jeudi 15 janvier 2026

"Les suivantes": attire d'ailes d'elles: il faut se méfier des femmes peintres...Gare aux guenons qui taquinent!

 


Comment se construire en tant que femmes et artistes quand peu de modèles nous sont transmis, quand un pan de l’histoire fait défaut ? Au sein de sa compagnie Quai n°7, Juliette Steiner mène cette réflexion, cherchant à révéler cet héritage manquant. Dans la lignée d’Une exposition, dernière malice d’une plasticienne invisibilisée, la metteuse en scène poursuit ici son exploration des trajectoires trop peu connues ou oubliées.

Mêlant arts plastiques en direct, théâtre et DJ set improvisé, quatre interprètes font apparaître et disparaître des femmes artistes dans un joyeux jeu d’écho et de résonance. Les éléments se déploient de manière ingénieuse, transformant la scène en une salle de concert ou en un atelier. Se côtoient Artemisia Gentileschi, Louise Bourgeois, la baronne Elsa von Freytag-Loringhoven, une peintre des cavernes, les Guerrilla Girls, et bien d’autres encore… jusqu’à des icônes pop contemporaines comme Britney Spears, réinscrite dans un réseau d’influences et de filiations.

Il ne s’agit pas d’enseigner une histoire de l’art, mais de dévoiler la richesse dont on se prive en ne racontant qu’un seul récit. Au rythme de la musique et des transformations scéniques, le spectacle se réapproprie leurs héritages, leurs paroles et leurs œuvres pour en composer un poème plastique et théâtral. En révélant ces présences occultées, l’équipe raconte le manque par la révélation, s’empare de ces figures pour faire, à son tour, œuvre et s’inscrire dans une lignée qui n’attend que les suivantes.



Metteuse en scène, comédienne et plasticienne, Juliette Steiner est membre du collectif d’artistes au TJP – Centre Dramatique National de Strasbourg depuis 2023. Élève à la Haute École des Arts du Rhin de Strasbourg de 2009 à 2014, elle construit son parcours, ces cinq années durant, au croisement du jeu théâtral, de l’installation plastique, de la danse et de la scénographie. Elle poursuit sa formation par deux ans de travail du jeu au Conservatoire de Colmar. En tant que comédienne, Juliette Steiner travaille depuis pour plusieurs metteur·euse·s en scène et réalise aussi de nombreux doublages pour Arte. Juliette Steiner fonde la compagnie Quai n°7 en 2016. S’y croisent recherches plastiques, questionnements féministes et sociétaux, traversées des grands mythes et leur réactualisation. La même année, elle crée
ANTIGONE #Ismène. S’en suivent : H.S. (2021), Services (2021), Une île flottante de Eddy Pallaro dans le cadre des Faits d’Hiver du Théâtre de Peuple (2021). Juliette Steiner a été artiste associée à la Comédie de Colmar de 2019 à 2022. Elle est soutenue par La Filature, scène nationale de Mulhouse, depuis 2022. Au TJP, elle met en scène la pièce Une Exposition (2024), et crée pour tout·es-petit·es à partir de 18 mois Moé Moé Boum Boum (2025) avec la chorégraphe Kaori Ito. En 2025, Juliette Steiner a accompagné la création du Collectif en scène aux côtés de l’autrice Marie NDiaye et de la créateurice son Ludmila Gander.


Mise en garde, tirailleuse de peinture fraiche au corps, fendue en tierce comme une escrimeuse ça démarre fort avec Niki de Saint Phalle comme évocation du soulèvement des femmes artistes, pas des femmes d'artistes confinées dans l'ombre de leur conjoint...Mais auparavant, la parole est donnée et disséminée dans la petite salle enveloppante du TJP Petite Scène aux femmes artistes dont les destins seront finement évoquées au cours du spectacle. La parole à Louise Bourgeois, drôlatique et burlesque Camille Falbriard, sur un ton bredouillant à propos des oranges traumatisantes des repas de famille où le corps de l'enfant-femme devient épluchure désuète bisexuée.De quoi y perdre son latin et avoir l'ambition de tuer le père, de tirer sur cette figure patriarcale omniprésente dans l'éducation des filles. Autant pour Niki qui piétine le patriarche et occit sa figure légendaire.C'est le jeu des actrices qui l'emporte alors, plein de verve, de vérité d'impudeur sans candeur. Pas de non dit ni d’échappatoire dans ce pamphlet très fouillé sur la vie des femmes artistes, leurs actes, leurs choix, leurs place dans la société autant que dans les musées...Et le jeu de Ruby Minard dans une très belle séquence vouée aux artistes femmes modèles Des talents qui ne font que poser et disparaissent la photo ou le tableau achevé. Très belle affiche mouvante d'une succession de reconstitution de tableaux vivants issus de l'histoire de l'art..Le travail documentaire et sensible de Juliette Steiner se confirme dans un amour et une réflexion souple sur des questions brulantes et complexes. Entrainant dans ses "Suivantes" ses complices, Ludmila Gander, musicienne dissimulée derrière un masque étrange et Nabila Mekkid leur présence "musicale et vocale" bien trempée. Elles peignent, tracent et signent des fresques, des tableaux cibles (pas piège!) ces femmes qui oeuvrent dans l'art. Marina Abramovic plane sur le spectacle comme figure de performeuse immergeant son corps dans le temps et l'espace de spectateur-acteur. Voici un opus original qui mérite une large circulation "citoyenne"pour éclairer les mémoires, fouiller sa propre histoire pour savoir où le bas blesse dans notre évolution de femme, dans l'accomplissement de désirs plutôt que de traditions culturelles. Et ce faciès de singe qui hante le spectacle sous forme de masque "autobiographique" pour la metteuse en scène, outil de révolte pour le groupe Guerrilla Girls, masque viril cependant évoquant la puissance et l'autorité. Gare aux guenons et mères bonobo qui ne font pas que sommeiller en chacune de ces artistes évoquées. On songe du coup à encore beaucoup d'autres (expo sur le surréalisme au féminin au musée de montmartre en 2023, exposition sur les modèles au musée Bourdelle...De quoi alimenter images, réflexions, échanges et partages fructueux comme sait le construire le navire TJP...Aux suivantes comme disait Brel....
 
compagniequainumero7.com

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