mercredi 3 septembre 2025

Laurent Goldring "un homme qui dort" au FRAC franche comté: un homme qui ne dort pas, mais danse....

 


Depuis les années 1990, Laurent Goldring interroge la représentation à partir de celle du corps. Il s’emploie à révéler la façon dont l’image (photographie, film ou vidéo) détermine la perception que nous en avons. Dans ses boucles vidéo et dans ses photographies, il donne à voir des corps méconnus ou refoulés, des corps tels que nous ne les voyons jamais, sinon dans les peintures d’un Bacon ou d’un Picasso. Mais des corps sans doute plus « vrais », plus « ressemblants » que bien des représentations codées du monde de l’art. Ainsi « la question posée par Goldring est double : elle s’adresse à la fois au corps, comme construction anatomique et culturelle illusoire, et également à l’image »1 et à son pouvoir de prescription sur les corps. 


Sa démarche a donné lieu à de nombreux projets menés en collaboration avec des chorégraphes tels Xavier Le Roy, Saskia Hölbling, Benoît Lachambre, Alain Buffard, Isabelle Schad ou Louise Lecavalier qui « se concentrent comme lui sur un corps nu, amorphe, ne s’érigeant plus que par minuscules tensions segmentaires. »2

Elle se prolonge également dans ses sculptures et performances filmées. L’artiste y poursuit son interrogation sur le rapport entre l’espace et le corps. Et plus précisément sur la façon dont l’espace est modifié ou façonné par une présence et, inversement, sur la façon dont le corps est « construit » par l’espace où il se trouve : une façon de percevoir l’espace comme organe ou comme prothèse, au plus proche de la vision de Proust dans les premières pages de La recherche.

Pour Laurent Goldring, chaque corps est singulier et induit de ce fait un espace qui lui est propre.

En ce sens, son approche s’inscrit à rebours de celle de Rudolf Laban qui, par le prisme de sa kinésphère, envisageait un modèle prétendument universel, applicable indifféremment à tous les corps au mépris de leurs particularités, un modèle servant toujours de référence aux chorégraphes aujourd’hui.3

L’exposition de Laurent Goldring présentée par le Frac Franche-Comté rassemble, aux côtés de vidéos et d’oeuvres inédites, deux installations majeures : Cesser d’être un (2020) a été acquise par le Frac en 2021 et montrée une première fois au sein de l’exposition Dancing Machines (Besançon, 2020) et Le Terrier. Deux impressionnantes sculptures où le corps génère son espace particulier, un espace humanisé et qui se révèle le prolongement du corps lui-même. Ce sont au choix des sculptures ou des scènes.4

1. Laurence Louppe, « Danse-photographie : pour une théorie des usages », Art Press n° 281, juillet-août 2002.
2. Ibid.
3. Théorisée par Rudolf Laban (1879-1956), la kinésphère désigne l’espace accessible aux quatre membres d’une personne, tendus dans toutes les directions. Imaginaire, cette sphère définit l’espace personnel que l’individu déplace avec lui et dont il occupe le centre. La kinésphère est son outil principal pour la notation du mouvement.
4. Le Terrier a servi de scène au spectacle Der Bau avec I. Schad et Cesser d’être un est aussi un univers de performance.


lundi 1 septembre 2025

"Rouge gazon": dérouler le gazon rouge du jubilé....Julien Lepreux aux consoles....

 


« J’entends par musique sacrée une musique qui s’adresse aux vivants et aux morts. Elle n’est ni triste, ni joyeuse, le plus souvent entre les deux, colorée comme le ciel de l’aube. »
Julien Lepreux

Le concert de cette fin de saison est l’occasion d’accueillir Julien Lepreux, compositeur (notamment de la musique du Conte d’hiver et du feuilleton Hériter des brumes) qui nous proposera un voyage sensible en plusieurs étapes comme pour mieux entrer dans la substance musicale. Musique sacrée, rêverie sonore électroacoustique inspirée par le lieu et puis concert accompagné par ses compagnons de route. La musique de cet événement exceptionnel et unique est inspirée et composée dans les lieux d’ici (Bussang, alentours, le Théâtre…) d’où le titre évocateur : Rouge Gazon.

« Les rivières, les lacs, les collines, la brume, et ce navire - vaisseau spatial qu’est le Théâtre du Peuple, les fantômes de l’amour et de la mort qui y errent nuit et jour et ces gens passionnés qui y travaillent m’ont inspiré une série de morceaux salvateurs que je présenterai en trois actes musicaux dont le premier aura lieu dans l’église de Bussang. Jérémie Marchal assurera les partitions d’orgue. En acte 2 nous aurons une rêverie sonore, où le public sera convié à s’envelopper dans une musique électronique ciselée pour le voyage immobile. Dans le troisième acte aux teintes à la lisière de la pop, nous jouerons à plein volume dans le théâtre. Pour cette occasion j’ai invité deux amis du collectif Micro Réalité. Je rêverais d’un quatrième acte où nous pourrions inviter le public à danser, mais l’imprévisible décidera pour nous. Merci à toutes les oreilles curieuses qui viendront ce jour-là ! »

Pour clore en beauté la saison "jubilons" des 130 ans du Théâtre du Peuple est rendu un hommage à la musique de notre temps, aux silences, à la déambulation de tout un petit peuple de fervents du théâtre local et international! La dimension humaine de l'expérience unique du Théâtre du Peuple" de Bussang vaut bien qu'on lui déroule le tapis rouge et c'est "rouge gazon" qui fera office de fête fédérative, d'hommage au lieu, à la Famille Pottecher et Hans, à l'arbre mythique, ce hêtre centenaire, arbre du milieu, de la sagrada familia vosgienne. 

C'est dans l'église de Bussang qu'a lieu le premier partage de cette folle journée: le lieu investi par le public fidèle résonne des notes de la partition originale de Julien Lepreux, interprète et auteur de cette ode au Théâtre,à l'endroit dédié à l'art dramatique amateur et professionnel depuis 130 ans: un jubilé jubilatoire qui rend heureux, plein de joie et de découvertes, d'échanges et de relations humaines. La musique est étrange, souffle des colonnes tuyaux de l'orgue comme une respiration lente ou enjouée de cet instrument à vent et percussions, roi des lieux sacrés, emblème de puissance divine autant que de méditation religieuse ou laïque... Le musicien compositeur y déploie son talent d'inventeur de sons, de vibrations, de syntaxe musicale vibrante. Emotion et sensations surgissent de l'écoute collective d'une oeuvre taillée sur mesure, à la démesure du projet fou et ambitieux du Théâtre du Peuple. Fédérer, surprendre, être audacieux autant que respectueux..Un beau cortège bien vivant grimpe un peu plus tard jusqu'au théâtre tout de bois: silence d'un petit défilé joyeux et recueilli, volage , bavard ou simplement heureux de vivre les derniers instants conviviaux du festival d'été. La musique encore au creux des oreilles, celle d'un compositeur compagnon de chorégraphes, Pierre Rigal et Emmanuel Eggermont entre autre. C'est dire si cela circule, si le son vibre et se répand encore, volubile, versatile, empreint de mystère autant que de verve finale explosive. Les poumons de l'orgue en résonance des pas des pélerins de cette cérémonie votive païenne. La déambulation, petite cérémonie collective pour lier et relier, "renouer" avec la tradition autant qu'avec le contemporain actuel.La manifestation comme une balade collective jusqu'au sommet!

Puis c'est le concert à l'intérieur du théâtre de bois le compositeur seul dans l'arène en compagnie au départ d'une bande son électronique pour incarner l'esprit du lieu et de ses petits lutins de l'air..En fond de scène, le paysage grand ouvert sur la colline qui déploie son envergure sacrée ou profane selon les optiques vécues. Au clavier il égrène sons, notes et bruissements fertiles, juxtapositions de tonalités versatiles qui brouille les pistes d'une écoute traditionnelle. Indisciplinaire à souhait comme dans la seconde partie après le partage du gâteau d'anniversaire où le groupe de cinq musiciens s"adonnent  au jeu de la composition éclectique raisonnée, jeu auréolé de chant, voix profonde et de danse reptilienne au loin dans la jungle du paysage sylvestre. C'est beau et touchant, vibrant de bonnes ondes propagées par le public fidèle et nombreux, venu célébrer ce jubilé inédit...Bénévoles en tête de gondole, anciens et vieux combattants du théâtre, aficionados multiples et bienveillants. Le gâteau en partage comme une communion, un rituel partageux de rigueur et de mise sous un soleil rayonnant !!! Un final qui augure d'une suite de cette série passionnante: hériter des brumes c'est pas du gâteau, mais que c'est bon !

A Bussang le dimanche 31 Aout 

dimanche 31 août 2025

"Le roi nu" et tout cru..Bussang fait sa comédie politique

 

« Je n’écris pas un conte pour dissimuler une signification, mais pour dévoiler, pour dire à pleine voix, de toutes mes forces, ce que je pense. » Evgueni Schwartz

Henri, modeste gardien de cochons, et Henriette, une belle princesse au caractère bien trempé, tombent fous amoureux. Mais le père d’Henriette lui a choisi pour mari le Roi le plus terrible, un tyran sans limite qui fait régner la terreur. Henri, pourtant banni, ne se décourage pas et, accompagné de son ami Christian, va déployer intelligence et audace. À l’issue d’un stratagème aussi drôle que cruel, le rusé Henri retrouvera son Henriette. Surtout il mettra littéralement à nu le tyran, le rendant ridicule aux yeux de celles et ceux qu’il avait asservis : humilié et dépité, le dictateur s’enfuira laissant enfin le peuple recouvrer ses droits.

Evgueni Schwartz écrit Le Roi nu en 1934 en Union soviétique. Rusé, comme son personnage principal, il tresse trois contes d’Andersen -- La Princesse et le Porcher, La Princesse au Petit Pois, Les Habits neufs de l’Empereur -- et invente une nouvelle fable que les spectatrices et spectateurs n’ont aucun mal à décoder : le Roi nu c’est aussi bien Staline qu’Hitler. La pièce, jamais jouée du vivant de l’auteur, a depuis connu un triomphe mondial. Et ironiquement, elle n’en est que plus actuelle, tant tel ou tel dirigeant a aujourd’hui la tentation de jouer les apprentis-sorciers, notamment de l’autre côté de l’Atlantique. 

Inviter Sylvain Maurice pour la première fois à Bussang est une évidence. "Artiste de maison", sa sensibilité et son sens du collectif vont trouver à Bussang matière à s’exprimer. Il poursuit avec Le Roi nu son travail autour du théâtre et de la musique, avec deux musiciens "en live" et, en associant comme le veut la tradition comédien·nes professionnel·les et amateurices, pour nous faire découvrir une fable magnifique, aussi drôle qu’inquiétante.

 


« Le tyran est un bouffon : il fait le show, danse sur Village People, sature les écrans et pour humilier constamment, la vulgarité en bandoulière. Mais prisonnier de son reflet, il finit dans le plus simple appareil, nu comme un ver. C’est ainsi qu’en s’inspirant de trois contes d’Andersen (et principalement Les habits neufs de l’Empereur), Schwartz déshabille littéralement la tyrannie avec autant de poésie que de férocité. Il est notre contemporain.

J’ai alors imaginé à Bussang, au cœur de la forêt, une fédération d’ami·e·s - spectateurices et artistes réuni·es - communier dans un rire authentique, à l’opposé de l’ironie obscène des sunlights. Avec l’espoir que, grâce au théâtre, nous pourrions montrer l’imbécilité et l’arrogance des puissants. »
Sylvain Maurice, metteur en scène

Un cabaret,un vaudeville ou une comédie musicale au Théâtre du peuple pourquoi pas.. Ou plus exactement un pamphlet sur le pouvoir,ses fantasmes,ses abus,sa tyrannie et son ridicule proche des comédies de Moliere ou du "Ubu Roi" de Jarry.C' est dire si cette farce démarre sur les chapeaux de roue à la Cour d'un roitelet qui songe au mariage avec une princesse éprise d'un éleveur de porcelets...Drame épique en diable qui s'annonce à coup de felonie, de danse enjouée en costumes  chatoyants à l'envi.Le texte d'Evgueni Schwartz fait jubiler les acteurs ,petits cochonnets ou caricatures de serviteurs de cette cour dés miracles. Tambour battant la mise en scène de Sylvain Maurice bat son plein et tout avance en intrigues rebondissantes.Manuel Le Lièvre faisant office  de pantin jubilatoire,chef de tribu déjanté et drolatique personnage imbu de pouvoir.La seconde partie beaucoup plus convaincante est profondément politique et révèle les travers et dysfonctionnements du pouvoir absolu.C'est autour du costume de mariage du roitelet que tout rebondit.Mensonges,supercherie,leurres et autres facéties pour décrire l'hypocrite condition du politique : un régal de paysage frauduleux,burlesque et comique sur fond de réalité électorale en diable. Diatribe fantasque et récit déchirant de vérité et d'actualité. La trahison et l'abus de confiance en filigrane..Des entremets musicaux égayent le tout signés Laurent Grais et Dayan Korolic.Le tout fait un spectacle plein de verve,divertissement de haute volée pour public averti et friand de gaieté constructive.Sylvain Maurice metteur en scène habile et amuseur drolatique de cet opus plein de vérités désopilantes.

La belle équipe  des membres de la troupe des comédiens amateurs du Théâtre du Peuple y remplit son rôle de mise à disposition généreuse et bénévole de l'art populaire théâtral de proximité. Chapeau les artistes et longue vie à leur enthousiasme pqrtageux et partagé par un public à l'écoute du monde.

A Bussang jusqu'au 30 août 

geux..bisous