jeudi 3 décembre 2015

"Sacré printemps!": Quand reviendras-tu ?


Présenté à Pôle Sud ces 1 et 2 décembre.Dans le cadre du Festival Strasbourg Méditerranée
Préambule très éclairant
"L’esprit de liberté qui a traversé la Tunisie ne peut s’oublier. Aïcha M’Barek & Hafiz Dhaou, tandem d’artistes bien connus du monde de la danse, ont voulu renouer avec les rêves et les espoirs de leur pays natal. Sacré Printemps ! conçu entre ombres et présences, danses et souvenirs, évoque ces événements, les traces qu’ils ont laissées. Une pièce communicative qui invite à se projeter dans l’avenir.
La compagnie Chatha fondée par Aïcha M’Barek & Hafiz Dhaou est emblématique de tout un mouvement de la création chorégraphique issue du Maghreb. D’emblée leur démarche s’est posée sur un arc tendu : entre la France et la Tunisie. Façonné par différentes cultures, leur langage s’est finement déployé dans le temps. Imaginaire oriental et réflexion sur le réel s’y côtoient, comme en témoigne Sacré Printemps ! Un spectacle qui ne cherche pas à revisiter le répertoire de la danse – en évoquant Le Sacre du Printemps de Nijinski – mais à questionner les grands bouleversements vécus par le peuple tunisien. Cinq danseurs et une cantatrice sont chargés de porter ces nouvelles en scène, auprès d’une foule de personnages dessinés disposés sur le plateau, représentant les martyres de la révolution. « Nous avons souhaité mettre en avant cette énergie commune des corps et du rythme, afin de pouvoir nous affranchir des codes, des cadres imposés » soulignent les deux artistes qui ont privilégié dans ce spectacle, fluidité, synergie et sens du partage. "



Pour décor, un plateau occupé par d'étranges silhouettes de carton, praticables à la "Coucou Bazar" de Dubuffet: ils nous regardent, immobiles, statiques, expressifs pourtant, ces hommes et ces femmes virtuels et qui pourtant représentent ceux qui ont disparu, exécutés par le pouvoir de l'obscurantisme
Sept jeunes hommes et femmes, jean, t- shirt, basket, vont "tenir" ce plateau éclairé par des lampes au sol comme durant une cérémonie.
Gestes de rage au départ: on semble y lancer des invectives, des objets, des projectiles ou feindre de se révolter. Gestuelle du collectif, du "vivre ensemble", on se tient les coudes, on se roule au sol, en rythme et saccades, à l'unisson, en force pour résister, ou se lâcher aussi dans une communion efficace et très belle
Une esthétique de la danse contact, fluide, animée de sensualité, de désir. On roule, on se chevauche, on s'aime à en perdre son identité
Émotion garantie en ces temps où toute allusion gestuelle à la chute, à la mort est lourde et chargée de sens.
Une fois de plus, la danse y tisse des évidences, des allusions subtiles, fragiles, ténues et l'on voudrait chasser les images, mais elles reviennent, toujours plus fortes: la musique, les chants de Sonia M'Barek, les envolées pianistiques qui enflent et débordent de force, tout est dit sans les mots et les corps de se mêler à cette population d'effigies de carton, signées Dominique Simon.
C'est beau, c'est tendre et grave à la fois, emprunt de respect mais aussi de dénonciation: un duo, de corps emmêlés, réunis, se fond, se répand dans cette représentation de la solidarité vécue, assumée en toute sincérité.
Comme une ode, comme un hymne à la joie!quand reviendra-tu ?

mercredi 2 décembre 2015

Vin sur vin virtuel: danse à la confrérie Saint Etienne de Kientheim le 21 Novembre












François Bernard Mâche et Accroche note: les voix d'ailleurs....


Ecouter les sons, les voix dans l'oeuvre de F.B. Mâche est une discipline à part entière tant la richesse de ses sources sonores ethniques, folkloriques sont multiples, denses, chatoyantes!
La rencontre du groupe Accroche Note et J.F. Mâche est une histoire de complicité, de confiance et leur répertoire "commun", créé pour la formation est un patrimoine précieux aux regard de la musique contemporaine
Hier soir au conservatoire de Strasbourg, un concert réunissait les œuvres pour voix, instruments et bande électroacoustique, en présence du compositeur!
Avec la participation des élèves du conservatoire et de l'Académie supérieure de Musique StrasbourgHEAR et de l'Université de Strasbourg

Voir apparaître Françoise Kubler, gainée d'une robe à buste seyante, longue traîne rouge pour interpréter "Kengir"de 1991 est déjà le ton est donné: rigueur extrême et fantaisie, clins d’œils et d'oreilles aux accents étranges et étrangers de la langue sumérienne ancestrale: magnifique interprétation soutenue par les "graves" de la chanteuse, son sens aigu du rythme pour affronter une pièce savoureuse de sons, d'onomatopées, de résonances inhabituelles dans le langage musical.
Il en va de même pour "Trois chants sacrés" de 1990 interprétés par Sarah Durand, exquise et discrète, Gaelle François, puissante, et la remarquable soprano Kanae Mizobuchi, avec son tambour en résonance, pleine d'énergie et de force, de jeu physique chargé d'intense concentration.Belle prestation augurant d'un talent à suivre de près!


Emmanuel Séjourné dans une pièce virtuose "Phenix" de 1982 pour irradier les sons percussifs, Justin Frieh et à la clarinette basse et Elise Rouchouse aux percussions pour "Figures" de 1989 et voilà la soirée auréolée des sonorités et jeux musicaux si riches de F.B. Mâche
Au tour de Armand Angster pour "Manuel de conversation" pour clarinette et sons enregistrés de 2007: échos, ricochets et répercutions pour un jeu subtil entre sons enregistrés et réponses qui se glissent dans les failles et interstices de la musique et des silences
Au final, "Aliunde" pour voix, clarinette et percussion et sons enregistrés de 1988 avec Jérémie Cresta aux tablas très "indiens" caressant les peaux avec délice et sensualité, terminait en majesté ce concert dédié au "maestro" qui venait saluer avec émotion cette belle équipe au service de ses compositions, de son imaginaire en écho avec les sons archaïques des langues du monde, ressuscitées à l'occasion pour saluer la diversité vocale des voix et accents.