mercredi 19 novembre 2025

"Boat People": Marine Bachelot Nguyen : e la nave va ....


On dit que celles et ceux qui ont fui le Cambodge, le Laos ou le Viêtnam après 1975 constitueraient une immigration « exemplaire ». Mais quel est le coût caché de cette exemplarité pour les personnes concernées et leurs enfants ? Marine Bachelot Nguyen, autrice et metteuse en scène franco-vietnamienne, explore la mémoire des exilé·es en provenance du Sud-Est asiatique. Elle donne de la voix aux récits manquants d’une population souvent qualifiée de discrète voire effacée. Elle interroge aussi l’émergence de l’action humanitaire et les effets des générosités ambiguës, en racontant l’histoire d’une famille française qui héberge chez elle des « Boat People ». Exil, pression à l’intégration et traumatismes : en revenant sur les modalités d’accueil des réfugié·es vietnamien·nes dans les années 1970, la forme théâtrale fait émerger des paroles complexes, permettant de mieux conter mille traversées.


Refuge , la scène ne le sera pas...pour cette petite troupe, groupe réuni à l'occasion d'un périple, voyage au bout de la nuit..Ce voyage, c'est celui de ceux qui ont fuit sur des bateaux, des esquifs improbables qui les ont conduits à l'autre bout du monde. Pour se retrouver pour les plus chanceux, adoptés, hébergés par d'honnêtes et compatissants citoyens du monde. Ce sont les récits de ses hommes et femmes que content les comédiens, le premier à s'y lancer, à plonger dans le vif du sujet, un jeune homme, assis. Casque sur les oreilles, avec un accent du Vietnam, des paroles hachées, rythmées par une élocution cabossée, il parle, se raconte. Vont lui succéder, deux femmes, elles aussi rescapées de ce phénomène sociétal de l'époque: les boat people.Le drame se raconte cependant sur le ton de la gravité quasi légère de ces morceaux d'histoire quelque peu oubliés, passés à la trappe de la grande histoire. Et pourtant, ils marquent toute une génération et des mouvements politiques forts, conscients. Cette petite famille "reconstituée" touche et émeut, les personnages s'y détachent dans une sorte de tendresse, de douceur dans l'évocation de leur sort. Dans un décor intime, un salon sobre et anonyme, sur fond de mer et de bruitages marins, ils vivent devant nous: le pouvoir de classes sociales différentes, de codes à enregistrer, d'attitudes à adopter.La cohabitation est possible, nécessaire et chacun semble y mettre du sien sans perdre son identité Les textes, confidences, interviews d'immigrés de force sont de toute beauté, incarnés par des comédiens pétris d'empathie avec le sujet: leurs origines respectives les y conduit.L'orphelin du Biafra, Arnold Mensah y met toute sa conviction dans un jeu entier et passionné. Clément Bigot, le père, le second du couple d'accueillants est généreux et bienveillant. Charline Grand en maitresse de maison est impeccable, parfois drôle et insouciante. Tous intègrent et habitent ces rôles décapants qui traitent d'un sujet négligé, oublié. Un madison endiablé ponctue la narration, histoire de fédérer ceux qui pourraient ne pas s'entendre: les gestes empruntés aux cultures d'Asie du sud est, doigts et poignets mobiles plein de grâce mesurée. 
C'est drôle et touchant.Au final, c'est un jeu de marionnettes de papier qui illustre et résume le sort de ces captifs contraints. Des photographies, comme des collages naviguent sur un écran, filmées en direct par magie. La caméra passe la main pour dominer les uns les autres à tour de rôle.,Un film d'animation prend vie et double les récits, esthétiquement très fort.  Une idée de dramaturgie de Marine Bachelot Nguyen, metteuse en scène et autrice qui signe ici un opus singulier et original, servi par une troupe soudée et métissée, de cultures proches du sujet à vif.

 


[Texte et mise en scène]
Marine Bachelot Nguyen

[Avec] Clément Bigot, Charline Grand, Arnold Mensah, Paul Nguyen, Dorothée Saysombat, Angélica Kiyomi Tisseyre-Sékiné
 

[Assistanat à la mise en scène] Linh Tham 
[Scénographie] Kim Lan Nguyen Thi 
[Vidéo et régie générale ] Julie Pareau
[Lumière] Alice Gill -Kahn 
[Écriture marionnettique] Dorothée Saysombat 
[Son] Yohann Gabillard 
[Costumes] Laure Fonvieille


Au TNS jusqu'au 28 Novembre 

 

lundi 17 novembre 2025

Hugo Meder et Arthur Hinnewinkel avec l’AJAM violon – piano: fougue et intimité automnale.


 Artiste généreux au jeu raffiné, chambriste accompli, le violoniste Hugo Meder vient de graver un disque unanimement salué par la critique avec son Trio Pantoum, dont il est le fondateur. Le pianiste Arthur Hinnewinkel, quant à lui, est lauréat du prix Thierry Scherz en 2024, primé au Concours Reine Elisabeth en mai 2025 et a consacré un enregistrement à l’œuvre concertante de Robert Schumann.


Leur passion commune pour le compositeur allemand prend forme à travers deux œuvres majeures, dont l’énigmatique Sonate no 3, ainsi que la Sonate no 2. Quant à Franz Schubert, autre grande figure de la période, il étendra vers des horizons poétiques la complicité de cette réjouissante collaboration.

Un violon classe et chaleureux. 
Un pianiste imaginatif au toucher ensorcelant. 

Avec pour démarrer le concert une oeuvre de Robert Schumann, "Sonate n° 3 en la mineur WoW027": ce duo de musiciens amoureux et passionnés de musique romantique investit l'église protestante de Bischwiller, nichée aux confins de la bourgade: ambiance crépusculaire du soir qui présage d'un parfum et d'une lumière musicale automnale, romantique, précieuse et nostalgique. Deux interprètes hors pair pour un répertoire audacieux, virtuose qui nous fait voyager dans les contrastes de la musique de Schumann avec doigté, précision et beaucoup de professionnalisme. La dextérité et la technique sans faille aux bouts des doigts voici nos deux "alsaciens" de souche, Hugo Meder et Arthur Hinnewinkel, dans l'arène de la volupté parfois acre et très tonique d'une musique très inspirée: fougue et vitesse, ralentis et douceur pour cette oeuvre écrite dans la douleur par le compositeur atteint d'une longue maladie. Les soubresauts, les écarts des mouvements qui s’égrènent renforcent une dramaturgie musicale puissante et émouvante. Les voir en complices, vivre et incarner cette partition très habitée est un plaisir et une épreuve émotive sans précédent.


De Franz Schubert, "la Sonate en la majeur, op. 162" succède , un choix judicieux pour faire se rejoindre les oeuvres de deux auteurs-compositeurs voisins et quelque part frères d'inspiration et d'écriture. Plus douce et tendre, cette oeuvre semble grandir au fur et à mesure, additionnant les mouvements dans des fractures ou selon, une continuité salvatrice. Le violon murmure ou exulte, le piano frémit, résonne et vibre de tout son corps d'instrument percussif. Les deux complices, toujours aux aguets, pétris de musicalité, attentifs à toutes les nuances de la partition qu'ils maitrisent par corps, par coeur.


De Robert Schumann, la "Sonate n° 2 en ré mineur, op. 121" est au final de ce concert de choix, une oeuvre d'un Schumann éperdu de force quasi brutale dans les entrées en matière, puissance du violon qui même pincé, exprime fragilité et souffrance. Tandis que les mouvements s'enchainent, l'auditeur en apnée, suit ce parcours musical avec l'empathie qu'il se doit. Fougue et virulence à proximité d'une intimité feutrée de l'interprétation de cette vague musicale, houle et accalmie en contrastes saisissants.Une musique "bien chambrée" dans un écrin religieux, sobre et vibrant des ondes très spirituelles d'une musique chatoyante autant que dramatique. Des interprètes généreux et passionnés de haute voltige pour partager "la musique" qu'ils embrassent avec passion et rigueur.

Église protestante 11 rue de l'église 67240 BISCHWILLER le16 Novembre

En partenariat avec la MAC Bischwiller et l'AJAM 

dimanche 16 novembre 2025

"The Brotherhood , Trilogie Cadela Força – Chapitre I"I , Carolina Bianchi et Y Cara de Cavalo : fraternité j'écris et je raie ton nom....

 


Après La Mariée et Bonne nuit Cendrillon, retentissant moment de théâtre, Carolina Bianchi présente au Maillon le deuxième opus de son triptyque Cadela Força consacré aux violences sexuelles et à leur représentation dans les arts. Pour cette exploration, elle adopte avec The Brotherhood un angle nouveau : celui de cette « fraternité » masculine, lien puissant qui innocente les hommes et cautionne leurs crimes à l’endroit des femmes. 

Il berce un nourrisson dans ses bras et lui conte sa vie à venir: plutôt flatteur et encourageant pour ce petit être venu faire ^perdurer la tradition du pouvoir masculin et de ses attitudes formatés à l'égard des femmes: jolie destinée toute tracée pour mieux épier et transmette au bon endroit la la continuité de relations toutes tracées: domination, soumission et acceptation de tout geste, de toute parole engageant la feodalisation des rapports hommes/femmes. Et cela soutenu par la fraternité, la complicité la tribue et ses règles de domination. Puis sur un écran le visage de la protagoniste du "spectacle" Carolina de Cavalo, gros plan en noir et blanc où elle livre sa parole avant de donner un interview à un metteur en scène, histoire de concrétiser ses propos. La femme est en danger permanent dans le mondes des arts et du spectacle vivant.Son visage magnétique raconte la condition des femmes artistes, leur subordination, leurs défaites dans cette course au pouvoir patriarcal archaïque admis dans le déni par des générations d'hommes abusant d'elles. Féminicides, viols dont la définition va être décortiquée et nous apprendre que c'est bien plus qu'une pénétration abusive et obligée. Les mots pour le dire, le raconter dans la bouche d'une femme victime de ces violences aujourd'hui reconnues et dénoncées. A "l"époque" ce sont des Jan Fabre, Polanski et autres sommités qui s'adonnaient sans vergogne à ces pratiques admises, conditionnant la place et la hiérarchie des femmes dans leur carnet de bal...Comme regarder ces hommes, ces artistes démiurges abusant de leur situation dans des endroits bénis par la place de l'Art dans une société.. Le suicide du metteur en scène est l'aboutissement de cet échange alors que notre actrice mène un coït dominateur où elle semble remporte sa revanche...Un corps de ballet masculin vêtu de noir et blanc illustre à la fois la victoire de ces derniers plus que machos ainsi que leur future défaite à venir. Chacun y va de son solo et affiche sa supériorité et son appartenance à la horde, la secte anti féministe et dominante, toxique et psychopathe. La seconde partie de l'opus de plus de trois heures est une sorte de banquet où les hommes réunis, assis vont lire chacun un extrait du livre-enquête de l'autrice sur les phénomènes de viols, tous plus affligeants les uns que les autres.Tous semblent accablés par les faits ici relatés et une sorte de solidarité semble s'installer au regard de la condition féminine bafouée, torturée par des dénis renouvelés de meurtre ou d'humiliation source de désespoir pour les victimes ciblées. Repas qui se termine en danse fracturée, tonique où les têtes et les bustes baissés semblent affligés et coupables. Les légendes et la mythologie dénoncée dans les textes lus et parlés, les analyses savantes des comportements de héros littéraires en apprennent beaucoup sur ces secrets et crimes susjacents. Chapeau à cette artiste, figure de proue de l'engagement de l'expérience performative où elle joue sa propre vie, ses risques et peut-être la rémission de ces sévices faites à son corps et sa pensée. Pensée en mouvement qu'elle nous livre brutalement sans fioriture avec fracas autant qu'avec l'émotion qui engendre la compassion et le partage de douleurs irréversibles, irrévocables de la violence faite aux femmes, aux artistes, aux actrices pour le bon vouloir des hommes dominants.

Au Maillon jusqu'au 15 Novembre


 

samedi 15 novembre 2025

31ème REVUE SATIRIQUE "FAKE l’amour pas la guerre" Lon eich nit FAKE......La Chouc en roue libre! En piste sur le tarmac du vélo cargo à la remorque!

 





Notre 31ème revue satirique se moquera de tout et de tout le monde. Elle passera à la moulinette les politiques locaux, se moquera des Lorrains, parlera du Racing, de l’écologie… et caricaturera l’actualité marquante de l’année. Elle n’oubliera pas non plus d’égratigner au passage quelques phénomènes de société !
Bien sûr, ça va chanter, danser et sketcher. Cette revue se jouera toujours en alsacien dans une salle et en français dans l’autre. Les comédiens continueront de courir de l’une à l’autre pour vous faire rire dans les deux langues.


C'est toujours un plaisir de retrouver en tête de gondole Roger Siffer pour nous brosser un concentré-résumé bien trempé de ce qui va nous tomber sur la tête: une farandole de sketches , alerte, vive et bien menée sur les fausses routes de l'actualité: le "mensonge", c'est quoi, c'est permis de se conduire comme nos  heureux élus, le bracelet chevillé au corps comme Guy Riss le colporteur seul sait le faire, c'est la vélo-cité de tous et d'un seul qui pédale dans la choucroute sur un vélo-cargo à la remorque, fumées polluantes en poupe : un Vetter Jean Philippe incarné par Arthur Gander, à la mèche bien gominée. Mille et un détails, très fouillés pour nous révéler dans une mise en scène de Céline d'Aboukir que "tout est faux, archi faux" et que chacun se débrouille pour sauver la mise de ces faussaires, monte en l'air de la politique qui s’agite dans l'urgence et la proximité des municipales. 


Alors c'est Jeanne qui est l'otage de sa mairie, en vert et contre tous, incarnée par Magalie Ehlinger qui a toujours la banane, la pêche ou la fritte et brûle les planches face à une Trautmann invisible qui hante le plateau avec son retour souhaité par elle seule, cavalière sans selle, à cru et à dia sur la sellette des octogénaires en voie de mutation politique. A droite, à gauche on ne sait plus ou donner de la dynamo ,dans ce fatras où les véhicules sont l'objet de polémique. On recycle comme on pneu....La piste cyclable et les travaux d'Hercule de la Robertsau donnent l'occasion à Susanne Mayer d'être un gamin perspicace à l'arrière d'une auto conduite par des parents foudroyants de nervosité et d'hystérie drôlatique. On reprendra une part du gâteau, une vraie crinoline, telle un entremets plastique de toute beauté évoquant le partage improbable de la vérité. Et puis, vive Airbnd qui offre des possibilités financières calculées pour s'enrichir sur le dos des autres, boite à clefs en collerette pour touristes fascinés par une cathédrale de pacotille dressée pour un qui Trump énormément: Magalie toujours au taquet pour de multiples incarnation de personnages hauts en couleurs dans cette mascarade bigarrée désopilante. Un solo de danse de cigogne magistral pour Sébastien Bizzotto, moitié oiseau , moitié mirabelle pour saluer l'Alsace et la Lorraine: une danse bien relevée, très poétique dans des atours signés Estelle Duriez et Magali Rauch : danse façonnée sur mesure pour ce volatile et tous les autres, par l'oeil et la conscience corporelle de la choré-graphe Charlotte Dambach, désormais maitresse de ballet attitrée, côté cour, côté jardin. Pas facile de faire se mouvoir des tendres rebelles qui de revue en revue peaufinent gestes et agilité, motricité et souplesse inégalées. Les attitudes, pauses et autres gymnopédies bien ajustées aux capacités de chacun, habitant son corps comme jamais!Les comédiens s'en donnent à coeur joie, alors que le pianiste Thomas  Valentin joue et gagne dans tous les registres de chansons revisitées; les "Cornichons" pour un déjeuner sur l'herbe endiablée, un "Ce n'est rien" plein de charme et un "slam"vertigineux de Bizzotto , du Diam's en barre, tambour battant dans un rythme fulgurant. Du bel ouvrage de performeur aguerri à toutes signatures de mise en scène et d'interprétation. La malice et le charme opérant auprès de ses compères, complices de longue date. On se réjouit ici de cette osmose qui donne le meilleur d'une tribu hors pair qui invente et signe des textes fameux, insolites et d'actualité, mordants, incisifs et décapants.Ca fourmille de bonnes idées, en carapaces molletonnées tout de noir pour évoquer les galeries de la supercherie ambiante. La Chouc inoxydable, galvanisée par une équipe soudée et dont le challenge "pédagogique" une fois de plus expose les soucis d'une recteure royale, au "pouf" et costume fascinant: Susanne Mayer au top, discrète et facétieuse dame de coeur et de répartie digne d'une reine de chateau de cartes. Votez pour eux "Élysées" les sur le champ, ces saltimbanques au grand coeur cinglant et lucide. Pour Schlagg, Marie Hattermann et Nathalie Muller, pour la liste la plus déjantée d'objets d'élections à venir! Alors Takata" fera son show sans se dégonfler, Guy Riss ajustant les risques d'absorber les électro-chocs comme des bulles gigantesques de chewing gum sans  mâcher ses mots! On ne perd pas les pédales douces sur son deux roues, sur les chapeaux deux roues dans cette revue où la magie opère comme dans une de ses saynettes où l'on tranche dans le vif du sujet la tromperie et le leurre, le mensonge et la vérité qui font du bien!

Une sucette rose en coeur comme présent, cadeau de sortie de campagne électorale, péché mignon capital à confesser de toute urgence pour bien déminer les grenades et autres fruits défendus de ce spectacle garanti par la belle équipe d'une "institution" du cabaret vivant de notre territoire.Mine de rien sur internet on fait moins bien et les bécanes informatiques ne valent pas le cycle-amen de la Mairie...Et on se met sur son 31 pour saluer le talent et la verve de tous!

 


Avec : Sébastien Bizzotto, Magalie Ehlinger, Arthur Gander, Marie Hattermann, Bénédicte Keck, Susanne Mayer, Nathalie Muller, Guy Riss, Jean-Pierre Schlagg et Roger Siffer
Piano (alternance) : Jean-René Mourot, Thomas Valentin, Sébastien Valle
Textes : équipe de la Chouc’
Mise en scène : Céline D’Aboukir – Chorégraphie : Charlotte Dambach – Costumes et scénographie : Estelle Duriez, Magali Rauch et leur équipe – Lumières : Cyrille Siffer –

Jusqu'au 22 Mars à la Choucrouterie 

 

vendredi 14 novembre 2025

Brigitte Seth & Roser Montlló Guberna "Señora Tentación": Eros et Lesbos enlacées, côté cour, côté jardin....L'épiderme effleuré en état d'ivresse

 


Cie Toujours Après Minuit      France Duo 2024

Señora Tentación

« Il n’y a pas de plus grande joie que de se cacher et de plus grand malheur que de ne pas être découvert » écrivait William Somerset Maugham. Dans Señora Tentación, créée par Marie Dilasser, deux femmes sexagénaires nous racontent le grand secret qui les anime deux jours par semaine : leur amour passionné. Celui-ci est caché par une jungle foisonnante qu’arrose Brigitte Seth, la concierge. Si elles en sortent, c’est pour le clair-obscur de la cage d’escalier, territoire de Roser Montlló Guberna, la femme de ménage. Les deux nous disent cette relation, avec force images allant jusqu’à l’érotisme ; elles le dansent aussi, avec allégresse et timidité. Devant nous, la force de l’âge qui fait récit et la vibration adolescente de la rencontre amoureuse. En creux, il y a le regard des autres, que l’on craint malveillant, insultant, discriminant, mais que l’on espère attentif, soutenu, aimant. 


 Un parterre de plantes vertes, palmiers, youkas...On se croirait dans la cour d'un immeuble parisien soigneusement végétalisé, arboré par une main verte: celle d'une concierge attentive à la floraison, à fleurs de pot, côté cour, coté jardin...? C'est une carte du tendre que vont déployer Roser et Brigitte, compagnes, compères, complices sur la scène comme dans la vie. Un tracé dansé, corps-texte d'une mélodie du bonheur, de l'amour, de la tendresse. Le récit d'une rencontre entre deux femmes, l'une de "ménage", en état d'ivresse épidermique de bonne conduite,l'autre de gardiennage d'un même immeuble. La concierge est dans l'escalier, reine d'un territoire, la technicienne de surface, agent de nettoyage, pleine de grâce et de sensualité. Inévitable frôlement, esquive ou enlacement, tendres évolutions joyeuses de femmes en mouvement. L'une est "pompette", galvanisée par un sens aigu du toucher, de la caresse, de ce sens qui éveille au monde: la peau d'un univers merveilleux, attentif au faits et gestes de l'autre. L'une danse, l'autre aussi, l'une parle et essore les mots, l'autre murmure un texte élogieux, pudique et parfaitement ajusté à une condition pas toujours facile à assumer, à vivre. Aimer une autre femme que soi, partager dans l'ombre ou la lumière un amour "défendu" ou "interdit" aux yeux et au regard d'une société bienpensante. Un penchant tendre et discret pour le même genre que le sien: lune et l'autre comme un soleil cou-coupé,pensant, rayonnant d'une énergie et d'une humanité hors pair. Ces deux danseuses-conteuses-comédiennes évoluent dans ce champ de verdure comme deux fleurs cueillies pour un ikebana plein d'espagnolades car le geste et le verbe claquent haut et fort, la musicalité, la grâce d'une langue fertile, généreuse mais âpre aussi. Les corps délivrent l'audace d'assumer ses choix, ses "penchants" comme des roseaux flexibles et ondoyants. 


Comme les geste déhanchés de Roser Montllo, comme son dos dévoilant la géographie calligraphiée de ses muscles en rhizomes dansants. Et ce concerto pour deux instruments élégiaques de distiller la joie, la douleur, l'égarement, le rêve. Rêve de dancefloor où "toujours après minuit" les corps se donnent, se livrent à l'extase et la douceur de se reconnaitre telles qu'on est. Une danse à soi, pour un endroit à soi sans hégémonie de sexe ou de particularité ni de différence. Pourtant ce que dicte le sociétal convenable ne peut faire intrusion dans ce bel espace de liberté sans affecter ces deux aimantes, dans ce dance-fleur à fleur de peau. Irrésistible parcours mouvant qui fait réfléchir et fléchir la pensée en y ajoutant une once d'irréparable "péché" avouable. L'hyper sensibilité des deux danseuses interprètes des mots du corps comme une irruption cutanée qui touche et fait effet de troubles hérissés et titillant de démangeaisons sensuelles, érotiques. Comme des jambes dissimulées derrière les palmiers , cachant les tendres ébats de ces personnages devenus familiers au cours de la pièce chorégraphiée et mise en scène par nos deux protagonistes de la poésie chantante des corps impliqués, engagés par l'émotion et la vérité de la vie devant soi.

Et le texte de Marie Dilasser sur le "secret" de dévider ses jeux de mots, bascule sémantique de virelangues bien appropriés, qui coulent de source, liquéfiés, fluides et humoristiques.Épidermique peau du monde, "Senora Tentacion" , comme un tango nostalgique, parfum de femme,sans être manifeste ni plaque de revendication féministe est une arène concentrique où la danse prend tous ces droits fondamentaux de médium multiple, alliant le corps, le texte et le jeu dans une magnétique circonvolution, virevolte maline et sensible , partition tonale et tonique de l'expérience du monde sensible. Eros et Lesbos au bal, fuyant Tanatos ou frôlant la mythologie inéluctable du destin. Et l'on fredonne "belle nuit o nuit d'amour, sourit à nos ivresses...", barcarole étoilée , ludique et prometteuse de constellations amoureuses.


A Pole Sud jusqu'au 14 Novembre 


Le terme de lesbienne découle de la poésie antique de Sappho, qui est née à Lesbos. Ses poèmes, à l'intense contenu émotionnel suscité par les autres femmes, expriment l'amour homosexuel.
 

 

"merci pour ce très bel article qui exprime toute l’extrême sensibilité et le tragique de cette amour particulier 
Quand danse et texte s’entremêlent… érotisme du touché à fleur de peau"  Pierre Boileau

 

jeudi 13 novembre 2025

JOANNE LEIGHTON "The Gathering" • Les sylphides de retour

 

jeudi 6 novembre 2025

"Barmanes": pilier de bar parallèle à terre...Kali, Perle et reine du zing

 


BARMANES est une immersion d’une journée dans le corps d’une femme, serveuse, en France.  

D’une commande à une autre, la journée défile, jusqu’à la fin de son service, qui ne va, en réalité, jamais se terminer. Elle aura le temps de passer un casting, de tomber amoureuse, de s’énerver, de donner sa démission, de faire la fête, et de servir toutes ses tables.

Au vacarme incessant du bistrot est opposée la sororité d’une équipe. Grâce à des interviews réalisées auprès de ses anciennes collègues, Marion porte une voix chorale qui poétise la charge mentale et les rapports dominants. Soutenue par une playlist RnB des années 80-90, ce poème documentaire résonne comme un hymne générationnel. 


Marion Bouquet nous accueille au pied de l'estrade de la Salle du Cercle de Bischheim... Nous souhaite une bonne soirée en sa compagnie et regagne le plateau.Et c'est "sur un plateau" qu"elle va nous confier une partie de sa nouvelle vie de jeune et fraiche émoulue barwoman: une petite heure durant on va partager sa vie, son temps et son emploi du temps, du matin au soir, alors que sur le fond de scène tous les mots pour désigner un bistrot, défilent à l'envi: guinguette ou troquet, buvette ou zing? Bref, ou brèves de comptoir, voici conter de sa propre personne les vies et aventures d'un métier peu souvent ausculté ni interrogé. Son expérience est livrée ici à vif oscillant entre récit, autobiographie ou simple évocation d'une destinée livrée au service des autres. Dans un décor peuplé de barriques de bière Perle qui seront tantôt tables, chaises et éléments de la dramaturgie.Elle y connait toutes sortes de situations qu'elle évoque et vit à fond, se donnant comme comédienne, autrice et metteure en scène au mieux de sa forme. Serveuse n'est pas un sacerdoce, ni une vocation: c'est pourtant de la joie et du bonheur qu'elle offre en vivant devant nous des rêves tout éclairés en bleu et une réalité teintée de jaune-orangé. Mathias Moritz en inventeur d'ambiances-lumières très aguerri.Les lumières la révèle dans l'expression des ses humeurs, de ses voeux les plus chers: peut-être celui d'être aimée par un client qui prétexte la mauvaise cuisson d'un onglet pour la voir revenir vers lui...La journée s'écoule, mouvementée autant que fastidieuse, le balais en main au petit matin, les "bonjours" sur tous les tons à une clientèle fidèle ou improbable. C'est ce sourire affable ou sincère, cette attitude bienveillante ou agacée toujours pourtant galvanisée par la course à la tâche à exécuter. Il y a du bonheur dans le jeu et la présence de Marion Bouquet, de l'engagement, de la malice.

avalokiteshvara déesse aux mille bras

C'est aussi Kali, la déesse aux mille bras à tout faire .Un joli morceau de karaoké pour séduire un client de rêve, des bras portant des kilos de bière chorégraphiés en angles et cassures gestuelles fort à propos. Cette chorégraphie signée Nawel Bounar lui sied à merveille, comme une signature corporelle, jeu de gestes du métier qui la transforme peut-être en robot à exploiter..Tout de noir vêtue, tablier au corps, notre "serveuse" se rebelle ou se retient, conte les humiliations ou le mépris de certains clients à son égard. Sans haine ni rage cependant: c'est le lot du métier: "j'arrive" toujours disponible et pourtant rongeant son frein.Ce sera une lettre de démission pourtant qui la révèle à elle-même pour changer de voie, de voix aussi pour ne plus se taire et s'abaisser. Un métier ici évoqué très sincèrement, justement et dans un certain humour ou les courses de garçons de café sont remportées par des femmes! Une aventure scénique à partager avec l'enthousiasme de la belle équipe qui a bordé et accompagné, porté ce projet collectif pour donner naissance à ce "solo" fraichement sorti à qui on prédit un bel avenir: on passe la commande et le message: l'addition sera très digeste et on y retournera . 


Distribution :

Ecriture, mise en scène, interprétation – Marion Bouquet 

Dramaturgie et complicité artistique : Giuseppina Comito 

Scénographie et régie plateau: Alice Girardet 

Chorégraphie : Nawel Bounar 

Création sonore : Ocey

Création lumières : Mathias Moritz 

Co-production : Espace 110 – scène conventionnée d'intérêt national d'Illzach ; La Coupole de Saint-Louis, le Diapason de Vendenheim 

A Bischheim salle du cercle le 6 Novembre 

Le barman, dit également bartender – au féminin barmaid ou barwoman – est un travailleur polyvalent qui accueille la clientèle du bar, prépare et effectue le service des boissons chaudes, fraîches, simples ou composées (cocktails), ainsi que des mets simples voire des snacks, des sandwichs ou et des crèmes glacées.