lundi 20 mai 2024

"Megastructure": enchevêtrements, entrelacs et autres facéties de corps complices.

 

Suite à une blessure, Isaiah Wilson sera remplacé par Wilchaan Roy Cantu.

MEGASTRUCTURE tisse avec curiosité la trajectoire de deux corps en constante cohabitation dont le mouvement forme d’étranges et périlleuses associations.Isaiah Wilson et Sarah Baltzinger brisent avec MEGASTRUCTURE les conventions habituelles du spectacle vivant pour parler d’intimité, dans sa forme la plus pure, celle du corps en mouvement dans un espace partagé entre les performers et le public. Permettre ici à tout un chacun de pouvoir pleinement et viscéralement s’identifier à ce que raconte les performers au plateau. Ce duo est comme un puzzle dont les pièces se démontent, se cherchent, se casent, se testent, se réinventent en permanence. MEGASTRUCTURE est une pièce chorégraphique sans composition sonore, sans décor dont la musicalité naturelle est générée par les corps en direct, dans une énergie percussive.

Seuls, à deux sur le plateau nu de l'Arsenal, ils font miracle de jeux de corps segmentés, virtuoses de la simplicité évidente mais très recherchée de décomposition des gestes. En autant de questions/réponses, de dialogues variés et prolixes. Sur un rythme très compté, calculé, le son et le bruit des corps comme simple support musical. Le souffle, la respiration et le timing extrêmement précis des gestes millimétrés. Comme autant de poses, attitudes ou postures qui s'emboitent, se génèrent, prennent le relais l'une de l'autre. Félins pour l'autre, les deux danseurs médusent et hypnotisent. Des fragments, des brisures, des fractures de membres manipulé pour credo et leitmotiv récurent.A vous couper le souffle, en apnée pour mieux retrouver ses esprits et les suivre dans cet exercice périlleux d'extrême concentration. Une chorégraphie, duel, duo, tandem à loisir et à foison. Sarah Baltinzger et Wilchaan Roy Cantu démantibulés, déstructurés, segmentés dans une kiné-sphère solide et construite. Sans cesse en "décomposition" chorégraphique, en canevas savant qui se modifie. Corps et graphie qui impacte l'espace, défie la musicalité des gestes qui s’égrènent à l'envi.  Miettes et morceaux corporels se retructurent, s'aditionnent, se conjuguent au mode interactif en direct et sous nos yeux comme une architectonique des plaques en mouvement. Sans faille ni bassin d'effondrement mais dans une avancée ludique et percussive de toute beauté.

A l'Arsenal Grande salle plateau le 18 Mai dans le cadre du festival "passages"

"Malaka"; touffues, crêpues, décoiffantes et tendres voix de femmes : Laurina et Sacha vont en bateau....

 


Deux grains de voix distincts, des mélodies acoustiques à la guitare et aux percussions et un mélange subtil de français, d’anglais et de créole. Laurina et Sacha, les deux sœurs de Malaka, invitent à apprécier la simplicité et la richesse d’une musique porteuse de messages à la frontière du folk et de la soul. Leurs voix puissantes et profondes fusionnent, se répondent et s’entremêlent, créant une atmosphère envoûtante.Les deux sœurs questionnent leurs racines, abordent l’urgence climatique et parlent de confiance en soi. Une musique épurée qui laisse le cœur léger et enchantera le club pour un concert ouaté hors du temps.

Sur la scène, face au public nombreux venu en soirée au festival "perspectives" au "Club" nocturne pour noctambules chevronnés dans un "troisième lieu" étrange, les voici galvanisées par leur verve, enthousiasme et une pêche d'enfer.Une poésie tendre de paroles en français, en anglais dans une diction exacte et précise. Tantôt l'une, tantôt l'autre, faite lune pour l'autre, dans un duo complice, une osmose qui se répond, dialogue, laisse à l'autre l'espace pour cette gémellité incroyablement libre et prospère. C'est un ravissement que de participer à ce concert généreux aux nombre de rappels et bis incalculables. On ne peut les quitter tant ce qui passe et simple, humain, musical et charmeur. Une batterie de choc non envahissante, bordant et relevant leur prestation unique et magnétique. De surcroit, belles et solaires, auréolées de chevelures denses et ondulantes, hirsute et masse compact où il ferait bien "mettre ses mains" pour capter l'énergie et le fougue attendrie de leurs émois musicaux. De l'émotion qui décale, déplace, emporte et fait voyager hors des frontières les esprits et imaginaires de chacun. Modestes figures de la Soul et du Folk, voici un tandem, une paire de jumelles pour mieux scruter et déguster les fragrances, les couleurs et les son métissés des musiques d'aujourd'hui. Sur des continents inconnus, sur des portées de notes qui transportent et euphorisent tout un chacun.

Au festival "perspectives" à Saarbruck le 19 Mai au "Club".

Nées en Guadeloupe, Laurina et Sacha Moïsa ont quitté l’île à l’âge de 2 et 4 ans et ont grandi à Clermont-Ferrand. Durant le confinement, elles s’associent et font naître le duo Malaka avec le désir de se rapprocher de leurs origines, tout en s’emparant de sujets actuels de société. Elles puisent leur inspiration musicale dans des sources variées et hétéroclites comme Laylow, Joy Crooks, Little Simz ou encore Ren. Maï, leur premier EP est sorti en février 2024.



"Star Show": sur la paillasse du cosmonaute, la magie astronomique

 


Les objets s’animent et partent à la conquête de l’espace ! Tubes, boîtes de conserve, figurine, mégaphone et ventouse participent à une nouvelle mission de la NASA. Seul en scène, Alan Floc’h nous transporte dans un univers plein d’humour et à l’imagination débridée.
Après la frousse procurée en 2022 par La Caravane de l’horreur, la Compagnie Bakélite revient à PERSPECTIVES pour nous faire vivre le grand frisson de l’exploration spatiale. Originaire de Rennes, la compagnie est connue pour l’originalité et l’inventivité de ses créations de théâtre d’objets : des formes courtes sans paroles qui tournent dans le monde entier.Dans Star Show, qui se produira pour la première fois en Allemagne, des bibelots du quotidien deviennent acteurs à part entière d’un voyage dans le cosmos. La Compagnie Bakélite manie à la perfection l’art de modeler l’immensément grand à l’aide du tout petit. Dans ce théâtre de bidouilles, la galaxie tient sur deux mètres carrés, des éclats de faïences deviennent de dangereux débris spatiaux et le public a la tête dans les étoiles.Une aventure lunaire et co(s)mique qui fera décoller toute la famille vers l’infini et au-delà !

Un petit théâtre, une petite salle, une petite jauge pour un "grand spectacle" ! Un espace très réduit comme un cube monté en structure ouvragée, pour espace de jeu. Le voici assis aux commandes d'une navette spatiale ou d'une base expérimentation astrale. Il est tout de blanc vêtu, nickel, sans tache ni ombre, blanc clinique, propre et net. Le visage figé, une capuche sur la tête comme seule protection. Manipulateur d'une miniature de son personnage, petit bonhomme en réduction qu'il tente de faire voler, gicler, rebondir ou jaillir. De petites boites de conserve, ce savant fou, sorte de magicien d'Oz fait ses expériences, tâtonne, essaye, gagne ou réussit sans jamais succomber ni se  désespérer. Il remet l'ouvrage sans cesse sur sa paillasse de chimiste, de carrés carrelages blancs lisses. C'est drôle, décalé, étonnant et charmant. Un côté naïf à la Boris Vian dans sa chanson "la java des bombes atomiques": "j ' y retourne immédiatement".....Alors la magie opère et l'on est sous le charme d'un prestidigitateur-amuseur de bon aloi. De fil en aiguilles on franchit les limites du possible et de l'infiniment petit pour atteindre les étoiles... Les sons et les bruits comme portés par un mégaphone magique. Sorte de trompe, de haut parleur fantaisiste qui aurait le dernier mot! Et quand notre homme enfle, se gonfle, s'est pour échapper aux lois de la pesanteur, au ralenti comme le premier homme marchant sur la lune. En sus, le visage déformé par le cadran de son casque comme un ordinateur d'antan.Un rêve éveillé de gamin en quête de merveilleux. Alan Floc'h aux commandes de ce vaisseau de pacotille qui décolle et enchante petits et grands.

Au Theater am Kastnerplatz à Saarbrucken dans le cadre du festival "Perspectives"