mercredi 16 septembre 2020

"Fabula rasa" : du rififi dans les fleurs, dans les coeurs !


 "Fabula Rasa"

‌Danser parmi les objets détournés de Corine Kleck, les images de fleurs animées fabuleuses de Robert Becker et Dominique Haettel, chanter les louanges du jardin semé de reliques bien vivantes, bien plantées ....
Toute une histoire qui se conte sur le bout des lèvres, des doigts et de la langue, bien pendue.Sur la pointe des pieds tanqués
Visite déglinguée d'univers singuliers à la croisée des chemins de la création picturale et photographique du binôme Becker-Haettel, faits l'un pour l'autre, félins pour l'autre.

Balade dans les plantations inédites de sculptures voluptueuses, ressurgies  de la mémoire patrimoniale de Corine Kleck, visionnaire d'objets détournés magnifiés, érotiques en diable....


Une performance inédite de:
Geneviève Charras, interprète, charivarieuse

Dans le cadre des Ateliers Ouverts 2020 , à l'occasion de  l'exposition "Fleurs Fabuleuses" de Robert Becker et Dominique Haettel et des œuvres de Corine Kleck.


Dimanche 11 OCTOBRE 15H

Atelier Kleck-Haetel
11 Bis rie des Tailleurs
Schweighouse sur Moder
 




dimanche 13 septembre 2020

"Les rossignols des terres allemandes": l'Ensemble Céladon au festival Voix et Route Romane. Chansons de gestes et d'amour

 


"Les Rossignols des terres allemandes"
Chansons de Meistersinger au Moyen Âge

"Les Minnesänger et Meistersinger, poètes- compositeurs-interprètes allemands des 13e et 14e siècles, se surnommaient entre eux Nahtigal (Nachtigall : Rossignol). Dans la continuité des troubadours en Occitanie et des trouvères dans le nord de la France, les Minnesänger célèbrent à leur tour l’amour courtois et donnent ses lettres de noblesse à l’allemand médiéval. S’émancipant progressivement de leurs modèles, les Minnesänger, la plupart issus de la noblesse, développent au 13e siècle un art qui leur est propre. Quelques décennies plus tard, les Meistersinger, issus des classes bourgeoises, diversifient leurs thématiques avec des sujets de société plus variés."


Voici en préambule éclairé ce qui nous attend dans l'abbatiale de Surbourg, gainée en son intérieur de beaux éclairages "rose des sables", granit au ton pastel, doux et tendre: un concert "amoureux", désopilant parfois, toujours savant malgré les racines "laborieuses " de ces chants amateurs de confréries, mais si intenses de vérité et de sonorités fortes et cadencées! Ce sont les voix des deux chanteurs de l'Ensemble Céladon qui vont entamer ce festin de saveurs sonores, de gouts fins et variés aux fragrances médiévales délicieusement saupoudrées d'un instrumentarium  à l'identique de l'époque et de ce fait, remarquable. Très inspirée, la plainte, prière de la superbe soprano Clara Coutouly éclaire l'espace, fond, se répand souriante, pleine, gracieuse. Rouge vermillon comme la robe qu'elle porte et qui approfondit l'aspect "matrice" de son rôle de femme, tantôt enjôleuse, tantôt naïve et vive comme l'anguille. Le contre-ténor bien connu, à ses côtés, Paulin Bundgen, pour mieux évoquer cette période dans un registre ouvert, accueillant, chaleureux: invitant l'auditoire concentré à une écoute recueillie, respectueuse de tradition et de "modernité" de la musique instrumentale bordant leurs propos vocaux. Dans une chaleureuse adresse au public, toujours.


Comme dans un désert, terres arides, l'atmosphère des morceaux se fabrique peu à peu, délivrant espaces sonores et paysages singuliers, dans une diction parfaite, une noble allure: instruments et chanteurs au diapason pour des litanies récitées palpitantes à retenir son souffle tant la tension de la narration est vive, présente, habitée. Vents d'Est ou du Sud apportent au répertoire varié de ces troubadours de l'âme, des notes de courtoisie, de bienséance et de savoir vivre. Profane ou religieuse, la musique médiévale s'y révèle altière et respectable, gaie, dansante, entrainante, virevoltante, alerte.Un solo de la soprano, pur et plein, sur le thème de la femme et nous voici cheminant en sa compagnie dans les temps jadis, dignement, gracieusement. La courtoisie est de mise, la ruse et l'humour distancé aussi: le jeu d'acteur de Clara Coutouly, expressive et malicieuse, sourire en suspension, ton ferme et affirmé, convaincante et forte. Sa voix pourpre, sanguine et vermeille épouse le propos avec justesse et subtilité.Préciosité de la voix en sus pour ces interprétations méticuleuses et savantes. L'homme, lui, se fait voix hypnotisante, lancinante, enjouée au gré des morceaux de choix ; un duo merveilleux les rassemble, envoutant dans une solide interprétation aguerrie.Les dialogues avec chaque instrument rare et précieux confirment la complicité des interprètes qui se consacrent à leur art avec passion et exquise modération!

photos robert becker


Les dons innés des chanteurs les rendent séduisants, sobres, enjôleurs et tissent une empathie réelle avec leur présence rigoureuse mais jamais distancée! Louange à la femme, doublée par la voix masculine en retrait, harmonie d'un tuilage savant entre tous les interprètes galvanisés par un répertoire inédit, si rarement livré à l'écoute tant la rareté et la virtuosité en sont matière première. Répliques et réparties féroces, effet d'écho entre les deux chanteurs, tout concourt à la félicité des cieux! En bouquet final, une exultation musicale dansante, vive, rutilante clôt le concert sur des notes teintées de joie. Un bis généreux et inattendu nous livre les secrets d’alcôve d'un couple, une rêverie bucolique, aux draps froissés, nostalgiques d'une nuit galante: complainte amoureuse, délicate qui borde nos rêves et l'on quitte l'Ensemble, conquis, charmés, ravis par une poésie sonore exaltante, ravissante, porteuse de joie et de respect de l'autre: le chant, la musique comme vecteur d'humanité sur la voie, les sentiers de l’accomplissement personnel et collégial !

Une fois de plus on remercie le festival de nous faire don de savoir éclairant sur la place de la musique dans notre humble vie !


Ensemble Céladon (France – Lyon)

Depuis sa formation en 1999, l’ensemble Céladon explore avec charme et fantaisie le répertoire de la musique ancienne, cherchant à chacune de ses manifestations à réinventer la forme de ses concerts. Mené depuis son origine par Paulin Bündgen, Céladon se plaît à arpenter le répertoire lié au timbre de contre-ténor, entre musique médiévale, renaissance et baroque. Céladon est régulièrement l’invité de festivals où il est reconnu pour la qualité de son interprétation et ses rapports profondément humains avec le public.

Céladon reçoit le soutien de la DRAC / Auvergne-Rhône- Alpes, de la Région Auvergne-Rhöne – Alpes et de la Ville de Lyon.

Paulin BÜNDGEN direction artistique et contre-ténor

Clara COUTOULY soprano

Nolwenn LE GUERN vièle à archet

Florent MARIE luth médiéval

Gwénaël BIHAN flûtes

Caroline HUYNH VAN XUAN organetto


Eglise Saint Arbogast Surbourg le dimanche 13 Septembre 17H

vendredi 4 septembre 2020

"Comet Musicke" Johannes de Ockeghem, "vray trésorier de musique" au Festival Voix et route romane: déboussolant !

 


"Johannes Ockeghem, vray trésorier de musique".

 Comet Musicke propose l’intégrale des vingt chansons à 3 et 4 voix de Johannes Ockeghem (1410-1497). Ce compositeur originaire du Hainaut jouissait d’une grande notoriété et ses contemporains l’appelaient « fils et perle de la Musique », « fleur des musiciens » ou « Vray trésorier de Musique ». 

Dimanche 6 septembre
17 h 00
STRASBOURG
Église protestante Saint-Pierre-le-Jeune
Comet Musicke (France) 
 
photo robert becker
 

"Quoi de neuf, Docteur" ?
Saint Pierre le Jeune, écrin subtil pour cette formation hors du commun, un après-midi d'automne, une ambiance se trace subtilement pour nous conduire sur les chemins, d'un compositeur étonnant, hors du commun: diplomate, chanteur, menant une vie riche de rencontres et de responsabilités politiques, traversant une époque où l'art se mêle aux grandes décisions de l'état.
Cap sur les grandes orientations de la boussole: nord, sud, est, ouest, en route pour un voyage dans le temps, judicieusement ponctué par des interventions, entremets récurrents, pédagogiques. On y apprend au fur et à mesure, les enjeux artistiques des péripéties de la vie mouvementée de Johannes Ockeghem, homme orchestre de bien des "orientations" diplomatiques!
L'ensemble "Comet Musicke" s'attache tout particulièrement à une recherche esthétique sur le genre "concert-biographie", ponctué par des prises de paroles érudites et édifiantes sur la vie du personnage qui devient le moteur du concert. Un portrait musical et vocal d'une pointure de l'art polyphonique du XV ème siécle !.
Place donc au concert piloté par huit artistes, chanteurs, violistes, violonistes, cornettistes, flûtistes: des histoires contées par Marie Favier, mezzo-soprano, avec malice, entrain, dans un jeu de conteuse comédienne qui se renforce tout au long du récital. Belle performance vocale et scénique, mimiques au poing, toujours dans le jeu.
 
photo robert becker 


Un souffle passe dans cet ensemble, rose des sables, vent d'anges qui planent sur les compositions instrumentales et vocales qui s'enchainent naturellement dans un rythme soutenu par les propos éclairants des narrateurs-bateleurs qui introduisent les pièces, à différent niveau d'espace: loin de la scène primitive, dans la chaire  Chacun y déployant un talent d'interprète mêlant art du jeu et art musical.Dans une maitrise d'un instrumentarium d'époque à l'identique pour mieux faire sonner la chaleur, la sensualité des compositions, mêlant vocal phrasé poétique: dans des accents, liant prononciation et récit, restituée au plus proche de la diction-déclamation.
De beaux canons en tuilages, des jeux de "bouche" des histoires de maitresses, des récits picaresques: on se régale des oeuvres de cet homme "bon, généreux, pieux, charitable", sa voix même à l'origine combinant le tout dans une grande harmonie.
Quelqu'un de "bien", intègre "docteur en musique", fin et subtil auteur de récits musicaux enchanteurs, ici menés de main de maitre par Francisco Manalich, ténor et viole de gambe, plein de charme, de malice , d'une grande et belle présence. Et l'Ensemble d'émettre de beaux "r" roulés aux accents affirmés, colorés et bigarrés comme tous ces récits rocambolesques, amoureux ou jaloux de la vie d'un compositeur ici très bien servi par des musiciens énergiques, talentueux.
Servis par l'acoustique des lieux magnétiques et envoutants de Saint Pierre le Jeune à Strasbourg.
Une étape supplémentaire dans le programme de "Rose des vents" initié par Voix et Route Romane et son ingénieux directeur artistique Denis Lecoq.