Qu’est-ce qui pourrait sauver l’amour ? est la nouvelle création de Sylvain Riéjou, artiste associé à POLE-SUD. Comme un écho à sa première pièce, Mieux vaut partir d’un cliché que d’y arriver,
également programmée en début de saison, il imagine cette fois une
comédie musicale sur l’amour, en interrogeant nos clichés romantiques, à
partir de la célèbre chanson de Daniel Balavoine. Il les déjoue en
faisant incarner ce thème par des personnes de tous horizons : personnes
âgées ou jeunes, timides ou extraverties, en situation de handicap ou
valides ; et entrelace joyeusement leurs chansons de gestes illustrant
des moments de leur vie amoureuse, réelle ou rêvée.
C'est la fête de fin de saison à Pole Sud et ce n'est pas tout à fait comme à l'accoutumée...Joelle Smadja profite de cette présentation de sa "dernière saison" pour saluer tout le travail entrepris pas l'équipe qui l'entoure, fidèle bras droit de toute une épopée consacrée, dédiée à la danse d'aujourd'hui: un parcours inégalé, insolite au service de la Danse. Saison "dense" et généreuse remplie de coup de coeur, d'interrogations sur des thèmes récurrents que l'on va suivre avec passion en compagnie du nouveau directeur Yvann Alexandre qui succède à cette odysée de la danse. Buffet convivial et en route pour la seconde présentation de la pièce, crée de toutes pièces durant toute la saison par quatre groupes de danseurs "amateurs" conduits, guidés, magnifiés par le talentueux directeur d'acteurs et de troupe : Sylvain Riéjou, artiste associé à Pole Sud. Ingénieux ingénieur de la danse comme "chanson de gestes", le voici embarqué avec 60 artistes en herbes, danseurs de toute leur conviction, de leur talent ou don pour bouger sans férir. Petit bougé en jeux de mots, calembours et vire-langue à la Prévert. Introduction burlesque et pleine d'humour pour cette prestation unique et originale, dédiée discrètement sous cape à une heroine Joelle-Joel aux prises amoureuses avec son Paul Sud tout droit sorti de l'imagination de notre conteur narrateur féru d'histoires comme de petites conférences gesticulées collectives et participatives. Visites dé-guidées, dé-glinguées au pays du geste, de l'expression, de la joie issue des corps de chacun.Quatre groupes se partagent le plateau successivement, chargé chacun de livrer sa propre interprétation de quatre chansons cultes du répertoire de la variété. Haute couture guidée par Sylvain Riéjou et Clara Bottlaender, tissée, brodée, ourlée et faufilée pour un show bien épicé, relevé de gestes inédits propres à chacun ou repris à l'unisson. Toujours au diapason avec le récit, les mots, le texte des chansons, qu'elle soit pour démarrer "L"Amour à la plage" de Niagara ou le désopilant "Besoin de rien, envie de toi" de Peter et Sloan, en passant par "Onde sensuelle" de M ou "Besoin d'Amour" de France Gall. Sans oublier "Je veux" de Zaz. et la fameuse référence du titre "Sauver l'Amour" de Daniel Balavoine...Un florilège de chansons populaires, inscrites dans leur époque, nostalgique ou pas selon les générations qui les découvrent ou les chérissent. Les interprètes toujours au plus près de leur capacité, sans chichis ni faire du faux semblant de pieds au mur simulé! Chacun sa place, son endroit dans une belle et riche communauté portée par un "être ensemble" cher à la danse contemporaine et à l'esprit du lieu, Pole Sud, banquise rafraichissante, solidement ancrée dans le présent Jamais à la dérive ni à la débâcle de ce phénomène géologique climatique! Une scène vibrante de joie, d'expressions, de singularité et d'identité respectée dans une danse plurielle et chorale. Pleine d'humour, de fantaisie, de malice et de clins d'oeil à toutes les générations ici représentées: deux fillettes, quatre ou cinq garçons dans le vent et une myriade de femmes engagées, drôles ou discrètes, star d'un soir, vedettes de l'ombre dans la lumière des projecteurs.. Danses solides, simples, touchantes, émouvantes de corps en mouvements pour le plaisir et par désir de structurer un spectacle professionnel de grande qualité. Tous et toutes solidaires, groupés, collectif bien identifié, respectueux des identités et différences. Coup de chapeau pour l'intégration de personnes en situation de handicap mental et plus particulièrement à Nicolas Yazdi, jeune danseur aguéri à l'APEDI Schiltigheim, porté, transporté et bordé par l'énergie, le tonus et la fraternité de cette expérience de la scène, énorme, hors norme. On ne le dira pas assez, "l'union fait la force" et au final c'est le public qui est invité à se prêter au jeu de la "gesticulation intelligente" pour interpréter à son tour la chanson culte. Les saluts font l'objet d'une présentation en couple de tous, petits numéros subtils, signatures individuelles drôlatiques et fameuses. Un final , comédie musicale enjouée avec "Laissons entrer le soleil" de Julien Clerc fait objet de conclusion emballante, pleine de couleurs et de verve. Un tableau fameux, portrait de famille mouvant, vivant, loin des clichés de photos aménagées à l'occasion de réunion familiale obligée... C'est bien ça, "la danse", l'endroit où se cristallise la rencontre entre soi et les autres dans une ambiance décontractée autant que respectueuse du rythme, de la ligne mélodique, des intonations et ponctuations de la musique.Sous une direction ouverte et généreuse d'un as de la participation jamais démagogique ni feinte. Tous engagés dans un processus de création, guidés par Sylvain Riéjou, le maitre à danser, joueur, conteur, amoureux de la chanson à texte.Chanson de gestes médiévale d'actualité, terrain de jeu avec ses règles, contraintes et esprit de gagner les faveurs du public autant que celle de ses partenaires de groupe. Une aventure inédite très réussie . Un hommage chaleureux au travail de Joelle Smadja au regard de ce médium multiple si riche: la danse!Sauver l'amour de soi et des autres grâce au gout du contact, du dialogue et de la diversité!Une recette à méditer et pratiquer sans modération pour fédérer et éclairer la planète du "petit bougé" sans fanfare ni trompette en toute sincérité.
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