vendredi 7 octobre 2016

"Reich/ Bach" à Musica: my bach is reich !


Concert, chœur et orchestre sous la direction musicale de François Xavier Roth
Réunir deux géants de la musique, distants de 250 ans avec deux chefs d'oeuvre, le "Magnificat en ré majeurBWV 243" de Bach de 1728/ 1731 et le "Tehillim" de Steve Reich de 1981, voici l'objet de la soirée avec l'ensemble "Les Siècles" , les "London Voices" et l'ensemble Aedes.
Come Bach (come back)de Steve Reich au festival Musica!
Le Palais Universitaire s’enorgueillit d'accueillir ce challenge, une fois de plus, programmé avec audace par le festival Musica!
Mais  qui l'emportera, le fascinant Steve Reich ou l'impressionnant Bach...Seule la magie du concert live peut opérer pour faire découvrir au plus frileux, Reich en couleurs, ou Bach, en Magnificat.
"Tehillium", une oeuvre inspirée de la culture juive, "louanges ou psaumes", musique sacrée aux accents folkloriques, voici pour étonner: et de plus texte et voix pour honorer ce genre nouveau chez Reich!Des tonalités quasi klezmer, des litanies très dansantes et nous voilà au chœur d'une oeuvre, volubile, stabile, joyeuse, exaltante, tournoyante. Des voix de femmes, quatre chanteuses sopranos, des claquements et frappements de mains, des sons en strates et couches, superposition, addition de cordes et de voix: un papillonnement, éparpillement de sons alertes, des envolées célestes euphorisantes...Un enivrement , rituel hypnotique et surprenant se dégagent de l'opus, exotique, crécelles, tambourins au poing Des voix de femmes suraiguës, comme des sirènes, pour mieux nous attirer, la contrebasse en contrepoint, et c'est la chute finale, brutale. On termine comme on démarre sur les chapeaux de roues!Les reprises en entrelacs, tissage, trame et chaîne pour tissus et matière sonore, riche, chatoyante enjôlent, fascinent et captivent, capture l'attention, rapte l'auditeur, charmé, enchanté, magnétisé par le charisme de la musique de Steve Reich: médusé, tétanisé par le folle épopée de cette musique savante, enjouée!
Au tour de Bach, à présent à faire ses preuves! Le Magnificat s'impose d'amblée dans l'Aula du Palais, majestueux, tonique, impressionnant: grave et léger, il fait frissonner et conduit le spectateur dans des sphères sacrées incontournables: les voix des solistes se succèdent, interprétées de façon théâtrales et convaincantes, habitées par les chanteurs du choeur.
Prestation prestigieuse, l'oeuvre touche et séduit: c'est "canon" comme Steve Reich et l'envergure de l'opus enrobe et conduit dans l'antre du paradis ou de l'enfer, selon les tonalités et intentions sonores;Puissante, magistrale.

jeudi 6 octobre 2016

"Poesia sin fin": Jodorowsky fait danser Carolyn Carlson!




Et Carolyn Carlson qui danse en rôle de diable!L'acteur est un véritable danseur de flamenco qui s'ignore et le film, un chef d'oeuvre onirique et déjanté à souhait! Poètes, vos papiers!
Dans l’effervescence de la capitale chilienne Santiago, pendant les années 1940 et 50, « Alejandrito » Jodorowsky, âgé d’une vingtaine d’années, décide de devenir poète contre la volonté de sa famille. Il est  introduit dans le cœur de la bohème artistique et intellectuelle de l’époque et y rencontre Enrique Lihn, Stella Diaz, Nicanor Parra et tant d’autres jeunes poètes prometteurs et anonymes qui deviendront les maîtres de la littérature moderne de l’Amérique Latine. Immergé dans cet univers d’expérimentation poétique, il vit à leurs côtés comme peu avant eux avaient osé le faire : sensuellement, authentiquement, follement.

Distributeur

"Ensemble Recherche": musique de chambre, de rêve, en alcove.


Un programme multicolore pour ce concert de l'ensemble Recherche, en chambre, en alcôve, logé au sein de la Salle de La Bourse qui fait toujours recette, fait le plein d'un pactole de moments musicaux, riches, fructueux.Concert inspiré par l'alchimie, la peinture, l'architecture et le rêve!

"Pas à pas" de Philippe Hurel de 2015 invite à regarder résonner un dispositif de percussions cuivrées, suspendues à la potence alors que le piano tout en verve, vigueur, relevés abruptes et rudes dessine un paysage sauvage.La musique semble avancer, progresser dans l'espace, chatoyante, réverbérante, à foison. Un silence et le piano reprend, bruissant, lent créant une ambiance solennelle, pesante; revirement soudain, volte face, persuasion dans les intentions sonores; la musique est alerte, rapide en crescendos réguliers, croissants, surprenants: tout se bouscule en tectonique des plaques, en chaos: Hurel toujours percutant, énergique et secouant!

"Nebaat" de Alberto Posadas en création mondiale repositionne l'ambiance,cordes et clarinettes en majesté.
Des sons ténus pour inaugurer la pièce, lisses, circulaires, gravitationnels: clarté des vibrations infimes des cordes.
La clarinette, comme en éveil délivre d'imperceptibles nuances, sur le fil, sur la brèche. Inouïe originalité des cordes, vertigineuses dans leur montée en puissance incroyable Hallucinante interprétation virtuose, dextérité sont de mise et enchantent pour une amplification démesurée du son Une lente retombée nous ramène, nous apaise, comme des sirènes au loin pour attirer de leurs charmes leur disparition, leur perte dans le lointain Posadas, poète et peintre de la musique!

"Ametsak" de Gabriel Erkorera de 2013 pour cordes, clarinettes et piano fait la part belle à ce dernier: souffle, présence extrême de l'instrument ici en majeur, sons étouffés pour démarrer , perles de notes égrenées sur les touches, graves des clarinettes, , les vibrations inventent des personnages, l'ambiance est menaçante, narrative, le piano, en cascade distille des sons lumineux, étranges, mystérieux: sa puissance est réelle et magnifique.

"L'Amérique" de Hugues Dufour en création française, pour clore la soirée: on assiste à vue à une très complexe reconfiguration du dispositif scénique: d'étranges percussions, de cailloux alignés dans ce grand magasin à la Ben, bazar impressionnant où tout est ajusté au plus précis, chacun à sa place! Impressionnante, la mise en place!
Tout semble au point pour que le piano démarre, en majesté, seul, performant, clavier en alerte. Attaques, puis sons sobres, graves, fluides, quelques heurts et avancées par bonds. Le son feutré, étouffé des percussions succède, la lente intrusion des cordes et clarinettes impacte; les percussions grondent, incroyables instruments atypiques comme de petits animaux grimpés sur les timbales.Déferlement de sonorités entremêlées, tourmente, tornades inconfortables, écho des percussions pour élargir l'espace: son de pluie, percussions animées dans de petites boites colorées, incroyablement sonores, grande batterie résonnante, tout vibre et percute dans une ambiance de dérapage, glissade,descente vertigineuse. La puissance onirique de cet opus, comme une marée de sons en vagues fracassantes, éclabousse, dérange, déplace, déstabilise
Des tintements suraigus, un triangle incisif répond au piano, en dialogue complice. Violoncelle et scie, pour terminer; et toute l'énergie du percussionniste convoquée qui manipule ses boites étranges, comme pour les briser, les achever, les empoigner pour en extraire le meilleur: il les maltraite à l'envi pour clore cette oeuvre vivante, virtuose, virulente