de blanc, un cercle qui va engloutir les personnages de cette fiction réalité, fleuve de quasi 4 heures  haletantes.Prenant le spectateur doucement par la main, lui, un poète de retour au pays nous embarque dans son périple; un "européen" à présent dont les racines turques se sont effacées au profit d'une autre culture melting pot, pudding où la religion s'est lentement absentée.Journaliste, il va enquêter sur les suicides des jeunes femmes voilées, sur les élections municipales de la bourgade de Karst.
Car de croyances, d’obédiences islamistes, de croyance, il sera l'objet de cette adaptation d'un roman de Orhan Pamuk: "Neige" ou "Ka" en turc.Le héros, incarné par Sharif Andoura va mettre les deux pieds dans un univers truffé de pièges, d'obstacles, de révélations qui vont enfreindre son enquête et le mener sur un autre chemin: celui d'un amour retrouvé. Complexe narration, cheminement habile dans un labyrinthe de filiations, d'intrigues politiques ou amoureuses, religieuses surtout. Car la question y est clairement posée: qui est ce Dieu de l'Islam qui fait se dresser les corps et âmes, qui aveugle ou nourrit simplement les modestes destinées, qui croient et dirigent leur vie en direction de cette manipulation.
Leçon, manifeste? La pièce se révèle intelligence et nuances pour mieux évoquer drame, questionnement, trahison ou respect de l'intégrité face à l'obscurantisme: didactique peut-être, mais sans tracé net qui nous obligerait à choisir de force un camp.
Les acteurs y sont brillants, engagés, convaincants:les trois femmes, se "dévoilent" lentement, résistantes ou consentantes: Julie Pilod en Kadife, solide, ferme et déterminée à se battre, Mina Kavani dans le rôle de Ipek, femme tourmentée, responsable, séduisante par son intelligence stratégique et politique. Et puis tous les "seconds rôles" tenus par des protagonistes, plus influents les uns que les autres:  le décor, sorte de proscenium, échafaudage modulable où les personnages se perchent, où ils grimpent et évoluent selon différents niveaux, alors que s'élèvent ou s'embrouillent leurs pensées, leurs actes.
Des images vidéo du pays, de Karst sous la neige, défilent en format 16 neuvième, perspectives étirées du destin et de l'histoire.L'univers se resserre ou s'ouvre à l'envi, la lumière y est giratoire ou aveuglante...Et la neige de tomber sur ce monde, étouffant révélations et secret, tapis dans le silence.
La mise en scène acrobatique de Blandine Savatier magnifie l'adaptation, les choix y sont revendiqués, sobres et percutants. Jamais ne sourd l'ennui ni la lassitude pour celui qui regarde évoluer dans le champ de l'actualités, des hommes, des femmes en proie à l'injustice ou la révolte.
De tout ceci on retiendra sans doute que l'éclairage très humain sur l'Islamisme et ses contradictions, sont agira de débats, de situations respectables et nobles.
Des traces de danse dans la neige comme des emprientes de pas furtifs, une danse des voikes, blancs où le héros apprend le bonheur retrouvé de l'amour....Un acrobate qui se questionne sur sa pensée en mouvement: quelle belle épopée: le cas de Ka à Kars, n'est pas un cas à part: au cas par cas chacun est libre et son altérité une arme de comat: Bleu, celui qui inquiète et fait figure de terrorisme, lui aussi n'échappe pas aux subtiles nuances de cette galerie de portraits singuliers er complexes!

au TNS jusqu'au 16 Février

mercredi 1 février 2017

Filliou danse !


Robert Filliou, Danse, poème collectif. Réplique d’une œuvre installée pour la première fois en 1962. A performer à deux, chacun(e) tournant une roue.

"Erich von Stroheim": l'imposture incarnée: nue et crue. L'intime, l'extime au travail.


Mettre en scène un texte inconnu de Christophe Pellet, le mettre en chair, partager sensualité, érotisme, le vécu d'un trio improbable: Elle, Lui, l'Autre. Qui sont-ils pour prétendre vivre sur le plateau dans un décor, tel un livre de béton qui s'ouvre et se ferme, comme on fait le noir au cinéma?
Un homme, entièrement nu sommeille dans un fauteuil, barbu, sa seule façon d'être vêtu, caché de nos regard: cette nudité, une fois acquise par nos yeux, interroge: pourquoi déjà dévêtu, nu et cru dans son plus simple appareil? Pour faire face à l'Autre, cet homme, torse nu qui va se révéler peu à peu dans sa fonction première, son job: artiste ou simple acteur pornographique? Ils s'entretiennent sur l'amour, cet autre personnage qui sera incarnée par Elle qui apparaît tout de noir vêtue, le corps moulé dans un fourreau seyant.La grâce d'un corps sculpté, la volupté incarnée, cheveux défaits, blonds cendrés, crinière offerte. Elle est voluptueuse mais s'avère une main de fer, autoritaire, déterminée, à faire souffrir l'un et l'autre par principe amoureux, pas par dépit.



Elle, c'est Emmanuelle Béart que l'on retrouve avec émotion, empathie, égérie de Stanislas Nordey, le metteur en scène,comme le seraient les interprètes danseuses de Jan Fabre,(Annabelle Chambon, Ema Omarsdottir, Lisbeth Gruwez), muse incontournable, inspirée et fidèle, aimée, chérie, respectée, considérée pour sa dévotion à son art: comédienne, un point, c'est tout !Et c'est beaucoup !
Alors, qui aime ici , qui se soucie au sein de ce trio, de l'avenir, du présent, d'un certain "Erich von Stroheim" le plus grand falsificateur, imposteur et savant mensonger de l'art et de la vie?
On apprendra très peu de ce modèle, si ce n'est que fantasmer n'est pas la réalité: on échange les rôles, on s'aime, on dort ensemble, on fait l'amour et le temps est compté pour se faire.
Thomas Gonzalez, Laurent Sauvage, les partenaires de la Femme, y sont graves et attendrissants dans leur errance, leurs interrogations: leur complicité ou adversité, amants ou ennemis La scénographie, comme un grand livre ouvert, fermé au gré des scènes, ponctuées par le chant lascif et nostalgique d'une jeune Callas "Mon coeur s'ouvre à ta voix" dans "Samson et Dalila" de Saint Saens. L'image aussi surdimensionnée de visages attendris d'un couple très glamour pour ouvrir le bal.Fragilité des héros, force des images qui s'impriment sur les pans du décor comme des traces de fresques vivantes, palimpseste à peine visible, effacé, signe du temps qui passe et laisse des empreintes fugaces. Trois personnages en quête d'auteur, errant en déséquilibre sur le fil du vivant, du sensible, nu ou demi-nu, affrontant de plein fouet un être féminin diaboliquement fragile, lui aussi !
Mise en scène agile des corps , sensuels, attirants, charnels à souhait, sans artifice, diction lente et de poids, "Sauvage" et beaux, présents, offerts au regard dans un don de soi, dirigés par un metteur en scène, plutôt danseur, plutôt manipulateur éclairé des corps musicaux, véhicules et passeurs d'énergie!
La galerie de photos de Jean Louis Fernandez,des répétitions et de la genèse du spectacle, des corps au travail, des séances de partage et de réflexion, agora du théâtre, est à voir absolument dans le hall et bien sur lire les interviews pertinents dans le livret, petite bible petit format délivrée à chaque spectacle !!! On collectionne pour une "toute petite bibliothèque contemporaine", "idéale" !

AU TNS jusqu'au 15 Février
A propos de :

"Erich Von Stroheim" est un texte qui met en scène un trio et traite de l'amour, de la sexualité, de la société.
Il y a Elle, femme d'affaires toujours pressée, incarnée par Emmanuelle Beart ; il y a l'Un, incarné par Laurent Sauvage, acteur pornographique qui couche avec Elle ; et il y a l'Autre - interprété par Thomas Gonzalez - épris de liberté qui ne travaille pas, sans tabou et sans habit, qui rêve de "truquer la société".

Pour présenter la pièce écrite en 2009 par Christophe Pellet, le metteur en scène Stanislas Nordey a fait le choix de tableaux crus, où la vérité des peaux et des habits doit permettre une réflexion sur le travail, la société, les rapports entre amour, sexe et désir.
La nudité est-elle pornographique, ou la pornographie est-elle ailleurs ?
La pièce rend hommage à Erich Von Stroheim, un acteur et réalisateur américain d'origine autrichienne du début du XXe siècle. Il s'était autofabriqué un titre de Comte et une particule, une liberté utilisée ici comme prétexte, pour parler imposture. Le cinéaste était connu pour les budgets démesurés de ses films (Boulevard du crépuscule, Folies de femmes, Les Rapaces,...) et leur univers subversif. Dans l'Amérique puritaine des années 1920, le sexe et l'argent étaient des sujets hautement tabous : des thèmes sur lesquels s'appuyait Erich Von Stroheim pour montrer que les êtres humains sont pervertis autant par l'un que par l'autre.