mardi 1 octobre 2013

"Memento Mori" à Musica: Pascal Rambert, "en temps réel"! Souviens toi que tu mourras!

Laurent Goumarre publiait en 2005 aux "Solitaires Intempestifs",un ouvrage consacré à Pascal Rambert, chorégraphe, metteur en scène, alors inconnu: "Rambert en temps réel".
Voici un ouvrage édifiant sur la démarche de ce dernier, la genèse de sa passion pour l'écriture et le théâtre, sa découverte de Pina Bausch, sa passion pour le costume, sa révélation du texte à partir du "Gouffre de Pascal", de Baudelaire,sa première prise de parole au théâtre."un gouffre, le mien, celui de Pascal dans lequel je tombais déjà avec la joie de savoir que je pouvais y disparaitre"...."Parce que quand on tombe on crie, quelqu'un finirait bien par entendre cela".
Aujourd'hui, il nous livre "Memento Mori" sur la génèse du geste, le "petit bougé" avant le mouvement, ce qui nous fait nous mouvoir et ceci dans le noir, l'obscurité!
"Pourquoi se limiter à parler? Pourquoi ne pas appliquer le même processus à nos déplacements et mouvements? Sont apparus les "bougés", si ralentis qu'ils eurent pour conséquence de défonctionnaliser, je ne vois toujours pas d'autre mot, de défonctionnaliser le corps."
"Mémento Mori" n'a pas de sujet, sinon le mouvement lui-même. Ou encore si possible avant le mouvement lui-même. Au tout début, avant que ça bouge, avant que ça apparaisse.
De quoi frémir de curiosité de d'envie de sensation inouïe...
Et "vanité de vanité, souviens toi que tu mourras"!
Est-ce le geste qui meurt à peine généré, fugace, imperceptible dans l'obscurité?

le jaune, couleur "musica": qu'en pense Goethe dans sa théorie des couleurs?

Musica a démarré en 1983, en jaune et bleu....

Sans le savoir, comme monsieur Jourdain?

Voici ce qu'en dit Goethe dans son traité des couleurs....

Goethe et la théorie
des couleurs opposées

La théorie des couleurs opposées, contrairement à la théorie trichromatique, prétend qu'il existe quatres couleurs fondamentales qui s'opposent deux par deux. Certains aspects de la perception des couleurs ne peuvent être expliqués que par la théorie des couleurs opposées.
Toute la théorie repose sur l'équilibre entre les deux pôles de couleur : le bleu s'oppose au jaune et le rouge s'oppose au vert, et dans ce contexte, le blanc s'oppose au noir. Elle s'appuie sur une réalité physiologique puisque notre perception cérébrale - et non l'oeil - fonctionnent sur ce principe.

L’œuvre de Johann Wolfgang von Goethe

De 1790 à 1823, Johann Gœthe écrit quelque deux mille pages sur les couleurs sous le titre de "Traité des couleurs". Il fonde sa théorie sur la polarité des couleurs et développe son système à partir du contraste naturel entre le clair et le foncé (qui ne joue aucun rôle chez Newton). Dans un écrit sur la division des couleurs et leur rapport mutuel, Gœthe établit que seuls le jaune et le bleu sont perçus par nous comme des couleurs entièrement pures, Le jaune est la porte d’entrée vers la lumière (« tout proche de la lumière ») et le bleu très apparenté à l’obscurité (« tout proche de l’ombre ») sont les deux pôles opposés entre lesquels toutes les autres couleurs se laissent ordonner.
Le cercle chromatique Bien que les mélanges soient obtenus dans un système trichromatique (cyan, magenta et jaune), Gœthe partage son cercle en quatre parties fondamentales :

A gauche, le côté positif (pur) formé de 2 familles de couleurs les jaunes et les rouges.
A droite, le côté négatif (obscur) formé de 2 familles les bleus et les pourpres.

Aquarelle de la propre main de Goethe. 1808. Goethemuseum, Hochstift.
Il termine son livre avec des considérations allégoriques et mystiques de la couleur, et y ajoute les connotations suivantes : le jaune est mis en relation avec « Savoir, clarté, force, chaleur, proximité, élan », le bleu avec « dépouillement, ombre, obscurité, faiblesse, éloignement, attirance ». la démarche de Gœthe repose sur l’aspect moral et intuitif des couleurs isolées. Les couleurs du côté positif « évoquent une atmosphère d’activité, de vie, d’effort », le jaune est « prestigieux et noble » et procure une « impression chaude et agréable » ; les couleurs du côté négatif « déterminent un sentiment d’inquiétude, de faiblesse et de nostalgie », le bleu lui-même « nous donne une sensation de froid ». Cette démarche peut faire sourire aujourd’hui, il n’en reste pas moins vrai que Gœthe a apporté sa pierre à l’édifice de la compréhention de la couleur. Beaucoup de peintres ont été influencés par son "Traité des couleurs" et en ont tiré partie comme William Turner qui est passé maître dans les effets de transparence des ciels nuageux. C’est grâce à Gœthe qu’on a remarqué qu’une même lumière (par exemple visible grâce à une fumée) avait une dominante jaune devant un fond blanc, puis une dominante bleutée devant un fond noir.
Goethe centralise la notion de couleur sur l'expérience sensorielle spontanée, notion que l'on retrouve aujourd'hui dans les secteurs les plus avancés de la science, par exemple dans les phénomènes cérébraux de dynamique non linéaire. Si pour la plupart des scientifiques opposés à Goethe, la couleur est révélatrice du monde extérieur, pour Goethe, elle est révélatrice d'une démarche intérieure.

"The Perfect American": un opéra filmé pour "petits rats" et canards à la Walt Disney!

Phil Glass en signe la composition musicale, Phelim McDermott, la mise en scène, Rudy Wurlitzer, le livret d'après "Le roi de l'Amérique" de Stephan Jungk...Du beau monde pour honorer la mémoire du démiurge inventeur du dessin animé, Walt Disney, celui qui fit danser des hippopotames sur de la musique classique dans "Fantasia". Le géniteur aussi de Mickey, de Donald, Bambi, figures populaires mythiques qui hantent les Disneyland de la planète.
Destin tragique, ambitieux de ce despote aux rênes d'un empire, d'une fortune et d'une notoriété quasi divine!
On le décrit ici en proie à l'angoisse de la maladie, du syndicalisme, de la famille oppressante qui l'entoure, l'enferme.
En compagnie de son mentor, son frère, il vit une torture quotidienne et peuple son univers trouble de petits démons, de rats, de bestioles omniprésentes comme des figurines cauchemardesques.
Voici un portrait décoiffant de ce phénomène, affublé de son infirmière, "blanche-neige" ( d’ailleurs à l'origine basée sur les gestes de la vraie danseuse Marge Champion) et qui rêve de se faire cryogéniser pour l'éternité et qui termine sa carrière incinéré!!!
Filmé par Janos Darvas, sous la fidèle direction de Denis Russel Davies, compagnon artistique de Phil Glass, l'opéra a pour intéret de nous dévoiler l'envers du personnage, fourbe, raciste, exploitant ses troupes de dessinateurs et artisans de son succès....
Mégalomane, misogyne, antisémite mais attendrissant devant la mort et l'innocence d'un enfant, ange qui partage sa chambre d’hôpital dans ses derniers instants de gloire.
Le film est aussi un document sur les protagonistes, producteur (Mortier à l'Opéra de Madrid), Phil Glass lui-même évoquant sa façon à lui de concevoir une "musique populaire", colorée, bigarée pour évoquer Disney, sa part d'ombre et de lumière!
Ce soir là à Musica, à l'UGC, une salle comble écoutait attentive l'introduction d'Annette Gerlach, productrice d'émissions culturelles à ARTE,
Quand la souris Mickey n'est plus là, les canards et hippopotames dansent encore!