mardi 30 septembre 2014

Othoniel danse à Versailles!




"Je crois beaucoup à l'échange entre les arts"
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L'île du bassin bas au travers des fûts de chênes verts. Au loin, le ballet des fontaines de Jean-Michel Othoniel. Aquarelle ©Fabrice Moireau / Agence de Louis Benech
À l'issue d'un concours lancé en 2011 par Jean-Jacques Aillagon, le projet commun de Jean-Michel Othoniel et Louis Benech a été retenu parmi 27 candidatures afin de recréer le bosquet du Théâtre d'Eau du jardin de Versailles. Le résultat dévoilé en mai 2015, comporte le réaménagement du jardin et un ensemble de trois-sculptures fontaines qui retranscrivent de façon allégorique les danses de Louis XIV.
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Vue de l'atelier de Jean-Michel Othoniel, en plein cœur du Marais ©Philippe Chancel
Il faisait très chaud ce jour là à Paris, une chaleur terrassante, presque inattendue malgré la saison bien avancée. Lorsque je pénètre l'atelier de Jean-Michel Othoniel, niché en plein cœur du Marais, il est gorgé de lumière ce qui ne manque pas d'ajouter une grande poésie au lieu. Assis religieusement à sa table, l'artiste dessine au calme clair de cette belle matinée de juillet. Une grande plénitude se dégage dans l'air et j'observe avec attention les sculptures en perles de Murano disséminées dans la pièce, qui ont concouru à sa réputation actuelle.
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Je comprends vite que son travail d'artiste s'est progressivement dédoublé. La recherche créative solitaire a petit à petit laissé place à la nécessité du travail en équipe où tel un chef d'orchestre, il écrit sa partition avant de la délivrer à ses musiciens. "J'ai besoin d'être avec les personnes qui produisent pour moi, je ne me contente pas de déléguer car j'apprends à leur contact, je me nourris des techniques, un peu comme un chorégraphe qui s'inspire des interprétations des danseurs."
Une passion pour le verre soufflé
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Jean-Michel Othoniel. L'Entrée d'Apollon, 2013. Sculpture fontaine pour le bosquet du Théâtre d'Eau dans l'atelier de Versailles. ©Château de Versailles / Thomas Garnier
Celui qui a fait du verre de Murano sa signature a commencé tel un petit alchimiste à focaliser son attention sur les matériaux aux propriétés réversibles à l'image du plomb, du souffre ou encore de la cire. En travaillant la forme, l'artiste a instauré un dialogue poétique avec les mots.
"Le verre de Murano me correspond bien car il offre un champ très riche de possibilités. C'est une matière complexe associée à l'artisanat, aux artistes verriers mais qui est peu utilisé dans l'art contemporain. Verre sculpté dans la masse à chaud, il est aussi très lié au corps, à la sensualité ce qui lui donne ce côté imparfait et hyper technique à la fois."
L'artiste représenté par la Galerie Perrotin vient de fêter ses 50 ans et il s'apprête à présenter prochainement une installation pérenne dans l'enceinte du château de Versailles. Une grande première pour cette institution qui n'accueille en temps normal que des initiatives éphémères.
"Versailles arrive à un moment où je suis en pleine maturité, en pleine possession de mon travail. Je me sens à l'aise dans mon propre alphabet pour en décliner d'autres formes. Versailles va me permettre de révéler mon travail à l'international. J'ai la chance que tout s'enchaine, un projet en appelant un autre" ajoute-il humblement.
Une association avec Louis Benech
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Jean-Michel Othoniel et Louis Benech ©Château de Versailles, Thomas Garnier
Ce projet d'envergure, Jean-Michel Othoniel le doit au paysagiste Louis Benech. En s'inscrivant dans les pas de Le Nôtre qui avait pour habitude de travailler en équipe, il a souhaité faire appel aux compétences d'un artiste. Rapidement, Jean-Michel Othoniel lui est apparu comme une évidence.
"Quand j'ai visité son exposition à Beaubourg, j'ai vu combien les enfants, agités dans d'autres expositions du musée, semblaient fascinés devant son œuvre. Leur calme, leur admiration devant ses sculptures gaies et pétulantes m'ont convaincu. Avec ses facultés et sa grâce, il me semblait en parfait accord avec l'esprit du bosquet" confie Louis Benech.
À la manière de Le Brun et Le Nôtre, ils ont imaginé ensemble leur vision du jardin. Appréhendé comme un lieu de contemplation où l'on suspend le temps, cette vision contrecarre avec l'esprit de Versailles historiquement assez militaire. "Le jardin est une terre de douceur, de rencontre paisible. Un endroit qui panse toutes les infirmités que l'on porte » précise Louis Benech. Partant de cette idée, le paysagiste recrée deux bassins d'eau en référence aux emplacements où des spectacles étaient organisés pour la Cour.
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Plan du bosquet du Théâtre d'Eau. Projet de Louis Benech ©Agence de Louis Benech
De son côté, Jean-Michel Othoniel mène un travail de recherche poussé sur la fonction du jardin à Versailles.
"J'étais à Boston et je suis tombé sur un livre que Louis XIV a écrit, Manière de montrer les jardins de Versailles, où il explique comment se mouvoir dans le jardin. A sa lecture, ce langage m'est apparu comme une chorégraphie. J'ai alors réalisé qu'il y avait un lien entre la danse et le jardin. En approfondissant mes recherches, j'ai découvert une thèse qui mettait en rapport les parterres en broderie de Le Nôtre à l'origine des jardins à la française et une écriture de la danse que le roi avait commandée auprès de Feuillet en 1701 afin de se souvenir de tous ses pas de danse." Seuls trois exemplaires du livre de Feuillet existent dans le monde. Signe du destin, un de ces ouvrages s'avère disponible à la bibliothèque de Boston. L'artiste détient alors une source d'inspiration majeure. Les "Belles Danses" vont prendre vie au cœur du bosquet du Théâtre d'Eau.
Des sculptures inspirées par l'écriture chorégraphique du Roi Soleil
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Jean-Michel Othoniel, Les Belles Danses, Le Rigaudon de la Paix, simulation, 2012 ©Othoniel Studio
En reprenant cette calligraphie du corps en mouvement comme base pour ses sculptures fontaines, Othoniel réincarne poétiquement les danses du roi sur l'eau. Au nombre de trois, elles correspondent chacune à une danse de Louis XIV: L'Entrée d'Apollon qui est un face à face, Le rigaudon de la Paix et La Bourrée d'Achille qui au contraire se dansent à deux d'où leurs formes circulaires. "La France est le seul pays à avoir écrit sa danse. C'est grâce à Louis XIV qui avait une vision conquérante de la culture" précise l'artiste dont la sensibilité pour le ballet est vive.
Ce projet très complexe est presque architectural. Pour le mener à bien, près de mille sept cent cinquante perles dorées ont été soufflées à la bouche dans l'atelier de Bâle. Ornées d'une feuille d'or et pesant chacune entre quatre et huit kilos, elles ont ensuite été montées sur une structure métallique qui laisse passer l'eau et crée ainsi une continuité dans le flux à l'image d'un pas de danse.
De plus, en amenant le verre de Murano à Versailles, Jean-Michel Othoniel opère une sorte de revanche sur le passé. Louis XIV avait en effet le désir de créer une manufacture de verre comme il l'avait fait à Sèvres pour la céramique. Afin d'exporter ce savoir-faire propre à la Sérénissime mais hautement protégé, Colbert débaucha une équipe de verriers vénitiens. Ironie du sort, ils seront rapidement assassinés obligeant Louis XIV à travailler directement avec la Cité des Doges pour la galerie des Glaces.
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Jean-Michel Othoniel, Les Belles Danses, simulation, 2012 ©Othoniel Studio
Les "Belles Danses" s'inscrivent de manière subtile dans l'Histoire de Versailles et font dialoguer ensemble la sculpture, la danse et le jardin. A l'écoute des autres disciplines, Jean-Michel Othoniel avoue: "il n'y a pas de stratégie en art. En tant qu'artiste-plasticien, la chose la plus importante, c'est l'écoute, l'ouverture au monde."
Lorsque la nature aura repris ses droits, une performance orchestrée par des danseurs viendra inaugurer l'ensemble sublimé du duo français. Le ballet a résolument retrouvé ses lettres de noblesse!

Destin d'étoile! Anne Marie Pol, pole-danse!

Nina Fabri est une jeune fille passionnée de danse classique. Son rêve : devenir danseuse professionnelle et se produire dans les ballets qu’elle aime tant voir à l’opéra Garnier. Mais son parcours sera long et semé d’embûches… Après un an passé en Egypte, Nina a hâte de retrouver son école, ses amis et son petit copain. Mais elle est bien loin d’imaginer que les choses ne sont plus comme avant !

"Le Paradis" d'Alain Cavalier: pas perdus!

Un film atypique, hybride, inclassable: la vie, la vraie en somme!
Plus de modèle, ni de standard pour Cavalier: finis les films avec narration, acteurs, costumes et situations recrées de A à Z.
Avec "Le Paradis" on nage dans un bonheur de filmer où tout est possible: de la naissance du petit paon qui titube sous la queue tronquée de sa mère, à l'esquisse d'un chat qui se dérobe en direct sur l'écran....
Alain Cavalier qui s'est progressivement dépouillé, depuis quarante ans, d'à peu près tous les artifices
somptuaires qui corsètent le cinéma pour finir par proposer, caméra HD en main et bille en tête, une formule postindustrielle – on pourrait aussi dire lustrale, renée, miraculeuse – de l'art cinématographique.
On y côtoie la matière à l'état brut, les objets inanimés qui ont une âme, dociles certes comme la marionnette de Kleist...Des danseurs idéals pour un chorégraphe de l'image où rien ne bouge en apparence, mais où tout est teinté de vie!
Les sculptures, objets filmés qui nous parlent (voix off du réalisateur), deviennent amulettes, parures de tombes improvisée pour petit paon mortellement abandonné.Osties, rollmops sont autant d'objets de cérémonie, petit rituel entre amis de l'image "sale" abrupte, jamais retouchée, comme le son direct d'ailleurs!
Comme du land'art, le caillou encerclé de trois clous, (ceux de la crucifixion du christ?) rappelle les plus beaux circuits de découvertes d'installation de plasticiens.Ici, c'est la vie, la mort que l'on côtoie au quotidien: ce quotidien que filme Cavalier, du soir au matin, dans ses yeux, sa perception de l'espace, où le temps de sortir sa petite caméra!
C'est comme une "paluche" qui révolutionna en son temps la façon de filmer la danse: Eric Pauwels et Jean Rouch veillent au grain, caméra au poing, immergés dans le présent des corps et des objets.Jamais les "sculptures" ne furent filmées ainsi, comme autant de personnages vivants sculptés par la lumière.
Magnifiés!
C'est de la mise en espace d'objets qui se réveillent et secouent en nous le monde dissimulé des images de l'enfance Tout parle ici à notre inconscient si on veut bien se prêter au jeu de cache-cache.
Tendresse au poing, sans nostalgie, dans l'instant ce "paradis" sans Eve ni Adam est un havre de paix: mais qui s'y frotte, s'y pique aussi pour un cinéma d'expérience, jamais "expérimental" pour initié!
Un conte de faits pour grands enfant en recherche de vérité!