mardi 11 février 2020
dimanche 9 février 2020
"Ecrits sur l'art brut à voix haute": feu de tout bois...Brut de coffrage !
Carte blanche à Christine Letailleur, artiste associée au TNS
Christine Letailleur souhaite faire découvrir cette lecture-spectacle créée en 2015. Il s’agit d'un vagabondage dans l’Art Brut mettant en lumière des auteur·e·s de cet art qui ont créé dans l’enfermement et l’exclusion de l’univers asilaire. Sur scène, les acteur·rice·s,Annie Mercier et Alain Fromager, sont accompagnés par Lucienne Peiry, historienne de l’art, spécialiste d’Art Brut. Ensemble, ils redonnent vie et chair à cette poésie première faite sans intention artistique mais avec une invention gratuite, vitale et irrespectueuse.
"L'art brut vu par la psychanalyse, lorsque la création se fait vitale"
"Conférence de Lucienne Peiry à la Librairie Kléber le même jour à 11h, suivie d’échanges avec Jean-Richard Freymann, Michel Patris et Cyrielle Weisgerber (psychiatres et psychanalystes) et avec le public (entrée libre).
Avec le soutien de la Ville de Strasbourg et de Alexandre Feltz (autonomie et santé)
"Je suis mon corps"
Un art qu'elle a découvert, conservé, sauvé, récolté pour bâtir la collection du Musée d'Art Brut de Lausanne...A l'initiative de Jean Dubuffet
"Faire de nécessité, vertu", œuvres de survie, tous bricolent sur des matériaux de récupération, puisés dans leur entourage, leur environnement, pour la plupart en hôpital psychiatrique, mais pas forcément. Pas de chevalet, de cadre, ni de toiles, de pinceaux et autres huiles, mais du papier d'emballage, des morceaux de tissus, du fil à retordre comme matériaux de base.
"Faire face, être au monde, exister, survivre", modelant, façonnant, tissant, griffonnant sur ses matériaux de recyclage, support d'un imaginaire sans "processus de création" au préalable
Rien de consigné, de concerté dans ses œuvres, supportant le "silence, le secret, la solitude"..
Pas de jugement à émettre face à cette énergie centripète, à huis clos délivrée: les règles s'inventent et ne sont pas dictées de l'extérieur..
A partir d'images singulières d'Aloïse Corbaz par exemple, Lucienne Peiry expose, explique, traduit les icônes, se fait passeuse, transmetteuse de leur art excentrique, insolite, singulier. Aloïse et ses femmes rebondies, en couple érotique, femmes fortes et ornées de parures, l'homme, derrière elles, les accompagnant...Couleurs et arrondis, poésie, douceur de ses couples princiers et royaux, théâtre de l'univers; une femme démiurge, architecte de l'espace dans un repli autiste .
Les "transports amoureux" d'Aloïse nous mènent loin de tout critère de sélection , de mercantilisme, de choix arbitraires, même si le marché de l'art et les collectionneurs ne se s'y sont pas trompés!
Wölfli, lui, tisse sa toile, fait de la musique sur six portées, inonde son petit monde de formes étranges: serpent tentateur qui se mord la queue au bon endroit dans un monde onirique où ses partitions, sont compositions aléatoires, filles du hasard, de la nécessité de créer, de s'exprimer. La fiction est riche, entière et se décline selon les univers fantasmés de chacun..
Toujours conteuse, enthousiaste, Lucienne Peiry continue son chemin de l'âne et va sur les sentiers du désir, du bonheur de rencontrer d'autres écritures, d'autres gestes créateurs. Les cordes et arabesque de Heinrich Anton Müller, comme des tableaux de Victor Brauner: où se situe la frontière entre art et art brut: peut-être dans cette "ignorance" des artistes dit "brut" de coffrage, sans histoire ni formation, sans statut ni profession artistique: seuls face à leurs pulsions de recréer un monde à eux, singulier et propre à leurs envies, à l'envi, non à la compréhension: on les estime, mais eux ne produisent pas pour exposer aux cimaises, séduire, ou vendre. C'est plutôt le contraire...Pas de coût ni de valeur si ce n'est des "milliards"...
Lucienne Peiry se fait "messagère" de ses artistes et fait du cas Marguerite Sirvins, un emblème: femme qui tisse avec des fils de draps usagés de sa chambre pour se faire une robe de mariée idéale qu'elle ne portera jamais: un chef d’œuvre de stylisme déconcertant, avec plein de formes féminines,émouvant, fascinant. Robe effilochée, parure nuptiale vaine mais si riche de rêves.
Agnès Richter fait suite à cette passionnante exposition d’œuvres brutes avec son uniforme dénudé, qu'elle façonne de manière à le transformer pour n'être plus "conforme". Sa veste comme journal intime qu'elle porte sur soi, pour se dévêtir des canons de la bienséance et se vêtir de ses atours à elle, de sa seconde peau qu'elle s'invente pour survivre.Les mots, les maux et la peau sur sa veste racontent son histoire.Elle se rebelle dans le silence, se fait belle, se pare et s'empare de ses codes pour se maintenir debout .
"La peau, c'est ce qu'il y a de plus profond" disait Francis Ponge et "La peau du monde" d'Angelin Preljocaj", "La peau et les os" de Philippe Decoufflé racontent aussi , en danse et chorégraphie, ce lien étroit, communicant de notre surface nous reliant au monde, de cette superficie qui nous protège, nous enveloppe
Christian Rizzo, lui aussi suspendait des robes au vent, inhabitées, esseulées, danseuses du vent et des esprits...
Angus McPhee brode sa tunique, faites d'herbes séchées, encore un matériaux pas "noble" récupéré au jardin de son institution asilaire...Bottes et chaussettes, objets de culte, de curiosité...
Et la robe de Boneval de Jeanne Laporte ouvre des univers tendres, majestueux, énigmatiques: une robe pour célébrer, magnifier le corps, valoriser son "soi", son "égo".
Et Arthur Bispo do Rosario de faire une cape à partit d'une couverture de l’hôpital, comme une parure de cérémonie: passementerie, tissage méthodique, cordons et cordonnets magiques, parure corporelle digne d'être portée pour rendre hommage aux esprits, en spirite émérite !
Refaire le monde mé-tissé, paré de folles ambitions secrètes, inconnues, énigmes pour celui qui chercherait à desceller un processus de création réfléchi, pensé, prémédité
Ici, la méditation est naturelle, innée, sauvage et préservée, sauvegardée aussi. Détruite parfois par des étrangers qui ne comprennent pas ou qui faisant feu de tout bois, ignorent aussi la valeur psychique de ses œuvres...
L'invention féconde de ces artistes qui s'ignorent, leur "ignorance", lacune ou vide fait ainsi naitre un environnement théâtral, petite cérémonie apotropaïque,vivante et transportante.
Comme l'enthousiasme et l'amour que Lucienne Peiry porte aux yeux de ces créateurs de l'ombre...
Une lecture, plus tard donnait corps à cette magistrale entrée en matière "plastique" !
Dans la salle Gignoux du TNS, sont réunis trois artistes, Annie Mercier, Alain Fromager, conteuse et comédiens rassemblés pour donner corps aux textes choisis d'artistes singuliers: on retrouve Aloïse, Wölfli et d'autres pour une lecture vivante, enjouée, très séduisante où syntaxe, versification, calligraphie entremêlent dans un joyeux désordre créatif, esthétique aussi: sur papiers d'emballages et autres supports de récupération, ces "pages blanches" se remplissent de signes, dessins, écritures étranges et fort belles. Alain Fromager excelle dans les dires et textes de ptits morceaux de papier vindicatifs de Samuel Daiber, alors que les autres auteurs, volent (Gustave Mesmer), griffonnent, imaginent des recettes de cuisine improbables, : tous séquestrés mais libres de transcender leur geôles et geôeliers dans ces écritures, anomalies, manuscrites, à huis clos...Aimable Jayet et ses sacs de ciment , d'emballage pour simple feuille blanche....
Annie Mercier, voix grave et sombre pour véhiculer toute cette verve énigmatique, ces formes, signes graphiques, sonores et vibrant de vie, de rebellions tranquilles
Lire de travers, en tournant, s'échiner à décrypter des histoires "sans queue ni tête" mais avec beaucoup de sens dessus dessous !
Au dessous, les conventions et autres codes esthétiques.
De la danse des mots et des sons, du mouvement frémissant à fleur de peau..
On songe à l'exposition "Danser brut" au LAM de Villeneuve d'Ascq où se révèlent ses traces de vie, de rondes, de matières vivantes, tissées au plys profond du vivant: le corps, la chair, la peau...
samedi 8 février 2020
"Le reste vous le connaissez par le cinéma" : fête des mères à la Saint Valentin !
Le reste vous le connaissez par le cinéma
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Du 07/02/2020 au 15/02/2020
© Mammar Benranou
Texte Martin CrimpD’après Les Phéniciennes d’EuripideMise en scène et scénographie Daniel JeanneteauAvec Solène Arbel, Stéphanie Béghain, Axel Bogousslavsky, Yann Boudaud, Quentin Bouissou, Jonathan Genet, Elsa Guedj, Dominique Reymond, Philippe Smith, et en alternance Clément Decout, Victor Katzarov
La pièce de Martin Crimp − auteur britannique vivant, joué dans toute l’Europe − est une réécriture des Phéniciennes d’Euripide. Elle raconte le combat à mort que se livrent deux frères, Étéocle et Polynice, pour gouverner Thèbes. Fidèle à la trame d’Euripide, l’auteur y apporte une transformation : le chœur, composé de « Filles » d’aujourd’hui, prend la place centrale. C’est cet anachronisme qui intéresse le metteur en scène Daniel Jeanneteau : la rencontre du mythe catastrophique d’Oedipe et sa famille et de ce chœur contemporain d’adolescentes, interrogeant l’état du monde dont elles héritent. Qu’est-ce que la tragédie ? Notre monde s’est-il construit sur une antique somme d’erreurs ?
Serions-nous au collège, avec tables et chaises du cru, mobilier d'école, habité par de jeunes recrues toutes en couleurs, décontractées..C'est elles qui ouvrent le bal, entonnant à notre égard une série-inventaire- de devinettes, d'énigmes aussi absurdes les unes que les autres. Le Sphinx veille sur cette petite population agitée et vive: "Œdipe Roi" ? OK..On connait Pasolini, alors place à autre chose. A Jocaste, Dominique Reymond, longue silhouette noire qui se glisse dans les failles de l'espace et se meut, dansante, fluide, épousant le texte de la narration de l'Histoire: fondamentaux de notre psychanalyse: le récit d’Oedipe et de sa famille. Elle le danse, l'incarne telle Susanne Linke, danseuse d'expression allemande.
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| SUSANNE LINKE |
Survient Antigone, jeune fille moderne, jupe plissée complexe qui hurle et vocifère du haut d'une rampe d'embarquement fragile: hystérie du malheur et de la destinée.
La violence de son attitude est renforcée par celle de ses deux frères, Polynis et Eteocle: tout ici est "sanguin" à fleur de peau: un mouton à sacrifier, douce créature innocente en fait les frais, plutôt dans un registre comique qui détend l'atmosphère sidérante.
Du sang sur les vêtements de Créon, sur les assasins malgré eux, victimes et bourreau de la destinée implacable, impitoyable qui les saisit.
Le chœur pour commenter, "à l'ancienne" les péripéties et rebondissements de l'action, choeur de jeunes filles fofolles, innocentes figures de la jeunesse.
Antigone, celle qui domine la foule "de cuivre et d'étain", devient "folle" et dans une scène troublante, Solène Arbel convainc et séduit.
Jocaste celle à qui l'on fête la Saint Valentin en même temps que la fête des mères...
Alors, laissez vous aller à la découverte d'une "légende" revisitée par texte et mise en scène d'aujourd'hui, qui magnifient les corps et animent le plateau de jeunesse, de tracas, de drame, de sang et de cadavres exquis...
On suit, haletant, le cours des choses, embarqués dans les eaux du fleuve, dans la mythologie, si proche de nos fondamentaux: les muscles profonds du corps pour expurger fautes, et malheurs, flagellations et culpabilité.
Les Phéniciennes n'ont qu'à bien se tenir et Daniel Jeanneteau, boosté par le texte iconoclaste de Martin Crimp, de nous renvoyer à nos fantasmes freudiens de façon très salutaire.
La jeunesse du chœur, enthousiasmante pour berceau d'espoir et de rémission!
Daniel Jeanneteau est metteur en scène et scénographe. Il a été directeur du Studio – Théâtre de Vitry de 2008 à 2016. Il dirige depuis 2017 le T2G–Théâtre de Gennevilliers, centre dramatique national. Les spectateurs du TNS ont pu voir ces dernières années deux spectacles co-mis en scène avec Marie-Christine Soma : Feux, d’après August Stramm, en 2008 et Ciseaux, Papier, Caillou de Daniel Keene en 2011.
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