Dans la pénombre d’une geôle glaciale, des voix angéliques appartenant à
un autre monde résonnent dans la tête d’un prisonnier condamné à mort :
« Bienheureux ceux qui aiment. Ceux qui ont aimé ne mourront pas. Et
ceux qui
sont morts par amour ressusciteront. » Aux yeux du tyran, cet étranger a
commis le pire des crimes insurrectionnels en allumant le feu du rire
et de la joie dans le cœur d’un peuple maintenu dans l’ignorance du
bonheur. Il est néanmoins prêt à le gracier, s’il lui révèle son secret,
afin de se faire enfin aimer par la reine Héliane qui s’est toujours
refusée à lui. Mais il découvre aux côtés de l’étranger sa femme
dénudée, prête à risquer sa vie et à répondre de ce soudain amour qui a
embrasé son cœur devant la justice terrestre et divine.
Le plateau semble vierge, nu: une voute céleste ondulée resplendit déjà, auréolant les volumes comme des vagues suspendues au plafond. Des courbes réfléchissent cette mécanique ondulatoire, les reflets amplifiant l'espace architectural de toute beauté. En fond de scène une silhouette inanimée hante les lieux, statique, énigmatique figure envoutante. Un homme est allongé sur un banc sommaire, le "prisonnier" de cette geôle défendu par un gardien bienveillant. L'intrigue demeure simple et lisible tout au long de ses plus de trois heures de déroulement. L'homme vêtu de couleurs chair, pastel chante délicieusement l'Amour qui sera le thème majeur de cet opus limpide, lumineux, entre joie, tiraillement, passion et dévotion. C'est La Reine qui viendra redonner vie à cet anti héros accusé d'accompagner tout un peuple dans la révolte. Femme séduisante à la voix incomparable, soprano légère et forte amplitude , flux sonore étonnant, tenues virtuoses dans une tessiture remarquable. Les vibrations, les fréquences au mieux d'un timbre enjoleur autant que terrifiant. C'est Camille Schnoor qui endosse ce rôle majeur auprès de Ric Furman, prisonnier de ses sentiments amoureux naissant lors de la rencontre avec cette reine sensible, directe et belle comme cette lumière inondant le plateau à l'envi. Leur histoire d'amour est bousculée par la convoitise et l'avidité du souverain, Josef Wagner, longue silhouette noire, épris de Héliane à mauvais escient. Alors qu'un ange, vêtu de gris, tenue sobre et quasi sportive, capuchon et long pantalon large, évanescent sillonne le plateau en évolutions horizontales au sol, roulades fluides et détours en virevoltes, les bras ouverts, plexus solaire offert. Cette figure parcourt les trois actes, comme un double de la Reine ou une égérie de la beauté limpide. Danse à la Trisha Brown imprégnée de lyrisme qui accompagne les voix et déambule entre tous les personnages, spectre, fantôme ou ectoplasme fait de chair et de silences impressionnants. Tout ici enveloppe l'intrigue dans une scénographie sublime signée de Guido Petzold,faite de lumières sillonnant gracieusement les espaces, ramifications scintillantes, ondulations innervées de ramures végétales. Une mise en scène de Jacok Peters Messer, digne d'un univers oscillant entre ciel, terre et mer contient autant les solistes que les foules occupant le plateau. Le second acte est un chef d'oeuvre de fusion entre musique, voix et plasticité de l'environnement scénique. Ceci renforcé par ces silhouette noires du troisième acte, champ de bataille fumant encore de révolte et de barricades. Les choeurs bougent, se déplacent d'abord ouerlés de couleurs chatoyantes, puis assombris par le drame que chacun vit ici à sa façon. Amoureusement, avidement ou cupidement. L'ange toujours présent, Nicole Van den Berg, soliste et chorégraphe de ses propres évolutions, denses, toniques ou fluides, épousant le contexte avec intelligence, acuité et respect de cet univers entre tendresse et passion, pouvoir et séduction. Les costumes signés Tania Libermann n'entravent en rien mouvements et déplacements, de couleurs chair, orangée, pastel pour les deux amants. La musique est reine et distille petites touches graciles de flute ou percussions autant que déploiement de tout un orchestre à l'écoute et au diapason de cette épopée de l'amour. Sous la direction de Robert Houssart, efficace baguette magique pour une oeuvre méconnue qui ressuscite ici comme une victoire de lyrisme, de voix omniprésentes sidérantes. Oui, le "miracle" d'Héliane a bien lieu pailleté d'argent scintillant en pendillons soulevé par un ballet de néons tenus à bras le corps par les figurants galvanisés par une présence musicale que l'on doit à l'écriture singulière de Eric Wolfgang Korngold....Qui méritait largement d'être découvert et ovationné par le public conquis entre autre par la prestation performante, sensible et musicale de Camille Schnoor.....
Direction musicale Robert Houssart Mise en scène Jakob Peters-Messer Décors, lumières, vidéo Guido Petzold Costumes Tanja Liebermann Chorégraphie Nicole van den Berg Chœur de l’Opéra national du Rhin, Orchestre philharmonique de Strasbourg
Héliane Camille Schnoor Le Souverain Josef Wagner L'Étranger Ric Furman La Messagère Kai Rüütel-Pajula Le Geôlier Damien Pass Le Juge aveugle Paul McNamara Le jeune Homme Massimo Frigato Les six Juges Thomas Chenhall, Glen Cunningham, Daniel Dropulja, Eduard Ferenczi Gurban, Michał Karski, Pierre Romainville L'Ange Nicole van den Berg
Opéra en trois actes.
Livret de Hans Müller-Einigen d’après un mystère de Hans Kaltneker.
Créé le 7 octobre 1927 au Stadttheater de Hambourg.
Création française.
Production du Nederlandse Reisopera.
A l'Opera du Rhin jusqu'au 1 Février





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