mardi 2 octobre 2012

Exposition Cage'Satie au MAC de Lyon.

Alors que le festival MUSICA rend hommage à John Cage, le MAC de Lyon, nous rapelle que ces plus belles connivences artistiques furent avec la danse: de Cunningham, à Paul Taylor ou Trisha Brown, le musicien est aussi influencé par Erik Satie.
Le premier étage réunit 12 oeuvres sonores diffusées de manière aléatoire et spatialisée : Cheap Imitation, Chorals, Etcetera, Extended Lullaby, Four3, Furniture Music Etcetera, Socrate, Sports et Divertissements (Perpetual Tango and Swinging), Song Books (Solos for Voice 3-92), Sonnekus², Two6, et Letter(s) to Erik Satie. Accompagnée d’extraits vidéo rares, résultant de collaborations avec le chorégraphe Merce Cunningham, de partitions et de documents issus de C.F. Peters/Peters Edition et de la New York Public Library, Cage’s Satie: Composition for Museum sollicite autant l’écoute que le regard.
Au deuxième étage, deux oeuvres largement inspirées par Erik Satie sont installées : James Joyce, Marcel Duchamp, Erik Satie: An Alphabet (1982), une pièce radiophonique fantasque présentée dans une configuration sonore inédite, et la très surprenante The First Meeting of the Satie Society (1985-1992) qui unit poésie, performance, art visuel, sculpture et musique. Cette dernière oeuvre est conçue comme une collection de « cadeaux » à l’intention d’Erik Satie. John Cage invite plusieurs artistes à remplir une valise en verre fissurée, inspirée de Duchamp, de leurs mots et images, réunis manuellement dans huit livres. Autour de John Cage, Jasper Johns, Robert Rauschenberg, Sol LeWitt et Robert Ryman apportent leur contribution artistique à l’oeuvre. Le macLYON présente également la collection personnelle de John Cage de « souvenirs de Satie », dont le fac-similé de Vexations, rarement vu.

lundi 1 octobre 2012

Bob Wilson à MUSICA: surtout ne "rien dire, ne rien faire"

Robert Wilson se fait attendre ce dimanche, fin d'après-midi à Strasbourg: à la Cité de la Musique et de la Danse, c'est l'événement, une création avec le maestro sur scène, rien que pour le public.Le festival Musica peut s'en énorgueillir.
Voici "Lecture on Nothing": un texte de John Cage de 1949, interprété, conçu et mis en scène par Robert Wilson sur une musique de Arno Kraehahn.
L'homme est déjà sur scène alors que le public s'installe. Seul, assis à une table dans un univers tout de blanc: le sol est jonché de papier journal froissé, des cubes de cartons empilés et des slogans barbouillés en noir sur des toiles blanches, comme autant de dazibao, feront office de scénographie.Musique bruissante: tout commence dans le chaos, puis c'est la vois de l'acteur qui démarre la lecture, doucement, tendrement caressant les pages et soulignant par geste lent, les lignes d'écriture. En anglais, avec tous les sons de la langue, les phrases simples, les mots justes pour exposer l'histoire de Cge avec la musique: son passé, son écriture et tout ce qui l'agace dans la tradition musicale.
Le ton est juste, dosé, posé, tranquille. L'humour aux lèvres, grimé de blanc, Bob Wilson emplit le plateau de sa présence charismatique. Il se déplace une seule fois pour intégrer un lit-sofa, blanc et y trouver repos et sommeil alors qu'un portrait en vidéo continue le monologue.
Juste un ton plus haut où Bob Wilson -Cage bien sûr- hausse le ton de sa voix profonde et forte.
Cette "lecture" édifiante se termine sur un clin d'oeil au Texas, cette contrée où l'on ne fait pas de musique parce qu'il y a des disques!!!
Et le silence de se recomposer pour amener à la méditation, tout de blanc revêtue.
La scénographie est lumineuse, sobre, très plastique et chaque pose, chaque geste ou attitude est une composition picturale où l'on souhaite encore plus d'arrêt sur image, tant la préciosité de la gestuelle, l'économie des moyens est efficace.
Oui, ne "rien dire" ne rien faire est difficile et Bob Wilson excelle dans la mesure, la durée du temps, le statique pour mieux faire se décaler, se déplacer les choses.
Beau travail, maestro!

dimanche 30 septembre 2012

"Lecture on nothing" à MUSICA: Cage et Bob Wilson, couple idéal pour "ne rien dire"!

"La conférence sur rien", c'est le silence commenté, la rythmique, le son cagien par execellence:
MUSICA en propose la version, mise en scène par Bob WILSON.
Mais, petite piqure de rappel: Joanne Leighton en proposait déjà une adaptation  raffinée de cette "Lecture on nothing" à Pôle Sud lors de sa résidence.
Outre le fait que le texte apporte une libération du mouvement dans l'espace scénique, Lecture on Nothing, dans sa structure intime, accompagne de manière organique la danse, accomplissant un des vœux les plus chers à la chorégraphe, la réflexivité, la volonté de commenter le spectacle au moment même de sa représentation, la danse qui nous est donnée à voir portant de cette manière en elle même les conditions de sa fabrication.

Cette pièce, qui décline la notion de fin — que ce soit « les dernières notes d'un morceau de musique, le dernier mouvement dansé, la fin d'une histoire, la sortie du plateau, la fin de la pièce, la perte de la conscience, la fin d'un état ou le passage d'un état à un autre » — utilise un procédé apparenté au montage cinématographique. La chorégraphie est rythmée par la ritournelle — composition, défaite, mais surtout superposition — de tableaux vivants mettant en jeu des images fortes, aux accents fantasmagoriques, telle la maternité pieuse, la reine et le roi, l'esprit du printemps tout juste descendu d'une toile réalisée pour le spectacle par les élèves de l'école du Théâtre national de Strasbourg. L'espace de la scène devient ainsi un espace de flottement dont la contiguïté est assurée par une danse à la fois complexe, sophistiquée et très charnelle.
Conversation courante, cette lecture sur rien est un morceau de bravoure, un pire de nez, une boutade, un clin d'oeil à l'institution musicale et chorégraphique.
Défiant la notion d'écriture au profit du rythme, du geste, en mesure, vers une démesure totale et jubilatoire! De l'authentique John Cage dans ses moments à la fois de recherche et d'expérimentation sur l'aléatoire et le hasard.On n'a "rien sans rien" et tout est écrit dans cet artéfact d'aléatoire où tout semble surgir de nulle part pour aller ailleurs, très loin dans le paysage sonore.