lundi 7 mars 2011

Etre aux anges, en tutu et tarlatane

Par ce beau matin de rentrée, les anges se font la fête et revêtent les tutus! Pan pan-tutu ou pan pan cul cul comme on voudra dans la légende sur la fessée!
Danseuse suspension photo: J.L.Hess  
Anges en tutu photo:J.L.Hess

dimanche 6 mars 2011

Russell Maliphant et Serge de Diaghilev

Toujours Russell Maliphant avec son trio "AfterLight" en hommage aux idées lumineuses du directeur des Ballets Russes!
Trio de danseuses suspension photo: J.L.Hess  

AFTERLIGHT : Les lumières de la danse.

Russell Maliphant que l’on vient à peine de quitter, resurgit avec une version inédite de son solo créé lors du défi chorégraphique collectif « In the spirit of Diaghilev », consacré à la mémoire du directeur artistique des « Ballets Russes » au début du siècle dernier.
« Afther Lignt » avait rencontré un vif succès lors de cette soirée hommage qui convoquait plusieurs chorégraphes à se pencher sur l’œuvre du manager et mécène de la danse le plus curieux et ambitieux que l’histoire de la Danse ait pu rencontrer.
Russell Maliphant est de ceux qui évoluent à partir de leurs bases et en construisant solidement à partir de leurs origines. Rappelons qu’il suivit les cours du Royal Ballet School à Londres puis qu’il intègre le Sadler’s Wells Royal Ballet avant de poursuivre une carrière indépendante en travaillant avec des compagnies telles que DV8 Physical Theatre, Michael Clark et Compagny, Laurie Booth Compagny et Rosemary Butcher. Il fonde sa propre compagnie en 1996, explorant un large panel de techniques incluant le ballet classique, l’improvisation et la danse contact, le yoga, la capoeira et le tai-chi-chuan.
C’est avec « Afterlight » qu’il se positionne dans un langage chorégraphique alliant sensualité dans le mouvement et fluidité dans la gestuelle. C’est également dans cette version pour trois danseurs que se fait vive et percutante l’osmose et la confiance entre les interprètes, dans cette pièce hautement acrobatique et puissante.
Construit à partir de son solo d’origine au titre éponyme «Afterlight», le trio «AfterLight» se veut comme un développement, un approfondissement du propos chorégraphique à partir de l’évocation de Serge De Diaghilev. L’univers onirique dévoile un doux équilibre qui se crée en beauté entre corps et lumière, fluidité et tension, enthousiasme et gravité de la retenue.
Les lumières conçues par son collaborateur fétiche, Michael Hulls confèrent à la pièce une ambiance très feutrée, énigmatique, pleine de suspens. Elles déterminent une atmosphère singulière très particulière au parfum de mystère. Les musiques de Erik Satie et Andy Cowton, les costumes signés de la griffe de Stevie Stewart rehaussent cet aspect très sophistiqué du travail qui entoure et révèle la danse, les corps des trois danseurs. Sur le plateau, Daniel Projetto, Silvina Cortes et Camilla Spiedsoe-Cohen enchainent les mouvements d’une grammaire gestuelle propre à Maliphant et dans un phrasé syntaxique délicieux qui distille fluidité et tension. AfterLight renouvelle le style du chorégraphe en alliant une extraordinaire élégance et un équilibre soigné à une force, une puissance et détermination qui enthousiasme. Audacieuse et précieuse, la danse surgit comme révélée par les interprètes qui peu à peu cessent de dissimuler leurs trésors de virtuosité au profit d’un déploiement glorieux de leur savoir-faire.
Un trio plein de qualité de mise en espace, d’écoute musicale, de respect mutuel des danseurs orchestrés de main de maître par Russell Maliphant. On y goute le plaisir de naviguer dans des univers musicaux taillés pour la danse ou le rythme et les espaces sonores laissent libre cours aux évolutions des danseurs, galvanisés par une danse limpide qui coule de source physique. Un hommage à Diaghilev se propose ainsi dans l’osmose, la surprise avec son célèbre « Etonnez-moi » que ce dernier lance en défi à Jean Cocteau et Picasso.
Maliphant s’en fait son pavillon de combat qu’il hisse haut et fort, prouvant s’il le fallait encore ses talents de chorégraphe de choc.
Geneviève Charras
« AftherLight » le 1 Avril au Grand Théâtre à Luxembourg à 20H

Sylvie Guillem et Russell Maliphant au zénith

Voici l'étoile filante bientôt à Luxembourg, seule ou en duo: l'occasion de la redécouvrir!
Danseuse ange suspension photo: J.L.Hess


« PUSH » : Du grand art chorégraphique
Quand Sylvie Guillem, au summum de sa carrière, interprète librement les chorégraphies faites pour elle, sur mesure, par Russell Maliphant, la danse prend toute sa dimension d’intensité et de trouble, entre exécution sacrée et acte rituel, entre interprétation sublime et événement unique.
Cette soirée composée de quatre pièces, toutes chorégraphiées par Russell Maliphant réserve bien des sensations de vertige et de virtuosité. Trois soli et un duo pour ces deux monstres sacrés de la scène chorégraphique.
De Sylvie Guillem on retient qu’elle fut l’une des interprètes fétiches de Noureev, le célèbre danseur russe alors directeur artistique de l’Opéra de Paris (1984). Il lui offre l’opportunité d’affirmer son talent et sa personnalité, à 19 ans alors tout juste nommée danseuse Etoile. Elle dansera à ses côtés Le Lac des Cygnes, Giselle, Cendrillon, Kitri et Raymonda. Après avoir travaillé pour Balanchine et Maurice Béjart (pour qui elle danse le Boléro et le Sacre du Printemps), c’est Jérôme Robbins et Robert Wilson qui la demandent ainsi que William Forsythe qui lui offre le rôle principal dans « In the Middle, Somewhat Elevated » en 1987 à l’Opéra de Paris.
Pour Sylvie Guillem, il s’agit d’un exercice salutaire qui l’amène à dévoiler de nouvelles facettes de son talent. Libérée du carcan de la danse classique, elle révèle sa capacité à interpréter un répertoire plus contemporain: elle débride son énergie, joue avec les déséquilibres et révèle sa prodigieuse souplesse. Quand l’étoile file vers Londres où elle devient l’artiste invitée principale du Royal Ballett, c’est pour mieux voler de ses propres ailes et définir ses choix. Outre le répertoire classique, elle manifeste également un réel intérêt pour la danse contemporaine en interprétant des chorégraphies qui lui permettent d’exprimer son originalité et son sens de la provocation: dans « Herman Scherman » de William Forsythe, avec  la « Carmen » de Mats Eck…. et la voici à présent aux mains de Russell Maliphant.
« Solo » ouvre le bal sur une musique de Carla Montoya et démontre s’il le fallait encore que Sylvie Guillem se frotte à tous les genres, ose toutes les techniques pour mieux les sublimer et les faire oublier. « J’ai plaisir à faire ce que je ne sais pas faire » avoue-t-elle avec modestie autant que fierté. C’est bien ce qu’a décelé en elle le chorégraphe britannique Russell Maliphant qui dès 2005 lui dédie un solo « Two » et un trio avec William Trevitt et Michael Nunn « Broken Fall ».Une révélation tant les deux artistes semblent faits l’un pour l’autre dans une complicité et une connivence artistique sans heurts et toute en surprise mutuelle.
« Shift », le deuxième solo de la soirée est dansé par Russell Maliphant sur une musique de Shirley Thompson: un solo plein de subtilité, très « masculin » en regard à la féminité intrinsèque de Sylvie Guillem. Avec« Two »on retrouve la force et le lyrisme de Guillem, magistralement éclairés par une architecture lumineuse qui nous la dissimule ou la révèle à l’envi. La danse s’y fait sculpture du corps, matière première à pétrir pour sublimer le corps exceptionnel de la danseuse. Les métamorphoses s’y succèdent comme par magie dans les ombres révélées de sa musculature très particulière et dessinée par les faisceaux lumineux.
Enfin, le bouquet final « Push » réunit les deux stars filantes sur une musique d’Andy Cowton. Là, le souffle du spectateur est coupé, dans une apnée salvatrice qui oscille entre hypnose et rapt. La danse y rayonne de bonheur et de virtuosité dans une sobriété digne des plus grands interprètes. Russell Maliphant dégage un véritable talent d’écrivain de la danse, mêlant ingéniosité dans la gestuelle et créant pour Sylvie Guillem, des figures et postures inouïes, des attitudes inédites, des torsions gymniques invraisemblables, véritable nouvel abécédaire, glossaire d’un langage toujours réinventé.
Du très bel ouvrage de grand couturier de la danse, taillant du sur mesure pour un monstre sacré en sempiternelle mutation. La « Guillem » se prête au jeu avec une extrême générosité, une féroce curiosité de tout ce qui est neuf à se mettre sur la peau !
Geneviève Charras
« Push » au Grand Théâtre les 29 et 30 Mars à 20H