jeudi 17 décembre 2015

"Les géants de la montagne": Pirandello et Braunschweig au sommet!


Les Géants de la montagne, c'est le récit du voyage d’une petite troupe de t
héâtre itinérante qui se fait virer de tous les théâtres d'Italie. Elle joue l’œuvre d’un jeune poète mort tragiquement. À bout de forces, ils arrivent dans une villa abandonnée.
Luigi Pirandello (1867-1936) n’a jamais achevé sa pièce qu’il considérait comme son chef d’œuvre. Il y expose les thèmes fondamentaux de son œuvre et nous emmène « sur les bords de la vie », aux frontières incertaines du réel et de l’imaginaire, et des rapports complexes que les artistes entretiennent avec le monde.Stéphane Braunschweig s'attaque à l'ascension d'une montagne qui n'accouche pas d'une souris!

Tout est campé dès le départ: le décor, un théâtre dans le théâtre et les comédiens qui apparaissent avant le lever de rideau "officiel", plein feu. Des costumes qui séduisent: longue robe fendue et ouverte dans le dos, portée par un homme, guenille colorée, surhaussée de coussinets volumineux pour simuler un corps difforme mais pas monstrueux du tout....
Le verbe vient bien après pour illuminer le plateau et occuper les lieux, sonore, chatoyant, volubile, et enjoué.
Un peu d'italien parsemé de çi de là pour rehausser le ton  et enjoliver une action très curieuse où l'absurde et le discontinu vont semer la zizanie sur scène
Joyeuse bande, on "vient voir les comédiens, les magiciens qui arrivent", sous forme de spectres, de visions et de fantômes désincarnés aussi.
Plein de verve, de tendresse, le jeu de la mère, Elsa Bouchain, de Cotrone, Claude Duparfait font de cette fable une ode à la poésie, au théâtre , à se fragilité son imaginaire débordant, inutile mais si salvateur dans cette société de production à haut résultat performant!
Ils sont à la dérive, voguent au radar et la mise en scène de Braunschweig excelle dans le moindre détail à nous restituer cet aspect vain de la quête de la performance.
Que font-ils ces improductifs, ces personnages en quête d'auteur, sinon nous enchanter par la magie de leur seule existence, par cette duplication virtuelle fort réussie de personnages surdimentionnées, animés de bonnes intentions lumineuses qui traquent nos pantins et marionnettes à fil, manipulées par la langue et le corps.
Et les costumes d'irriguer de leur couleurs passion ce microcosme joyeux et pétulant: vêtir ceux qui sont nus!
Quand grondent les géants de la montagne, c'est magique et la menace qui plane n'est pas occultée même par l'ange 21, qui apparaît démultiplié comme berger et gardien de ce troupeau non conformiste d'une société rebelle, humaine si attendrissante
La troupe renaît de ses cendres telle un Phoenix qui nous ferait passer le message que quand cet "esprit" disparaît du théâtre, se meurt une partie de sa vocation: l'être ensemble d'une compagnie, celle qui partage le pain, en cum panis et soude et rassemble autour d'un projet fédérateur les plus hostiles au groupe! A chacun son "Ascension du mont Ventoux"!

Stéphane Braunschweig a dirigé le TNS de 2000 à 2008. Il est aujourd'hui directeur de La Colline − théâtre national, à Paris. En mai 2015, il a présenté Le Canard sauvage de Ibsen au TNS. Les Géants de la montagne est sa troisième mise en scène de l’écrivain Luigi Pirandello, après Vêtir ceux qui sont nus, créé au TNS en 2006 et Six personnages en quête d’auteur, créé en 2012 au Festival d’Avignon.
Du jeudi 10 au samedi 19 décembre au Théâtre National de Strasbourg
S

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