lundi 19 juin 2017

"Art":comptant pour rien ! ou "on y voit rien" !


"Voilà quinze ans que Serge, Marc et Yvan sont amis. Serge aime mettre de l'argent dans des œuvres d'art moderne, Marc pas du tout. Yvan ne sait pas trop. Serge achète un tableau entièrement blanc pour 60 000 euros. Marc pense que c'est ridicule et ne s'en cache pas. Yvan est pris entre deux feux, tente de recoller les morceaux et fait lui-même quelques dégâts. L'amitié y survivra-t-elle ?
Yasmina Reza, née en 1959, est une auteur et actrice française. Son père était un ingénieur juif iranien d'origine russe et sa mère une violoniste juive hongroise. « Art », sa pièce la plus célèbre, a été créée à Paris le 28 octobre 1994 et a remporté en 1995 le Molière de l'auteur francophone vivant et le Molière du théâtre privé. Depuis, la pièce a été traduite en trente-cinq langues.
« Art » est évidemment avant tout une brillante tragicomédie, mais en raison du discours néolibéral en vogue sur l'utilité de l'art et de la culture, de plus en plus cynique, le texte reste d'une inquiétante actualité.
Quand l'art est-il de l'art ? 
Combien l'art peut-il coûter ? 
Est-il utile qu'un pays consacre de l'argent à l'art ? 
Votre passe-temps favori doit-il être subventionné ?"

Voici pour le préambule...Alors qui est-on quand on s'offre un tableau tout blanc strié de nervures blanches pour 200 000. Un snob, un fou, un dilettante, un ignorant, un amateur d'art ou tout simplement un homme qui cherche à connaitre la valeur de l'amitié avec ses deux complices, compères de toujours?On oscille vite pour une autre intention et surtout on ne tombe pas dans le piège de celui qui va se laisser séduire et embobiner par un discours lénifiant sur l'art abstrait....
Yasmina Reza évite l'obstacle et tisse un merveilleux texte, échange tonitruant et rebondissant entre trois êtres qui se cherchent, doutent, s'interrogent, tentent de rire sur le naturel ou l'absurdité d'un acte: acheter de l'art, pourquoi? Se faire plaisir, épater la galerie et le galeriste, faire semblant de s'y connaitre? Métaphore de la vie et de toutes ses embûches pour parvenir à aimer et se faire aimer.
Le collectif TG STAN et DOOO PAARO s'empare de ce motif pour mettre en scène une comédie pimentée, subversive, caustique et tendre à la fois où chacun des personnages excelle dans une interprétation minutieuse, savante, engagée autant que distancée.Il faut voir Kuno Baker en Serge,acheteur convaincu et malicieux, Gillis Biesheuvel, Yvan féroce tendre et désemparé, Frank Vercruyssen en Marc,dubitatif et septique pour se régaler du jeu des acteurs autant que de la langue, du texte à fleur de bouche et de lèvres.Et vous songez à l'ouvrage de Daniel Arasse "On y voit rien" pour rire des flatteries, préjugés ou autre attitude face à la lecture de l'art: savant ou vernaculaire, content pour rien ou comptant pour rien, et tout ira pour le mieux pour ce trio décapant, au ton vif et enjoué pour aborder le savoir sans fin que la peinture délivre à travers les siècles: l'amitié résiste aux divergences d'opinion sans que la toile n'ait fait quelques ravages, aveux ou nettoyages : un témoin, un prétexte à confronter humeur et sentiments pour le pire et surtout le meilleur; Art-tention !
Au théâtre de la Bastille jusqu'au 30 Juin, 20H 

Lee Ungno: "L'homme des foules" et de la danse chorale !






"Bertaud, Valasko,Bouché,Paul, " et les autres !L'Opéra Garnier en sagrada familia .

"Vincent, François, Paul et les autres!"

Chorégraphie  Sébastien Bertaud /  Bruno Bouché  / Nicolas Paul  / Simon Valastro
Avec le soutien de la Blavatnik Family Foundation

Quatre danseurs de la Compagnie sont invités à dévoiler leur dernière création sur la scène du Palais Garnier. Suivis et encadrés par Benjamin Millepied, avec la participation de William Forsythe, artiste associé du Ballet de l’Opéra, ils présentent le fruit de leur travail élaboré au sein de l’Académie chorégraphique de l’Opéra national de Paris.
Du 13 au 18 Juin à l'Opéra Garnier

Un trèfle à quatre feuilles

Une soirée "fait maison", made in Opéra de Paris, c'est rare et cela mérite d'être doublement souligné: un programme inédit, où l'on irait de surprise en surprise: quatre pièces de 30 minutes chacune,une sorte d'éventail de la "création maison" faite pour les danseurs sur mesure .Une histoire de secrets de fabrication, de famille !

SEBASTIEN
Haute couture et sur mesure pour la première pièce de Sébastien Bertaud "Renaissance" dont on retiendra la grâce extrême d'une écriture résolument classique, revendiquée comme telle, héritage de ses maîtres, Forsythe, Neumeier....Lors de leur passage au ballet, ils ont fortement éprouvé et subjugué le jeune auteur en herbe, jeune pousse émoulue du ballet, désireux de chorégraphier en hommage à la compagnie. Du "taillé sur pièce" aussi par le choix du couturier de la grande Maison Balmain, Olivier Rousteing, griffe étincelante, maître queux de la marque: costumes rutilants, pierres précieuses et brillance, "joyaux" du plateau, costumes seyants, parures et autres chatoyances pour magnifier ces corps glorieux où rien ne ferait figure de dépense, d'efforts ou autres traces de travail. Et "Le concerto pour violon n°2" de Mendelssohn pour partition spatio- temporelle d'ajouter à l'opus un caractère virtuose et unique, rare pièce musicale encore jamais chorégraphiée!De la danse à l'état de pureté revendiquée: quand deux grandes maisons se confrontent et s'associent, c'est au foyer de l'opéra de s'ouvrir en perspective de fond de scène pour mieux marquer les lieux, devenir des danseurs du "milieu" et faire clin d’œil au fastes comme aux références picturales de Degas ou Lorrain: le foyer comme berceau de toute une histoire de filiation, de famille et de secrets !Et les étoiles de briller au firmament de cet opus cosmisque, cosmogonique, mécanique de l'aurore,  Amandine Albisson Dorothée Gilbert Hannah O'Neill, Hugo Marchand Audric Bezard, Pablo Legasa.....Tous lyriques, parfaits interprètes d'une gestuelle qui leur va comme un gant !

SIMON
"The little match girl passion" signé Simon Valastro,se caractérise par la présence des chanteurs et percussionnistes, artistes de l'Académie de l'Opéra National de Paris pour l’exécution live de la musique de David Lang: présence assimilée à celle des danseurs, occupant le plateau de façon cérémoniale, mis en scène pour magnifier un opus d'aujourd'hui aux voix très inspirées: une fusion divine entre musique et danse pour un ballet "narratif" retour à la figuration picturale, à la peinture qui fait du bien: l'histoire de la petite fille aux allumettes, drame profondément troublant avec lequel l'empathie opère à coup sur: chorégraphie narrative à rebonds, personnages bien dessinés, campés à merveille par Eleonora Abbagnato, Maie Agnès Gillot, Alessio Carbone....Une histoire touchante où l'on suit les protagonistes avec fébrilité et attention, suspens et émotion. Langage classique, très inspiré de Forsythe Les chanteurs portent le projet avec discrétion mais efficacité et tisse le récit, danse en partage, tragédie au poing.

BRUNO
"Undoing world" de Bruno Bouché fait ici figure plus contemporaine et dessine dans ce programme comme un tournant vers une écriture serrée, efficace et propre à une dynamique de groupe, de corps de ballet à l'unisson d'une gestuelle fluide, virevoltante, dévoreuse d'espace et très bien composée.  Sur une musique de Nicolas Worms, créée pour l'occasion, les corps composent des tableaux successifs, une narration abstraite où tout semble couler de source.Le plateau vibre des présences de Marlon Barbeau, Aurélien Houette, Isaac Lopes Gomes, sans faille avec une touche très musicale imprégnant les corps habités, lyriques et séduisants La danse y atteint un dépouillement fait de traces et signes, empreintes d'écritures voisines, proches de ses pairs qui l'ont façonné, inspiré et  largement imprégné pour mieux en faire jaillir une inspiration propre et personnelle. Les costumes comme des chasubles virevoltantes de derviches d'aujourd'hui, les déplacements, parcours et divagations de bon aloi pour une chorégraphie sobre et percutante, une écriture sobre et convaincante. Un désir de fréquenter la musique contemporaine et établissant un rapport de créativité instantané, simultané: de sur mesure bien tempéré, rythmé et une musicalité rare et prometteuse !

NICOLAS
"Sept mètres et demi au dessus des montagnes" de Nicolas Paul ferait de la soirée une conclusion très rebondissante vers l'écriture chorégraphique résolument contemporaine: touches de couleurs des costumes à la Fromanger, images vidéo de Jean Christophe Guerri,comme émanant d'une vision onirique permanente où les corps des danseurs se confrontent à la virtualité des icônes de couleurs. Tout ici contribue à une cosmogonie entre virtuel et réel, un véritable dialogue entre présence et absence de ses images fantomatiques qui apparaissent et disparaissent à l'envie en fond de scène. Les danseurs parcourent le plateau, agencés savamment par touches de couleurs dans des costumes simples et sobres de tous les jours: petite assemblée futile qui se meut comme des électrons libres mais bien dociles et dirigés. Oeuvre très picturale, théâtre de couleurs sur une musique envoûtante et très spirituelle, méditative de Josquin Desprez, on s'y coule hypnotisé, bercé par une quiétude digne d'un espace religieux empreint de respect et tradition: la danse s'y déploie, fluide et pertinente, vécue comme un rituel dépouillé, une cérémonie ou prière où l'on partage en "bonne compagnie" cum panis", clôture de cette soirée rare et très pertinente.
Des auteurs sont nés, qu'ils grandissent dans leur pépinière ou hors cadre avec toute la patience et dévotion qu'il doive au grand art d'une grande maison "Palais" de la danse, panier garni de la chorégraphie, temple du simultané ou tous les goûts sont désormais permis pour une cuisine savante "faite maison" inspirée, inventive.

A propos de Bruno Bouché:

Il n’a fait qu’une bouchée des trois autres candidats. C’est Bruno Bouché qui va prendre la direction du Ballet du Rhin, en septembre 2017. Désigné à l’unanimité par un jury réunissant les tutelles et la directrice de l’Opéra national du Rhin, Eva Kleinitz, le directeur artistique d’Incidence Chorégraphique a fait l’essentiel de sa carrière au ballet de l’Opéra de Paris, où il s’est formé. Des grandes pièces de répertoire classique et néoclassique aux plus contemporaines créations de Pina Bausch, Carolyn Carlson, Angelin Preljocaj, au projet cinématographique audacieux de l’artiste JR, Les Bosquets , Bruno Bouché a le goût du risque.Pour la saison 2015-2016 Benjamin Millepied lui avait demandé de prendre part à sa première Académie de chorégraphie au sein de l’Opéra de Paris.Sens de la pédagogie, appétence pour les croisements artistiques, exigence, passion et audace semblent caractériser Bruno Bouché. Autant de qualités qui laissent présager une féconde direction à la tête du Ballet du Rhin.