dimanche 19 janvier 2020

"Dante Symphonie": Franz Liszt : quand les images vibrent en musique..


Franz Liszt s’est inspiré du voyage de Dante Aligheri dans la Divine Comédie pour écrire cette symphonie à programme en deux mouvements : l’enfer et le purgatoire.
Wagner aurait dit à Liszt que, selon lui, aucune musique ne pourrait représenter le paradis. Liszt a alors l’idée de le « remplacer » par le Magnificat, chanté par un chœur. L’œuvre est officieusement dédiée à Richard Wagner, ami et futur gendre du compositeur.
C’est à une version pour 4 pianistes sur deux pianos (8 mains) de la Dante Symphonie de Liszt que nous  invite le Conservatoire, avec la voix d’Olivier Achard pour les textes et le chœur féminin Plurielles (direction Gérald de Montmarin) dans le Magnificat final.


Judith Gauthier piano
Daniela Tsekova piano
Marie Stœcklé piano
Élizabeth Vinciguerra piano
Olivier Achard récitant
Ensemble vocal féminin Plurielles – direction Gérald de Montmarin
Nicolas Schneider dessins

Salle comble pour ce concert inaugural des "Journées du piano", une initiative riche d'événements, rencontres et concerts !
Qui va piano, va sano !


C'est avec une introduction récitée que commence ce concert, à quatre mains, musique magnifiée par une interprétation remarquable de Judith Gauthier, Daniele Tsekova, Marie Stoeckle, Elisabeth Vinciguerra. Une oeuvre tonique, dramatique, lumineuse comme les illustrations de Nicolas Schneider, projetées en direct sur écran, en fond de scène: des gouttes d'eau, noircies par l'effet vidéo du noir et blanc, se glissent dans les interstices du papier, les aquarelles dessinant des ondes de lumière en mouvement constant. L'eau se fraie un chemin, s'étire en longues trainées , trace des sillons, s'immobilise et , ô miracle, semblent suivre les tempi de la musique. Les empreintes s'y épanouissent, se fondent et se couchent sur la surface scintillante, comme une peau irisée, tendue, ou parfois aux allures de parchemin ondulé. On s'y répand, on vibre comme la matière qui résonne sur la toile et dans l'espace musical.Ce magnifique travail graphique épouse l'oeuvre, souligne tension ou abandon, alors que choeur et pianos se glissent dans le décor mouvant du peintre de la musique. Touches et prolongations des formes pour étirer ou ralentir le temps, devenu ainsi vision: musique totale qui réunit partition, corporéité de l'interprétation pianistique et vocale


Le peintre de la musique est né: Nicolas Schneider en graphiste de l'image animée, telles ces films où noir et blanc rayonnent pour magnifier le mouvement image du cinématographe, art du temps et du mouvement, comme la musique !


A l'Auditorium de la Cité de la Musique et de la Danse le dimanche 19 Janvier dans le cadre de la Semaine du Piano

Les Dimanches matin de l'Orchestre: Beethoven, provocateur et visionnaire: un souffle audacieux sur les cordes ...

Les Dimanches matin de l’Orchestre : Beethoven, provocateur et visionnaire



  Programme 

Beethoven : "Quatuor à cordes n°7 en fa majeur, op. 59 n°1 « Razoumovski »
Du bel ouvrage en quatre mouvements pour cordes: un ton altier, de la musique savante mais qui glisse si bien dans nos oreilles ! Pourtant bousculée à sa création -1806- l'oeuvre fait office de révolution et choque;le premier mouvement est gai et distingué, le second, dense, étoffé, et plus dramatique.Le scherzo, truffé de multiples mesures est un exercice virtuose pour les instrumentistes, ces "misérables cordes" qui doivent obéir à l'esprit du jeune compositeur, flambeur, frondeur.Technique acrobatique, démesure explosive, créativité exacerbée font de cet opus un tableau où quatre figures gracieuses, interprètes aguéris à toutes difficultés, évoluent dans un "inconfort" sans incident pour le plaisir de l'auditeur.


"Sextuor pour deux cors et quatuor à cordes en mi bémol majeur."
Deux cors, quatre instruments à cordes pour ce morceau de bravoure: l'alliance est surprenante, divertissante et sème le désordre dans la noblesse de la formation de chambre classique. De la musique d'extérieur? De chasse à courre ? La mélodie des deux cors en intervention en alternance, réponse à la linéarité des cordes, est séduisante, chaleureuse. Incongrus partenaires de ce parterre de violons et violoncelle, les vents s'agitent, se lèvent et la tempête se brise joyeusement. Conquête et jeu pour gagner la course, les espaces sonores, se relayer en témoins, flambeaux qui se passent d'un pupitre, d'un registre à l'autre.En reprise et développement d'un thème récurent, de phrases à la syntaxe entrecoupée par les interventions des uns et des autres. Camp des cordes, bivouac des cors, la guerre est déclarée, renforcée par des échos riches en couleur: plus graves pour les vents, plus aiguisés pour les cordes! Alors que les violons, véloces, courent, dépassent ou se rangent sur la gamme des timbres et tempi, les cors au finale, émettent bonhommie et sécurité dans ce tumulte iconoclaste de variations.


Distribution
Hedy KERPITCHIAN : violon, Philippe LINDECKER : violon, Benjamin BOURA : alto, Alexander SOMOV : violoncelle, Alban BEUNACHE : cor, Sébastien LENTZ : cor.

samedi 18 janvier 2020

"Orologio di Fuoco": la mécanique de l'horloge.


CONCERT | APÉRO | OROLOGIO DI FUOCO

"Time stands still with gazing on her face // Le temps suspends son vol, pour contempler son visage"
La création qui tourne son regard vers le passé...

La notion de temps est importante dans la création musicale - c'est aujourd'hui, c'est maintenant et avec une tendance à regarder vers l'avenir. Dans Orologio di fuoco lovemusic propose de s'arrêter un moment et de se tourner vers le passé. Les pièces de ce programme s'inspirent de textes ou de musiques d'hier, d’objets rétros, de moments éphémères et même d’une partition qui lit le temps .

Le programme est encadré par une installation de The Poetic Mechanic qui, dans une série de transformations de plus en plus nombreuses, accomplit une cérémonie primitive de rotation, hantée par les relations entre l'humain et le non-humain, le mécanique et le poétique.


Démarrage avec la musique de  Maurizio Pisati (création), "FireClock" pour donner le ton et le rythme de  flux continu du concert. Une nouvelle pièce de Maurizio Pisati écrite pour lovemusic - FireClock. L’inspiration de la pièce vient d’une sculpture construite par Pisati lui-même pendant plusieurs années jusqu'à ce qu'il la brûle pour la faire disparaître. Ne subsiste de cette statue que la musique qu'elle a inspirée et le témoignage filmé de sa disparition.,
Des images donnent le ton: celles d'un bouquet d'allumettes incandescente, jeu de mikado géant qui s'enflamme sur la bande son , de bruits hétéroclite fortifiée. Rythme régulier de machine pour le quatuor, voix, flute , guitare et électronique. Des saccades, des éclats de son fusent alors qu'en arrière plan, ça brule, les musiciens immergés dans un brasier vif, coloré, chaleureux; leurs corps-écrans sculptent la lumière et le son. Le spectacle est total, troublant et le leurre fonctionne: les musiciens s'enflamment, se consument: vont-ils resurgir tels des phœnix, ressuscité de leurs cendres? Les allumette, cramoisies s'effondrent, le son cesse, la guitare sèche se tait: le danger, le suspens en suspension se retire, se retranche.

On franchit le mur du son avec Michele Abondano (création), et son "Just an attempt to dissipate" pour voix, flûte, alto, clarinette basse et guitare.
Quatre sonorités distinctes se mêlent: une voix rauque, des ondes de radio, un univers spatial se dessinent. Atmosphère sidérale, subtile, planante; les fréquences et frottements se "mirent" dans les images vidéo des moniteurs tv, mires mythiques des outils de communication "modernes".

"The last ebb" fait suite,  de Jérôme Combler, création, pour voix, flûte et clarinette.
Sons de vent, de souffle qui portent la voix, l'enrobent: elle s'élance en respiration commune : la performance de la chanteuse, Léa Trommenschlager,voix ténue, tenue est remarquable et atteste d'un talent en plein essort. La difficulté du son retenu, léger, fluide, sans apparat est remarquable.
Jeu de opizicati, relevé, dansant en introduction: le côté courtois de l'oeuvre se profile: langue et timbre chatoyants. Dans une pluie de touches de sons en gouttes, la voix chuchote, intime et sensuelle. Chant solo plaintif, a cappella, très beau.L'oeuvre est digne, sensible: texte, histoire , conte bien prononcés dans une diction anglaise parfaite très seyante.

Suit "Time Stand Still" pour voix et guitare de Philippe Venables
Le temps y suspend son vol, la voix, très courtoise emprunte au répertoire courtois, puis la guitare furieusement "grattée" explose. La tenue des sons chantés furtivement se transforme en cascades, la mentations virulentes. La guitare sèche se fond dans l'atmosphère de retenue, doucement, tendrement.

Puis c'est à  la musique de  Maurizio Pisati (création), "FireClock" de succéder dans le flux du concert.Le programme se continue avec cette nouvelle pièce de Maurizio Pisati écrite pour lovemusic - FireClock. L’inspiration de la pièce vient d’une sculpture construite par Pisati lui-même pendant plusieurs années jusqu'à ce qu'il la brûle pour la faire disparaître. Ne subsiste de cette statue que la musique qu'elle a inspirée et le témoignage filmé de sa disparition.

On franchit le mur du son avec Michele Abondano (création), et son "Just an attempt to dissipate" pour voix, flûte, alto, clarinette basse et guitare.
Quatre sonorités distinctes se mêlent: une voix rauque, des ondes de radio, un univers spatial se dessinent. Atmosphère sidérale, subtile, planante; les fréquences et frottements se "mirent" dans les images vidéo des moniteurs tv, mires mythiques des outils de communication "modernes".

"The last ebb" fait suite,  de Jérôme Combler, création, pour voix, flûte et clarinette.
Sons de vent, de souffle qui portent la voix, l'enrobent: elle s'élance en respiration commune : la performance de la chanteuse, Léa Trommenschlager,voix ténue, tenue est remarquable et atteste d'un talent en plein essort. La difficulté du son retenu, léger, fluide, sans apparat est remarquable.
Jeu de opizicati, relevé, dansant en introduction: le côté courtois de l'oeuvre se profile: langue et timbre chatoyants. Dans une pluie de touches de sons en gouttes, la voix chuchote, intime et sensuelle. Chant solo plaintif, a cappella, très beau.L'oeuvre est digne, sensible: texte, histoire , conte bien prononcés dans une diction anglaise parfaite très seyante.

Suit "Numbers 91. 95 de Philip Venables (créátion française),  pour orateur, et deux magnétophones, flûte, guitare et wood-block
Claquements de la guitare, vocalises et bande son bordent des images maritimes qui se transforment en vitrage inondé de pluie: au loin des arbres bruissent et tanguent sur l'écran: vertige et soulèvement au programme. Diuce mélopée, univers tendu, feutré des avalanches qui grondent en éruption volcanique. En contraste des touches sensibles et discrètes des instrument.Des grondements souterrains s'esquissent.
La dernière  oeuvre du concert questionne le texte, la voix: Adam Starkie se colle au texte, voix sensuelle, tenace alors que les écrits défilent sur l'écran.Des signaux tout de vert s'affolent, en bande mouvante, les magnétophones en écho, répètent et revisitent les paroles .La voix s'emballe, crie, hurle, s'énerve, les instruments se taisent
Un "yes" final explose, à l'unisson.

Oui, ils le peuvent, toujours surprendre et décaler, déplacer l'auditeur au fil du temps, conjuguant passé et présent à l'envi.Ce seront leurs quatre images sur les trois moniteurs qui viendront saluer le public, ovationnant ce quatuor de chambre contemporain si inventif !


Flûte - Emiliano Gavito
Clarinette - Adam Starkie
Guitare - Christian Lozano
Voix - Léa Trommenschlager

A la BNU le vendredi 17 JANVIER