mercredi 26 février 2020

"Faire corps" : Adrien M et Claire B: une plongée expérimentale en eaux virtuelles, enchanteresse !


"Faire corps - Adrien M & Claire B" est un ensemble d'œuvres immersives et interactives, réunies pour la première fois à la Gaîté Lyrique : une exposition-expérience qui nous invite à bouger, danser, interagir.

Faire corps - Adrien M & Claire B est une exposition-expérience qui présente différentes œuvres de la compagnie, réunies pour la première fois à la Gaîté Lyrique :
  • XYZT (2011-2015)son premier corpus d'œuvres,
  • L’ombre de la vapeur (2018), montrée pour la première fois à Paris, pièce produite par la Fondation d’entreprise Martell et adaptée pour la Gaîté Lyrique sur 500m2,
  • Core et Effluve (2020), deux pièces contemplatives créées pour la Gaîté Lyrique.
Accompagné d'une musique enveloppante, signée par Olivier Mellano avec les voix enchanteresses de Kyrie Kristmanson, l'émouvant parcours propose un changement de posture et d'attention à l'égard de ce qui nous entoure. Composé d’une dizaine de dispositifs, Faire corps - Adrien M & Claire B forme un vaste ensemble intuitif, éblouissant et curieux, intelligent et vibrant, dans lequel nous sommes invité·e·s à entrer, à bouger, à danser, à interagir.
Nous sommes immergé·e·s dans ce monde vivant qui ne cherche qu’à changer et à se transformer à notre contact, sous l’effet de nos gestes et de nos corps en mouvement. Avançant dans la pénombre, il faut jouer avec l’ombre et la lumière, les points et les lignes, le temps et l’espace, le vrai et le faux.

Le "ravissement" en action.
Abracadabra !
Il faut se prendre au jeu,être l'acteur de ses propres divagations dans cet "espace préparé" comme un piano à la John Cage !  Plonger dans des univers virtuels tantôt interactifs, comme ces parterres de pointillés lumineux que l'on foule du pied à loisir, traçant, dessinant toutes sortes d'empreintes éphémères au sol, se jouant des formes hybrides, des tracés improbables qui fuient sous nos pieds, se dérobent , se déchainent... Merlin l'Enchanteur veille au grain, actif, guidant nos envies, nos hésitations, nos peurs de franchir le miroir et de se retrouver de l'autre côté !
On est aussi corps-écran, réfléchissant la lumière, donnant corps à ses esquisses lumineuses, volatiles, vibratiles, passantes et ludiques. On passe d'une installation à l'autre en compagnie d'un public enchanté, fasciné par ce qu'il produit: des anamorphoses, des images d'eux-même, torsadées, triturées par l'interactivité gestes-lumière, par l'inventivité aussi des postures, mouvements ou autres divagations que l'on explore et que suscite chacun des dispositifs..On perce des murs , on glisse ses mains sur un support tactile qui imprime nos gestes, carresses ou glissades des mains, comme sur un établi de fantaisies singulières: dessins, traces, impacts divers, magiques, magnétiques qui nous rendent vivants, présents, jamais passifs. Regarder les facéties des autres faisant aussi partie du jeu!
Des vitrines renferment des objets ludiques en verre qui absorbent lettres, chainettes de formules magiques abracadabrantesques!
C'est jouissif et impulsif, digne d'une galerie-palais des glaces où l'on se prend à danse, se mouvoir pour des sollicitations sensitives et plastiques variées et fort esthétiques. Une plongée sur ce petit peuple qui s'agite sous nos yeux éberlués s'impose, le temps d'un spectacle improvisé, joué par des acteurs curieux et participatifs, friands de sensations et de découvertes fertiles;
On en revient, on en ressort éprouvé et satisfait d'avoir participer à l'élaboration d'un monde enchanté, en noir et blanc, sobre et pourtant si virtuose et sophistiqué en matière de technologies nouvelles. Une fois de plus, la danse trace des mondes nouveaux, des territoires d'investigation que elle seule sait inventer, deviner, en prospective, de l'avant et vers des interrogations prolixes signées de ses deux fils et filles prodigues de l’icône animée: Claire B et Adrien M ...





Depuis 2011, Adrien M & Claire B interrogent le mouvement et son impact dans des œuvres qui mêlent spectacle vivant et arts visuels. S'inspirant des mathématiques et des sciences naturelles, la compagnie Adrien M & Claire B, basée à Lyon, donne vie à un langage poétique visuel, et dessine de singuliers paysages dans lesquels nos corps viennent se perdre et se trouver.

"Elvedon": Christos Papadopoulos: du vague à l'âme !



Dans Elvedon, sa première création qui date de 2016, il se laisse inspirer par les vagues maritimes et les bancs de poissons.
A marée haute, "vaguement" inspirée par l'attraction lunaire des marées, voici la seconde pièce présentée lors de cette rétrospective du chorégraphe grec.
Des pulsations régulières de musique répétitive, des soubresauts de corps, compactés en groupe donnent le "la" de cette composition musicale et vibratile, digne d'un tableau impressionniste, vibrant d'autant de points animés, d'électrons libres de fébrilité.De dos dans la semi-obscurité dans des tenues banalisées, cinq femmes, un homme se déplacent régulièrement, d'une façon infime et minimale, imperceptibles mouvements de corps qui font unisson, front.
Sur place de légers tremblements engendrent de légères torsions, infimes modifications du corps "de ballet" de cet opus hypnotique. Fouiller un sujet, l'explorer, le tordre jusqu'au bout de son propos: ainsi Papadopoulos procède et fait de cette écriture un grimoire, palimpseste de ses idées chorégraphiques et spatio-temporelles.
Des avancées minimales, des vibrations sempiternelles en font un ouvrage singulier, toujours recommencé sur l'établi.
Oscillations, balancements réguliers des bras ballants, relâchés, tout ici concourt à une atmosphère pourtant tendue, en alerte, douce menace aussi de pétrification possible...
Un tempo de métronome s'installe, des bruits de vague au loin dans le fracas des rythmes répétitifs engendrent un univers une ambiance étrange, lointaine
De la vague à l'âme, des flux et reflux légers, une attirance aspirante vers le groupe pour phare et lumières de repérage commune.Des battements obsédants, quasi soporifiques, sédatifs du geste s'enlisent, se fondent dans cet espace, nu, habité par les divagations précises des six personnages anonymes.La fascination du retour éternel, répétitif, routine de petites marches saccadées en diagonale ou frontale, opère, hypnotique.Des contretemps au bout des pieds, des contrepoints infimes pour mieux créer de petits heurts, des petits pas latéraux. Quelques accélérations, bras allongés cassent la routine, viennent et naissent de petites courses furtives qui vont se déchainer, en arrière, en avancées...Soudain et au fur et à mesure l'un d'entre eux chute en gardant pourtant inscrites les pulsations, comme des vies qui ne meurent jamais. Ils s'en révèlent pourtant et l'on ne termine pas cette aventure en empathie, sur ces chutes d'épuisement....
Sains et saufs, les créatures de cette tribu, horde soudée, se rendent à la verticalité....
 Ce soir là Christos Papadopoulos dansait au pied levé en remplacement d'un danseur blessé et toute la virtuosité de cette écriture minimale en était bouleversante !

Au Théâtre des Abbesses jusqu'au 24 Février


Pays Grèce
concept & chorégraphie Christos Papadopoulos
DRAMATURGIE Tassos Koukoutas MUSIQUE Coti K LUMIÈRES Tasos Palaioroutas COSTUMES Angelos Mentis DÉCOR Evangelia Therianou ASSISTANTES DU CHORÉGRAPHE Katerina Spyropoulou, Ioanna Antonarou AVEC Maria Bregianni, Nanti Gogoulou, Amalia Kosma, Hara Kotsali, Giorgos Kotsifakis, Dimitra Mertzani, Efthymis Moschopoulos, Ioanna Paraskevopoulou, Alexis Tsiamoglou, Alexandros Varelas
Christos Papadopoulos a été découvert dans le cadre de Chanti

dimanche 23 février 2020

"Balanchine" : conforme et en forme ! Le Ballet de l'Opéra a du tempérament !


Ce spectacle consacré à l’art de Balanchine réunit trois oeuvres de danse pure de la première période américaine du chorégraphe. Trois chorégraphies d’ensemble dans lesquelles les corps vibrent tels les instruments d’un orchestre. 

Jubilo, ergo sum
Sur les notes de Bach, "Concerto Barocco" construit en fondu enchaîné une succession de formes adressées au regard tels les éléments décoratifs d’une architecture baroque. Les Quatre Tempéraments proposent un contrepoint visuel aux variations de Paul Hindemith. À l’image des humeurs qui traversent les hommes, la danse, fluide et imprévisible, mêle consonances et dissonances dans une écriture à la fois rigoureuse et libre.
En "jupettes blanches", c'est un jeu de dames qui s'agitte joyeusement sur les notes, en fugues et fuites où chacun trouve sa place, son "endroit", son milieu et s'y plait à loisir...i successives: manèges des dix danseuses, un danseur portant les unes et les autres en alternance. Bouquets de danseuses, tunels, emboitements: autant d'instants de passes ludiques, malines et fort construites où les corps se jouent des instant aléatoires pour les faire se rejoindre en constructions savantes d'entrelacts.Placements parfaits des corps dansants dans l'espace, déplacements où chacun, chacune trouve sa place, son "endroit", son milieu à sa juste mesure et pour son plus grang plaisir, son loisir assumé, vécu.
Fils et filles prodiges de Balanchine, les danseurs et solites du ballet de l'Opéra de Paris exultent, se réjouissent, s'amusent, muses et allégorie du beau, effigies de la grâce et des transports jouissifs en commun.
Tous au diapason, dans cet hommage à la Femme, pour illustrer cette jubilation avec Bach: pointes et genoux pliés, bras en arc, liés, reliés en guirlande dans des enchainements, maille à maille.
Crochetage au point de crochet, "style et technique" en conformité avec le patrimoine balanchinien, à "la pointe de la jubilation": "jubilo, ergo sum...




L'éhémère comme credo
Dans "Sérénade", Balanchine convoque l’univers russe de son maître Tchaikovski et les corps modernes de la jeunesse new-yorkaise qu’il découvre à son arrivée aux États-Unis. Photographie de son temps, le ballet évoque aussi par son atmosphère romantique Les Sylphides de Fokine, autre maître aimé de Balanchine.
Un corps de ballet dans des costumes de voiles bleutés, longues jupes plissées transparentes, évolue, traces, signes, points en autant de figures mythiques, signatures balanchiniennes.Tableaux extrêmement composés, chaines, collier de perles ou guirlandes de corps qui se font et se défont à l'envi. Beauté fluide et volatile, éphémère et gracile des danseuses, unies, réunies et convoquées à ce rituel d'une construction architecturale, de quintet, de groupe évanescent. Une femme esseulée se détache un "prince charmant" acoure pour briser la quiétude de ce gynécé tendre et romantique....Un duo tisse des arabesques vertigineuses, alors que le groupe de danseuses bordent leurs évolutions d'autant d'arabesques plongeantes, virtuoses.Le travail remarquable des bras en couronne, en arc ourle la danse: on entend le bruissement des pointes qui frétillent, en ligne, en rangs sérrés. Pas de valse, grands écarts à terre, chaine des bras qui s'enlacent pour mieux couronner l'espace, comme les mailles d'un tricot qui se font et se défont... De beaux unissons, des chutes aussi, gracieuses, des reprises et citations de danse classique et de grands rôles de ballet mythique.
C'est du "tout Balanchine", conforme, labellisé, juste et miraculeusement contemporain; on songe à Forsythe qui a continuer à détricoter le langage classique en le vivifiant en code et grammaire tonique, décapante, stylé.
La griffe du grand chorégraphe atteint, touche et remue, efficace, dense, obéisant à des canons de beauté légendaires et fabuleux. Un trio atteste de cette fragilité contemporaine, là où deux ballerines, cheveux défaits s'adonnent aux joies d'un trio, portées par le danseur, épris comme elles de liberté ! Histoire de jalousie, de concurence, de possesivité mais aussi d'abandon et de possession amoureuse ! Au finale, l'élue est portée, victime, sacrifiée ou trophée....

Un épisode bien "trempé"
Les "Quatre Tempéraments" proposent un contrepoint visuel aux variations de Paul Hindemith. À l’image des humeurs qui traversent les hommes, la danse, fluide et imprévisible, mêle consonances et dissonances dans une écriture à la fois rigoureuse et libre. En tenue très académique, les voici, ces danseurs d'exception, à exécuter tours, pas de chat en dedans, bascules du bassin, autant d'audaces de styles, en rupture avec l'académisme classique de bon aloi. Envolées suspendue d'un danseur soliste remarquable comme en apesanteur, frolant à peine le sol... Des chutes qui retournent les corps, du déséquilibre annoncé, rattrapé à peine: la danse masculine magnifiée dans des arceaux, cintres de l'architecture chorégraphique, unique écriture savante sur le plateau nu, éclairé en fond de lumières discrètes. L'émotion retenue de quelques mouvements en cadence militaire, errance mélancolique aussi au son des violons de l'orchestren en osmose avec la danse vivante !
 Encore un solo magnétique d'un danseur qui virevolte, saute et s'élève au zénith de la félicité ... Quelques obstacles à franchir encore dans l'éther pour atteindre le firmament balanchibien...

A l'Opéra Bastille jusqu'au 29 Mars