mercredi 11 février 2015
"Profils" : se montrer sous son meilleur..............
Profils bas !
La toute nouvelle pièce cosignée de Renaud Herbin et Christophe Le Blay se profile à l'horizon de la problématique "objet" animé qui aurait bien une "âme".
Et pour ce faire ils revisitent Ovide et ses légendaires Métamorphoses pour proposer une version très hybride, pétrie de formes et criblée d'images mouvantes.
Cinq personnages dont une femme sur un plateau nu, noir, évoluent à des rythmes différents : déplacements, errances ou divagations qui les mèneront à rentrer en contact peu à peu avec le sol et son fondement : des tapis étranges de cuir lourd et souple à la fois qui vont être les objets des désirs de ces êtres palpitants. Toiles tentaculaires, de caoutchouc ou matière flasque et molle obéissant aux ondes de méduses qui parcourent l'espace oscillant et fébrile.
Valéry eut adoré ces ondulations gracieuses de danseuses médusées par le courant de l'air et de la tension-détente insufflée ainsi dans l'apesanteur.
Tapis de sol, tapis de danse, fragments de rideau de scène disparus de la légende du Théâtre,
Autant de pistes pour rêver en assistant à ces "métamorphoses" de la matière, triturée, soulevée en portés acrobatiques
Visitée aussi comme autant de revêtements de sols magnifiés par des manipulations très sophistiquées, accrochées, suspendus, toiles volantes, écrans, sculptures et formes issues des dynamiques et impulsions des corps qui insufflent les énergies.
On songe à des sculptures animées de Beuys ou Robert Morris, des tentures vivantes dont les tensions et détentes avoisinent les mouvements des corps dansants. Nikolais, aussi pour les sculptures lumière. Architectures tendues, éphémères de l'urgence à la Fuksas ou Shigeru Ban.
Architectonique des plaques , des strates volantes à la Franck O Gehry, architecte de l'impossible et de toutes les utopies!
Formes, masses, entailles, failles : toute une petite géomorphologie de l'espace, cartographie géopolitique de la terre.
C'est beau et juste, poétique et très visuel sans jamais heurter le banal ou le déjà vu en la matière.
Saint Maclou, priez pour eux que ces tapis volants et magiques permettent un envol vers l'imaginaire et le visionnaire du spectacle, là où se rencontrent pesanteur et légèreté,
Transformer corps et matières, prolonger les gestes grâce à des outils et instruments étrangers au corps mais qui les révèlent différents, hybrides , étranges, énigmatiques
La légende est belle et bien présente, agencée, structurée comme ces strates vivantes de toiles, comme autant de courbes de niveau qui se chevauchent, comme des tentes, des abris salvateurs, comme un village puissant qui s'anime d'habitacles nomades.
Comme un campement, un bivouac, une halte aux pays des sables mouvants, des sols accueillants qui se déroberaient sous les pas des danseurs.
"Profils" au TJP Strasbourg jusqu'au 14 Février
Présenté en collaboration avec le Maillon Strasbourg
www.tjp-strasbourg.com
La toute nouvelle pièce cosignée de Renaud Herbin et Christophe Le Blay se profile à l'horizon de la problématique "objet" animé qui aurait bien une "âme".
Et pour ce faire ils revisitent Ovide et ses légendaires Métamorphoses pour proposer une version très hybride, pétrie de formes et criblée d'images mouvantes.
Cinq personnages dont une femme sur un plateau nu, noir, évoluent à des rythmes différents : déplacements, errances ou divagations qui les mèneront à rentrer en contact peu à peu avec le sol et son fondement : des tapis étranges de cuir lourd et souple à la fois qui vont être les objets des désirs de ces êtres palpitants. Toiles tentaculaires, de caoutchouc ou matière flasque et molle obéissant aux ondes de méduses qui parcourent l'espace oscillant et fébrile.
Valéry eut adoré ces ondulations gracieuses de danseuses médusées par le courant de l'air et de la tension-détente insufflée ainsi dans l'apesanteur.
Tapis de sol, tapis de danse, fragments de rideau de scène disparus de la légende du Théâtre,
Autant de pistes pour rêver en assistant à ces "métamorphoses" de la matière, triturée, soulevée en portés acrobatiques
Visitée aussi comme autant de revêtements de sols magnifiés par des manipulations très sophistiquées, accrochées, suspendus, toiles volantes, écrans, sculptures et formes issues des dynamiques et impulsions des corps qui insufflent les énergies.
On songe à des sculptures animées de Beuys ou Robert Morris, des tentures vivantes dont les tensions et détentes avoisinent les mouvements des corps dansants. Nikolais, aussi pour les sculptures lumière. Architectures tendues, éphémères de l'urgence à la Fuksas ou Shigeru Ban.
Architectonique des plaques , des strates volantes à la Franck O Gehry, architecte de l'impossible et de toutes les utopies!
Formes, masses, entailles, failles : toute une petite géomorphologie de l'espace, cartographie géopolitique de la terre.
C'est beau et juste, poétique et très visuel sans jamais heurter le banal ou le déjà vu en la matière.
Saint Maclou, priez pour eux que ces tapis volants et magiques permettent un envol vers l'imaginaire et le visionnaire du spectacle, là où se rencontrent pesanteur et légèreté,
Transformer corps et matières, prolonger les gestes grâce à des outils et instruments étrangers au corps mais qui les révèlent différents, hybrides , étranges, énigmatiques
La légende est belle et bien présente, agencée, structurée comme ces strates vivantes de toiles, comme autant de courbes de niveau qui se chevauchent, comme des tentes, des abris salvateurs, comme un village puissant qui s'anime d'habitacles nomades.
Comme un campement, un bivouac, une halte aux pays des sables mouvants, des sols accueillants qui se déroberaient sous les pas des danseurs.
"Profils" au TJP Strasbourg jusqu'au 14 Février
Présenté en collaboration avec le Maillon Strasbourg
www.tjp-strasbourg.com
mardi 10 février 2015
"L'étrange petit chat" : chorégraphie de cuisine !
Simon et Karin rendent visite à leurs parents et à leur petite sœur Clara dans leur appartement berlinois. Ces retrouvailles apparemment ordinaires font basculer les personnages dans un monde étrange où se déploie une exaltante chorégraphie du quotidien.
Vous recevez plusieurs membres de votre famille dans votre petit appartement. Vous avez trois enfants, un chat, un chien. Vous allez, venez, échangez des banalités, des allusions, les bruits et les gestes du quotidien s’entrechoquent. Votre chien aboie quand passe un objet devant la fenêtre, votre plus jeune fille hurle pour couvrir le bruit de la machine à café. Tout est normal, diriez-vous.
Mais Ramon Zürcher a posé sa caméra dans un coin de votre cuisine. Tout ce qui était ordinaire devient alors étrange, incongru, presque surréaliste. Car celui qui regarde ne connaît pas vos habitudes, vos travers, vos minuscules inquiétudes, votre style d’humour. Tout lui semble donc extra-ordinaire.
Le talent de ce jeune réalisateur saute aux yeux. Il a le sens du cadre d’Ulrich Seidl sans en avoir la cruauté, la précision du montage de Yorgos Lanthimos sans son opacité, la poésie d’Eugène Green sans l’extrême distanciation. Optant pour une réelle économie de moyens, chorégraphiant les déplacements et gestes du quotidien, choisissant de laisser hors-champ certains sons, certaines images, filmant des objets isolés qui en deviennent poétiques et incongrus, il parvient à trouver l’étrangeté sous le vernis.
Cette famille pourrait être la vôtre. Ou la mienne. Sans témoin elle me semblerait normale. Avec Ramon Zürcher derrière la caméra c’est le petit chat qui devient le moins étrange de tous.
Le talent de ce jeune réalisateur saute aux yeux. Il a le sens du cadre d’Ulrich Seidl sans en avoir la cruauté, la précision du montage de Yorgos Lanthimos sans son opacité, la poésie d’Eugène Green sans l’extrême distanciation. Optant pour une réelle économie de moyens, chorégraphiant les déplacements et gestes du quotidien, choisissant de laisser hors-champ certains sons, certaines images, filmant des objets isolés qui en deviennent poétiques et incongrus, il parvient à trouver l’étrangeté sous le vernis.
Cette famille pourrait être la vôtre. Ou la mienne. Sans témoin elle me semblerait normale. Avec Ramon Zürcher derrière la caméra c’est le petit chat qui devient le moins étrange de tous.
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