vendredi 2 octobre 2020

"Deep listening" : spectral ! tenue correcte exigée !



"Monstre sacré de l’expérimentation sonore et de la composition réduite à sa plus simple expression, l’auteur des pièces mythiques que sont I am sitting in a room (1969) ou Silver streetcar for the orchestra (1988) est pour la première fois mis à l’honneur de Musica. À l’aube de ses quatre-vingt-dix printemps, le compagnon de route de John Cage et de Pauline Oliveros poursuit sa recherche sur les résonances naturelles, les processus de déphasage et les paradoxes acoustiques.
Alvin Lucier nous offre en avant-première deux œuvres nouvelles nées de la sollicitation d’interprètes soucieux d’étendre l’expérience d’écoute dans le temps. En 2013, Stephen O’Malley, guitariste du groupe de drone metal Sunn O))) et Oren Ambarchi se réunissaient pour créer Criss-Cross. Pour V, ils sont rejoints par le violoncelliste Charles Curtis : une pièce lente et mystérieuse dont les jeux de fréquences transforment l’espace et tout ce qu’il contient, auditeurs y compris, en un même méta-instrument. Il en est de même pour Music for piano with slow sweep pure wave oscillators XL interprétée par Nicolas Horvath, où l’expérience méditative est étendue à son maximum.
Écoute profonde et immersion totale dans le son — une soirée exceptionnelle, durant laquelle les volumes de l’église Saint-Paul seront progressivement saturés de résultantes acoustiques, de spectres harmoniques suscités par les caractéristiques du lieu, sans compter les fantômes sonores que l’auditeur ne pourra s’empêcher de laisser surgir dans son esprit.programme"


 
Alvin Lucier
V (2018)

 

première partie : Music for Piano with Slow Sweep Pure Wave Oscillators XL (2020)

C'est dans le choeur de St Paul, éclairé de violet et rouge qu'un piano à queue va égrener note après note, touche sur touche, une sorte de mélopée curieuse sur fond de nappe sonore électroacoustique, tendue, plane, horizontale, couche à la lente résonance enivrante... Le pianiste, inspiré, les yeux levés au ciel, médite, avance pas à pas.Dans une solennelle démarche : des enjambées d'octave, franchissement de la ligne du son sans heurt ni éclat, saute mouton de gammes, de fréquences dérangeantes.Les hauteurs font contraste face à cette durée lancinante de fond. Dans un immense paysage vierge, plat pays, un homme danse, seul, silhouette miniature dans une vaste perspective fuyante... Qi qong, tai chi chuan musical, progressif, harmonieux, libre, lié, linéaire, sans scission ni fracture, sans rupture: toujours aligné sur les lignes d'horizon variable.
piano Nicolas Horvath

deuxième partie : Criss-Cross (2013)

Deux consoles, qui se répondent en tuilage, manipulées, manoeuvrées par d'ingénieux ingénieurs du son, lancinantes projections sonores de timbres égaux: ondes au ralenti qui s'épuisent ou s'emballent et viennent échouer au final sur la plage inondée de tissus sonores recouvrant la surface de l'audition.

 Glacier (2001)

Un violoncelle acoustique se dissimule derrière un baptistère: pour mieux occulter aux regards les gestes virtuoses de l'interprète qui glisse son archet, longues rumeurs, plaintes stables, tenues, maitrisées... Une alarme continue, languissante pour cet archet qui va et vient, périlleux exercice de haute voltige, sans faille, sans discontinuité. Le tympan s'habitue à cette fausse mécanique sempiternelle mélodie familière des fréquences qui laissent leurs traces en rémanence comme des échos qui s'empilent, s'amoncellent dans la mémoire immédiate de l'audition. Dérapages dans les tonalités parfois, le son s'allonge, s'étire comme un vol d'avion dans le ciel se dissout et disparait, effacé par le passage du vent, du temps suspendu..

V (2018)

De profondes vibrartons se font sentir qui parcourent le sol, les corps assis ou allongés des auditeurs.Dérangeantes, fréquences souterraines. Une ambiance, une atmosphère secrète s'en dégage, l'univers s'ouvre et se construit, monocorde, s"datif, reposant Des tressaillements  sillonnent pourtant  cette masse sonore égale, répétitive: le son tenu, porté, maintenu, soutenu à bout d'archet: tous les interprètes affichent des visages sérieux, concentrés à l'extrême pour cette cérémonie longue descente de fleuve tranquille sur embarcation bien dirigée. Durée et continuité au chapitre pour créer ce magma opaque qui flotte dans l'éther: des sirènes mugissent, comme le son d'une corne le soir, amarrée au port, sur la surface quasi immobile de la mer. Montante pourtant, infiniment soulevée par les ondes qui la traversent. Les sonorités enveloppent, enrobent, frôlent, se glissent parmi les spectateurs et viennent mourir sur la berge.

Fugue, fuite suite en tenue de soirée, longue traine d'une robe du soir pour prolonger l'écoute apolliniennes, voire dionysiaque de ces oeuvres.


guitare électrique Stephen O'Malley, Oren Ambarchi
violoncelle Charles Curtis


mercredi 30 septembre 2020

"Miles et Juliette" dansent !

 


Miles et Juliette

Paru le  16 octobre 2019
En 1949 à Paris, Miles Davis rencontre Juliette Gréco. Sa vie et sa musique ne seront alors plus les mêmes. Le dessin virtuose de Sagar rend toute la mesure de leur trop brève histoire d'amour...
Au sortir de la guerre, Miles Davis est un jeune trompettiste remarquable (il a joué aux côtés de Gillespie ou Parker), marié, père, et pétri de doutes. Après avoir reçu une invitation pour Paris, il plonge dans la vie bouillonnante de Saint- Germain-des-Prés, et tombe fou amoureux de Juliette Gréco... Cette grande histoire d'amour ne durera que quelques jours mais les habitera leur vie durant...
scénariste
Illustrateur
coloriste

"Danse et dionysiaque"

 


L’ouvrage Danse et Dionysiaque est issu de la collaboration de chercheurs d’horizons variés (littératures étrangères, anciennes et comparées, histoire du théâtre, arts de la scène, musicologie, danse et études de genre). La perspective interdisciplinaire adoptée est au service d’une vision englobante de la danse (de l’Antiquité à nos jours en passant par l’époque moderne). Le dionysiaque renvoie aux notions de délire, d’enthousiasme, mais aussi à la notion d’inspiration recherchée à la fois dans l’universalité du mythe grec et dans la représentation de la violence. Il interroge aussi le sacré, le primal, le rituel – en privilégiant les problématiques de la libération et de la rupture. Il constitue le fondement philosophique toujours en devenir d’une danse envisagée dans ses dimensions esthétique et spirituelle comme dans son universalité.
L’ouvrage questionne les valeurs projetées sur le dionysiaque et leur potentialité créatrice de l’Antiquité à nos jours, à travers l’étude d’œuvres chorégraphiques, théâtrales, musicales, opératiques et cinématographiques, tout en réévaluant la place des héritages dionysiaques dans l’histoire de la danse et des arts scéniques. Danse et dionysiaque sont ici le ferment d’interrogations portant, d’une manière générale, sur l’art et sur la capacité de ce dernier à représenter la société qui l’engendre et à nourrir en retour son imaginaire.

Renaud BRET-VITOZ est Professeur de littérature française à Sorbonne Université. Il est spécialiste du théâtre du XVIIIe siècle.

Elise VAN HAESEBROECK est Maître de conférences en Études théâtrales et membre du laboratoire Lettres, Langages et Arts (LLA CREATIS) à l'Université Toulouse II-Le Mirail.

Nathalie VINCENT-ARNAUD est Professeur d’études anglophones à l’université de Toulouse-Jean Jaurès. Elle est spécialiste des rapports entre danse, musique et littérature.