lundi 13 mars 2017

"FontanaMIX"etl' l'Accroche Note: hommage à Franco Donatoni: rencontre fertile!


Autour de Franco Donatoni
Très proche du compositeur Franco Donatoni, l’Ensemble Accroche Note est le dédicataire de beaucoup de ses œuvres de musique de chambre. Après une première collaboration en 2014 autour de Maderna à Strasbourg et Bologne, l’ensemble italien FontanaMIX s’associe une nouvelle fois à Accroche Note et aux étudiants de l’Académie supérieure de musique de Strasbourg-HEAR pour un concert hommage à Donatoni, en partenariat avec l’Institut culturel italien. Le compositeur aurait eu 90 ans en 2017. À cette occasion, un programme monographique mais aussi une création de Alessandro Solbiati, qui fut son élève au Conservatoire de Milan, est présenté à Strasbourg puis en Italie.


Entrée en matière avec le duo pour voix et clarinette basse "Cinis" de 1988 pour Armand Angster et Françoise Kubler: comme des cris, des onomatopées en répétition, question et réponse entre les deux interprètes, le jeu fonctionne à merveille, en complicité étroite.Rires esquissés,force de la voix, sonre au volume puissant: des surprises et du suspens en petites touches brèves, rapides et courtes, des syncopes, interruption et bribes de sons qui se renvoient la balle, s’interrompent ou se respectent! De beaux contrastes entre force et douceur, de longues tenues vocales pour Françoise Kubler, dans les aigus si performante: couleurs de voyelles en ascension légères ou decrescendo de la clarinette dans le silence, et tout rentre dans l'ordre:"Cum iam fulva cinis fuero uu-uu-u" résonnent encore en écho....
"Ronda" pour quatuor à cordes avec piano de 1984, allie ciselure, petites touches subtiles du piano et des cordes, chacun entre les failles ou interstices, en fluidité ou effraction de sons. Accords communs , symbiose entre le piano et les cordes pour tisser un final en envolées de touches brèves, en arrêt sur image figée, archets au corps, mains sur le piano, pétrifiées!
"Ed insieme bussarono" pour voix et piano de 1978 propose un langage étrange, une langue inconnue pour la chanteuse expressive, vive se jouant des rythmes hachés Des phrases du piano, elle fait ne osmose avec ses accents, monologue ou dialogue avec ces notes tapies dans le piano Des inserts de voix dans les espaces musicaux de silence et retenue forment entrelacs et contrastes, modulations et surprises.
"Mari II" pour quatre marimbas de 1992 est une pièce légère, à pas feutrés, glissés des mailloches sur le bois, touché de mains de maître.Sons chaleureux, en cascades ou résonance, effleurement et douceur du bois, chaud, rond en vagues successives.
Comme dans un petit chantier joyeux animé par les percussions, travailleurs du son, sonneurs de beffroi!
"Spiri" pour dix instruments de 1997 clôt le chapitre Donatoni avec brio, volume des cordes, vents, percussion et piano; foisonnement du tout après une présentation sonore des capacités de chacun. Entrelaces des cordes et des vents, en crescendo et touches brèves: l'harmonie ponctuée par le vibraphone se lie aux sonorités inouïes et la magie opère savamment.
Pour clore la soirée concertante, "Insieme" pour ensemble de Alessandro Solbiati de 2017, commande et création: une oeuvre riche et fluide, emplie des graves menaçants des vents en résonance aux notes égrenées, en ricochet successifs des autres instruments.Osmose poétique, harmonique parfois pour créer une ambiance étrange, une atmosphère de fête, inspirée de l'oeuvre de Donatoni, simplement nourrie du savoir et de la subtile compréhension de son maître par Solbiati!
Un concert tissé de liens, de rencontres entre ces deux ensembles et les interprètes de la HEAR.
A Strasbourg, cité de la musique le 13 Mars 2017

"2666": Santa Teresa, priez pour nous :une Odysée, épopée picaresque des temps modernes!


Alors embarquement immédiat pour un voyage au long cours, ce dimanche, 11 H heure de la messe du théâtre bien vivant! Communion solennelle, vêpres, garanties pour tous les spectateurs du Maillon et du TNS, rassemblés pour ce marathon salutaire, 12 H de voyage, odyssée de l'espace de l'écriture théâtrale d'aujourd'hui, roman picaresque, épopée des temps modernes!
Après les renversantes Particules élémentaires, Julien Gosselin s’attaque au roman-monde d’un auteur chilien disparu en 2003. Une œuvre monumentale brassant genres, époques, villes et personnages dans un maelström de sensations multiples. Une homérique traversée de territoires et d'époques qui a fait date. Une fresque , une plongée exceptionnelle dans une œuvre littéraire, une aventure théâtrale dont on se souviendra !
Démarrage par une "première partie", celle des critiques qui s'attachent à nous faire découvrir un certain Archimboldi, auteur fantôme qui sera la cible de ces échanges entre critiques littéraires. Sur fond de décor design, déjà envahi d'images vidéo tournées en direct et projetées simultanément, les débats et ébats érotiques vont bon train: pas de langue de bois dans ce cunnilingus théâtral, cru et nu, vif et direct qui ébranle la bienséance, d’emblée!
Entracte et déjeuner "champêtre " dans la cour du Maillon, auréolée de soleil et occupée par un food truck bien bio et équitable!
On se remet à peine de nos émotions pour une seconde partie celle "d'Amalfitano", moins tonique, plus narrative, aux images toujours omniprésentes, troublant les niveaux de perception et de lecture. "La Partie de Fate", puis "La Partie des crimes" succéderont à ce chapitre plus "reposant" pour déverser stigmates et horreurs diverses.Avec ce roman “monstrueux” (plus de mille pages !) qui plonge le lecteur de l’Europe en ruines d’hier jusqu’aux tumultes du Mexique contemporain, Roberto Bolaño tisse les fils d’un roman choral, à la puissance émotionnelle et intellectuelle rare, entremêlant polar, histoire d’amour, réalisme magique et récit de guerre avec une sidérante ambition romanesque, et posant un regard aiguisé et déroutant sur notre humaine condition. Avec 16 comédiens et des musiciens sur scène – sans oublier la vidéo afin de brasser époques et lieux –, Julien Gosselin s’attache à respecter la structure en cinq parties de l’œuvre – mais aussi sa narration foisonnante parfois proche d’une série TV avec suspense et rebondissements – tout en y infusant ses propres obsessions esthétiques. Soit les ingrédients d’un spectacle puissant et jubilatoire, généreux et titanesque, où le spectateur est invité à s’abandonner au souffle dramatique et poétique d’un geyser textuel.
On s'abandonne dans ces chapitres à la cruauté, la sexualité, l'errance des sentiments, la souffrance, la douleur aussi.Les crimes les plus sordides, ceux de femmes violées par "les huit voies", les textes que l'on lit froidement et qui défilent, nous plonge dans l'horreur, pas vraiment à distance!
Puis séquence magistrale, jouée par une comédienne hors pair où l'on croit apprendre par la genèse qui serait auteur ou victime de ces faits atroces: histoire d'une femme soumise à son destin, ascension en flèche vers la corruption et son marchandage et exploitation....
Quels univers baroques en diables, jusqu' à l'évocation du nazisme et de son fonctionemement "naturel" jusqu'à la cascade de crimes contre les juifs: de l'aveu d'un de ces protagoniste, l’enchaînement infernal des faits, en fait un héros qui "sauve" et redonne la "liberté" aux derniers chanceux survivants...
Équivoque, ambiguë cette pièce fleuve au cour pas tranquille du tout?
Va savoir comme disait Rivette! Ici les images et le cinéma, la narration séquencée, les gros plans oscillent entre écriture scénaristique cinétique et énergie du conte dramatique. Tragédie peu ortodoxe, film d'horreur, installation plastique à la Claude Lévêque, avoisinent le roman picaresque que l'on pourrait se tisser, à la lecture du roman: les yeux grands ouverts, les oreilles dilatées par la fureur du son et des bruits de fracas déchirés de la vie secouée de cette humaine condition.
Le Balzac des temps modernes nous livre ici un ouvrage, mis en scène avec les moyens des fantasmes de Gosselin bien proches de ceux de Bolano, digne des aventures dantesques d'une société multiple et dévastée!
Santa Teresa, la ville au cœur d'un "que viva mexico" à la Bunuel remporte la part belle, pour un lieu du crime parfait, sans faute dans des orgasmes majeurs vibrants de musique cathartique éprouvante en diable.

Au Maillon, avec le TNS jusqu'au 26 Mars
A LaFilature à Mulhouse le 6 Mai 2017


samedi 11 mars 2017

"Papa", pas à pas !

"Comment papa est devenu danseuse étoile" - G. CLEMENTE-Ruiz
Éd. Mazarine - 240 pages - 16 €
Sophie est une femme patiente.
Mais voir son mari se prélasser sur le canapé toute la journée, elle craque.

Le chômage plombe l'ambiance.

Le jour où Lucien reprend le sport, toute la famille est béate, encore plus quand il s'inscrit au cours de danse de sa fille Sarah.
Quant au fiston, Paul, il fonce chez sa grand-mère, une ancienne danseuse étoile ! Eh oui, le virus est dans la famille !

Il est fou ce papa ! Mais quand même, il se bouge !
Et vous allez voir le résultat !

Drôle, tendre, sensible, lisez ce premier roman,
Vous en sortirez avec des ailes ! (de danseuse, of course!)