jeudi 9 janvier 2020

"Item" : les chemins de l'âne ! Sentiers débattus de François Tanguy....

"Le Théâtre du Radeau, avec son metteur en scène François Tanguy, est internationalement reconnu pour avoir créé un univers théâtral singulier, inimitable. Il s’agit ici d’accepter de quitter les repères habituels - histoire, personnages - pour partager un théâtre poétique, sensoriel, à la fois ludique et profond. Un dialogue entre êtres de passage, sons, lumière, où naissent et se transforment des tableaux vivants. Les acteurs manipulent l’espace, créent des paysages sensibles parfois poignants, parfois légers. Ils nous invitent à nous débarrasser de nos « codes » et vivre l’instant présent."

Scène encombrée, empêchée comme un handicap pour les futurs habitants de cette geôle improbable...En route pour un huit clos farci de hors champ, une fable truffée d'histoires, de textes qui ripent, s'entrechoquent dans des univers divers, opaques ou lucides, clairvoyants dans cet espace aveugle et parfois lumineux...Un voyage extra-ordinaire au pays de François Tanguy, cela ne se rate pas: on y plonge, toutes sensations en branle, les yeux grands ouverts pour capturer l'absurde et le non conventionnel, du texte à la diction, des costumes aux accoutrements bigarrés de cinq personnages en quête d'auteurs...Choisissez qui de l'âne ou d'Ovide vous fera réfléchir, ployer vers des pensées incongrues dans des métamorphoses stylées, incomparables tricheries ou leurres de ce microcosme étrange qui navigue à vue sur le plateau: plateau jonché de planches, tables dressées qui migrent comme des iceberg en débâcle, portes arrachées...Tout fout le camp sur ce radeau qui méduse.....Et hypnotise à bon escient son public, frappé par tant de mystère... 
 "De même, en outre, en plus": item et alors? Cela questionne !
On en remet une couche, palimpseste savant et poétique d'une ritournelle qui s'enchaine à l'envi et séduit par sa sensible et apparente incohérence...On se régale des mots, des accents suisses, d'une langue allemande (on croit entendre Bruno Ganz), on vogue avec le navire sans secousse ni tempête.Ovide, Walzer, Dostoevski, Goethe, Brecht pour ce bal des Laze, fête paienne du texte, radicalité du jeu qui est un autre: les comédiens se "métamorphosent" balancent leurs corps dans le vide, obscurcissent l'atmosphère ou la magnifient afin que l'on passe derrière le miroir sans encombre: magie ou alchimie de la mise en scène, du verbe ou de la musicalité des mots, qui l'emporte, peu importe pour ce tableau à multiples entrées, diorama muséal du monde irréel et fantasmatique d'un metteur en scène aiguisé, galvanisé par sa propre imagination et imagerie mentale; des corps-décors en accord ou désaccord rythmique, c'est cela qu'on pressent, qu'on ressent pour le malaise le plus agréable, la transe ou la vacance sublime du lâcher prise, du laisser aller...très maitrisé!
Prenez "le chemin de l'âne" en bon "idiot", vous serez loin des autoroutes du bonheur factice, près des artefacts de la désobéissance et de l'indisciplinarité rêvées. Broutez où cela vous chante, les meilleures épines des plus belles haies sauvages, à votre gré comme ces cinq hurluberlus, chantres de l'étrange et de l'inconnu.


Le Théâtre du Radeau naît au Mans en 1977, lorsque la comédienne Laurence Chable réunit un groupe d’acteurs. François Tanguy en devient le metteur en scène en 1982, et la compagnie va très vite connaître une reconnaissance nationale et internationale. En 1985, elle s’installe dans une ancienne succursale automobile, qui devient La Fonderie en 1992. Le public du TNS a pu voir Ricercar en 2009, Passim en 2015 et Soubresaut en 2018."
Un spectacle du Théâtre du Radeau. Mise en scène et scénographie François Tanguy, avec Frode Bjørnstad, Laurence Chable, Martine Dupé, Erik Gerken, Vincent Joly

samedi 21 décembre 2019

"En marche Attacks": faites des maires, mais pas qu'eux ! Pas queu, les maitres à danser !

Chaque année, pour sa saison culturelle, la troupe du Théâtre de la Choucrouterie à Strasbourg propose une nouvelle création : c'est la très attendue revue satirique de la Choucrouterie.Héritière de l'immense cabarettiste Germain Muller, la Chouc' poursuit sa mission de salubrité publique visant à rire de tout et surtout de soi même.


La revue satirique de la Chouc' 2019-2020 : En Marche Attacks / Ihr kenne uns En Marche

"Notre 26e revue satirique se moquera de tout et de tout le monde. Elle passera à la moulinette les politiques locaux, se moquera des Lorrains, parlera des élections municipales, taillera un costard à « Chilibébert » de Colmar et caricaturera l’actualité marquante de l’année. Elle n’oubliera pas non plus d’égratigner au passage quelques phénomènes de société. Bien sûr, ça va chanter, danser et il y aura des sketches ! Cette revue se jouera toujours en alsacien dans une salle et en français dans l’autre. Les comédiens continueront de courir de l’une à l’autre pour vous faire rire dans les deux langues." 

L'effet -maire, éphémère .....ried...

Salle comble, et ça rigole déjà dans les rangs du parterre où il semble qu'il y ait des maires à l'orchestre, dans l'air : présents par curiosité ou par devoir d'élu, par hasard ou par calcul rhénan ? Qu'à cela ne tienne, c'est en "united colors off Choucrouterie" que s'affichent nos gaillards couleurs arc en ciel, nos Grandgousiers d'un marathon spectaculaire de plus de deux heures, diatribes au poing. Festival de blagues croustillantes durant les entremets, petites relâches salutaires en cas de retard de l'autre équipe alsacienne en diable qui opère dans la salle mitoyenne...

Une toile d'araignée pour illustrer le panier de crabes de la politique: ce qu'on fait quand on ne sait rien faire d'autre, et c'est parti! Appelé à régner, araignée sur le fil à tisser des histoires qui se trament et s'enchainent pour former un tissu de calembours, jeux de mots ou virelangues incongrus, sketches désopilants ou autre saynète décapante! Danse de tarentelle ! Vous prendrez bien un  "picon magique" en compagnie d'un Obélix qui trimbale un énorme bretzel, alors que Astérix se balade avec un fleischschneke en guise de bouclier. 

Une tribu qui résiste et s'insurge, comme les alsaciens face aux lorrains. Au lotissement, on se plaint des nuisances voisines écologiques: un troupeau de vaches ou des grenouilles seront les enjeux de la campagne électorale d'un maire perverti qui retourne sa veste comme les autres! Et vivent les bretons bretonnants, Siffer casqué d'une coiffe bigoudène, dérisoire et sympathique anti héros de cette sarabande magnétique! Ils sont tous "bons" chacun à leur façon:aux urgences comme en trottinette: tout y passe, au tamis de l'humour, de la dérision et de l'absurde. Une nouvelle recrue, Lauranne Sz,(comme Sarrasine-de Barthes-Balzac), savoureuse espagnole qui chante comme un piaf, sensuelle et drôle en diable.Surtout dans "Les nuits d'une demoiselle" de Colette Renard, revue et corrigée pour l'occasion ! Ou bien "Balance ton quoi" de Angèle.

On part à la campagne, on grimpe à la montagne des singes, on plonge dans la piscine avec des escogriffes costumés en homards dansants, vêtus de masques corporels très seyants, en couleurs fluo! Une marche au ralenti fait mouche et l'on note l'excellente et opérationnelle mise en scène de  Céline d'Aboukir, les danses et chorégraphies signées Fanny George et Justine Caspar. Beau travail, joyeux et délirant, mené tambour battant.Sans oublier Gilbert Meyer, incontournable numéro brillant et casse gueule de Guy Riss, comédien farceur et malin, naif et niaiseux à souhait et plein de distance aussi.

Les adaptations de "tubes" toujours bienvenues "comme d'habitude" !

Les pieds dans le plat, les mots qui blessent sans faire mal mais appuient là où ça coince, c'est l'art du texte et du verbe flamboyant qui caractérise cette équipe pleine de verve, de santé contagieuse.Quant aux "annales" du football et à la Meinau-pause,tout "genre" confondu, voici le bouquet de la revue, pas "corrigée" qui si l'on n'est pas satisfait  ne sera pas remboursé! Encore un numéro hors pair (ni maire): celui de Sébastien Bizzotto qui mime en langage des signes le discours d'un maire retord! Un régal à déguster à toute vitesse tant la virtuosité du jeu est surprenante et hypnotisante.

Tous excellents, en héros de pacotille, augurent des temps futurs où les polis petits chiens feront leur entrée sur le ring des municipales, en "campagne" écolo, en militant "balance ton foie", en king kong à Kingsheim, en marionnettes à fil pour mieux retourner leurs vestes ou s'en prendre une bonne!

On repart avec sa "feuille de chouc'" sous le bras pour avoir de beaux souvenirs et encore plein d'infos sur l'art de la diatribe et ses protagonistes prolixes et fertiles, fils et filles prodigues et prodiges du divertissement intelligent !

A la Choucrouterie jusqu' en Mars, attaque !

 


vendredi 20 décembre 2019

Maud Le Pladec, chorégraphe de "Notre Dame" de Valérie Donzelli !


"STATIC SHOT est mon prochain projet chorégraphique imaginé pour les danseurs du Ballet de Lorraine. Cette pièce qui verra le jour en 2020 repose sur une expérience artistique forte vécue pour la première fois il y a quelques mois : la rencontre de la danse avec le cinéma. En effet, la réalisatrice Valérie Donzelli m’a invitée à participer et collaborer sur son long métrage, «Notre-Dame », fiction dansée qui sortira sur les écrans la saison prochaine. Si cette expérience m’enthousiasmait d’un point de vue à la fois personnel et artistique, je n’avais pas imaginé à quel point celle-ci serait révélatrice d’un désir nouveau et pressant de questionner ma pratique à travers le 7ème art. Loin de moins l’idée d’introduire la projection d’images dans mes pièces. Non, c’est surtout à un niveau sensible mais aussi conceptuel et intellectuel que le choc a opéré. Les résonances de cette nouvelle expérience esthétique m’ayant permis d’ouvrir une réflexion autour du corps et de ses représentations, mais aussi, de continuer à creuser ma recherche sur le mouvement dansé.
Pour STATIC SHOT, j’imagine un dispositif scénique bien spécifique, entre pièce chorégraphique, installation scénique et dispositif cinématographique, la pièce se montre tel un plan fixe ou plan séquence, un huis clos ou encore un cadre fixe dans lequel la « caméra », ici le mouvement et le regard, ne s’arrêtent jamais. Un voyage immobile en quelque sorte. La plasticité des images, la représentation des corps mais aussi l’énergie et les flux seront constitutifs de cette scène dont la danse, d’une extrême précision et d’une haute intensité, ne quitte jamais son apogée. Les nuances, allant du mezzo forte au fortississimo, feront de cette pièce un crescendo permanent, invitant les spectateurs à participer à une extase sans fin.