dimanche 8 mars 2015

Colette, femme, féministe, chante et danse !


CHANSON DE LA DANSEUSE
Ô toi qui me nommes danseuse, sache, aujourd’hui, que je n’ai pas appris à danser. Tu m’as rencontrée petite et joueuse, dansant sur la route et chassant devant moi mon ombre bleue. Je virais comme une abeille, et le pollen d’une poussière blonde poudrait mes pieds et mes cheveux couleur de chemin...
Tu m’as vue revenir de la fontaine, berçant l’amphore au creux de ma hanche tandis que l’eau, au rythme de mon pas, sautait sur ma tunique en larmes rondes, en serpents d’argent, en courtes fusées et frisées qui montaient, glacées, jusqu’à ma joue...Je marchais lente, sérieuse, mais tu nommais mon pas une danse. Tu ne regardais pas mon visage, mais tu suivais le mouvement de mes genoux, le balancement de ma taille, tu lisais sur le sable la forme de mes talons nus, l’empreinte de mes doigts écartés, que tu comparais à celle de cinq perles inégales...
Tu m’as dit: "Cueille ces fleurs, poursuis ce papillon..." car tu nommais ma course une danse, et chaque révérence de mon corps penché sur les oeillets de pourpre, et le geste, à chaque fleur recommencé, de rejeter sur mon épaule une écharpe glissante...
Dans ta maison, seule entre toi et la flamme haute d’une lampe, tu m’as dit: "¡Danse!" et je n’ai pas dansé.
Mais nue dans tes bras, liée à ton lit par le ruban de feu du plaisir, tu m’as pourtant nommée danseuse, à voir bondir sous ma peau, de ma gorge renversée à mes pieds recourbés, la volupté inévitable...
Lasse, j’ai renoué mes cheveux, et tu les regardais, dociles, s’enrouler à mon front comme un serpent que charme la flûte...
J’ai quitté ta maison durant tu murmurais: "La plus belle de tes danses, ce n’est pas quand tu accours, haletante, pleine d’un désir irrité et tourmentant déjà, sur le chemin, l’agrafe de ta robe... C’est quand tu t’éloignes de moi, calmée et les genoux fléchissants, et qu’en t’éloignant tu me regardes, le menton sur l’épaule...Ton corps se souvient de moi, oscille et hésite, tes hanches me regrettent et tes reins me remercient...Tu me regardes, la tête tournée, tandis que tes pieds divinateurs tâtent et choisissent leur route...
"Tu t’en vas, toujours plus petite et fardée par le soleil couchant, jusqu’à n’être plus, en haut de la pente, toute mince dans ta robe orangée, qu’une flamme droite, que danse imperceptiblement..."
Si tu ne me quitte pas, je m’en irai, dansant, vers ma tombe blanche.
D’une danse involontaire et chaque jour ralentie, je saluerai la lumière qui me fit belle et qui me vit aimée.
Une dernière danse tragique me mettra aux prises avec la mort, mais je ne lutterai que pour succomber avec grâce.
Que les dieux m’accordent une chute harmonieuse, les bras joints au-dessus de mon front, une jambe pliée et l’autre étendue, comme prête à franchir, d’un bond léger, le seuil noir du royaume des ombres...
Tu me nommes danseuse, et pourtant je ne sais pas danser...

"Rendez-vous :au cœur de l'art exactement" : nouvelle revue!


Une nouvelle revue où la danse a droit de cité: deux articles fort bons sur "Danse avec les loups" par Michel Nuridsany sur la danse de Clara Furey "Cigue" et "Lart de la fugue" et "Contrepoint" de Yoann Bourgeois avec des photos de Christophe Manquillet.


Une revue bisannuelle où des artistes publient sur d'autres artistes, sans se soucier des frontières inhérentes à chaque domaine artistique. Ainsi, dans ce premier numéro, des artistes évoquent ceux qui ont marqué le deuxième semestre de l'année 2014 en France, avec un détour par Détroit. Peinture, vidéo, BD, cinéma, danse, arts de la scène, rap, littérature et poésie sont au programme.
A suivre!

On est artiste d’abord, puis on se spécialise dans le roman, la peinture, la musique, la chorégraphie, l’architecture. C’est sur cette idée que se fonde Rendez-vous, revue destinée à être publiée tous les six mois. Corollaire : l’envie ou la nécessité de troubler les genres, de les ignorer, de les transgresser pour mettre à vif ce qu’Henry James nommait « la folie de l’art ». Des artistes parlent donc ici d’autres artistes, sans se soucier des frontières qui défendent une supposée intégrité de chaque territoire.
Au-delà de l’actualité et des modes, voici un aujourd’hui autre. Au cœur de l’art, exactement.

Michel Nuridsany, rédacteur en chef de la revue

"Le butô en France: malentendus et fascination"


Ce livre retrace l’histoire de la fascination pour le butô en France, depuis le choc de sa découverte à la fin des années 1970. Cette fascination, non dénuée de malentendus, a suscité de nombreux désirs d’ailleurs et de Japon, qui ont travaillé la danse contemporaine, alors en pleine effervescence. Quels désirs esthétiques le butô est-il venu combler ? Qu’a-t-il déplacé et déstabilisé dans la danse contemporaine ? Analyser ce phénomène de réception, c’est déconstruire les lieux communs qui l’accompagnent. C’est aussi relire l’histoire de la danse en France : le butô a fait notamment ressurgir des désirs d’expressionnisme chez les danseurs contemporains alors tournés vers les abstractions américaines. Dans une approche mêlant esthétique et histoire culturelle, analyses de discours critiques et de gestes, ce livre relie l’histoire chorégraphique récente à celles, plus longues, du japonisme et de la mémoire de Hiroshima. Il révèle ainsi les multiples dynamiques à l’oeuvre dans la réception du butô.


LE BUTÔ EN FRANCE 
Malentendus et fascination
Sylviane Pagès
Collection : Recherches
Prix : 28 euros TTC