vendredi 20 septembre 2019

"Silences, signes, et autres": Pascale Duanyer, dans le rétro !


"Silences, signes et autres"

.....pierre-papier-ciseaux.....: un jeu d'enfant ou de jeune fille, de "jeune" artiste nommée Pascale, prénom printanier et signe de renouveau. Mystique aussi, un tantinet quand on plonge d’emblée dans les grandes toiles à la Rothko, au rouge gorge profond et dense, opaque et enjôleur.
Signe du temps retrouvé, gris, rouge dont elle recherche la densité autant que la légèreté.

Terres d'ailleurs qu'elle fait "sienne", matière minérale "empruntée" au sol, à la terre qui lui est chère, chair.
Très sensuelle, la peinture à l'huile. La gouache ou le collage sont instruments d'une passion, chemin parcouru d'empreintes, de traces et de cygnes volages, "marouflés", gonflés de plumes rares et volatiles. Un message dans une enveloppe, pliée, démultipliée pour adresser au regard un clin d’œil complice. C'est posté et reçu comme un message illustré où chacun s'invente son histoire.
Des masques, casques, ou visages alignés crânes suspendus aux cimaises en graphite et peinture sur papier,comme une galerie de portraits de Fautrier, les "Otages "...
Et puis ça "carbure", au crayon, en "arches satinées" pour une "night in white satin" gorgée de séduction, de tentation. La vie de jeune fille est bien coquine, câline et érotise la toile tendue, prête aux soubresauts du désir. Rehaussée de mouvements qui se répandent en ondes et vibrent dans l'espace. Sur les chemins de ronde, le sentier des douaniers, Pascale arpente lithographie, cailloux, pierres et cisèle le papier sans mâcher son propos: directe et franche, sa griffe unique et singulière, patte d'artiste mature et généreuse, se défend de s'enfermer dans le mutisme!
Le "col Claudine" en dit long sur son regard sur le passé-composé !


Et si la nature jaillit, comme autant de bouquets d'herbes hirsutes, crayonnées dans l'urgence, c'est pour mieux se glisser dans les paroles de Edouard Glissant, son auteur fétiche qui lui parle incessamment! Poète et peintre de la terre!

Exposition jusqu'au 23 Décembre  chez "groupement strasbourgeois d'avocats"
1 rue du général de castelnau strasbourg

dans l'atelier de Pascale !!!!

jeudi 19 septembre 2019

"Alain Bashung, Vertige de l'amour'": Monsieur Feltz rêve et ose Christophe !


"Pour ce premier rendez-vous de saison 6 des "Mercredis du Brant", le mercredi 18 septembre 2019 à 20h au Café Brant de Strasbourg (Place de l'Université),
la compagnie Théâtre Lumière  propose une immersion profonde et sensible dans l'univers rock et poétique d'Alain Bashung.
Avec Serge Gainsbourg comme grand frère et Roldophe Burger de Katonoma comme fils spirituel, celui qui vécu son enfance en Alsace restera à jamais dans nos coeurs de rocker.
Déjà 10 ans (2009/2019) qu'Alain a rejoint sa Joséphine dans son rêve de mots bleus.
La petite entreprise de Gaby ne craignait pas la crise, et même si la nuit il mentait et prenait des trains à travers la plaine, encore et toujours l'âne plane au-dessus de nos âmes de fans de Monsieur Alain Bashung."


L 'obsédé textuel

"Je suis un loup ...doux" alors débarrassez moi de cette grand-mère: voici le petit Chaperon Rouge de Bashung, première incursion dans le monde fantasmé du poète-musicien, en prologue à la soirée qui lui est dédiée par Christophe Feltz, valeureux chevalier découvreur, délivreur des textes des paroliers et chanteurs les plus connus. Mais à contrario dont les textes sont souvent occultés, pas compris tant la musique submerge le sens  ou la dramaturgie.
D'un "étranger rebelle" qui affirme qu'il faut se préserver si on veut durer" au "saut à l'élastique dans le Vercors", autant de dynamiteur d'aqueduc qui se révèlent à travers la diction, les mots du comédien: on y retrouve notre "latin" et "la nuit je mens m'en lave les mains" résonne à double sens au mieux!"La nuit, je mens énormément" devient colossal, la courte phrase en dit long et l'on plonge dans des univers sans fond, abîme délicieux de la compréhension sans obstacle, ni censure.
Un "bijou" où il met les bouts, cloue des clous sur des nuages sans échafaudage : tous les sons résonnent dans la bouche, sur les lèvres du conteur qui révèle et relève la richesse de ces oeuvres de paroliers remarquables.
"j'ai crevé l'oreiller" où "Dieu avait mis un kilt" font mouche, "pour un chien qui n'en démord pas" suit le cour de ces jeux de mots sonores, vire-langues savants, jamais vulgaires ni salaces, malgré le propos toujours très "sexuel" des paroles.
Comme des coups de latte, des baisers pour cet homme qui passe de sas en sas.
Que neige (n'ai- je)fondu sur ton balconnet: encore une citation burlesque en diable à double sens qui sonne juste et sème le trouble, la discorde pour le bien-pensant correct !Tout ici s'écoute et s'entend avant tout et c'est un régal en suspens qui sous-tend notre attention en perpétuelle alerte, alarme de surprise, de glissement -progressif du plaisir- !
Les grands voyageurs ne respectent pas les consignes", les hommes à femmes, affamés (à femmes et) non plus!Univers linguistique de rêve pour Madame qui érotise chaque objet, chaque parole à double sens: un jour, jusqu'au jour où....Le rose a des reflets bleus.
Un petit temps d'écoute comme intermède ou entremet pour mieux situer les paroles et textes au sein de la musique, plus reconnue... "Night in white satin" comme un Moody Blues à la Bashung, voix érayée, rauque et sensuelle à l'appui! "Tu m'as conquistador (conquis je t'adore), pour la route, un coït de coyote , un SOS à mort (amore) pour mieux jouir de la vie!
Christophe Feltz prend plaisir à malaxer les mots, ponctue, module, chuchote et improvise quelques beaux gestes de don de soi, d'ouverture ou de questionnement étonné. Il rythme et met en scène le tout, sans regard extérieur, avec justesse, modestie et impact! Les mots choisis, très musicaux, "duo de nous deux", bâtissent en filigrane toute l'érotisation sensuelle des textes qui n'en démordent pas: scansion des sons, des voyelles, des chuintantes, richesse sémantique et linguistique au poing!
C'est avec "Gaby" que le sommet de sa démarche se confirme: très bien joué, interprété en comédien-conteur, diseur de textes atypiques, privé pour le meilleur de musique, sans pour autant bâillonner le travail sonore ni le renier.
Encore quelques sonorités country-rock, des origines du chanteur au temps de sa jeunesse et l'on s'y recolle au jeu de piste textuel: "t'es parti avec mes revenus" qui fait "envie", toujours quand Bashung évoque les corps charnels épris d'amour et de déraison. Nous sommes "immortels", ode à la vie, à la poésie...
Alors Christophe s'en va, s'éclipse par la porte de sortie du café Brant,écharpe et chapeau en poupe, tire sa révérence: le spectacle est fini, "chapeau" l'artiste!


"4.48 psychosis": compte à rebours...Course contre la mort...


NOUVELLE PRODUCTION A L'ONR CREATION FRANCAISE 

"La dramaturge anglaise Sarah Kane a marqué le théâtre par ses œuvres poétiques, puissantes et incisives. Créée en 2000 quelques mois après sa disparition brutale, 4.48 Psychosis évoque de manière poignante et profonde l'expérience de la dépression.
Poésie, colère, humour noir se mêlent dans cette évocation d’une femme en lutte avec la maladie qui intègre en son titre l’heure du petit matin où, selon l’écrivaine, se mêlent la naissance du jour et le désespoir. Par sa force et sa beauté, l’opéra du compositeur anglais Philip Venables a enthousiasmé la critique et bouleversé le public lors de sa création puis lors de sa reprise au Royal Opera House de Londres. Œuvre destinée aux jeunes comme aux moins jeunes qui prouve avec éclat que la musique contemporaine peut s’adresser à tous en évoquant le monde actuel, la difficulté de donner sens à sa vie et les désirs les plus intimes. Cette production est conçue avec subtilité et délicatesse par le metteur en scène américain Ted Huffman. Richard Baker dirige l’Orchestre philharmonique de Strasbourg."





"Vienne la nuit.Sonne l'heure les jours s'en vont je demeure" (Le Pont Mirabeau Guillaume Apollinaire)
Mais elle ne demeurera pas, notre anti héroine, rivée au couperet de l'heure fatidique qu'elle s'est imposée pour se donner la mort.
Clin d’œil à "4'33" (4′33″ est un morceau composé par John Cage, souvent décrit comme « quatre minutes trente-trois secondes de silence ») pour ce chiffre énigmatique, ce titre qui emprunte à la métrique, au comptage du temps, image de clepsydre qui distille les minutes de vie pour s'arrêter enfin , goutte à goutte dans l'alambic.
Dans un décor de blancheur clinique, très opérationnelle, évoquant le climat d'un hôpital psychiatrique, six chanteuses, six femmes animées de cette folie obsessionnelle du suicide vont évoquer, vivre et incarner les derniers instants volontaires d'une femme en proie au désespoir, à la dépression: dépression qui sur le tableau de la météo de l'âme sera forte et persistante, déprime pourtant véhiculée paradoxalement par les voix, souffle de vie, de mouvement!
Au centre de cette narration musicale trouble -pas vraiment de "personnage" mais une femme éprise de déséquilibre mental-, un texte incertain, parlé ou chanté, écrit en anglais et projeté en majuscules d'imprimerie sur le mur. Celui qui sépare chanteuses et musiciens, perchés sur le fronton du décor, estrade surélevée qui les isole du monde.
Au pied de ce mur, une table, quelques chaises, une salle d'attente ou de soins, d'un "asile" qui ne semble pas bivouac ni oasis de plaisir. Huis clos, enfermement des corps où seule la voix sera échappatoire, souffle virulent, violence ou délicatesse, exprimant révolte ou amour, insurrection ou délice de l'abandon dans les bras de la camarde.
Le texte de Sarah Kane est "éloquent", imprégné de puissance, de profondeur et les "récitatifs" chantés d'une grande beauté vocale. Sobre, claire, sur les chemins d'une interprétation riche de modulations, de tact, de précision . Le temps s'accélère, la fin approche, les corps entourent , bercent, protègent celui d'une femme, personnage central sans identité particulière. Enrobée, enveloppée par les contacts quasi chorégraphiés des déplacements des chanteuses, vêtues sobrement , anonymement de gris, de noir.La cantatrice Gweneth-ann Rand, puissante au centre du jeu, irradie, séduit, convainc
Son chœur qui la protège et l'accompagne durant cette longue marche vers la fin, vers la conclusion , le terme d'une vie, accompagne ce désespoir, cette "déprime" omniprésente: la musique, les sonorités des instruments ponctuant l'intrigue, montée en puissance du drame annoncé. Caisses  claires et grosses caisses en dialogue, cloche au son cristallin, pour sonner l'heure fatidique, orchestre de"chambre" suspendu aux cintres...La chute des corps au sol pour se relever malgré tout, choeur liturgique pour évoquer un requiem macabre, merveilleux instant de grâce musicale où les voix porteuses de félicité seraient celle de la part des anges en cortège céleste.
La mise en espace de Ted Huffman sert le propos, place les chanteuses au pied du mur qui s'érige et ne rompt pas, la direction musicale de Richard Baker opère au quart de tour, à la seconde près, en "dernier ressort" d'un décompte à rebours, course conte la montre ...
On songe à Raymond Devos et sa course folle contre le temps, à Mathilde Monnier dont le décompte de la "Mort du cygne" dans"3'23" La Mort du cygne? est une danse de la fin, qui nourrit sa propre fin et qui ne finit jamais de finir......

A l'Opéra du Rhin du 18 au 22 Septembre