mercredi 1 mars 2017

"Des roses et du jasmin" au TNS: le "TNP", Théâtre National de Palestine comme celui de Vilar, populaire!

LEA - “ Mes larmes ont pour chacun, 

Victimes et responsables de ces victimes, 
La même amertume et la même douceur.”

"Trois générations
Dans les années quarante, l’Angleterre occupe la Palestine. Une jeune juive venue de Berlin, Miriam, tombe amoureuse de John, un officier anglais. Ils auront une fille, Léa. Dans les années soixante, Léa tombe amoureuse de Mohsen, un jeune palestinien. Ils auront deux filles, Yasmine et Rose. Vingt ans plus tard, au moment de l’Intifada de 1988, Yasmine et Rose se trouveront dans deux camps opposés.
Allant de 1944 à 1988, Des Roses et du Jasmin relate le parcours, à travers trois générations, d’une famille dans laquelle convergent les destins de personnages palestiniens et juifs."

Le sujet est fort et vif, brûlant, d'actualité et touche droit au but: le metteur en scène Adel Akim, trois heures durant brosse le portrait-panorama de trois générations dans l'histoire d’Israël et de la Palestine de 1948 à 1988, comme une tragédie grecque, une épopée musicale, textuelle et chorégraphique: celle d'une famille des Atrides, suite de sa remarquable "Antigone" avec ses acteurs de prédilection.L'histoire du Moyen Orient est complexe et truffée de paradoxes, d'entrelacs indescriptibles et ambigus. Pour se saisir de cet inconscient collectif qui nourrit ou embarrasse les personnages, Hakim dresse une fresque bigarrée sur le monde et la société, de l'intime au public et social portrait de toutes ses identités, multiples qui s'affrontent, s'opposent ou se complètent pour former des communautés. Poids et héritage du passé pour cette humanité qui transmet malgré elle, les diversités d'un univers sans concession.
Duo de clowns au départ de cette 'Odyssée: Auguste et clown blanc, femme trublion, mort, camarde ou personnage qui file la narration, on se confond dans le rêve, la métaphore ou la réalité.Figures symboliques de l'histoire, figures de cirque et de cabaret pour illustrer le recul, la distance que l'écrivain, metteur en scène Adel Hakim adopte pour conter son histoire, son destin et celui de ces communautés (factices) qui façonnent l'histoire fantasmée d'une "nation", d'un territoire promis, d'une Babel utopique.Scénographie sobre, frontière en panneaux multiples, tables et chaises, objets qui se métamorphosent et accueillent les corps des comédiens, danseurs, joueurs experts en mime et expressions décalées.

Chorégraphie décalée et rebelle, signée Sahar Damouni
La danse a la part belle dans ce spectacle qui lie tragédie et divertissement avec justesse et acuité: bal, danse de couples, duos et numéro de cabaret: pole dance sur chaise, érotisme léger, humour et formes corporelles idoines pour exprimer l'horreur autant que la verve d'une épopée tumultueuse, révoltée ou soumise. Tous bougent à merveille, petites touches dessinées de gestes quotidiens légèrement amplifiés. Solo magnifique d'un personnage, bras menacé par l'accident volontaire d'un attentat fomenté....Les destins de chacun se croisent, les coups de théâtre se succèdent où l'une se révèle sœur de l'autre, où les pères se rencontrent, en spectres et fantômes d'un autre monde qui veille toujours sur le présent.
Violence, tendresse, tout ici concourt à une empathie singulière avec ces peuples qui souffrent d'incompréhension ou d'indifférence.
Les acteurs sont justes et la langue hypnotise, rythme cette saga sans jamais lasser. Roses et Jasmins pour couronnes et fleurs, prénoms et symbole de paix, d'espoir, de vie!

Au TNS  Salle Gruber jusqu'au 8 Mars

"A Taxi Driver" au CND Pantin: une installation délocalisée.Saga-cité.


"A Taxi Driver, an Architect and the Hight Line": tout semble dit dans le titre de cette installation signée Emmanuelle Huynh et Jocelyn Cottentin qui se tient actuellement dans la galerie du CND Pantin jusqu'au 31 Mars.
Trois écrans pour raconter en images filmées les pérégrinations d'un corps vivant dans la cité de New York et sa rencontre avec le passé et présent architectural et social de la ville gigantesque.


"En 2013, suite à l’invitation de Sophie Claudel, attachée culturelle à l’Ambassade de France à New York, pour le programme « Carte Blanche », j’ai pensé un projet qui compose un portrait de la ville de New York à travers ses habitants, ses espaces et les liens qu’ils entretiennent. Mon regard de danseuse et/ou mon corps sont impliqués, suivant le médium emprunté : film, performance, bande-son. J’ai proposé à l’artiste visuel Jocelyn Cottencin de me rejoindre pour élaborer le projet A taxi driver, an architect and the High Line."
Emmanuelle Huynh

Lieu, non-lieu 
Alors qu'advient-il de la rencontre d'un architecte Rick Bell, d'un chauffeur de taxi, Phill Moore et de cette fameuse "High Line", coulée de verdure à travers la ville? Une rencontre au carrefour des paysages urbains, des déambulations d'une femme , danseuse, vêtue citadine jogging qui se déplace selon le rythme de la cité, à l'ombre des regards, dans l'indifférence du regard des autres ou dans la curiosité extrême: celle qui danse cette saga cité des corps qui content et narrent la vie agitée urbaine.
C'est émouvant et beau, surtout lorsque cette installation s'anime des deux présence d'Emmanuelle Hyunh et Jocelyn Cottentin, lui sur une balançoire, elle exécutant gestes quotidiens et gravitations multiples. arrêts sur image dans le flot de celles déversées simultanément sur les trois écrans en fond de scène. Etrange tranche de vie, surprise par nos regards posés sur ces instants fugaces qui passent, coulent et traversent les images enregistrées. Suspension du temps, apnée des gestes et flux incessant des passagers, chalands de la rue, des boulevards, passerelles et autres objets architecturaux de l'environnement
Belle balade dans le New York qui vit et s'affaire, grouille et se pose l'instant d'une prise de vue, d'une prise de corps dans l'urbanité: territoires devenus utopiques: on songe aux écrits de Marc Augé, "Nouvelles peurs" lieu ou non-lieux, éthérotopies de Foulcault....



 

mardi 28 février 2017

Concordan(s)e: "The Spleen": Frank Micheletti et Charles Robinson: les naufragés du délire.

Photo robert becker
La cuvée 2017 de l'expérience "Concordanse" s'annonce gouleyante et enjouée avec la première "mondiale" du duo singulier Frank Micheletti et Charles Robinson: ils ne se connaissaient pas, se rencontrent et tissent trame et chaîne de concert pour une pièce dansée, jouée,racontée par l'un et l'autre à deux voix, à deux corps et accessoires! Une fugue dans des univers drôles et rarissimes, inédits, singuliers, inouïs Fin d'après midi dans la bibliothèque Audoux au Carreau du Temple à Paris..Il apparaît dans le décor, on se soupçonne d'être l'écrivain , mais il bouge très bien et l'autre se meut délicieusement, au sol ou bien ancré dans son grand corps charpenté, tresses et nattes déroulées sur ses épaules: deux hommes, compères, complices, dialoguent, se répondent, cheminent le long des ponts de la rivière d'un texte sur les tripes, l'enveloppe corporelle, la peau. Ce qui fait que l'on se touche, communique: la danse, en fait, la patrole aussi, le verbe à l'appui
Comme une lecture dansée mais pas tout à fait, ce duo se joue des mots et objets hétéroclites, s'amuse ou se regarde, s'interroge, se questionne.La science du jour, la "spleenologie" pour mieux cerner les symptômes d'un mal triomphant.Comme une introspection à deux, un collage d'idées, une dissection étrange de chair et de mots, des entrailles de la pensée en mouvement
Nos deux escogriffes, avec leur arsenal d'objets inutiles ou improbables font les trublions dans les rayons de la bibliothèque avant de saluer le public enchanté de cette rencontre fortuite ou organisée!
La rencontre-échange après spectacle est vive et atteste de tout l'intérêt de la démarche. Qui fait quoi, qui écrit, danse, chorégraphie, qui met en scène, compacte les propositions multiples qui fusent durant les trois mois interrogateurs de préparation où chacun apporte sa pierre à l'édifice?
Pas de "recette" mais un festin généreux à partager encore durant une tournée de ce "Spleen" jusqu'au 30 Mars...
www.concordanse.com

Photo robert becker