Avignon cuvée 2016, c'est "de l'audace, toujours de l'audace" et le "Etonnez- moi de Diaghilev à Cocteau à propos de "Parade" en 1917 est toujours d'actualité.
En danse, en indiscipline, en théâtre visuel surtout.
"Au Cœur" de Thierry Thieu Niang: consoler, consolider le monde.
La Chartreuse De Villeneuve lez Avignon,brille de lumière, éclabousse de chaleur: 16H dans l'église, le public réuni, face à face sur deux rangées en ligne découvre le spectacle "itinérant" que le chorégraphe, fidèle compagnon du festival, orchestre pour des jeunes adolescents amateurs; fruit d'un travail de longue haleine en milieu scolaire sur le geste, le territoire, la communication, la différence.
Au cœur de la vie, du drame et des joies de chacun assurément.Vagues de courses folles, échappées belles, évasion ou recueillement, les sentiments, les émotions se succèdent, alternent avec des silences, des pauses immobiles. De l'enfance, Thierry Niang garde la fraîcheur, le jeu, la spontanéité mais aussi le chagrin et la souffrance, la douleur partagée d'un groupe, d'un petit collectif où chacun a son identité et garde toute son altérité.
Remarquable direction d'acteurs-danseurs, accueil d'un travail musical et choral, font de cette pièce l'emblème d'une expérience riche et partagée, à l'écoute des bruissements des gestes des enfants, des adolescents.Un musicien partage ce lieu singulier, couloir ouvert, mais résonant des voûtes de l'église: Robin Praho est au centre ou partage l'espace avec sa viole de gambe; Camille, la chanteuse a réglé les chants choral et Claude Lévêque signe la scénographie, de ses néons , griffe et marque de fabrique du plasticien, compère pour cette expérience.Les voix, les sons, portés par l'acoustique résonnent, se dispersent dans l'espace.Travail de danse chorale autant que d'émission de la voix en groupe soudé, vibrant,chaleureux.
La danse, le mouvement irriguent les corps de ses interprètes, assurés, confiants, solides piliers de cette ode bercée par les textes de Linda Lê: une petite fille sera le nerf , la clef de voûte d'un des moments les plus intenses: elle récite sans faille un texte grave et incarne la voix de ces jeunes, autour d'elle, confrontés à leur physique, leur histoire, leurs pensées. On suppose qu'ils ressortiront "grandis" de cette communion partage, de cette "compagnie" éphémère, cum panis où l'on partage chant, danse, pain et jeu, à foison, sans compter, comme en danse disait Martha Graham!
A la Fondation Lambert les 21 22 et 23 Juillet 19H
"Soft virtuosity, still humid, on the edge" : la cour des miracles.
Marie Chouinard fait au corps, du bien, du mal et transforme l'agilité en handicap et claudiquements, fait boiter les os, ronge les angles et raie le tapis de danse dans une chorégraphie à la limite, aux frontière du possible comme à son habitude Ici, plus de prothèses , mais des corps meurtris qui basculent et ânonnent en chorus Qui crient grandeur plus que nature, rehaussés par un dispositif vidéo live qui capte en surdimension, les affres d'une petite communauté en proie à l'horreur et au désarroi.
Deux danseuses enlacées, baignées dans un halo de lumière, se suspendent en image au mur, en spirale, en vrille comme un seul corps torsadé, échine siamoise ou jumelée. Atmosphère de proximité avec ses bouches et visages filmés en direct au plus près, marches et démarches singulières, danseurs arpenteurs de plateau: c'est tout cela Marie Chouinard. Fresque du vivant, à la dérive, navire en perdition, images et icônes traversent ses visions cathartiques. Corps cagoulés de noir, habillés juste au corps.Métamorphose et hybridation par le costume contrarié.
Et de "petites" virtuosités comme les "petits bougés", celles des traits d'un visage qui se plisse, qui vibre, qui transpire.
Elle signe tout les lieux et endroits où se fabrique un spectacle, de la danse au costume, de la scénographie à la vidéo et si la musique lui échappe c'est au profit de sa fidélité à Louis Dufort.
On vibre sur les pas ubuesques de Chouinard dans une cour des miracles, toujours renouvelée.
A la cour du Lycée Saint Joseph jusqu'au 23 Juillet 22H.
"Espaece": espèces d'espaces.
Aurélien Bory trouve ici l'occasion de réaliser ses visions architecturales les plus folles et se livre à un exercice à la mesure de sa démesure
L'Opéra d'Avignon cède son plateau à la grandiloquence du créateur d'espace et met en danger l'ouvrage de Perec "Espèces d'espaces"en le confrontant à la matière, la constructioN, l'architecture.. Risque et périls en la demeure, un immense dispositif mural en trois parties articulées, grandissime, éprouvant pour les corps qui vont devoir en faire l'ascension, l'apprivoiser ou s'en jouer.Tout débute par l'évocation du livre qui délivre des signes, des lettre ouvertes: les manipulateurs de ces petits objets en projetant des écritures de mots, à découvrir au fur et à mesure.C'est beau et touchant, intimiste et secret
Puis c'est la vague déferlante d'une immense bibliothèque, ou bien de rayonnage de ruche à alvéoles, réceptacle des corps, des livres, des mots.Comme un puzzle, un abécédaire ou tout simplement un jeu de construction, le spectacle serait une sorte de juxtaposition, de calque en couche, en strates, de palimpseste vivant. ou un scrabble géant à construire, à élaborer et deviner par la lecture simultanée.
Et surtout ne pas se cogner aux angles, se faufiler, entre les failles, faire l'ascension d'un décor digne de Gargantua où le risque de la chute peut encore opérer comme au cirque.
A l'Opéra grand Avignon 18H jusqu'au 23 Juillet
"Fatmeh" : le corps arabe
Ali Chahrour est syrien et tente ici de retransmettre rituels, culture et gestes de son territoire bléssé, ravagé par la haine et la guerre.
Deux femmes seront les ambassadrices de sa pensée chorégraphique, vécue comme une transmission de corps à corps; elles ne sont pas danseuses professionnelles mais incarnent la danse à elles seules comme des femmes qui dansent naturellement. Et si l'on ne chante pas en Syrie, la danse qui traverse ces pulsions de vie devant nous, sur le plateau nu du Cloître des Célestins semble aller de soi malgré les interdits, les voiles, les mensonges et les hypocrisies.Les cheveux défaits, libérés de leur carcan ondulent, s'envolent, déchirent l'espace, le fouetteNT.Cérémonies de deuil libanaises, rituels de mort inondent le plateau sobrement et ressuscitent une culture qui tend à disparaître.Fatima Zahra et Oum Kalsoum en mémoire pour leur destin tragique de femmes insurgées, chanteuses, révoltées.La beauté touchante de cette approche très sobre opère dans la nuit bordée de pleine lune; la musique transmet l'âme de Sary Moussa qui fait se mouvoir deux égéries symboles de liberté et de soumission.
Voilées, dévoilées, livrées ou délivrées de leurs peurs, elles existent au delà des frontières et incarnent le visible et l'invisible très audacieusement.
mardi 19 juillet 2016
La belle Scène Saint Denis dans le Avignon Off 2016: densité garantie! Danse cité et cité de la danse en Avignon.
Label Danse, la belle danse en Avignon!
Un manifeste réjouissant pour la danse d'aujourd'hui, se déroule au Théâtre de La Parenthèse en Avignon: tous les matins à potron minet, 10H sonnantes, tout s'ébranle et se joue pour découvrir et partager les territoires de la danse d'aujourd'hui
Fief et endroit incontournable animé par Emmanuelle Jouan et toute une équipe chaleureuse et accueillante. Des instants précieux à partager, ensemble avec le public et les artistes dans un havre de paix, lumineux, inégalé, unique.
"Narcose" étape de travail: respire!
Aicha M'Barek et Hafiz Dhaou dessinent un univers aquatique, troublant où l'on goûte à la perception fluide et mouvante de gestes liés à l'expérimentation de l'apnée: curiosités des circulations légères entre danseurs, ivresse des profondeurs qui s'étire et glisse sur des lignes de fuite incessantes. Du bel ouvrage, interprété avec aisance et grâce, pour se fondre dans une expérimentation sensible d'un état de narcose, trouble de la perception.
"New School": Abstract en majesté
Quand Amala Dianor dessine son hip-hop, le dépèce de ses atours traditionnels, ça danse comme hors des codes et des conventions, à l'unisson et dans une verve absolue. Jolie et puissante expression de mouvements complices, décalés ou à la renverse. On apprécie son langage décalé à travers la circulation des énergies controversées au filtre des corps de ses trois interprètes qui évoluent aux rythmes des sons et résonances de Awir Léon et l'on voyage dans un espace temps qui s'écoule en fragments irréels.
"It' a match": percutant!
Raphaelle Delaunay se coltine un doux rêveur, poète et philosophe, beau parleur, Sylvain Prudhomme: à eux deux, ils jouent à être ou ne pas être danseurs, amants, amis, complices, cobayes. L'une enseigne le bon grain des fondamentaux de la danse kinestésique, lui s'émeut comme il peut de tout cet amour non dissimulé pour le corps et ses maux
Les mots, il les possède malgré toutes sensations inoculées par la danseuse qui le berce de sa présence drôle et malicieuse, le regard et les yeux allumés par la tendresse et la compassion: quel bavard, notre homme, quelle grâce cette femme qui lui danse en parade son amour de la vie
Traces de danse classique, réminiscence de grands écarts, roues ou déboulés, tout fonctionne dans ce duo-duel issu du projet "Concordan(s)e" , réunissant écrivains, danseurs et chorégraphes dans l'édition et le spectacle.Jouissif, euphorisant, un bain de jouvence, un décalage salutaire où tout corps plongé ressort essoré des banalités et sentiers battus. La grande lessive de la danse et la tendresse en prime!
"Déplacement" : la solitude est belle
Mithkal Alzghair est syrien et chausse les bottes du mercenaire pour nous rappeler que la guerre, c'est aussi un rythme, des bruits de bottes en marche, qui grondent. Les frappements au sol sont aussi ceux de son folklore, de sa culture et peuvent ne pas "dicter" par force un mouvement naturellement acquis, inscrit dans une mémoire collective
C'est beau et tendre, juste et profond et quand roucoule une colombe au lointain dans ce havre de paix avignonnais, la puissance et la symbolique font corps et se défendent.
"Prémix": décoiffant!
Ils sont deux: lui, t- shirt baillant, grêle, filiforme et fragile, elle, plantureuse matrone puissante: noirs de peau, métissés en proie à la "différence" à l’exil, au déplacement, à la migration. Mais à l'accueil aussi!Ils se confrontent, se dépassent, s’emmêlent, se heurtent ou s'entendent dans un joyeux et somptueux corps à cœur, à fleur de peaux, à coups de gueule, à délice de caresse
Duo tectonique, réjouissant et bienfaiteur que cette accolade généreuse et ludique: le temps d'une rencontre, d'un échange, d'une vie! Herman Diephuis offre à Marvin Clech et Dalila Khatir l'occasion d'une prestation hors norme de la plus haute densité.
Merci à La Belle Scène Saint Denis pour ces instants si "denses"! Et l'émergence d'un autre "label" danse dans le off en Avignon!
Un manifeste réjouissant pour la danse d'aujourd'hui, se déroule au Théâtre de La Parenthèse en Avignon: tous les matins à potron minet, 10H sonnantes, tout s'ébranle et se joue pour découvrir et partager les territoires de la danse d'aujourd'hui
Fief et endroit incontournable animé par Emmanuelle Jouan et toute une équipe chaleureuse et accueillante. Des instants précieux à partager, ensemble avec le public et les artistes dans un havre de paix, lumineux, inégalé, unique.
"Narcose" étape de travail: respire!
Aicha M'Barek et Hafiz Dhaou dessinent un univers aquatique, troublant où l'on goûte à la perception fluide et mouvante de gestes liés à l'expérimentation de l'apnée: curiosités des circulations légères entre danseurs, ivresse des profondeurs qui s'étire et glisse sur des lignes de fuite incessantes. Du bel ouvrage, interprété avec aisance et grâce, pour se fondre dans une expérimentation sensible d'un état de narcose, trouble de la perception.
"New School": Abstract en majesté
Quand Amala Dianor dessine son hip-hop, le dépèce de ses atours traditionnels, ça danse comme hors des codes et des conventions, à l'unisson et dans une verve absolue. Jolie et puissante expression de mouvements complices, décalés ou à la renverse. On apprécie son langage décalé à travers la circulation des énergies controversées au filtre des corps de ses trois interprètes qui évoluent aux rythmes des sons et résonances de Awir Léon et l'on voyage dans un espace temps qui s'écoule en fragments irréels.
"It' a match": percutant!
Raphaelle Delaunay se coltine un doux rêveur, poète et philosophe, beau parleur, Sylvain Prudhomme: à eux deux, ils jouent à être ou ne pas être danseurs, amants, amis, complices, cobayes. L'une enseigne le bon grain des fondamentaux de la danse kinestésique, lui s'émeut comme il peut de tout cet amour non dissimulé pour le corps et ses maux
Les mots, il les possède malgré toutes sensations inoculées par la danseuse qui le berce de sa présence drôle et malicieuse, le regard et les yeux allumés par la tendresse et la compassion: quel bavard, notre homme, quelle grâce cette femme qui lui danse en parade son amour de la vie
Traces de danse classique, réminiscence de grands écarts, roues ou déboulés, tout fonctionne dans ce duo-duel issu du projet "Concordan(s)e" , réunissant écrivains, danseurs et chorégraphes dans l'édition et le spectacle.Jouissif, euphorisant, un bain de jouvence, un décalage salutaire où tout corps plongé ressort essoré des banalités et sentiers battus. La grande lessive de la danse et la tendresse en prime!
"Déplacement" : la solitude est belle
Mithkal Alzghair est syrien et chausse les bottes du mercenaire pour nous rappeler que la guerre, c'est aussi un rythme, des bruits de bottes en marche, qui grondent. Les frappements au sol sont aussi ceux de son folklore, de sa culture et peuvent ne pas "dicter" par force un mouvement naturellement acquis, inscrit dans une mémoire collective
C'est beau et tendre, juste et profond et quand roucoule une colombe au lointain dans ce havre de paix avignonnais, la puissance et la symbolique font corps et se défendent.
"Prémix": décoiffant!
Ils sont deux: lui, t- shirt baillant, grêle, filiforme et fragile, elle, plantureuse matrone puissante: noirs de peau, métissés en proie à la "différence" à l’exil, au déplacement, à la migration. Mais à l'accueil aussi!Ils se confrontent, se dépassent, s’emmêlent, se heurtent ou s'entendent dans un joyeux et somptueux corps à cœur, à fleur de peaux, à coups de gueule, à délice de caresse
Duo tectonique, réjouissant et bienfaiteur que cette accolade généreuse et ludique: le temps d'une rencontre, d'un échange, d'une vie! Herman Diephuis offre à Marvin Clech et Dalila Khatir l'occasion d'une prestation hors norme de la plus haute densité.
Merci à La Belle Scène Saint Denis pour ces instants si "denses"! Et l'émergence d'un autre "label" danse dans le off en Avignon!
L' Eté Danse au CDC Avignon 2016: bonne pioche! et coups de gueule!
L'équipe du CDC, dernièrement chahutée par l'actualité politique locale est bien là pour accueillir cette saison estivale, sept compagnies de "genres" très différents, travaillant à l'éclosion de nouveaux territoires pour la danse: qu'ils soient géographiques, esthétiques ou poétiques, voir bien politiques.
Petit tout d'horizon, "chronologique" de 10H à 22H : un marathon conseillé!
"Au": qu'elle est verte ma "prairie"!
Traduire un titre pourquoi pas, puisqu'il est ici question de culture autrichienne avec Christian Ubl et australienne avec Kylie Walter: "Au",Autriche ou Australie,"prairie" en allemand, quelle est la donne dans cette tendre et craquante évocation des cultures chorégraphiques sensibles à chacune de ces "nations", étendard et drapeaux en berne ou en liesse, enroulés sur scène sur des bâtons en guise de scénographie symbolique.Elle est de blanc vêtue, il est en costume cintré, engoncé ou quelque peu entravé par la tradition; elle est pétillante, lui, plus retenu dans la rigidité ou les bonnes manières.
Ils tissent ensemble un "être ensemble" cocasse et décalé qui joue sur les codes de la danse de chacune de leurs origines et ça marche, ça chahute et ça frappe le rythme en présence d'un musicien complice, en live, Seb Martel.La valse légendaire interroge sur ses codes, les cartes d'identités culturelles en prennent leur grade; rituel, décadrage, décalage des genres pour les racines des arbres que nous ne sommes pas!CUBe association se taille la part belle et laisse un "paysage" nouveau éclore pour Gilles Clément, en aborigène efficace de la scénographie imaginaire: deux belles plantes sur scène qui poussent le bouchon jusqu'au délire discret et pesé, mesuré comme les "mille" temps d'une valse défigurée par l'humour et la distanciation.
"So20": la mémoire au travail

Seulement 20 ans d'existence pour la compagnie de ce chorégraphe brésilien Claudio Bernardo, largement soutenu par la Belgique!
Un solo pour nous parler de lui, de son parcours , de ses inspirations littéraires ou cinématographiques: un catalogue pour nous convaincre qu'un danseur est bien "cultivé" et sensible autant à Salgado, qu'à Pasolini, plutôt qu'à Béjart.
" Notre siècle a besoin de chorégraphe" lui avouait son maître de Mudra: eh bien ce ne sera pas vraiment lui, l'heureux élu de ce show narcissique et présomptueux, aux images esthétisantes, à la danse faussement habitée par les clichés où les conventions sont reines. Curieuse prestation ennuyeuse de part son égocentrisme exacerbé, sa démagogie sans recul et son nombrilisme indécent. Une remarquable édition livresque nous délivre ses propos sur "Ecrire le geste" aux Editions Alternatives Théâtrales. As Palavras magnifié, glorifié : le petit Claudio est né sous une bonne étoile, mais ne sera pas la star qu'il croit être au vu de la danse.
"Boys don't cry": good and bad boy!
Bouffée d'oxygène et de verve, mimétisme du sport un peu appuyé, mais encore, les deux danseurs se donnent et s'offrent généreusement, s'exposent sexe posent et se rient des conventions.
Sylvain Huc et sa compagnie Divergences donnent ici à voir un spectacle résonnant, percussif en présence de Xavier Coriat qui mène le duo à la baguette. Magique, le feu d'artifice de baguettes, lancées des coulisses par centaines, comme des salves, des éclats de mouvements: "Feu dArtifice" de 1917 n'est pas loin où Balla faisait danser couleurs et formes, sans danseur! Jonché de ses bâtonnets de bois, la scène se transforme en marée montante et les deux danseurs s'échinent à s'y glisser: peut-être pas assez au vu de la plasticité de cet environnement intrusif omniprésent et invasif. Encore plus de manipulation où de corps à corps avec ce jeu de mikado et les boys seraient en phase avec leur propos: dépasser les bornes, surprendre, agacer et magnétiser un public en empathie: celle d'assister à la dépense sans limite de deux corps galvanisés par un "genre" singulier. Etre ou ne pas être de mauvais garçons; alors "comme des garçons" plutôt!
"Une femme au soleil": faunesque.
Perrine Valli est suisse, sa compagnie Sam Hester travaille sur le sensible, l'indicible
Très stylée, cette pièce met en scène sur des parterres de pelouses vertes, découpées ou en ligne droite, les corps de deux danseuses et deux danseurs, fluides dans leurs déplacements, raffinés dans leur poétique mélodique
Ambiance à la Edward Hopper, gestes faunesques à la Nijinsky, tout ici est serein, grave et concentré. L'énergie passe et se transmet de corps à corps jusqu'au spectateur, hérissé par ce courant de grâce.Calme et volupté, ambiance feutrée, portés de toute beauté, voici des instants plastiques et lyriques qui posent le regard sur le vivant, l'éphémère, le mouvement qui se déploie dans le temps et l'espace, à sa guise. Musique de Polar qui vient électriser l'atmosphère pour clore ce bouquet épanoui de gestes construits.
"What did you say?" dazibao danse et blue boy
"Journal à grand caractère" en chinois, le dazibao donne de l'inspiration à Brahim Bouchelaghem, compagnie Zahrbat pour élaborer un solo très plastique en résonance avec peintures, calligraphie et dispositif scénique à la dazibao, très convaincant.Inspiré de son compagnonnage avec Carolyn Carlson, ce hip-hopeur de renom surprend et trace, signe une pièce unique, originale avec un allant et un punch remarquables.Danse magnétique en osmose avec ses toiles calligraphiées comme son maître chorégraphe Carlson, écrits, traces et signes, tout concourt à une oeuvre aboutie et pleine de rebonds Couleurs à la Alechinsky, graphisme des gestes tracés dans l'espace.Des instants scénographiques en fusion avec l'énergie de la trace et la rémanence du passage du corps dans la rétine.Poésie épurée et pleine de grâce et de sobriété: zen et puissant.Hommage en ombres chinoises à la Blue Lady!
"Floating Flowers": ombres et lumières
La compagnie B. Dance, venue de Taiwan exerce sur le regard la fascination de ces crinolines blanches, déployées comme des tutus romantiques , Lac des cygnes ou Gisèle obligent en référence ou citations. Mais au delà des réminiscence des Willis ou fantômes évanescents ou inaccessibles, les danseurs se caractérisent par une énergie propre, tranchante, virtuose et légère.
Visions féeriques, calmes, lyrique de paysages changeants, imaginaires et poétiques.
Flotaisons de mousselines, tarlatane ou autre fantasmes de blancheur gracile, la danse se glisse dans la légende de pays lointain pour rejoindre des contrées lumineuses très esthétisantes.Po Cheng Tsai, magicien du romantique! Créateurs d'êtres hybrides et fantastiques comme un épopée de la métamorphose et de l'animalité.
"One-hit wonders": femme au bord de....
Elle est tonitruante, fracassante, sans gêne et sans reproche, cette guerrière éclaboussante, on nommera Sol Pico, bello!
Quel talent lié au rythme, à la construction et dynamique de cette pièce qui mêle danse, verbe, accessoires et narration avec chaleur, bonheur et verve.
Galvaniseé par un sujet absurde, sans queue ni tête comme un pêle-mêle ou méli-mélo où, la tête en bas, en haut se confondent, elle mène son train d'enfer de bon train et communique sa bonne humeur et son pesps avec générosité
Dans un avion, dans une galère à la Almodovar avec ou sans talon aiguille, elle ""parle" à nos interrogations, sérieusement ou sans vergogne
Une femme explosive, magnétique qui savoure d'être présente sur scène et nous fait goûter à toutes sortes de fragrances et saveurs personnelles.Sur pointe, en flamenco, son caractère de feu, rouge ensorcelle Solo, duo, on ne sait plus, tant tout se bouscule sur le plateau, fébrile, frétillant d'énergie.
Sol Pico titille, agace et réveille ce qui sommeille en nous: la fébrilité de la vie, l'insouciance, le glamour, l'érotisme et la candeur. "Femme, je vous aime", comme une déclaration au destin absurde d'une créature au bord de la crise de nerfs Comme dans une machinerie, déus ex machina, elle renoue avec objets, structures et lumières pour créer des univers fantasmés où le corps se glisse et déclenche des tectoniques de plaques inédites.Grisant.Euphorisant.
Petit tout d'horizon, "chronologique" de 10H à 22H : un marathon conseillé!
"Au": qu'elle est verte ma "prairie"!
Traduire un titre pourquoi pas, puisqu'il est ici question de culture autrichienne avec Christian Ubl et australienne avec Kylie Walter: "Au",Autriche ou Australie,"prairie" en allemand, quelle est la donne dans cette tendre et craquante évocation des cultures chorégraphiques sensibles à chacune de ces "nations", étendard et drapeaux en berne ou en liesse, enroulés sur scène sur des bâtons en guise de scénographie symbolique.Elle est de blanc vêtue, il est en costume cintré, engoncé ou quelque peu entravé par la tradition; elle est pétillante, lui, plus retenu dans la rigidité ou les bonnes manières.
Ils tissent ensemble un "être ensemble" cocasse et décalé qui joue sur les codes de la danse de chacune de leurs origines et ça marche, ça chahute et ça frappe le rythme en présence d'un musicien complice, en live, Seb Martel.La valse légendaire interroge sur ses codes, les cartes d'identités culturelles en prennent leur grade; rituel, décadrage, décalage des genres pour les racines des arbres que nous ne sommes pas!CUBe association se taille la part belle et laisse un "paysage" nouveau éclore pour Gilles Clément, en aborigène efficace de la scénographie imaginaire: deux belles plantes sur scène qui poussent le bouchon jusqu'au délire discret et pesé, mesuré comme les "mille" temps d'une valse défigurée par l'humour et la distanciation.
"So20": la mémoire au travail

Seulement 20 ans d'existence pour la compagnie de ce chorégraphe brésilien Claudio Bernardo, largement soutenu par la Belgique!
Un solo pour nous parler de lui, de son parcours , de ses inspirations littéraires ou cinématographiques: un catalogue pour nous convaincre qu'un danseur est bien "cultivé" et sensible autant à Salgado, qu'à Pasolini, plutôt qu'à Béjart.
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| photo Salgado |
"Boys don't cry": good and bad boy!
Bouffée d'oxygène et de verve, mimétisme du sport un peu appuyé, mais encore, les deux danseurs se donnent et s'offrent généreusement, s'exposent sexe posent et se rient des conventions.
Sylvain Huc et sa compagnie Divergences donnent ici à voir un spectacle résonnant, percussif en présence de Xavier Coriat qui mène le duo à la baguette. Magique, le feu d'artifice de baguettes, lancées des coulisses par centaines, comme des salves, des éclats de mouvements: "Feu dArtifice" de 1917 n'est pas loin où Balla faisait danser couleurs et formes, sans danseur! Jonché de ses bâtonnets de bois, la scène se transforme en marée montante et les deux danseurs s'échinent à s'y glisser: peut-être pas assez au vu de la plasticité de cet environnement intrusif omniprésent et invasif. Encore plus de manipulation où de corps à corps avec ce jeu de mikado et les boys seraient en phase avec leur propos: dépasser les bornes, surprendre, agacer et magnétiser un public en empathie: celle d'assister à la dépense sans limite de deux corps galvanisés par un "genre" singulier. Etre ou ne pas être de mauvais garçons; alors "comme des garçons" plutôt!
"Une femme au soleil": faunesque.
Perrine Valli est suisse, sa compagnie Sam Hester travaille sur le sensible, l'indicible
Très stylée, cette pièce met en scène sur des parterres de pelouses vertes, découpées ou en ligne droite, les corps de deux danseuses et deux danseurs, fluides dans leurs déplacements, raffinés dans leur poétique mélodique
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| edward hopper une femme au soleil |
Ambiance à la Edward Hopper, gestes faunesques à la Nijinsky, tout ici est serein, grave et concentré. L'énergie passe et se transmet de corps à corps jusqu'au spectateur, hérissé par ce courant de grâce.Calme et volupté, ambiance feutrée, portés de toute beauté, voici des instants plastiques et lyriques qui posent le regard sur le vivant, l'éphémère, le mouvement qui se déploie dans le temps et l'espace, à sa guise. Musique de Polar qui vient électriser l'atmosphère pour clore ce bouquet épanoui de gestes construits.
"What did you say?" dazibao danse et blue boy
"Journal à grand caractère" en chinois, le dazibao donne de l'inspiration à Brahim Bouchelaghem, compagnie Zahrbat pour élaborer un solo très plastique en résonance avec peintures, calligraphie et dispositif scénique à la dazibao, très convaincant.Inspiré de son compagnonnage avec Carolyn Carlson, ce hip-hopeur de renom surprend et trace, signe une pièce unique, originale avec un allant et un punch remarquables.Danse magnétique en osmose avec ses toiles calligraphiées comme son maître chorégraphe Carlson, écrits, traces et signes, tout concourt à une oeuvre aboutie et pleine de rebonds Couleurs à la Alechinsky, graphisme des gestes tracés dans l'espace.Des instants scénographiques en fusion avec l'énergie de la trace et la rémanence du passage du corps dans la rétine.Poésie épurée et pleine de grâce et de sobriété: zen et puissant.Hommage en ombres chinoises à la Blue Lady!
"Floating Flowers": ombres et lumières
La compagnie B. Dance, venue de Taiwan exerce sur le regard la fascination de ces crinolines blanches, déployées comme des tutus romantiques , Lac des cygnes ou Gisèle obligent en référence ou citations. Mais au delà des réminiscence des Willis ou fantômes évanescents ou inaccessibles, les danseurs se caractérisent par une énergie propre, tranchante, virtuose et légère.
Visions féeriques, calmes, lyrique de paysages changeants, imaginaires et poétiques.
Flotaisons de mousselines, tarlatane ou autre fantasmes de blancheur gracile, la danse se glisse dans la légende de pays lointain pour rejoindre des contrées lumineuses très esthétisantes.Po Cheng Tsai, magicien du romantique! Créateurs d'êtres hybrides et fantastiques comme un épopée de la métamorphose et de l'animalité.
"One-hit wonders": femme au bord de....
Elle est tonitruante, fracassante, sans gêne et sans reproche, cette guerrière éclaboussante, on nommera Sol Pico, bello!
Quel talent lié au rythme, à la construction et dynamique de cette pièce qui mêle danse, verbe, accessoires et narration avec chaleur, bonheur et verve.
Galvaniseé par un sujet absurde, sans queue ni tête comme un pêle-mêle ou méli-mélo où, la tête en bas, en haut se confondent, elle mène son train d'enfer de bon train et communique sa bonne humeur et son pesps avec générosité
Dans un avion, dans une galère à la Almodovar avec ou sans talon aiguille, elle ""parle" à nos interrogations, sérieusement ou sans vergogne
Une femme explosive, magnétique qui savoure d'être présente sur scène et nous fait goûter à toutes sortes de fragrances et saveurs personnelles.Sur pointe, en flamenco, son caractère de feu, rouge ensorcelle Solo, duo, on ne sait plus, tant tout se bouscule sur le plateau, fébrile, frétillant d'énergie.
Sol Pico titille, agace et réveille ce qui sommeille en nous: la fébrilité de la vie, l'insouciance, le glamour, l'érotisme et la candeur. "Femme, je vous aime", comme une déclaration au destin absurde d'une créature au bord de la crise de nerfs Comme dans une machinerie, déus ex machina, elle renoue avec objets, structures et lumières pour créer des univers fantasmés où le corps se glisse et déclenche des tectoniques de plaques inédites.Grisant.Euphorisant.
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