mercredi 14 janvier 2026

Laurent Epstein Quartet au Sunset Sunside Nouvel Album "French Movies in New York": la musique de film sort de ses gongs!

 


Remplir quatre fois la jolie salle légendaire du Sunset Sunside pourrait être un miracle. Eh bien voici chose faite pour Laurent Epstein et ses complices. Chaleureuse ambiance pour fêter la sortie de son dernier CD enregistré à New York avec les pointures locales de ses rêves! Des musiques de films légendaires adaptées pour une transcription jazz est une idée qui parcourt le concert avec bonheur et justesse, fantaisie et total respect! On y retrouve "Les ronds dans l'eau", "Les moulins de mon coeur" avec émotion et un côté connu et repérable, patrimoine musical, cinématographique qui fait resurgir l'importance de la musique de film autant que les images qui y sont associées dans nos mémoire...Et pour les néophytes, peu importe quand la musique est bonne sous les doigts enjoués du pianiste Laurent Epstein, joueur malicieux, virtuose et plein de charme. L'intelligence de chaque mélodies ou chansons plonge dans des univers bigarrés: ceux d'une expérience hors pair qui classe ce concert sous les meilleurs auspices de l'inventivité et de la créativité. "La complainte de la butte","La chanson d'Hélène" autant de mélodies qui s’enchainent au gré du jazz,"La scoumoune", "Milou en Mai" et la roue tourne;et font découvrir compositeurs, paroliers et interprètes de ces joyaux cinématographiques! La chanteuse interprète Anne Sila qui remplace au pied levé celle qui n'a pas pu atterrir sur le territoire français est subtile, contrastée et sa voix s'adapte parfaitement à toutes ses digressions jazzy sur chaque chanson de film de référence. La langue anglaise lui sied à merveille et sa générosité fait le reste face au public en proximité dans ce chaleureux club de jazz parisien. Une soirée riche de références autant que de surprises, d'arrangements singuliers, osés et réussis d'un répertoire inédit. "Les 5000 doigts du Dr T." ou "Tirez pas sur le pianiste"recèlent surement des trésors de musique ou les films d'Epstein Jean pour un futur album? Et relire éla musique au cinéma" de michel chion entre autre!
 
Laurent Epstein révèle un profil que la musique de Jazz, familière des paradoxes, connaît bien. Pianiste fort demandé, il est entre autres, passé maître dans l’art subtil d’accompagner le chant, un domaine qui requiert à la fois une solide expérience et une intelligence musicale empreinte d’une certaine forme d’abnégation.S’il est familier des musiciens et que le public l’identifie peut-être moins, c’est qu’il n ‘a guère consacré de temps à bâtir un édifice personnel, dont “French Movies in New York” se révèle opportunément comme un imposant jalon.Au moment où il s’apprête à célébrer ses soixante printemps, Laurent Epstein se souvient de ses échanges avec Daniel Yvinec à son arrivée à Paris, et c’est le
bassiste, devenu le directeur artistique que l’on connaît, qu’il choisit de solliciter pour concevoir un projet à la mesure de ses attentes.Les deux hommes prennent le temps de mieux se connaître et va peu à peu se dessiner un album qui revisite les grandes mélodies du cinéma français. Après réflexion et explorations, se révèle une liste de films et de bandes originales qui en nous content l’histoire : de Duvivier à Lelouch, de Tati à Truffaut, ou Caro et Jeunet, portés par les compositions de Van Parys, Delerue, de Roubaix, Sarde, Rezvani …Laurent Epstein est lancé, et il souhaite enregistrer l‘album à New York, se nourrir de ce terreau inépuisable, s’abreuver au plus près de la source.

Laurent Epstein - piano
Clément Daldasso - c.basse
Philippe Maniez - batterie

guest : Anne Sila - chant
 
Les 16 et 17 Janvier 


jeudi 8 janvier 2026

Radio Live - Chapitre 1: "Vivantes "des destins croisés, du métal dans le corps...

 


Ce sont trois Vivantes, chacune a traversé une guerre : enfant, adolescente ou adulte. En Bosnie, en Syrie, en Ukraine. Chacune a résisté et résiste encore. Oksana, Hala et Ines sont parties ensemble à Sarajevo, questionner la société d'après-guerre. Il y a des filles et des mères résistantes, à Kyiv, Lattaquié et Mostar. Elles portent des engagements forts : partir sur le front ukrainien avec les journalistes, créer un lieu d'accueil de réfugiés, travailler la fiction pour mieux parler du réel. Comment raconte-t-on l'expérience de la guerre à ceux et celles qui ne la vivent pas ?

Comment parler à celles et ceux qui ne nous ressemblent pas ? Depuis une dizaine d’années, le projet Radio Live creuse cette question. Aurélie Charon, productrice et journaliste, qui a toujours cru aux amitiés imprévues, revient au TnS, après un premier épisode présenté en novembre 2023, avec une nouvelle création, déclinée en trois chapitres. Elle tend son micro à huit personnes provenant de zones de conflits en Syrie, à Gaza, en Bosnie, en Ukraine, au Liban, au Rwanda… L’enquête journalistique se réinvente à chaque représentation, amplifiant des paroles nécessaires qui se déploient à travers des sons, des images, des archives, de la musique live et des échanges vivants. Moins qu’un « sujet », la réconciliation apparait comme une nécessité vitale pour les personnes qui viennent témoigner sur scène. 

C'est un instant inoubliable dans ce plateau radio désormais légendaire signé Aurélie Charon que d'entendre avouer de la part d'une femme en pays de guerre que son corps est aujourd'hui criblé à l'intérieur d'éclats d'obus: 56 impacts soudés dans sa chair à demeure. Car il est bien ici question de destinées "extra-ordinaires" malgré le contexte désormais "ordinaire" d'états en situation de conflit armés.Elles sont trois 'invitées" à témoigner de ce qu'elles ont vécu tout au long de parcours différents, dans trois pays affectés par la folie et les coups de la guerre: Syrie, Ukraine, Bosnie. Trois territoires qui génèrent ici des récits de corps, des histoires de relations humaines, d'entraide, de solidarité, de sororité inégalées. Six femmes en permanence sur le plateau de "radio live"s'affairent à restituer aux spectateurs les pérégrinations de vies balancées au gré de décisions, de sort qu'aucun choix n'a déterminé hormis celui de résister, se soulever, comprendre et tenter de rentrer en dialogue avec leurs familles, les membres affectés par un autre passé et des responsabilités politiques fortes, engagées. On est à vif, concerné et investi par la force des propos, la crudité des descriptions de ces vies fracturées comme des corps démantelés, soumis aux lois de détracteurs de liberté, d'altérité. Trois femmes qui ne jouent pas "la comédie" devant nous et attestent de situations invraisemblables aux yeux des tranquilles Européens, non encore impactés par les faits guerres. Que rajouter à cette authenticité bouleversante sur scène, orchestrée de main de maitre par Aurélie Charon, experte journaliste radio, créatrice et autrice de ce fameux projet "radio live" qui résonne désormais comme une forme nouvelle d'information, fouillée, poussée jusqu'au bout du vraisemblable dans une sorte de sérénité de calme étrange bordé d'émotion, d'engagement et quelque part de folie éditoriale. Les longues bottes de l'animatrice comme les jambes-fondements, fondamentaux d'une attitude droite, verticale, responsable. A ces côtés trois complices qui deviennent rapidement familières et grisent notre attention presque trois heures durant. Les images, films vidéo de leurs parcours respectifs étayent les récits parlés comme des fausses confidences qui deviennent rapidement vraies et vraisemblables... Et la danse; la musique live comme une saudade fébrile sous les doigts de la guitariste Emma Prat résonnent en écho vibrant.On suit chacune avec un intérêt constant sans fatras ni chichis d'artifice ni de faits divers. Le trouble, l'empathie se nouent pour nous transporter aussi dans une forme d'humour et de détachement sidérant face à la réalité. Alors courez voir "Vivantes" et la suite de cette "saga" intelligente, hors du temps, suspendue aux aléas du direct comme sur un plateau radio ou tv où chacune se livre et délivre les affres de destins trop attachants. On relativise notre position géographique et politique en sortant du théâtre de notre quotidien bien tranquille sans pouvoir comparer notre existence à celle de ces témoins agissantes de la bêtise du monde.

Au TNS jusqu'au15 JANVIER   

 

[Conception et écriture scénique] Aurélie Charon 
[En complicité avec] Amélie Bonnin et Gala Vanson

[Avec]  Oksana Leuta, Hala Rajab, Ines Tanović

[Création musicale] Emma Prat 
[Création visuelle live] Gala Vanson 
[Musique live] Emma Prat 
[Identité graphique] Amélie Bonnin 
[Images filmées] Thibault de Chateauvieux, Aurélie Charon, Hala Aljaber 
[Montage vidéo] Céline Ducreux, Mohamed Mouaki 
[Régie son] Vincent Dupuy
[Mixage audio] Benoît Laur 
[Espace scénique] Pia de Compiègne 
[Création lumière] Thomas Cottereau

 

jeudi 18 décembre 2025

"Il tango delle capinere" texte et mise en scène Emma Dante: el tango passa! Remonter le temps dans une course contre la montre.

 


Pour célébrer le passage à la nouvelle année, deux vieux amant·es, corps voûtés, dansent un dernier slow. Tout doucement, les souvenirs refont surface, leur histoire d’amour se raconte à rebours. Avec ce bijou d’une infinie tendresse, Emma Dante, artiste majeure de la scène internationale, imagine le récit chorégraphié d’une vie à deux, entre joie et nostalgie.


Enlacé·es avec une touchante maladresse, une vieille femme et un vieil homme remontent le cours de leur existence partagée, jusqu’à la rencontre originelle et sa promesse d’amour éternel. Du premier baiser à la première dispute, en passant par la naissance de leur enfant, chaque étape de vie, légère ou cruelle, devient un récit intime, rythmé par les chansons populaires du répertoire italien, qui savent si bien empoigner le cœur. D’une malle ancienne, la femme fait surgir un flacon de pilules contre la toux, un voile de mariée, une télécommande, des ballons multicolores, comme autant de reliques d’un passé enfui. Le temps d’un rêve, les comédien·nes ôtent leur masque, retrouvent leur jeunesse, avant de cheminer délicatement vers la mort. Que reste-t-il de l’amour quand les années ont passé, quand l’être aimé disparaît ? Avec sa sensibilité à fleur de peau, la metteuse en scène Emma Dante pose son regard sur les émotions de nos aîné·es, sur un monde qui n’est plus, et offre à travers cette magnifique histoire d’amour un moment d’humanité bouleversant.

Deux oiseaux rares à travers le miroir aux fauvettes
 
Le monde à l'envers, à rebrousse poil, la vie dans le rétroviseur..On avance et on recule comme pour le tango dans cette pièce de Emma Dante aux fragrances nostalgiques et quelque peu mélancoliques.Un homme, une femme, recroquevillés,grimés, masqués de fard blanchi par le temps qui est passé à travers leurs corps et leur chair. Encore debout mais déjà dévolus à se redresser, retrouver la verticalité, l'érection première. Les braises de l'amour ne sont pas éteintes et le volcan semble prêt à se réveiller. Pas de pathos mais un côté ubuesque dans cette usure, cette perte qui tout à coup sera résurrection, rédemption des corps absurdes.Ils s'enlacent, tout de blanc poussiéreux vêtus un peu à la manière des danseurs de "May B" de Maguy Marin-Beckett, cette bande de vieux agités par le mouvement.Un peu à la Kantor ou Joseph Nadj..Pour mieux remonter le temps, retrouver leurs danses et leurs ébats d'autrefois. On rembobine le film et les voilà, cheveux bruns, twistant allègrement comme au bon vieux temps sur des rythmes endiablés, le diable au corps.Pour se laisser aller à de belles démonstrations d'enlacements, de frictions, d'attirances amoureuses Ils sont danseurs et comédiens dans un joli mutisme ou les gestes parlent d'eux-mêmes.Manuela Lo Sicco est drôle, maline, le geste prometteur, ample et très rythmé.Lui est pathétique, vieux et croulant puis alerte, bondissant et magnétique. C'est Sabino Civilleri, partenaire idéal, papa jouant avec son nourrisson à l'aviateur idéal. Ils font la paire, ce couple dansant sa rétrospective de vie, retrouvant énergie et talent de danseurs de danse de couple: milonga, tango et rock'n roll à l'appui.Et les ressorts ne sont pas grippés!
 

La robe de mariée sortie tout droit d'un des coffres à souvenir transfigure notre héroïne en Loie Fuller, tout voile dehors dans de belles volutes diaphanes. Lui en père Noel élastique se fait papa charmeur et bienveillant. L'enfant est capricieux et joue du "carillon" pour bercer ses parents. La jeunesse revient en force, en maillot de bain dans de beaux ébats érotiques.Pas d'âge pour danser et s'aimer, tisser des liens irrévocables .

Burlesque, comique ce binôme crève l'écran en focale ou gros plan de visages hébétés, en nuisette ou tenue de bal, lunettes au point, en strass et paillettes de concours de danse.Le couple revu et corrigé par Emma Dante est atypique et l'on est en empathie directe avec leur forte présence, leur humanité à vif, à fleur de peau et d'enveloppe charnelle. Les pas de danse s'inventent et se succèdent dans différents registre à l'envi. Le Tango des Fauvettes c'est tout un chapitre de l'histoire de ce couple au rythme des plus fameuses chansons de leur époque. Dans les deux malles à souvenirs que de costumes et d'images! Tableau final: les reliefs de tout ce rêve dans la solitude et l'absence des deux personnages.Le festin d'Emma en poupe!Al dente!Ni trop dure ni trop cuite cette mise en scène chorégraphique séduit et berce des rêves éveillés, des tours de magie pour remonter le temps...
 
A la comédie de Colmar jusqu'au 19 Décembre