mercredi 8 février 2017

"Le pari" : François Verret joue et gagne ! Et se fait le mur, la belle !

A propos de:

"Centrée sur la fragilité de l’homme contemporain, la démarche de François Verret, poursuit son cours. Le Pari, seconde création réalisée dans le cadre du Chantier 2014-2018, convoque une polyphonie de voix au plateau. Poétique des gestes, mots, rythmes et lumières libèrent maux et rêves de la condition humaine dans une aventureuse chevauchée. 
Après Rhapsodie démente, spectacle créé en 2015, François Verret réinvestit la scène avec le creuset d’artistes –  acteurs-danseurs, musiciens et autres collaborateurs familiers de sa démarche. Et le metteur en scène de décrire les intentions de ce Pari : « Murs, frontières, contrôle, surveillance sont là partout, en nombre incalculable. Il est difficile et dangereux d’aller et venir, d’un endroit à un autre, de quitter la zone réservée où règne une norme sèche, froide, calculatrice… Cependant, certains croient au réveil de « l’homme déprogrammé », à l’exception contre la règle, et font le pari du possible contre le probable, convaincus de trouver une issue. 
C’est sur la toile de fond de ces convictions, que nous faisons notre pari, le pari d’inventer quelques voies de passage pour, ensemble,  « sortir de la nuit » où nous nous trouvons et voir ainsi se dessiner un ciel, un horizon où nous pourrions renouer avec certains rêves de jeunesse, que nous n’avons nullement sacrifiés et qui se rappellent obstinément à nous, avec calme, attendant simplement l’occasion de « prendre corps »."


Plateau singulièrement "préparé" comme une partition, un Piano où tout va se jouer, en ordre, compté, structuré, établi.Des personnages émergent de cet attirail de machines, structures angulaires encombrantes. Une table, longue, revêtue d'une nappe blanche: elle aussi, singulier personnage très présent: animée par une femme qui écrit, compte des maux et mots qui, en flou, se répandent sur un écran suspendu au dessus d'elle: chiffres, mots épars, calligrammes étranges, étrangers: tout l'univers de François Verret semble s'être ramassé, condensé dans cette nouvelle pièce à la ligne éditoriale, note d'intention ambitieuse.On y prend la parole pour se raconter, pour questionner jamais de façon didactique, mais toujours franche et frontale. Une vielle femme, une chaise pour évoquer ce temps qui passe, lentement, dans l'univers domestique. Une autre à contrario, femme d'affaire qui s'interroge sur le pouvoir, la manipulation à l'intérieur de l'entreprise: tailleur seyant, façon "bobo" histoire de feindre la préoccupation dont on se moque aisément: chacun pour soi dans ce monde fragmenté, dissocié, meurtri par l'indifférence généralisée; et puis, le son, le bruit, rouages en direct ou vrombissements et chaos pré enregistrés, atmosphère grave sur le monde du travail: labeur, martyr...Le dispositif que François Verret en personne semble dompter, dresser pour s'en faire un atout, un complice. Machines de guerre, grues portuaire, paysage de chantier articulé et démembré?Pour mieux capturer le sort, apprivoiser le monde? Les autres autour, dansent: les femmes se donnent, l'une dans un solo fulgurant, tranchant face et avec la table, l'autre sur une estrade: vêtue comme une paysanne mais à la robe dorée, elle se tourmente violemment et fascine dans une gestuelle énigmatique Elle reprendra plus tard une danse virtuose, seule, égarée, émiettée, désemparée, tente d'affronter le mur, la frontière qui se dresse devant elle: en vain...Sur les écrans, des visages souffrent, s'animent en gros plans, les "frontières" intérieures s'affirment, se confirment, on ressasse, on rabâche: "avance" dirait Jérôme Andrews! Dans cet univers noir et blanc, sombre, des étincelles d'orpailleur chez les femmes en couverture de survie bruissante...Et toujours ce monde du travail qui hante, martèle, scande la vie de ces étranges pions en marche! Jeu d'échec où chacun avance, rusé ou victime..."Main- tenant" à nous de donner la dimension à rebonds de cette pièce qui "réfléchit" sans fléchir aux maux de notre monde égoïste. Deux personnages grotesques vont clore ce panorama, ce point de vue, danse désarticulée, menacée, elle aussi d'être caricature ou fresque débridée, sans queue ni tête.
Monstres que l'on regarde, puis désigne comme bon à jeter, mépriser, ignorer. Pessimiste cette oeuvre sage et grave? Sans doute, avec cette maturité, digne du temps de gestation que lui donne la longue "résidence" de François Verret à Pôle Sud (quatre années de compagnonnage); c'est rare et singulier, digne d'être saluer: respect de la profession, des artistes, de leurs pensées et avancées personnelles.
C'est sans doute là le vrai "pari" collégial et collectif de cette expérience, livrée aux regards pour le "juste bien" de ceux qui auront bien voulu faire le pas: un pas de travers, sur les sentiers ardus de la non convention.
On en sort grandi: décidément, la "danse" est un terrain de jeu, de combat: cartes sur table, ça Verret le fait avec majesté et humilité ! En silence, en fracas dans le bruit d'une bande son, rarement aussi fouillée, présente, actrice du jeu: comme au cinéma ! Un "chantier" ouvert où tous participent au processus de création: corps de métier de l'image, du son et de l'interprétation extra-ordinaire entre autre des deux actrices-danseuses Charline Grand et Natacha Kouznetsova !
Un spectacle "courageux" et honnête, sans concession, à l'heure des "Bla bla ou plat plat Land" et autres pays de cocagne infantilisants où la danse libère et protège soi disant de la grisaille de la vie ou de la politique!
Un acte pensé, dansé, en mouvement !

Coproduction POLE-SUD Présenté avec Les Migrateurs
les 7 et 8 février à Pôle Sud

mardi 7 février 2017

"Sahara": pas "bêtes" les danseurs ! Danse serpentine !




Un film d'animation de Pierre Coré, pas "bête" avec des personnages hors du commun et peu "sympathiques" d'emblée: serpents, et autres animal venimeux... Et ça danse la danse du ventre et du serpent, dont une certaine Marie Claude, doublée par la voix de Pietragalla !Hilarant !
Lassés d’être les souffre-douleur de leur communauté, Ajar le serpent et son pote Pitt le scorpion décident de tenter leur chance dans l'oasis voisine où vit la haute bourgeoisie du désert saharien et d'y retrouver Eva, une belle serpente dont Ajar est tombé fou amoureux. 

C’est le début de folles aventures qui les amèneront à traverser le désert à la poursuite de l’amour et plus encore à la découverte d’eux-mêmes…

lundi 6 février 2017

Gael Sesboué au MAMCS : un leurre au musée ! intrus ou bienvenu ?

"Faux mouvements"
Par un bel après midi d'ouverture libre de droit d'entrée au public strasbourgeois, dans une des salles d'exposition, commence quelque chose de bizarre, d'intriguant: un jeune homme au comportement singulier, en apparence anodin, va bousculer les lois du réel, en direct, de front, parmi le public dispersé des visiteurs, occupés dans la contemplation des œuvres exposées.
Une certaine rigueur, rigidité chez ce visiteur, en tee shirt banalisé, baskets, aux pieds, Rien d'anormal à priori, sauf sa détermination: marches et changements de direction inopportuns, inopinés...Dans une salle d'exposition, tracer direct ou s'arrêter subitement, n'est pas convenu, plutôt surprenant. Alors on devine un leurre, une supercherie dans cette présence singulière;il marche, se faufile, distrait un public non averti, ou fascine ceux qui complices participent à la mise en scène!
Gael Sesboué est bien "invité" ici à faire une performance, in situ, résultat ou aboutissement d'une résidence au milieu de l'oeuvre de Hans Arp! On en devine aisément la source de ces gestes entrelacés auprès d'un autre corps qui entre dans le jeu:; espaces, interstices, comme dans les sculptures de Arp, façonne en ronde bosse, ce duo masculin, forme évolutive et instable.
Silences, immobilité, ici le recueillement est de mise. On les regarde comme une sculpture qui se fait et se défait.A l'envi. Auparavant sa solitude, égrenée dans les salles, le fait chuter au sol: ici il se redresse et ne surprend plus. "Fernand" comme chez Odile Duboc où tout bascule chez le quidam, le faux monsieur tout le monde qui soudain s'agite ou fait "un faux mouvement"? A sa façon, Gael Sesboué se positionne dans l'art de la performance, surprise, dans l'attention, et la tension du moment.
Et tout se "termine" dans un épilogue sans fin: interruption de la magie des mouvements, aller et venues du danseur, statuaire du duo.
photo robert becker 





Belle initiative qui renoue avec ses premières tentatives de performances de Trisha Brown, des Dupuy, amenant la danse au musée de façon naturelle et complice: art plastique, art du temps au delà de la simple représentation: sans titre, pas de prêteur ni d'origine aux gestes sans cimaises de deux corps vivants, dans l'éphémère sans la pérennité d'une oeuvre exposée, sans début ni fin.