samedi 18 octobre 2014

Julie Nioche comme une enfant! Danse en construction!

Opening Night, c’est quoi ? D’abord, c’est une initiative de Versant Est, qui regroupe les structures d’art contemporain alsaciennes dans un réseau aux actions multiples : organisation d’évènements, outils de communication mutualisés, ressources pour les professionnels, formations… Le but premier, c’est de favoriser l’accès à l’art contemporain pour tous. Opening Night joue en ce sens un rôle primordial, comme l’explique Nathalie Le Berre, coordinatrice de Versant Est:

Comme un air de jeu....
Dans le cadre de l’exposition de Daniel Buren, la danseuse Julie Nioche et le musicien Alexandre Meyer présenteront Central Park (19h>19h30). Cette performance s’adapte à chaque lieu où elle est présentée, et le jeu de construction géant de Buren lui offre un cadre exceptionnel. Elle joue sur la spatialisation du son, grâce à plusieurs guitares électriques dispersées. Au gré d’un son de guitare à peine effleurée ou d’une danse esquissée, resurgissent les souvenirs de quelques grands personnages du rock. Attention, la capacité est limitée à 60 spectateurs, alors la danseuse se joue de leur présence pour se frayer un chemin, comme une balade folle à travers le dispositif de petites maisons colorées. Un jeu d'enfant pour elle que de se glisser entre les interstices, les failles ou béances ouvertes entre les sculptures. Glissages, courses folles, la voici libérée, affranchie de toutes référence ou citation, pour se jeter à corps perdu dans ce grand jeu, escapade ludique où tout est permis à l'enfant sous le regard bienveillant des parents... Des spectateurs qui se glissent eux-aussi dans l'espace de jeu.

Ga-mine de rien dans l'ère de jeu, du "je"!
D'emblée, devant cinq guitares électriques de couleurs branchées sur de petits haut-parleurs, Julie Nioche apparait alors que le musicien s'installe sur une enceinte dont il ne décollera pas.Elle fait corps plastique avec les guitares disposées au sol: Man Ray veille au grain: elle est de dos et se forme comme le corps de l'instrument, en torse à oreillettes...Violon ou guitare?

Elle est en "rouge de travail" comme Buren lorsqu'il opère: un uniforme ou costume de labeur, mais pas bleu ni blanc, rouge comme ses lèvres dessinées au crayon de fard.Référence au travail du plasticien, empathie avec son ombre qui plane avec bienveillance sur l'exposition-installation.Dans l'univers blanc, rouge sur blanc rien ne bouge, blanc sur rouge tout foule le camp!
Elle parait frêle à l'intérieur de ce dispositif tout blanc qui donne le vertige tant on y perd pied et repères spatiaux: équilibres, déséquilibres, torsions, torsades, petits mouvements tétaniques, vrilles..
Elle s'empare aussi des fils reliant les guitares à la source énergétique et sonore qu'est l'électricité, moteur du son et des vibrations musicales.Elle berce plus tard les petits hauts-parleurs sur son corps allongé: c'est touchant et poétique.
Elle frémit, oscille, tremble: la danse de Saint Guy au corps, comme un scoubidou, tordu, malléable, souple et gracile.La danseuse se meut, s'émeut et bascule dans le champ et l'espace sonore et architectural!
L'exposition prend alors tout son sens: espace ludique à découvrir à chaque recoin, carrefour: pas de feu vert ni rouge dans la rue du jeu des enfants, mais pas de gendarme non plus dans cette zone piétonnière idéale pour retrouver innocence et inventivité, plaisir et folie du mouvement, enivrement de la vitesse, des glissades. Daniel Buren inspire et laisse ainsi à d'autres artistes le champ de l'action, de l'interprétation libre de son œuvre en accès si direct et interactif. Elle saute à l'envi, bondit, s'élance dans l'espace nous invite à l'investir aussi: on la suit avec désir et envie, empathie!Quel punch d'enfant qui ne s'arrête jamais de bouger et d'explorer!
Central Park de jeu!
Quel spectateur n'a en effet pris parti dans ce labyrinthe ludique, cette cité colorée, ses ruelles, venelles et autres recoins à vivre, comme un jeu d'enfant!Qui ne s'y est pas surpris à jouer, à s'amuser, à convoquer quelques lutins malins à s'ébattre dans la place, le square ou l'avenue: ne pas en faire l'impasse!
Alors la danse ne pouvait que prolonger cet esprit là: expérimentation, découverte et confrontation "in situ" à l'espace, à la vie qui nous est donnée pour ne jamais perdre notre âme d'enfant!
Merci  au MAMCS de nous offrir ces instants uniques de performance: ici la danse à la parole et à droit de cité grâce à Joelle Pijaudier Cabot et son équipe!
 
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vendredi 17 octobre 2014

"Casse":messieurs "bricolage"!

Drôle d'endroit pour une rencontre !!! Nadège Trebal a posé sa caméra dans une casse autos comme on en voit en grande banlieue, ici c'est à Athis-Mons prés d'Orly...un immense espace où des dizaines de voitures accidentées sont livrées à l'examen d'hommes en recherche d'une pièce , d'une opportunité...que des hommes quand même connaisseurs en mécanique, car pour désosser il faut savoir comment cela a été monté...ils sont africains, maghrébins, d'Europe de l'est , plutôt dans la précarité...ils désossent, dévissent, déboulonnent...et parfois la parole se libère, échos d'une épopée migratoire, problèmes familiaux, quête d'amour...des amateurs comme Sibri et Omar, ouvriers dans des garages, qui s'expriment comme des comédiens professionnels...beaucoup de plans rapprochés, de visages, de mains plongées dans l'huile...beaucoup d'humour aussi et parfois même du rire...un documentaire certes, mais pas que !! 
Et la scène finale: un vieil homme, bricoleur qui répète ses pas de tango et salsa, suit son ombre, ses pieds et valse ainsi au fin fond de ce casse-noisette, qui ne casse rien que des bonbons...
Casse-toi de là: surtout pas, le temps de ce très beau film où les mains, les gestes parlent d'artisanat, de bricolage.Ces carcasses de voiture, coffres ou capots béants,ouverts, comme autant de bouches à nourrir!
De politique et de sociologie aussi il est question et d'amour à travers les aveux de tous ceux qui cherchent ici économie et bonheur, échanges et amitiés...!

jeudi 16 octobre 2014

Olivier Babinet et Tomorrow's World: ciné-musique! Life on Earth

Rencontre inédite: musique et cinéma...Au MAMCS, à l'Auditorium.
Extasyque!
Lou Hayter et Jean Benoit Dunkel du duo musical AIR interprètent sur scène une expérimentation cinématographique d'Olivier Babinet: entre la fiction polymorphe et le dédoublement des images, de l'écran à la scène!
Moitié de Air, Jean-Benoît Dunckel présente le nouveau clip de son projet futuriste. Fruit d’une rencontre forte avec le réalisateur Olivier Babinet, cette vidéo est une plongée dans un quartier où 50% des familles vit en dessous du seuil de pauvreté : Aulnay-sous-Bois se fait ainsi le décor d’un clip dont le propos se fait tout aussi social qu’esthétique.
Quand Jean-Benoît Dunckel (de AIR) rencontre Lou Hayter, ça donne des ambiances fantastiques, de l'épaisseur à l'atmosphère mélancolique et très cinématographique de leurs compositions... Ajoutez à cela les images inédites d'Olivier Babinet qui nous a ravi avec son excellent premier long métrage Robert Mitchum est mort et vous aurez une possible idée de ce que cette soirée très entre rêve et réalité / au-delà du réel / en dehors de la réalité vous réserve ?
Du quasi film expérimental, aux tonalités fantastique et expressionnistes sur fond de musique un peu évasive et égale à un flux de sons pas très subtils. Bref quand l'image animée, devenue muette (coupures et découpages multiples des films de Babinet) se renforce par ce côté absurde et surréaliste, ce sont ses séquences là qui prennent le dessus et deviennent extasyques, hallucinatoires et parfois comiques!
Du bel ouvrage sans aucun doute!

 

 Les origines de Tomorrow's World remontent à la rencontre après un concert du groupe britannique New Young Pony Club de sa chanteuse et claviériste Lou Hayter avec la moitié du duo Air, Jean-Benoît Dunckel, présent ce soir là en compagnie de Jarvis Cocker, leader du groupe Pulp. Après les salutations de circonstances, des points communs rapprochent les deux musiciens qui collaborent par la suite sur des maquettes de chansons.

La chanteuse Lou Hayter qui est également membre du groupe The New Sins délaisse les claviers à « JB » Dunckel pour se concentrer sur les parties vocales et la programmation de la batterie électronique. Le musicien versaillais qui avait déjà lancé le projet solo Darkel en 2006 consacre l'année 2012 à élaborer une vingtaine de pistes pour l'album de Tomorrow's World, nom donné à cette nouvelle entité. Après un premier extrait « So Long My Love » dévoilé en décembre, l'album Tomorrow's World constitué de onze pièces est livré dans son intégralité le 8 avril 2013 parallèlement à une tournée et la divulgation de deux autres titres, « Drive » et « Pleurer ou chanter ».