Dans le cadre du festival Ramdam, le groupe
strasbourgeois, Weppers Circus, était mercredi après-midi en concert à
l'Eden de Sausheim avec leur dernier album pour enfant, le grand bazar.
Un concert traduit en direct par une interprète en langage des signes.
Un service qui est rarement proposé en spectacle. Alors, pour une fois,
les sourds et malentendants ont pu en profiter. Séverine Michel,
interprète en langage des signes, intervient depuis 5 ans avec les
Weepers Circus.
Un vrai bonheur pour les sourds et malentendants qui ne vont quasiment
jamais au spectacle, car il s'y sentent exclus. Alors cet après midi à
l'Eden de Sausheim, ils étaient quelques dizaine à se joindre au public
d'entendants.
C'est important, car les sourds ressentent les vibrations de la musique.
Séverine aimerait bien démocratiser le langage des signes sur scène.
Dans cette salle, les programmateurs en font une priorité. Interprète en
concert, un métier d'avenir.
Emir Baigazin signe un manifeste poignant, très chorégraphique quant àla mise en scène, les cadrages, le rythme physique, indicible de la prise de son!
Il y a plusieurs manières de considérerLeçons d'harmonie.
De prime abord, c'est l'histoire d'une vengeance, celle d'Aslan, un
collégien de 13 ans, humilié et ostracisé par les autres élèves d'un
collège provincial, rackettés par Bolat, un apprenti caïd. Mais,
derrière ce qui s'apparente à un film noir, se niche bien autre chose,
une réflexion sur le darwinisme social, doctrine élaborée par le
Britannique Herbert Spencer (1820-1903), selon laquelle le mécanisme de
la sélection naturelle décrit par Darwin serait applicable au corps social.
Souvent considérée comme le fondement de l'ultralibéralisme, cette théorie postule que « toute
protection artificielle des faibles est un handicap pour le groupe
social auquel ils appartiennent, dans la mesure où cette protection a
pour effet (…) de le mettre en position d'infériorité face aux groupes sociaux rivaux ». CONSTRUIT COMME UN THRILLER
Tout commence dans la cour d'une ferme. Un jeune garçon court après un mouton, finit par l'attraper avant de le tuer et de le dépecer
pour sa grand-mère. D'autres meurtres suivront qui, comme celui-ci,
resteront dans le hors-champ de la caméra. Dès la séquence suivante, on
retrouve Aslan dans sa classe, au milieu de ses condisciples en uniforme. Puis arrive la visite médicale. Le moment que choisissent Bolat et les siens pour humilier publiquement Aslan. Sali, souillé, ce dernier n'aura de cesse qu'il se soit vengé de Borat. Leçons d'harmonie est construit comme un thriller dont il serait dommage de gâcher le suspense ; un suspense dont le mode narratif particulier – des ellipses permettent d'ignorer les scènes de passage à l'acte – fait que le film se propage par accélérations successives.
Chaque plan est composé avec un soin méticuleux. Tout a son
importance, les visages comme les objets. Quant aux animaux, le mouton
du début et de la fin (magnifique scène où on le voit courir sur l'eau), les cafards ligotés sur une chaise électrique, on les retrouve tout au long du film, manière pour Baigazin d'étayer son propos politique et philosophique. UN FILM SUR LA NATURE HUMAINE ET SES PULSIONS VIOLENTES
Visage inexpressif, réservé au point de paraître
mutique, Aslan (Timur Aidarbekov) se révélera redoutable stratège. Face
à lui, Bolan (Aslan Anarbayev), musclé, rigolard, incarne le chef de
clan sans scrupule, manipulé par deux bandes rivales. De ce duel sans
merci se dégage une sensation curieuse, faite d'apparente lenteur et de
mouvements constants.
Et l'harmonie dans tout cela ? Elle dépasse les principes
manichéens de bien et de mal, répond Baigazin. Témoin ce qui se passe au
collège, ces cours sur Gandhi et Darwin, mais aussi sur l'art de la
guerre. L'école, considérée comme un monde global, fait de violence,
d'amour et de haine à l'intérieur duquel vont finir par s'immiscer trafiquants et flics tortionnaires.
Dans son Introduction à l'étude de la médecineexpérimentale, Claude Bernard expliquait que « tous les phénomènes d'un corps vivant sont dans une harmonie réciproque telle qu'il paraît impossible de séparer une partie de l'organisme sans amener immédiatement un trouble dans tout l'ensemble ». C'est cela, Leçons d'harmonie : un film sur la nature humaine et ses pulsions violentes. Un film sur la guerre intérieure qui peut s'emparer de chacun d'entre nous jusqu'à nous ravager. Un film sur l'art et la manière de se retrouver en paix avec soi-même, sinon avec les autres.