vendredi 22 novembre 2019

"Dans ce monde" de Thomas Lebrun :"Le tour du monde": danses -monde ! United colors of dance !


Thomas Lebrun / CCN de Tours
Le plus long voyage : Tout public + 6 ans / 2 interprètes / 40'
Épatant tour du monde entre musiques et danses, le spectacle de Thomas Lebrun incite à s’émerveiller des choses les plus simples. L’humour et la poésie se joignent aux gestes pour raconter ce voyage imaginaire plein de surprises et de rencontres, mais aussi pour apprendre à recevoir des autres. « Tout le monde a besoin d’une trêve poétique pour oser voir le monde autrement, pas uniquement comme on nous l’impose, mais plutôt comme on aimerait le regarder. » explique Thomas Lebrun. Partant de ce constat, le chorégraphe a imaginé une pièce à tiroirs qui décline trois propositions de voyages : les deux premières, avec leur format plus court, sont destinées aux enfants à partir de 4 et 6 ans. 
Dans la troisième qui s’adresse à tous les publics, quatre danseurs invitent les spectateurs à traverser les continents. Ainsi, accompagnant duos et quatuor, paysages et sonorités méconnues se succèdent, tandis que danses et costumes chatoyants suggèrent de miroitantes et lointaines destinations. Mali, Russie, Japon, Cuba ou Argentine font partie des multiples cultures traversées avant de parvenir en Amazonie sur une partition du compositeur américain Philip Glass. Des chants du froid glacial aux voix du désert, des rythmes africains aux sonorités sud-américaines, avec ses danses faussement folkloriques, ses bonds improbables de sensations en émotions, Dans ce monde cultive l’imaginaire et la joie facétieuse du mouvement.    

A Pole Sud du 24 au 26 Novembre

"Sécurilif" : Assurancetourix au pouvoir ! Sas de confidentialité !


MARGUERITE BORDAT & PIERRE MEUNIER
LA BELLE MEUNIÈRE
 FRANCE / COPRODUCTION
L’entreprise SECURILIF développe des solutions adaptées aux multiples circonstances où la peur se manifeste. Elle se fait fort de mettre à votre profit des remèdes pratiques, fiables et homologués, pour rendre supportable la cohabitation avec ce sentiment que nous connaissons tous. Lors de cette soirée dédiée à la “rassurance”, horizon légitime d’une quiétude enfin retrouvée, Marguerite Bordat et Pierre Meunier nous font l’article. Dans cette comédie grinçante à la tonalité foraine, pastichant cette soumission collective et non réfléchie au principe de sécurité qui ne cesse de grandir, un trio se débat avec des dispositifs et des mécanismes sensés ouvrir la voie à une sérénité mentale stabilisée et à la garantie d’une absence de danger. Ne vous inquiétez pas, s’il y a une forte dose d’imprévisible et une pointe d’aléatoire, l’équipe s’est assurée du sérieux de la chose auprès de philosophes, d’assureurs, de pompiers, de neurologues, d’alarmistes patentés, d’experts en évaluation des risques et de vendeurs de produits sécurisants. Nous voilà rassurés…

Et voilà un démonstrateur, animateur zélé, sur le plateau nu pour faire le boni6menteur! Hors norme,féru de notion de  protection, de confiance, prêchant pour les vaccins, pour "allez mieux", toujours mieux ! Pour en finir avec les arêtes, les angles droits, pour valider , constater les dommages sans les intérêts!
 Pour la coordination collective, brandissant les arguments antidérapants,contre les sols glissants: sol si ré la mi la: sol ciré l'a mis là !
Peau de banane, allez vous rhabiller !
Derrière lui, deux femmes, ballerines blanches incertaines, évoluent sur un échafaudage, sans filet, prennent des risques inconsidérés, font le pied de nez à ces discours lénifiants et démagogiques..Des exercices de démonstration pratique pour confirmer que prendre des risques, c'est frôler le danger, avoir peur et se mouiller la chemise! Sur fond de cha cha cha moqueur et distancé, elles narguent nonchalamment notre facteur d'angoisses.
 Procédure et procès au poing, il cause et démontre, les issues de secours, les sorties d'artistes comme solutions à la peur, balisant nos vies pour assurer la protection à tout prix.
Bien vu ce réquisitoire contre la prise de risque!
 Oser dans le noir, toucher ou aborder son voisin durant le spectacle sera aussi une expérience à vivre en direct dans le suspens....Puis dans la pénombre on retrouve nos trois anti héros: un bon discours sur les facultés du système nerveux, du cerveau, "sympathique" agent de sécurité de nos corps en proie à la peur. Bleue ou de toute autre couleur!
 Sur le dance floor, une des deux femmes, porte paroles de cette agence d'assurance et de surveillance, danse...Sans glisser, ni chuter! Et toujours cette voix off qui ,édicte les procédés de procédures anti risque!
 Un géant emplâtré fait irruption sur scène, bibendum, bonhomme Michelin bardé de plastique blanc isolant et protecteur, "absorbeur" d'obstacles en tout genre. Empêtré, entravé, il ne peut évoluer et se fait trimbaler, manipuler à l'envie: mais il est en sécurité!
Astronaute désopilant. Dans une démonstration sauvage, ses deux compères l'agressent: il en sort indemne et heureux! Puis c'est un ballet de nymphettes en gilet jaune qui évoluent sur une  musique de Lac des Cygnes: sautillements, rebonds, pour brandir les triangles et phares de signalisation, feux de détresse et clignotants de nos appréhension à se jeter à l'eau!Un accident et voici des débris de corps, fragments de carcasse qui jonchent le sol. Des grillages de sécurité transforment le plateau en chantier plein de danger; derrière les barreaux, les trois personnages nous regardent.... Sur fond de symphonie pathétique, encore un bon discours démagogique sur le "bien être", bien naître pour mieux survivre et se préserver. "Parce que vous le valez bien", prenez soin de vous ! Ils ont du coffre fort nos héros de pacotille, agent de prévention, passeur de précaution, de trac et de couardise! La "journée du portail" avec son jeu de poignées de portes, "à portée de mains", sirènes d'alarme pour manifester son désir d'entrer en relation ou non, est un bel exemple de trucage et fraude, de mensonge. Mais convaincant les ignorants et les naifs que nous sommes! L'état d'urgence, est de mise dans cette société, jusque dans le théâtre où tout est contrôlé comme dans les cours de récréation des écoles hyper sécurisées. En costume de Iron man,notre héros se plait à défier le danger puis c'est dans une cage improvisée que l'une des femmes est en proie à un monstre aérien, menace, objet suspendu à nos peurs qu'elle terrasse comme un dragon
Mais n'est pas St Michel qui veut et la relique demeure, objet de répulsion, dompté mais menaçant comme une épée de Damocles!
Une vitrine pare- balles comme une "papabulle", bulle pontificale en plexiglas réfléchissant, au final viendra enfermer et protéger notre bonimenteur, colporteur de fausses nouvelles, vendeur de vent Bien à l'abri dans son sas de sécurité mais bien berné par notre société de "couvre feu" garant de nos vies sans danger !Un vaste chantier, capharnaüm habituel de la "Belle Meunière" clot le spectacle: mettez votre ceinture pour repartir, vos feux de détresse et toute autre signe distinctif d'existence pour affronter votre retour: en toute sécurité !
A déguster sans limite de discrétion !!!

Au TJP jusqu'au 24 Novembre


Cette nouvelle création s’inscrit dans la lignée de spectacles inspirés par divers matériaux et matières (cailloux, métal, tuyaux, boue), avec son lot de surprises en vue et de saut dans l’inconnu. Pierre Meunier et Marguerite Bordat se sont nourris de leur création Buffet à vif, présentée dans les Sujets à vif au Festival d’Avignon 2014, puis de la rencontre La Peur dans les théâtres initiée par le duo dans le cadre des rencontres professionnelles de l’édition 2015. Mais aussi d’un atelier-spectacle avec des étudiants de la Staatlische Hochschule für Musik und Darstellende Kunst – Stuttgart (présenté aux Giboulées 2016) sur le thème de la destruction et du travail avec les étudiants de l’Ensatt sur le thème de la peur en 2018.

jeudi 21 novembre 2019

"Pasionaria" : Marcos Mauro déstructuré !



"Depuis quelques années, le chorégraphe espagnol Marcos Morau et sa compagnie La Veronal sont en train de vivre une consécration internationale. La Veronal soutient d’amples méditations sur de fortes thématiques humaines. Ses pièces dansées sont de grandes compositions richement imagées, très visuelles et incarnées. D’un baroque parfois volcanique, sulfureux. Les personnages de Marcos Morau débordent depuis un patrimoine qui puise à la peinture, la sculpture ou au cinéma, de haute lignée européenne. Présentant Pasionaria, le chorégraphe évoque un gigantesque bas-relief néo-antique visible à Bruxelles, traitant des Passions humaines. Même de marbre, son chaos sensuel a dû rester tout un siècle masqué aux regards par un mur, qu’érigèrent les tenants d’un ordre tiède. La passion inspire des sentiments ambivalents. Elle soulève et rend plus grand, authentique, au péril de s’assimiler parfois à la démence. Dans une vision christique, à l’inverse, elle peut donner à percevoir un comble d’abandon à la passivité d’une souffrance infligée. Mais alors qu’en est-il, lorsque les mutations sensibles laissent envisager qu’une part d’humanité puisse être bientôt transférée à des robots ? Où donc approcher la plus profonde source des passions humaines ?"

Dans un univers gris, un décor d'escalier à la Mallet Stevens, des cambrioleurs, des hommes en gris cagoulés s’immiscent subrepticement. Ambiance garantie d'emblée pour cette pièce OVNI, absurde où un landau vient faire obstacle à ces gestes désarticulés, disloqués qui façonnent l'oeuvre tout du long.Sur une musique très "urbaine" et dans un cadre de scène bordé de néons.Des pantins sur la balustrade apparaissent, des va et vient sur cet escalier central qui devient un personnage à part entière, on est chez Hitchcock, Beckett ou Ionesco sans doute! Des corps en pièces détachées dans des costumes dessinés très strict, grisonnants et nous voici dans un univers de BD ou à la Max Klinger ;d'énormes monstres ronds surgissent,, des surveillants de musée avec lampe de poche, des vigiles de sécurité de pacotille s'affairent le temps très bref de petites apparitions perlées: pendant qu'en fond de scène, il pleut des étoiles, la lune surdimensionnée fait des clins d'oeil, et que Mélies veille au grain sur cette fenêtre ouverte sur la nuit et ses mystères.On y déclenche des mécanismes d'enfer qui manipulent ces huit personnages sortis d'une légende surréaliste, d'un film de sous sols infernaux où ce petit peuple vit et s’agite à l'envi.Comme dans une salle d'attente d'un aéroport fictif, les styles de danse se confondent: hip-hop, volutes classiques, duo sur canapé acrobatique, emmêlé, brochette de danseurs de cabaret assis aux gestes à l'unisson.
C'est burlesque, désopilant, étrange et en toute liberté, le chorégraphe façonne, édifie un univers en huis clos, énigmatique et singulier.Un technicien de surface avec sa cireuse revient régulièrement, nettoyer ces faits et gestes. Les uniformes gris d'employés d'aéroport font mouche et épousent cette gestuelle mécanique, robotique qui s'empare des uns et des autres. Un solo contorsionniste, du comique et absurde à la Blanca Li ou Tati et voilà pour l'univers tracé de cette famille désœuvrée, livrée à ses fantasmes et autres absurdités.
Pisteurs d'étoile, laveurs de vitres, scène très onirique, les employés s'amusent, s'attrapent, en chaînon, en maillage, ils font cabaret assis; une femme enceinte, un ballon lumineux comme ventre passe, des siamoises...On est chez Kubrick, dans Orange Mécanique ou l'Odysée de l'Espace...Des citations musicales pour musique de film, et le tout est joué, emballé et fait mouche!
Un spectacle très intriguant qui fait voyager à vingt mille lieux sous les mers avec beaucoup d'élégance, de doigté et de préciosité dans la gestuelle tectonique, fracassée, sublimée par une narration des corps qui seuls content un comique décalé digne d'un cinéma d'animation sophistiqué à souhait
Au Maillon Wacken, présenté avec Pole Sud du 27 au 29 Novembre